00:00Et quitte à parler santé, autant rester sur un thème qui nous réussit à 7h49 ce matin sur Subradio,
00:06puisque c'était en tout cas la volonté du déplacement du nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu.
00:11Hier, il était en région à Mâcon, du côté de la Saône-et-Loire,
00:14avec ce projet, bâtir d'ici 2027 un réseau, dit-il, de maisons France Santé.
00:19En réalité, avoir une offre de soins à disposition de tous les Français,
00:23à environ 30 minutes de leur domicile. Bonjour Sophie Bauer.
00:27Bonjour.
00:27Vous êtes la présidente des médecins libéraux de France, c'est bien ça ?
00:31Présidente du syndicat des médecins libéraux, tout à fait.
00:34Absolument, présidente du syndicat des médecins libéraux de France.
00:37Alors, est-ce que peut-être on peut commencer par rappeler ce que sont les fameuses maisons de santé,
00:42parce que c'est visiblement le modèle dont voudrait inspirer le nouveau Premier ministre
00:45pour tisser ce réseau France Santé ensuite ?
00:50Alors, les maisons de santé pluridisciplinaires, ce sont des bâtiments
00:55qui abritent sur le même lieu au moins deux médecins
01:00et des professionnels de santé paramédicaux qui peuvent être des infirmières,
01:06des kinés, l'ensemble des professionnels de santé paramédicaux.
01:11Et la notion de professionnels de santé est importante,
01:15puisqu'il y a des gens qui interviennent un peu en marge dans la santé,
01:19qui ne sont pas professionnels de santé.
01:20Donc la notion de professionnels de santé est importante.
01:23Et donc le but, c'était de créer un établissement
01:26au sein duquel vous pouviez retrouver peut-être votre dentiste,
01:31votre médecin généraliste, votre kiné,
01:33et vraiment rassembler cette offre de soins, c'est bien ça ?
01:35Alors c'est l'idée, le problème c'est que ça repose sur un montage juridique complexe
01:41qui s'appelle une CISA, c'est-à-dire une société interprofessionnelle
01:45de soins ambulatoires.
01:49Et cette CISA est compliquée, très compliquée à monter.
01:53Ensuite, cette CISA est là pour permettre en fait à l'assurance maladie
01:57de faire passer des forfaits au niveau de la CISA
02:00qui doivent être ensuite répartis entre les professionnels de santé
02:03qui exercent ce qui pose les problèmes majeurs de répartition.
02:07Et puis vous parliez des kinés, le problème des kinés,
02:10c'est qu'ils ont souvent besoin d'une surface beaucoup plus grande
02:12que celle que proposent les zones de santé pluridisciplinaires.
02:17Et l'autre souci, c'est qu'il existe déjà en France
02:20beaucoup de bâtis de ce type qui sont vides,
02:23c'est-à-dire que si on bâtit avant d'avoir l'équipe, ça ne fonctionne pas.
02:26Ça c'est sûr.
02:27Donc il y a quelques choses qui viennent dans nous, ça ne fonctionne pas.
02:29Et sur le principe quand même, est-ce que l'intention,
02:31revenons donc à cela, l'objectif et le projet du ministre
02:34de penser cette idée de France Santé,
02:37est-ce que son intention est la bonne ?
02:39C'est-à-dire, bon déjà aller consulter visiblement
02:41ceux qui sont concernés par le problème,
02:43est-ce que cette idée de créer des pôles à proximité,
02:46cette idée de rapprocher l'offre de soins,
02:49on va dire tout simplement des habitants,
02:51avoir une offre de soins de qualité
02:53à près de 30 minutes de chez soi,
02:55est-ce que c'est quelque chose qui vous séduit quand même
02:57sur le principe, où vous y voyez tout de suite
02:59peut-être la pénurie de médecins et les obstacles
03:01qui font se dresser face à ce projet ?
03:03Alors le problème qu'on voit actuellement,
03:06c'est que ces maisons de santé qui s'installent
03:07souvent drainent l'ensemble des professionnels
03:09de santé qui sont déjà installés autour.
03:12Donc ce n'est pas forcément
03:13et ce n'est probablement pas
03:15la solution.
03:17Nous avons d'autres solutions à proposer.
03:19Ce qui risque de se passer, c'est d'avoir du bâti vide
03:21et vous ne pouvez pas démultiplier
03:24les médecins existants.
03:25Ce qu'il faut, c'est maintenir en activité
03:27les médecins qui normalement devraient aller à la retraite.
03:30Ça s'appelle la retraite active.
03:32C'est probablement modifier la réserve médicale
03:35pour que ce soit une réserve médicale opérationnelle
03:37en permettant aux gens qui sont complètement à la retraite,
03:39qui ne font plus d'activité clinique,
03:41de maintenir leurs compétences
03:42en faisant des périodes, un peu sur le modèle de l'armée,
03:45des périodes d'activité clinique par an
03:47et surtout leur donner accès
03:49à de la formation continue, par exemple
03:51par l'intermédiaire du fonds de formation
03:53des médecins, par l'intermédiaire
03:55d'une petite cotisation.
