00:00Ici Hérault, premier sur l'actu locale, ici matin.
00:077h46 avec l'invité d'ici matin, on revient sur la chute du gouvernement Bayrou.
00:13Sébastien Garnier, vous recevez le directeur du CEPEL, le centre de recherche en sciences politiques de Montpellier.
00:18Emmanuel Négrier, bonjour.
00:19Bonjour.
00:21364 voix contre la confiance, 194 pour.
00:25On savait que le Premier ministre allait tomber, mais là on peut dire que le score est sévère.
00:30Il est sévère parce qu'une partie du socle central, c'est-à-dire les Républicains,
00:37avaient la possibilité de voter comme bon leur semblait,
00:41puisque Laurent Wauquiez avait indiqué qu'il y aurait une liberté de vote.
00:46Et du coup, c'est un signe de plus du désaveu du gouvernement Bayrou,
00:51parce qu'une partie de ses députés de droite n'ont pas voté la confiance,
00:58sans doute parce que s'associer à un gouvernement aussi désavoué, c'était un mauvais signe,
01:06ça n'était pas très porteur, surtout dans la perspective d'une législative anticipée,
01:12qu'on ne peut pas exclure, une dissolution, qui renverrait ses candidats devant leurs électeurs
01:18avec un passif du coup assez lourd à porter.
01:22– On se retrouve à nouveau ce matin dans une situation extrêmement compliquée,
01:27avec une assemblée extrêmement divisée.
01:29Est-ce que, de mémoire de politologues, vous vous souvenez d'une telle situation dans le pays ?
01:35– Alors il faut remonter au 19e siècle, en 1877-1979, vous non plus.
01:40En fait, même sous la Ve République, c'est inédit,
01:44parce qu'il y a eu déjà deux censures qui ont fait tomber un gouvernement,
01:48vous vous souvenez de Michel Barnier,
01:50mais c'était sur la base d'un texte qu'il voulait défendre,
01:53le 49 alinéa 3 de la Constitution.
01:57Georges Pompidou avait essuyé également,
01:59mais ce n'était pas tant sur lui que sur le général de Gaulle,
02:03une censure au titre de l'article 49 alinéa 2, à l'initiative du Parlement.
02:09Là, c'est la première fois que c'est quand le chef du gouvernement
02:14sollicite l'accord des députés, sur la base de l'engagement de son programme,
02:22qu'il est désavoué, et aussi lourdement, là j'avoue que c'est totalement inédit,
02:26et c'est d'ailleurs, d'une certaine manière, l'indice d'une petite crise de régime,
02:31parce que, par deux fois, des instruments de la Constitution
02:36ont été utilisés un tout petit peu en contradiction avec l'esprit.
02:42La dissolution de 2024, en général, on dissout parce qu'on n'a pas de majorité,
02:47Emmanuel Macron avait une majorité,
02:49et là, tout montre que le gouvernement Bayrou n'avait pas la majorité,
02:58et pourtant, il s'est engagé, soi-disant, sur un programme,
03:01en réalité, pour précipiter sa propre chute.
03:05L'Elysée a annoncé la nomination, dans les tout prochains jours, d'un successeur.
03:12Est-ce que l'heure de la gauche a sonné ?
03:15On sait qu'Emmanuel Macron disait,
03:16je ne peux pas nommer un Premier ministre de gauche
03:19parce que je veux nommer un Premier ministre qui va durer le plus longtemps possible,
03:23mais on voit que ça n'a pas duré très longtemps.
03:25Est-ce que l'heure de la gauche est venue ?
03:27Alors, on pourrait l'imaginer, sur le papier, l'heure de la gauche serait venue,
03:32mais dans une situation assez complexe,
03:34parce qu'il faudrait qu'une gauche, admettons, socialiste,
03:39puisse à la fois se garantir à sa gauche,
03:43par une sorte de neutralité bienveillante de la France insoumise,
03:46tout en obtenant l'accord, voire la neutralité bienveillante de la droite.
03:49Ce qui est, je...
03:51Ça vous paraît compliqué ?
03:52C'est, j'avoue, assez compliqué.
