- il y a 4 mois
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00:00Sur Europe 1, 10h-11h30 avec Thomas Hille et votre invité ce matin, Thomas.
00:04Oui, une voix emblématique d'Europe 1, Maryse Gildas, vous êtes arrivée sur notre radio en 1967,
00:11vous l'avez quittée en 1997 et je le disais tout à l'heure,
00:15vous avez accompagné entre temps tous les plus grands animateurs amuseurs de l'époque.
00:20Quels sont ceux d'ailleurs qui vous ont le plus marqué finalement, Maryse ?
00:24C'est difficile comme question, mais déjà j'ai toujours aimé travailler en duo.
00:29J'aimais beaucoup ça, avoir la réponse, c'était fait pour nous.
00:34En direct, de préférence, ça ne se fait pas beaucoup en ce moment.
00:38On est en direct, on est en direct.
00:40Encore vous peut-être ?
00:41Oui, oui.
00:42On y est là.
00:44On est en direct.
00:45Voilà, ça c'est sympa.
00:47Non, mais qu'est-ce qui m'a marquée ?
00:50Je vais vous dire d'abord mon mari quand même, j'ai fait 6 ans avec lui, petit matin,
00:55alors qu'on n'était pas ensemble à cette époque-là.
00:57Donc, voilà lui, et puis Coluche derrière tout de suite.
01:02Et puis d'autres aussi, Christian, évidemment Morin, on est toujours très amis.
01:07Jean-Ramadou, on a fait 7 ans, je ne pensais pas faire 7 ans avec cet homme-là.
01:11Je n'étais pas emballée moi au départ.
01:13Et bien, j'avais bien tort, parce que j'avais bien tort.
01:16Oui, j'avais tort parce que c'était extrêmement érudit, drôle comme tout.
01:21Et on a passé 7 ans, je pensais faire une saison, pas plus.
01:25Et vous voyez, comme quoi, on peut se tromper.
01:27Et même Bourville, vous avez été aux côtés de Bourville à une époque ?
01:29Bourville m'a tout appris.
01:30Bourville, là, je venais de rentrer à l'Europe,
01:33et il était entre deux films, entre le mur de l'Atlantique qui terminait et le Melville.
01:38Et il adorait la radio.
01:41Donc, il avait trois semaines de possibilités.
01:44Et Lucien Maurice, à ce moment-là, j'étais payée à la pige,
01:48et je faisais les remplacements, j'étais joker.
01:52Il m'a fait rentrer dans son bureau, il m'a dit
01:54« Eh bien, tu vas travailler avec Bourville ? »
01:57« Bourville ? »
01:58Pour moi, c'était inaccessible.
02:01Il m'a dit « Oui, oui, tu vas travailler avec Bourville,
02:03ça va s'appeler avec le sourire d'eux. »
02:05Il a trois semaines, il adore la radio,
02:07il veut travailler avec une femme,
02:11pour échanger.
02:14Il y aura des textes qui seront écrits par Maurice Org et Robert Roca.
02:18C'était les humoristes de l'époque.
02:21Et voilà.
02:22Et donc, je suis rentrée là-dedans.
02:23Mais moi, je faisais le soir.