03:56Donc, il y a d'autres choses à faire.
03:58Nous, notre crainte, c'est que vous ayez
04:005 000 bâtiments vides
04:02ou du moins peut-être avec quelques professionnels
04:05de santé, mais avec la difficulté
04:08d'y trouver deux médecins.
04:09Ce qui est déjà la difficulté
04:11de beaucoup d'endroits
04:13qui existent,
04:15où il y a des paramédicaux
04:16et où on ne trouve pas de médecins.
04:18Donc, ce n'est pas...
04:18Donc, le cœur de la problématique
04:20et du fait peut-être que ce projet, on va dire,
04:22va se heurter au mur d'une réalité
04:23un peu cruelle,
04:24c'est avant tout la pénurie de médecins.
04:26Si je vous écoute bien
04:27et si je vous entends bien, Sophie Boer,
04:28on est d'accord sur ça ?
04:30Bien sûr, on n'a pas formé assez de médecins.
04:32Donc, le but, c'est de libérer
04:34du temps médical.
04:35Pour libérer du temps médical,
04:37il y a un dispositif qui existe,
04:38qui sont les assistants médicaux,
04:40qui veut dire que maintenant,
04:40quand vous installez un médecin,
04:42l'idéal, c'est qu'ils n'ont pas
04:44un bureau, mais trois.
04:46Un pour une secrétaire,
04:47un pour un assistant médical
04:48et un pour ses propres consultations.
04:51Donc, vous voyez que le problème du bâti
04:53va de toute façon se poser
04:54déjà sur les bâtiments existants
04:56et là, les professionnels,
04:57les médecins ont besoin d'aide
04:59pour pouvoir agrandir leurs locaux
05:00parce qu'à 30 euros,
05:02la consultation du généraliste,
05:03ils ne sont pas prêts d'y arriver.
05:04Il y a un moment, il faut se parler vrai.
05:08Et puis, c'est le slogan de Subradio,
05:09donc il n'y a aucun sujet avec cette expression.
05:11Mais Sophie Beaulois,
05:13je rappelle que vous êtes la présidente
05:14du syndicat des médecins libéraux de France.
05:16Est-ce qu'il n'y a pas aussi un autre problème ?
05:18C'est ce que, en tout cas,
05:19soulignent certains autres syndicats
05:21suite à l'annonce du nouveau Premier ministre
05:23Sébastien Lecornu d'avoir ce projet.
05:25On nous dit qu'il y a 60% des médecins généralistes
05:28aussi qui ne font pas de médecine générale traitante,
05:30c'est-à-dire qu'ils font beaucoup d'autres choses.
05:32Un peu de chirurgie,
05:33un peu de soins alternatifs.
05:35Est-ce que ça aussi,
05:36ce n'est pas un petit problème à régler ?
05:37Alors nous, on n'accepte pas forcément
05:42cette histoire de soins alternatifs
05:45parce que les médecins qui font de la médecine expertise particulière,
05:50c'est comme ça qu'on l'appelle,
05:51sont absolument dans le parcours de soins.
05:55D'ailleurs, on souhaiterait que certains d'entre eux
05:58puissent devenir des spécialistes.
06:01Par exemple, les médecins du sport
06:02devraient logiquement,
06:04et l'Europe le demande à la France d'ailleurs,
06:07devenir une spécialité,
06:09devenir des spécialistes.
06:10Et on en a besoin
06:11dans le cadre du développement du sport santé.
06:14Ça, c'est sûr.
06:15Donc, de l'activité physique adaptée.
06:17Donc, tous les expertises particulières
06:20que nous avons
06:20sont en fait un enrichissement du parcours du patient.
06:23Donc, il ne faut pas opposer les uns et les autres.
06:26D'autre part, cette expertise particulière
06:27qui s'acquiert par DU ou par DIU,
06:31permet aussi aux médecins
06:32qui commencent en médecine générale
06:34d'envisager une modification de carrière.
06:37Et ça maintient une attractivité
06:39sur la médecine générale.
06:40Donc, si vous supprimez ça,
06:41ça va être catastrophique.
06:42C'est sûr.
06:42Sophie Bauer, avançons aussi dans la discussion,
06:45notamment pour se poser cette question.
06:47Et est-ce qu'il y a quand même sur le principe,
06:48et je m'adresse là aussi
06:49à la présidente du syndicat que vous êtes,
06:51dans votre profession encore
06:52une once de confiance envers ce gouvernement,
06:55parce qu'on sait qu'il y a une valse
06:56et c'est un euphémisme
06:57des différents ministres de la santé,
06:59record en quelques années seulement,
07:01on se souvient aussi de la période Covid
07:02où les soignants, le monde de la santé,
07:04étaient censés être la priorité absolue
07:06du gouvernement.