03:53Et surtout, c'est quand même Emmanuel Macron qui nomme un chef du gouvernement
03:59et donc un exécutif pour gouverner.
04:03Et il a toujours dit qu'il ne souhaitait pas que ses priorités,
04:08notamment en matière fiscale, soient révisées.
04:11Or, que pourrait un gouvernement de gauche
04:13s'il respectait à la lettre cette volonté du Président de la République ?
04:17C'est complètement contradictoire.
04:18Alors, le fait qu'Emmanuel Macron s'entête,
04:23d'une certaine manière, à préserver sa ligne idéologique,
04:28est un peu en contradiction avec la majorité qui existe
04:30ou l'absence de majorité en sa faveur au Parlement.
04:33Oui, les noms qui circulent ce matin sont ceux de Catherine Vautrin,
04:36Sébastien Lecornu, donc, on va dire, des proches du Président.
04:40Pour mener quelle politique ?
04:41On se dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets.
04:45On va aller, à un moment, vers une dissolution.
04:47Est-ce qu'elle n'est pas inéluctable ?
04:48Alors, pour mener quelle politique, c'est une bonne question.
04:52Parce que, sans majorité,
04:53et il n'y a aucune raison pour que ces personnages
04:56que vous venez de citer
04:58aient une majorité plus confortable que François Bayrou,
05:02donc, pour mener quelle absence de politique,
05:06d'une certaine manière, on pourrait dire.
05:07Et, effectivement, la dissolution s'avère
05:10le moyen de sanctionner cette absence de majorité.
05:14Là, par contre, on est complètement dans la logique
05:17de la Ve République, mais avec le risque de se retrouver
05:21soit, dans le pire des cas, je dirais,
05:25avec exactement la même tripartition et l'absence de majorité,
05:29ou alors, et ça n'est pas à exclure,
05:33une majorité, ou presque une majorité,
05:35Rassemblement National, parce que, vous l'avez observé,
05:38notamment dans la région Occitanie,
05:39eh bien, le scrutin majoritaire qui est en cours,
05:44qui était plutôt défavorable au Rassemblement National,
05:47parce qu'au deuxième tour, il n'avait pas de réserve de voix,
05:50eh bien, à un moment,
05:52au-delà de 33-34% des suffrages,
05:56ce handicap devient, en fait, un levier majoritaire.
06:00Et ça, il ne faut pas le négliger,
06:03on peut imaginer, effectivement,
06:04là, que
06:05la dissolution
06:08soit extrêmement favorable au Rassemblement National
06:10à court terme.
06:11Un mot, très rapidement, pour finir,
06:13Emmanuel Négrier,
06:14le mouvement Bloquons Tout,
06:16demain,
06:17vous le sentez comment ?
06:19Est-ce que c'est le retour des Gilets jaunes ?
06:21Est-ce que ça n'a rien à voir ?
06:23Alors, ça n'a rien à voir,
06:25pour une raison simple,
06:26c'est que les Gilets jaunes étaient une éruption
06:30de la société civile,
06:33avec un encadrement syndical et partisan
06:36quasiment nul,
06:38à moins de considérer l'accompagnement.
06:41Là, il y a une initiative
06:42qui est beaucoup plus relayée,
06:45amplifiée,
06:46par les syndicats,
06:47par les partis politiques.
06:48Ça part des réseaux sociaux,
06:49mais derrière,
06:49les syndicats sont venus.
06:51Exactement,
06:52donc il y a cette dimension-là
06:53qui rend la chose
06:56un peu différente,
06:57et dans le contexte actuel,
06:59encore plus différente,
07:02si on peut dire,
07:03que celle des Gilets jaunes.
07:04Merci Emmanuel Négrier,
07:06directeur du CEPEL,
07:07le Centre de Recherche
07:08en Sciences Politiques de Montpellier.
07:10Bonne journée à vous.
07:11Merci.
07:11Et je rappelle que dans l'Hérault,
07:12tous les députés ont voté contre
07:15l'actu politique, économique,
07:17sportive et culturelle,
07:18ici.fr et l'application ici.