00:00Ici Matin, actus locales, musique et bonne humeur.
00:04Le jour d'après, Sébastien, pour les indignés en Alsace.
00:07Après la mobilisation, le bilan, plusieurs milliers de personnes se sont réunies,
00:11soit en mobilisation, soit pour des actions coup de poing dans le Barin, dans le Haut-Rhin,
00:15hier pour dénoncer pêle-mêle la politique du président Macron et les inégalités sociales.
00:20Bonjour Philippe Breton, politologue à l'Ovipal, l'observatoire de la vie politique en Alsace,
00:26jusqu'à 10 000 personnes à Strasbourg, 2 000 à Mulhouse, plus les rassemblements Colmar, Célestat, Aguenot.
00:31C'est un joli score pour les manifestants où ils auraient pu espérer mieux en Alsace.
00:36C'est un bon score.
00:38En même temps, ce qui nous avait été annoncé du point de vue des blocages n'a pas été très spectaculaire.
00:44On est revenu finalement à des formes assez classiques de protestation,
00:48un défilé dans les rues des villes.
00:52Il faut le noter, ça a été d'ailleurs noté partout en France,
00:55une caractéristique majeure qui est la présence massive de la jeunesse.
01:00C'était des cortèges essentiellement formés de lycéens et d'étudiants.
01:03Comment on l'explique avant de revenir sur les blocages justement ?
01:05Pourquoi autant de jeunes ?
01:07Le fait que ce soit un mercredi peut-être,
01:09le fait que ce soit la rentrée scolaire et sociale,
01:13le fait aussi que les revendications soient peut-être plus proches
01:16que celles des Gilets jaunes pouvaient l'être pour eux,
01:20pour les jeunes qui n'ont pas forcément de voiture, pas forcément de carburant à payer ?
01:24Vous l'avez dit, il y a une raison simple.
01:25On est mercredi, très peu de gens se sont mis en grève.
01:28Il n'y a pratiquement pas eu de grévistes,
01:30sauf très localement et de façon très épisodique.
01:32Donc qui peut aller dans la rue un mercredi après-midi ?
01:36Essentiellement, notamment dans une rentrée scolaire,
01:39des lycéens qui font leurs premières armes,
01:41d'une certaine façon, dans la contestation et des étudiants.
01:44Pas beaucoup de blocages, vous l'avez dit,
01:45finalement pour cette journée pourtant intitulée
01:47« Bloquons tout ».
01:48Est-ce que le mouvement a finalement donc pris une autre forme
01:52ou est-ce qu'il n'a tout simplement pas tenu ses promesses ?
01:54Alors c'était une des questions initiales.
01:57Le mouvement du 10 septembre qui est né en juillet,
01:59qui est héritier des Gilets jaunes,
02:01allait-il s'exprimer massivement par des actions originales ?
02:06Comme sur l'autoroute M35 dans la matinée à Strasbourg
02:09où ça a été bloqué avec une chaîne humaine de manifestants.
02:11Mais l'autoroute n'a pas été bloquée par des Gilets jaunes,
02:14c'était des jeunes qu'on a retrouvés dans la manifestation
02:15un petit peu plus tard, quand on observe de près le terrain.
02:19Donc du point de vue du mouvement initial, on va dire,
02:22héritier des Gilets jaunes du 10 septembre,
02:24c'est un échec.
02:25Visiblement, ils ne se sont pas mobilisés,
02:27ni en ville, ni à la campagne.
02:30Ils étaient très très peu présents.
02:32Donc de ce point de vue-là, il y a évidemment un échec.
02:34Par contre, évidemment, la mobilisation qui a été demandée
02:36par la gauche, par la gauche radicale en particulier,
02:39elle a effectivement mobilisé les jeunes.
02:42Bruno Retailleau a raison de se féliciter
02:45de la mise en échec, je cite,
02:46de celles et ceux qui voulaient bloquer le pays.
02:48Du point de vue du maintien de l'ordre,
02:50c'est son métier, le ministre de l'Intérieur,
02:52c'est sa mission, évidemment, le maintien de l'ordre.
