00:00Les auditeurs ont la parole.
00:02C'est un procès qui a été suivi dans le monde entier.
00:04Un procès qui marquera l'histoire, celui des viols de Mazan.
00:08Bonjour Béatrice Avaro.
00:10Bonjour Madame.
00:10Et bienvenue sur RTL.
00:12Vous êtes l'avocate de Dominique Pellicot, condamnée, on le rappelle, à 20 ans de prison
00:16pour avoir violé, sédaté et livré son épouse.
00:19Gisèle Pellicot a plusieurs dizaines d'hommes en la filmant.
00:22Tout cela a duré 10 ans.
00:24Vous publiez aujourd'hui Défendre l'indéfendable.
00:27C'est aux éditions Maroy.
00:30Et ce procès, dans ce livre, écrivez-vous, c'est l'affaire de votre vie.
00:33Une épreuve intense, 4 mois d'audience sous les yeux du monde entier.
00:38Comment avez-vous vécu ça ?
00:40Je l'ai vécu chaque jour un petit peu plus intensément que le précédent.
00:47C'est-à-dire que j'ai vu progressivement la société s'emballer,
00:52le nombre de journalistes accrédités augmenter
00:55et un emballement sociétal.
00:58Et je crois qu'on était assez nombreux dans la salle,
01:02un peu dans le même état d'esprit que moi.
01:04On a été un peu dépassés par tout ça.
01:07À plusieurs reprises, vous écrivez,
01:09c'est vous et lui, Dominique Pellicot, contre le monde entier.
01:13Oui, parce que je lui avais proposé qu'on soit deux dans sa défense,
01:19qu'il avait préféré qu'on reste seuls tous les deux.
01:21Donc je lui avais effectivement dit, ça sera vous et moi contre le monde entier.
01:24Puis ce sentiment-là s'est renforcé au fur et à mesure des débats,
01:27parce qu'on était géographiquement dans l'extrême gauche de la salle.
01:32On était un peu isolés du reste du monde,
01:36composés des autres accusés, de leurs avocats respectifs.
01:40On était face à la partie civile, on était en diagonale de la cour,
01:44au pied de la greffière.
01:46Donc voilà, on était vraiment isolés virtuellement et physiquement.
01:52Et puis dans cette défense-là, que j'ai adoptée pour Dominique Pellicot,
01:55qui n'allait pas du tout dans le courant de ce que les autres ont voulu faire de leur défense.
02:00Vous avez reçu des menaces, y compris d'avocats de la défense, ceux des autres accusés ?
02:06Alors pas forcément des menaces, mais j'ai reçu des petites réprimandes,
02:09j'ai reçu des leçons de morale, j'ai reçu tout ce que j'ai pu recevoir de la part de la société civile aussi.
02:14Mais c'est très minime, malgré tout.
02:16Ça reste assez minime.
02:17Et il y a ce débat de société qui va gagner le monde entier, je le disais.
02:24Certains vous décrivent, vous nomment en tout cas comme l'avocate du diable.
02:29C'est compliqué ça aussi, j'imagine, à vivre pour vous.
02:33Alors très sincèrement, non.
02:35Je l'ai vécu, ça m'a indifférée.
02:37Je l'ai pris...
02:39On l'a considéré comme le diable, le loup, le monstre, je sais quoi encore.
02:44On le dit indéfendable, d'où le titre de mon livre, mais en italique,
02:47parce que ce n'est pas moi qui dis que c'est l'indéfendable.
02:49Mais c'est indéfendable ce qu'il a fait ?
02:52Non.
02:53Rien n'est indéfendable.
02:55Pardon, je vais peut-être heurter, mais rien n'est indéfendable.
02:57Je veux dire, on ne défend pas le fait, on défend l'homme.
03:00Donc, un homme déraille, un homme dérape,
03:04et on défend l'homme qui est passé à l'acte, quel que soit l'acte.
03:10On défend l'homme et pas les faits.
03:12Quel a été votre premier sentiment quand vous vous êtes retrouvés face à lui ?
03:19Nous, on a tous été surpris.
03:20Quand je dis nous, c'est nous, journalistes, mais aussi les auditeurs.
03:24Finalement, de découvrir une histoire où c'est un homme, j'allais dire,
03:27une sorte de monsieur tout le monde, coupable des pires atrocités.
03:31C'est le sentiment, vous aussi, que vous avez eu en rencontrant Dominique Pellicot,
03:35un monsieur tout le monde ?
03:36Ah, complètement.
03:37Moi, quand je rencontre M. Pellicot la première fois,
03:41et comme je dis souvent, il dénotait de la population pénale classique.
03:45Vous dites, on aurait dit un père Noël qui n'avait pas le bonnet.
03:47Vous l'écrivez comme ça dans le livre ?
03:48Un petit peu.
03:49Je dis aussi que c'est un grand-père, parce qu'il a les cheveux blancs,
03:52parce qu'il est bedonnant, parce que...