02:25Et on m'avait dit, le soir, Lucien Maurice notamment,
02:28qui m'a bien aidée aussi, c'est vrai,
02:30m'avait dit « Attention, les voix du soir,
02:33je peux me permettre, il faut faire bander les mecs. »
02:36« Ah, c'était ça de la consignée. »
02:37« Ah oui, oui. »
02:38« Vous n'avez pas une voix naturelle,
02:40vous avez une voix dans le souffle,
02:41mais pour les pubs. »
02:42« Ah oui. »
02:43« Même sur les pubs, il faut arriver à... »
02:45« Je n'étais pas animatrice, j'étais lectrice de pub. »
02:48« D'accord. »
02:48« Voilà, avec un prénom. »
02:49« Maryse. »
02:50« C'est vrai qu'il y avait beaucoup de pubs en direct. »
02:52« Oui, les pubs se faisaient en direct. »
02:54« Absolument. »
02:56« Ah oui, c'est ça. »
02:57« Et le carillon s'en est automatiquement à pub. »
02:59« À chaque heure. »
03:00« À toute façon, il ne fallait pas le rater. »
03:01« Parce que c'est une très attention. »
03:03« Donc voilà. »
03:04« Autre époque incroyable. »
03:06« Et donc, quand j'arrive... »
03:07« Deux secondes. »
03:08« Juste pour vous dire que... »
03:09« Quand j'arrive avec Bourville,
03:10avec ma voix, je fais pareil,
03:12ma voix, je fais... »
03:13« La voix est feutrée un peu. »
03:15« Suave, oui. »
03:15« Il m'a dit,
03:15« Marie, ça ne va pas aller comme ça. »
03:17« On va faire comme si on était deux copains. »
03:21« On oublie le micro. »
03:22« On avait répété nos textes, évidemment. »
03:24« On ne les regarde pas. »
03:25« On les a déjà lus. »
03:26« Maintenant, on se parle les yeux dans les yeux. »
03:28« Et c'est lui qui m'a appris à parler naturellement. »
03:30« Le naturel. »
03:31« Parce que c'était une voix anti-naturelle que j'avais au départ. »
03:33« Le fameux naturel d'Europe. »
03:35« Et alors, en plus de ça, ça ne vous a pas échappé
03:37qu'on est ici au studio Coluche. »
03:39« Coluche que vous avez rejoint il y a 40 ans,
03:42en août 1985, dans son émission. »
03:45« Il y en aura pour tout le monde. »
03:46« Vous le connaissiez, Coluche, avant de rejoindre son équipe ? »
03:48« On était très clients avec Philippe. »
03:50« On était très clients quand on avait vu. »
03:51« Il était au gymnase à l'époque. »
03:53« On avait été le voir au gymnase. »
03:54« Voilà, comme beaucoup de monde, on le découvrait en disant
03:57« Mon Dieu, mais c'est formidable. »
03:59« Philippe m'a dit, on va essayer de le faire venir. »
04:02« Il était passé déjà par Monte-Karl. »
04:04« Il était venu en 1979, déjà une première fois en Europe. »
04:07« Ça s'était moyennement passé. »
04:09« Il était avec Robert Villard à l'époque. »
04:11« C'était Robert Villard qui avait ma place, si vous voulez. »
04:14« D'accord. »
04:14« Et puis, en 82, il est au fond du trou. »
04:20« Il est en Guadeloupe. »
04:21« Il est dans la drogue, dans tout ce que vous voulez. »
04:24« Et il appelle un jour mon mari, dans 83-84. »
04:28« Il l'appelle de là-bas. »
04:30« Et il lui dit, écoute Philippe, écoute ma poule. »
04:33« Puisque j'étais ma poule. »
04:34« Écoute ma poule. »
04:36« Écoute ma poule, je voudrais bien venir. »
04:37« Maintenant, je suis clean. »
04:38« Ah. »
04:39« Je voudrais bien venir. »
04:41« Et j'ai tout arrêté tout seul. »
04:42« C'était vrai. »
04:43« Donc, je voudrais un billet d'humeur. »
04:46« Tu peux me trouver ça quelque part ? »
04:48« C'est comme ça. »
04:49« Philippe lui dit, oui, un billet d'humeur, oui. »
04:52« Ah oui, en direct. »
04:53« En direct. »
04:54« Non, avec le décalage, c'est pas possible. »
04:56« C'est pas possible, Mimi, c'est pas possible. »