02:55Des moyens très importants avaient été mis,
02:58a posteriori un peu disproportionnés d'ailleurs
03:00par rapport à l'ampleur de ce qui s'est passé,
03:02mais qui ont permis effectivement d'empêcher
03:04un certain nombre de blocages
03:07et qui a rabattu au fond ses actions
03:08sur, je dirais, des formes plus classiques,
03:11encore une fois, la manifestation.
03:12On n'a clairement que des gens de gauche
03:13dans ces cortèges, cette fois-ci,
03:15ou c'est plus disparate ?
03:17À mon avis, essentiellement des gens de gauche.
03:20On a bien vu qu'une très grande partie des slogans
03:23étaient des slogans liés à la Palestine.
03:25D'ailleurs, on pouvait se demander
03:26ce que ça venait faire, effectivement,
03:28dans cette journée de mobilisation nationale.
03:30On peut même se demander si, on peut même se dire,
03:35heureusement, entre guillemets,
03:36qu'il y avait ces slogans,
03:36parce qu'il y avait très peu de slogans
03:38véritablement politiques.
03:39Alors, c'est lié à la genèse des manifestants.
03:41Mais, finalement, on avait des manifestations de colère,
03:45mais pas tellement des manifestations politiques,
03:47au sens où on a l'habitude,
03:48avec des revendications précises.
03:49On a quand même beaucoup entendu le « tous pourris »,
03:52notamment du monde politique.
03:54C'est dangereux, ça, de mettre tout le monde
03:56dans le même sac, de faire une généralité,
03:58comme ça, dans des cortèges ?
03:59Ce n'est pas une revendication,
04:00c'est un ressenti, bien évidemment.
04:01Qu'est-ce qu'on peut faire avec un tel slogan ?
04:03Ça montre, en tout cas, qu'il y a une déconnexion,
04:05qu'il y a une crise de confiance
04:07vis-à-vis de ceux qui nous représentent,
04:09mais pas uniquement, puisque dans la société,
04:11on sait que cette crise de confiance,
04:13elle est assez largement répandue.
04:15Certains participants estiment qu'il aurait fallu
04:17passer un cap, presque ont regretté.
04:19que la manifestation ne dégénère pas hier.
04:23Il faut l'entendre, quelque part,
04:25Philippe Breton, sera le bol extrême,
04:27ou il faut le condamner sans discuter ?
04:28Quand on observe de près les manifestants,
04:31comme je l'ai fait hier,
04:32on voit qu'il y a une très grande violence verbale.
04:35Il y a même des appels à l'anthropophagie,
04:36on parle de « manger les riches ».
04:37Il faut faire attention,
04:38ce n'est pas uniquement symbolique,
04:42couper des têtes.
04:42Donc, il y a une vraie violence verbale.
04:44Moi, je n'ai pas senti sur le terrain,
04:46alors c'est lié aussi à la très grande jeunesse
04:48des participants,
04:49je n'ai pas senti que ça pouvait déboucher
04:51sur une violence immédiate.
04:53Alors, cette violence,
04:54elle permet de se faire entendre à court terme,
04:56on l'a vu avec les Gilets jaunes à l'époque,
05:00mais en même temps,
05:00c'est cette violence-là
05:01qui casse le mouvement,
05:02qui le rend impopulaire.
05:03la violence, au fond,
05:06annule les objectifs du mouvement.
05:07Et on verra quel avenir peut avoir ce mouvement.
05:11Certains espèrent qu'il y aura une continuité
05:14dès la semaine prochaine,
05:15peut-être avec la manifestation prévue,
05:18cette fois,
05:18à l'appel des organisations syndicales.
05:20Merci, Philippe Breton,
05:21vous êtes politologue à l'Observatoire de la vie politique
05:24en Alsace,
05:24au Vipa,
05:24les professeurs émérites
05:25à l'Université de Strasbourg.
05:28Merci à vous invité ici à Alsace.
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