03:54Et puis, quand je sais la prévention par le permis de communiquer
03:59qui m'a été donné pour aller lui rendre visite,
04:03je me dis qu'il y a un vrai décalage entre ce que je vois et ce que je sais.
04:08Et ensuite, il y aura un vrai décalage entre ce que je vois et ce que j'apprends.
04:12Et puis, ce dossier qui grossit, qui grossit, qui grossit,
04:15avec les révélations qui sont faites,
04:16avec le nombre d'hommes qui grossit,
04:19avec la nature des faits qui est très particulière.
04:22Et puis, on rentre dans cette chambre à coucher.
04:23Donc, c'est là tout le paradoxe de ce dossier.
04:26C'est qu'on est en total décalage
04:29avec ce qu'on peut imaginer initialement
04:32quand on rencontre M. Pellicot.
04:34Et je pense que mon propos peut s'appliquer
04:36à tous ces hommes, en fait.
04:38Oui, ils sont tous des hommes comme on peut tous en connaître.
04:42Tout à fait.
04:43Il n'en a pas fini avec la justice.
04:45Il va y avoir le procès en appel des viols de Mazan.
04:48Il y a un seul des 17 accusés qui avaient annoncé
04:50qu'il ferait appel, qu'il fera effectivement appel.
04:53Il peut encore renoncer, je crois.
04:55Sauf que le parquet peut se maintenir.
04:56Sauf que le parquet peut se maintenir.
04:58Dominique Pellicot lui sera cité comme témoin.
05:00Comment est-ce qu'il envisage ça ?
05:01Il va se retrouver une nouvelle fois face à son ex-femme,
05:04Gisèle Pellicot, qui elle a annoncé qu'elle serait là.
05:06Elle sera là, oui.
05:07De ce que j'en sais par ses avocats,
05:09elle sera là pour les trois jours qui sont prévus pour ce dossier.
05:11Il le vivra comme il a vécu le premier procès.
05:14C'est-à-dire que là, il est en...
05:16Alors très paradoxalement,
05:17et de façon très burlesque, je dirais,
05:20c'est l'accusation qui le cite comme témoin.
05:22Au soutien de son propre argument contre l'accusé qui reste...
05:26Alors que lui, son objectif, c'était de montrer qu'il n'était pas seul.
05:28C'est ça.
05:30Mais en fait, son témoignage contribuera à maintenir qu'il n'était pas seul.
05:35Et en se rappelant quand même qu'il y a 17 appelants
05:39et que 16 s'en sont désistés.
05:41Donc, histoire de se rappeler quand même qu'il y en avait 35 qui disaient
05:46qu'ils n'avaient pas commis un viol.
05:48Donc, les chiffres parlent d'eux-mêmes.
05:50Et puis, il y a cet individu-là qui...
05:52Alors, je ne sais pas si son appel est fondé sur la nature des faits
05:55ou sur le quantum de la peine.
05:56J'ignore tout.
05:58Mais Dominique Pellecou sera là pour dire et redire
06:01ce qu'il a vécu, en tout cas l'épisode qui nous occupe avec cet homme-là.
06:05Vous l'avez bien sûr revu, j'imagine, depuis le procès.
06:08Tout le temps.
06:08Vous le voyez souvent ?
06:09Souvent.
06:10Souvent.
06:11Quel est son état d'esprit ?
06:13Je ne sais pas.
06:14Est-ce qu'il s'en veut ?
06:15Est-ce qu'il est profondément meurtri ?
06:17Il le s'en veut, mais ça, il le s'en voulait dès le départ.
06:21Je veux dire, moi, je le rencontre en mars 21.
06:23On est déjà dans cet état d'esprit de reconnaissance des faits.
06:26On assumera, enfin, il assumera, il reconnaît, il assumera, donc pas de difficultés.
06:32Il est meurtri parce qu'il l'entend.
06:35Parce que la presse en fait l'écho de la division familiale et de la séparation mère-fille.
06:41Le fait que Caroline, sa fille, ne parle plus à sa mère, ça le meurtrit.
06:45Bien sûr.
06:46Mais c'est l'éclatement de la famille qui le meurtrit.
06:49Il sait que c'est de sa faute.
06:51C'est incontestablement sa faute.
06:52Mais il aurait pu penser et envisager que les enfants et la maman restent un clan uni face à lui.
07:00Mais de voir que même au sein de ce clan uni, ça se divise, c'est compliqué pour lui, tout à fait.
07:05Béatrice Davarro, vous allez rester avec nous.
07:07On va échanger avec les auditeurs qui ont des questions à vous poser.
07:09Défendre l'indéfendable, vous le disiez, ça peut choquer.
07:12On va en parler et puis on évoquera aussi ces mises en examen par le pôle cold case
07:18qui concerne Dominique Pédico.
07:20Ce sera dans un tout petit instant sur RTL.
07:21A tout de suite.
07:22Amandine Bégaud, RTL Midi, les auditeurs ont la parole.
Commentaires