04:58« Bon, il dit, c'est pas grave, j'arrive la semaine prochaine, je viens de voir. »
05:01« La semaine d'après, il était dans le bureau de Philippe. »
05:03« Et il dit, trouve-moi un horaire, trouve-moi quelque chose, je vais revenir. »
05:06« Voilà, ça c'est... »
05:07« Je vais en refaire une image. »
05:08« C'est pour ça qu'on l'a appelé Mimi le tout gentil. »
05:10« Il a commencé par remplacer Michel Drucker, un été, à vos côtés, et puis à la rentrée. »
05:15« Il a tout fait pour vous garder à ses côtés, Marie. »
05:18« Il vous a offert énormément de fleurs, tout ça est raconté dans le podcast. »
05:22« Parce que Monette avait un magasin de fleurs, à Montrouge. »
05:26« La maman de produite. »
05:27« Et il a tout pris, voilà. »
05:29« C'est dans le podcast, je vous l'ai déjà raconté. »
05:31« Et vous lui mettez juste une condition, vous dites, pas de blague scatologique. »
05:34« Oui, je vous l'avais dit, ça parce que ça ne me fait pas rire. »
05:37« Si je ne souris pas naturellement, si je me force à rire, je n'ai pas envie. »
05:40« Donc je sortirai. »
05:42« Je fais tes blagues comme tu veux, tu te débrouilles. »
05:43« Il fallait lui parler comme ça, parce que sinon... »
05:45« De toute façon, plus vous parliez comme ça, plus il... »
05:47« Il faisait l'inverse. »
05:48« Il avait une image à se refaire. »
05:53« Il savait très bien pourquoi j'étais là. »
05:55« C'était aussi pour le canaliser, mais... »
05:57« Il était le mimi le plus gentil. »
06:00« Ce qui n'était pas tout à fait la vérité. »
06:03« Pourquoi il n'était pas très gentil en dehors de l'antenne ? »
06:05« Pardon ? »
06:06« Il n'était pas très gentil en dehors de l'antenne ? »
06:08« Ça dépend de ce que vous appelez pas très gentil. »
06:10« C'est-à-dire, il était provocateur, il avait ses têtes. »
06:14« C'est-à-dire, toi, il regardait, il avait un sens incroyable. »
06:18« Oui, sympa. »
06:19« Oui, toi aussi. »
06:21« Toi aussi. »
06:22« Bah oui, toi aussi. »
06:23« Tu peux pas dire le contraire. »
06:24« Mais il y en avait où il disait... »
06:26« À la porte. »
06:27« Lui, non. »
06:27« Ah oui, d'accord. »
06:28« Il l'a acheté comme ça. »
06:29« Il sentait les gens, en fait. »
06:30« Oui, oui. »
06:31« Voilà, il faisait ce qu'il voulait, quand il voulait. »
06:33« On n'a rien à personne. »
06:35« Maryse, après quelques émissions, donc le 26 septembre 1985, il y a 40 ans, Coluche décide donc de lancer les Restos du Coeur en direct sur l'antenne d'Europe 1. »
06:43« Et c'est cette histoire que vous racontez donc aux côtés de Christian Morin et Michel Drucker aussi, notamment, dans le podcast Europe 1. »
06:50« Destin extraordinaire. »
06:51« Écoutez cette archive. »
06:52« Il y a aussi un truc qui commence à m'échauffer sérieusement, c'est qu'on a reçu beaucoup, beaucoup, beaucoup de courriers de chômeurs qui disaient
06:58« Vous êtes bien chantis, vous chantez pour médecins sans diplôme, mais tout le pognon s'en va à l'étranger. Quand est-ce que vous allez chanter pour les chômeurs ? »
07:07Et j'ai eu une petite idée comme ça.
07:09Si des fois, il y a des marques qui m'entendent, je ferai un petit peu de publicité tous les jours.
07:13S'il y a des gens qui sont intéressés par sponsorer une cantine gratuite qu'on pourrait commencer par faire à Paris, par exemple,
07:21et qu'on étalerait après dans les grandes villes de France, nous, on est prêts à aider une entreprise comme ça
07:28qui ferait un resto, par exemple, qui aurait comme ambition au départ de faire 2 000 ou 3 000 couverts par jour, gratuitement.
