00:00La France a longtemps vécu sur un pacte implicite. Les entreprises pouvaient viser la croissance et les
00:12profits. L'État se chargeait d'amortir les crises économiques, sociales et sanitaires. Subventions,
00:19boucliers tarifaires, crédits d'impôts, plans de relance, chômage partiel, système de santé
00:23mobilisés en urgence. Tout cela formait un filet protecteur. Or, cette phase s'achève. La dette
00:30publique, désormais hors de contrôle, interdit tout nouveau grand geste budgétaire. Acculé par
00:36Bruxelles comme par les marchés, l'État n'a plus les moyens de protéger systématiquement ni son tissu
00:42productif ni sa cohésion sociale. À la contrainte financière s'ajoute l'impasse politique. Faute
00:49de majorité clair, les arbitrages sont différés, la conflictualité sociale chronique et le cap
00:56économique illisible. L'État, jadis stratège et bouclier économique et social, apparaît paralysé.
01:03Et c'est dans ce vide que les entreprises doivent inventer leur avenir. Alors que l'Allemagne ou les
01:08États-Unis mobilisent leurs finances publiques pour relocaliser et soutenir leur tissu d'entreprise,
01:13la France est condamnée à une austérité rampante. Les entreprises savent qu'il n'y aura plus de plan de
01:20sauvetage généralisé. Ni pour leurs marges, ni pour leurs salariés. Le filet social, comme le filet
01:27industriel, se distant. Ce retrait budgétaire et social pèse sur le financement. Les investisseurs,
01:33conscients du désengagement de l'État et du climat politique instable, exigent des garanties accrues.
01:40Les banques durcissent leurs critères. Les salariés eux-mêmes doutent de la capacité du
01:45pays à maintenir un haut niveau de protection. La France, perçue comme dépendante d'un État
01:51provident surendetté, inspire moins confiance que ses voisins. Face à cette double contrainte,
01:57un État impuissant et des capitaux plus rares, les entreprises n'ont d'autre choix que d'inventer
02:03leur propre souveraineté. Résilience ne signifie pas repli, mais autonomie.
02:08Sécuriser ses approvisionnements, discipliner ses investissements, protéger ses marges et
02:13mobiliser ses équipes comme on défendrait une frontière. C'est la singularité française.
02:18Nous passons brutalement d'un capitalisme sous perfusion publique, sociale et sanitaire à un
02:24capitalisme d'endurance. Les entreprises doivent apprendre à vivre sans filet budgétaire,
02:29dans un contexte où le politique est lui-même défaillant. L'ère du capitalisme social
02:35sous perfusion publique a atteint son terme. L'endurance n'est plus une option, mais un
02:41impératif stratégique. Aux entreprises d'assumer une autonomie plus exigeante,
02:45qu'il s'agisse d'investissement ou de cohésion sociale, en mobilisant avant tout leurs propres
02:51ressources. Car dans ce capitalisme d'endurance, affronter le marché suppose de ne plus compter sur
02:58l'État, désormais sommé de réduire son rôle de sauveur providentiel.
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