07:07On sait que les résultats ont été décevants,
07:10c'est un euphémisme.
07:11Est-ce que quand même,
07:12vous arrivez,
07:13votre profession arrive à croire
07:14dans les différentes promesses
07:15qui sont faites
07:16concernant le domaine de la santé
07:18aujourd'hui en France ?
07:20Nous croyons essentiellement
07:21qu'il faudrait commencer vraiment
07:22à nous écouter.
07:23Alors, nous avons donné un bouquet
07:24de solutions à M. Bayrou
07:28quand il nous l'a demandé.
07:30L'une de ses solutions,
07:31c'était les cabinets éphémères
07:34sur le modèle de la Franche-Comté,
07:36c'est-à-dire une solidarité territoriale.
07:38Mais ça a été complètement déformé
07:40puisqu'il nous a introduit
07:42une notion d'obligation.
07:44C'est quoi ?
07:44C'est deux jours par semaine
07:45le fait qu'un médecin généraliste
07:47puisse aller se déplacer
07:48dans un désert médical, c'est ça ?
07:50C'est deux jours par mois.
07:52Mais le problème, c'est pour l'instant
07:53que vous faites quoi de vos patients
07:54dans votre cabinet principal ?
07:56Ça veut dire qu'il faut des remplaçants.
07:57Des remplaçants,
07:59les nouvelles dispositions
08:00de la quatrième année
08:02d'internat en médecine générale
08:05va nous les assécher un peu.
08:07Bien sûr.
08:07Il y a eu aussi le problème
08:09des ECN l'année dernière
08:10où il y a des gens
08:10qui ont préféré redoubler
08:12plutôt que de passer
08:14un examen classant
08:16pour lequel ils s'estimaient mal préparés.
08:19Donc, on va avoir des difficultés
08:20avec les remplaçants.
08:22La seule possibilité,
08:24c'est de faire ça
08:24sur le mode du volontariat.
08:26Donc, ce qu'il faut,
08:26c'est commencer à nous écouter.
08:28Alors, vous parliez de la vache
08:29qu'on va compter,
08:30on en est à huit.
08:30Oui, c'est ça.
08:32Huit ministres de la Santé.
08:33Vous parliez d'écouter Sophie Wauer.
08:35En effet, il y a aussi une question.
08:37Est-ce que plus largement,
08:38on sait quand même
08:38que le précédent Premier ministre,
08:39François Bayrou,
08:40envisageait de véritables économies
08:42sur la santé
08:42avec des propositions
08:44qui ont fait parler ?
08:45C'est le moins qu'on puisse dire.
08:46Est-ce qu'il y a des mesures
08:47qui étaient en discussion
08:49dans la précédente,
08:50on va dire,
08:50sous François Bayrou,
08:51que vous souhaiteriez surtout
08:53ne pas voir revenir
08:54sur le devant de la scène ?
08:55Concernant votre domaine,
08:56la santé, Sophie Wauer.
08:58Tout ce qui est
08:59les coups de rabot annoncés,
09:00qui pour nous
09:01sont absolument délétaires,
09:02nous, on pense
09:03qu'en mobilisant les médecins,
09:05on peut arriver effectivement
09:06à prescrire différemment.
09:09Je ne dis pas prescrire moi,
09:09mais prescrire différemment.
09:11En particulier,
09:12sur les arrêts maladie,
09:13il faudrait qu'on puisse
09:14faire des certificats
09:15demandant aux gens
09:17de pouvoir rester en télétravail
09:18parce qu'on voit que
09:1930% de nos patients
09:21pourraient passer en télétravail,
09:22si vous voulez,
09:23c'est possible
09:24dans leur métier.
09:25Et ça,
09:25ça pourrait réduire
09:26les arrêts de travail
09:27à la période très douloureuse
09:28où ils ont besoin
09:29d'anthalgie
09:30qui les empêche vraiment
09:31d'être suffisamment lucides
09:33et présents
09:34pour travailler.
09:35Ça, c'est sûr
09:35que ça pourrait aider
09:37tout le monde.
09:38Merci beaucoup,
09:38Sophie Wauer,
09:39d'avoir été avec nous
09:40ce matin sur Sud Radio
09:41pour ce créneau Sud Radio
09:42vous explique
09:43et comprendre
09:44la volonté du Premier ministre
09:45de créer des maisons de santé,
09:47des France Santé
09:48pour créer vraiment
09:49des offres de soins
09:50à proximité de chez vous,
09:51maximum 30 minutes.
09:52Et on a bien entendu
09:53vos arguments,
09:54notamment sur la pénurie
09:54de médecins
09:55et la difficulté déjà
09:56de votre métier.
09:57Merci beaucoup
09:57d'avoir été avec nous
09:58sur Sud Radio.
09:59sur Sud Radio.
10:00Merci beaucoup.
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