07:362 000 ou 3 000 couverts, quelques millions seront distribués, mais ça paraît tellement spontané sur le coup.
07:43Et vous, Maryse, vous ne saviez pas, vous, que Coluche allait faire cette annonce-là ?
07:45Ah non, non, mais personne ne savait. Personne ne savait, encore moins Philippe, qui était directeur de l'antenne à l'époque.
07:50Encore moins.
07:51Et comment il a réagi, justement ?
07:52Non, non, c'est dans le bureau. Et c'est venu 15 jours avant qu'il lance sa petite idée comme ça.
07:59On discutait. Il y avait la famine en Éthiopie.
08:04On parlait des excès alimentaires, des grandes surfaces qui laissaient tous sur le trottoir.
08:09Je les ai vus, moi, dans mon quartier.
08:10C'était parti à la poubelle, à cette époque-là.
08:13Donc, il dit, ce n'est pas normal qu'en France, à notre époque, on meurt encore de faim.
08:18Ce n'est pas possible. C'est parti de là.
08:20On pourrait faire, et voilà.
08:21Mais il ne vous a pas prévenu, et ça, c'est assez sidérant.
08:24Non, parce qu'il savait bien que s'il allait prévenir, on lui dirait non.
08:27C'est ça, il avait peur qu'on lui dise.
08:28Surtout la direction, parce que la direction, déjà, quand on a annoncé, Philippe a eu du mal à le faire.
08:33Heureusement, il avait Pierre Barret pour lui et Jacques Habergel.
08:37Qui étaient les directeurs de l'époque de Roport.
08:39Oui, c'était compliqué.
08:41Les journalistes de la rédaction, les purs et durs, ne voyaient pas d'un bon oeil l'arrivée de Coluche.
08:48D'ailleurs, il était payé à la semaine.
08:52C'est ce qu'on explique aussi.
08:53Au cas où il y a un dérapage.
08:55Et dès le lendemain, évidemment, cette histoire décolle.
08:58Ça prend de l'ampleur, et lui, ça le transforme aussi.
09:01C'est ce que raconte Christian Morin dans ce podcast.
09:04Il se révèle vraiment comme un humaniste.
09:06Coluche, ça a changé aussi votre émission, parce que ce n'était plus seulement des blagues.
09:10Mais d'un coup, ça devenait un vrai rendez-vous de solidarité.
09:12Il n'y avait que ça, et la ZISA, quatre fois.
09:15Ah oui, d'accord.
09:16Il adorait Malavoine, et ça passait quatre fois dans l'heure, effectivement.
09:20Oui, oui.
09:21Il adorait la ZISA, alors que les programmateurs musiques n'étaient pas très contents non plus,
09:25parce que ce n'étaient pas du tout les musiques préparées.
09:28Et c'était la ZISA.
09:29C'était la ZISA, c'était comme ça.
09:31Là encore, il faisait ce qu'il voulait.
09:32Il va même y avoir une fameuse journée spéciale sur Europe 1,
09:35où toute la journée, c'était le 14 novembre 1985,
09:38journée spéciale où tous les artistes même se relayaient au micro pour faire des dons,
09:42notamment Michel Sardou, vous l'entendrez dans le podcast,
09:44qui fait un don extraordinaire.
09:47Ça s'appelle Destin extraordinaire sur les 40 ans du lancement des Restos du Coeur.
09:51C'est à écouter à partir de lundi sur le site et l'appli Europe 1.
09:54On vous le recommande vraiment, parce que cette histoire est passionnante,
09:57très bien écrite, je dois le dire, par Julien Pichnet,
10:00réalisation sonore par le fabuleux Sébastien Guidis.
10:04Et vous, évidemment, Maryse, qu'on retrouve dans ce podcast.
10:07Merci beaucoup d'être venu ce matin une nouvelle fois au micro d'Europe 1.
10:11C'était un bonheur de vous recevoir.
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