00:0013h15, Europe 1 Info.
00:03Il est 13h19 sur Europe 1, vous écoutez Clélie Mathias et c'est l'heure d'accueillir vos deux chroniqueurs du jour.
00:09Clélie, pour décrypter l'actualité de ce mercredi 3 septembre,
00:11Georges Fenech, ancien juge d'instruction et Stéphane Ligné, chef du service politique chez Valeurs Actuelles.
00:16Ravie de vous recevoir et d'entendre vos avis et opinions, Sébastien Ligné et Georges Fenech.
00:22Bonjour Clélie, heureux de vous retrouver.
00:24Bonjour à tous les deux.
00:25On parlait hier du profil des acteurs du 10 septembre, parlons des moyens d'action.
00:30William Moligné est avec nous dans ce studio.
00:32Bonjour William.
00:33Bonjour Clélie.
00:34Vous vous êtes procuré une note du renseignement qui date de lundi.
00:37Les services de renseignement qui font le point sur l'état de la contestation à une semaine de l'événement.
00:44Et déjà, commençons par cela, sur quelle ampleur du mouvement table-t-il ?
00:48Alors le premier renseignement, c'est que la perspective de démission du gouvernement
00:53n'a pas affaibli la détermination des contestataires.
00:56Bien au contraire, elle s'est renforcée.
00:58C'est en tout cas ce qu'écrivent les analyses du renseignement.
01:02A défaut de se trouver ou en tout cas de se structurer autour d'un leader,
01:06les réunions préparatoires se multiplient.
01:08Elles agrègent de plus en plus de sympathisants dans une soixantaine de départements.
01:12Surtout dans la zone ouest, c'est en Bretagne qu'il y a eu plus de la moitié des 70 réunions
01:18avec plus de 2500 personnes mobilisées.
01:21En Ile-de-France, la dynamique est aussi marquée.
01:24Montreuil, dimanche soir, une assemblée générale a rassemblé 150 personnes.
01:28Une centaine de personnes au même moment dans le 19e arrondissement.
01:32Alors c'est vrai que beaucoup d'échanges se passent sur les messageries cryptées.
01:36C'est difficile donc d'avancer un chiffre de manifestants sur le terrain.
01:41Le renseignement territorial s'y risque et table sur une mobilisation
01:45à hauteur de 100 000 manifestants pour mercredi prochain.
01:50Ce qui n'est pas non plus un raz-de-marée
01:51parce qu'on est sur des chiffres comparables à un 1er mai classique.
01:55Et quels sont les moyens d'action anticipés ?
01:58C'est toute la difficulté de la lecture du renseignement.
02:02Il y aura bien des manifestations traditionnelles
02:04déposées en préfecture dans plusieurs départements.
02:07Une quarantaine recensées d'ores et déjà au total.
02:10Mais ce n'est pas là que tout va se jouer.
02:13Le renseignement redoute surtout des actions de blocage,
02:16voire de sabotage.
02:17Des petits groupes très mobiles, peu nombreux,
02:19une quinzaine, vingtaine d'individus
02:20qui vont sans doute cibler de façon clandestine
02:24des sites ou des axes stratégiques,
02:26des dépôts pétroliers, des autoroutes, des aéroports,
02:30des voies ferroviaires.
02:31Bref, plein de nœuds logistiques.
02:33Et c'est assez nouveau.
02:35Les industries de défense sont aussi une cible potentielle.
02:38Il y a des appels à des actions de sabotage
02:40contre les sites industriels stratégiques
02:42pour contester l'engagement militaire de la France à l'étranger.
02:46Et ce mouvement semble noyauté par l'extrême gauche,
02:48l'ultra-gauche.
02:49Et oui, parce que le nombre de participants
02:52issus de l'ultra-gauche augmente.
02:54Exemple, à Nantes et à Rennes,
02:56le pilotage de la mobilisation est désormais
02:58entre les mains des insoumis et de la mouvance de l'ultra-gauche,
03:02qui a pris le lead lors de ces réunions préparatoires,
03:05avec beaucoup de méfiance et une forme de sectarisme.
03:08À Obna, en Ardèche, jeudi dernier,
03:10des participants ont même été exclus d'une réunion
03:13parce qu'ils ne pouvaient pas justifier
03:15d'une appartenance politique de gauche.
03:18En fait, l'incertitude pour le 10 septembre,
03:21c'est le degré réel d'implication de la société civile.
03:24Et c'est ce qui en fera, ou non, un mouvement populaire.
03:28Pour l'instant, on y est encore assez loin
03:30parce que la dynamique repose essentiellement
03:32sur des militants associatifs, politiques,
03:36la mouvance d'ultra-gauche et certaines fractions syndicales.
03:40Merci beaucoup, William Molinier, pour Europe 1.
03:42C'est très intéressant, justement,
03:43d'étudier à une semaine du mouvement ce qu'il va en être.
03:46Ça peut encore bouger, parce que le 8 septembre,
03:49en plus, il y a ce vote de confiance.
03:52Et donc, les dernières mises à jour du renseignement
03:54auront lieu quelques heures avant le 10 septembre.
03:58Alors justement, c'est intéressant
03:59qu'on va en débat de Georges Fenech, Sébastien Ligné.
04:01Georges Fenech, on semble loin quand même.
04:04Encore à une semaine de l'événement.
04:06Et puis, on le rappelle, William l'a dit,
04:08tout peut encore bouger.
04:09Mais on semble s'éloigner, en tout cas,
04:12des premières revendications du bloc en tout
04:14qu'on a pu entendre et voir,
04:16remonter cet été.
04:19Je crois qu'il s'est passé quand même
04:20un élément majeur, c'est le fait
04:23que nous savons aujourd'hui
04:24que le 10 septembre, M. Bayrou
04:27ne sera certainement plus au gouvernement,
04:29le Premier ministre.
04:31Donc, cette manifestation,
04:33elle tombe un peu, je dirais, à plein.
04:35Sauf qu'on peut imaginer,
04:37mais ça, les renseignements ne le disent pas,
04:39manifestement, c'est que c'est une manifestation
04:41qui pourrait alors viser directement
04:43le chef de l'État.
04:44Puisqu'il n'y aura plus de Premier ministre,
04:46on ne saura même pas s'il y aura
04:47un Premier ministre intérimaire désigné,
04:49peut-être reconduit, on ne sait pas.
04:52Mais moi, je ne vois pas du tout,
04:55aujourd'hui, un mouvement de l'ampleur
04:57des gilets jaunes s'installer.
04:59On verra, on verra ce qui va se passer.
05:01Mais ça ne se décrète pas.
05:02Ça ne se décrète pas.
05:04C'est très, très, très fluctuant.
05:06Une manifestation,
05:07avec la régularité,
05:09pendant presque deux ans,
05:10des gilets jaunes,
05:11c'était un moment exceptionnel.
05:13Et puis, le pays va très, très mal.
05:16Comment, à part une ultra-gauche
05:18qui a comme ambition,
05:21avec LFI,
05:22de provoquer le chaos,
05:23on ne voit pas comment des Français
05:24raisonnables,
05:25disons, entre guillemets,
05:27rajouteraient du chaos
05:28à la situation actuelle.
05:30Voyez-vous ?
05:31Donc, je pense que...
05:33Bon, on va voir comment ça va se passer
05:34le 10 septembre.
05:36Oui, le 8 et le 10, d'ailleurs.
05:38Voilà.
05:39Et puis, n'oublions pas que le 12,
05:40c'est une autre date.
05:41Le 12, les notations.
05:44Donc, voilà.
05:45On va vivre une séquence
05:46un peu compliquée.
05:47C'est pas s'aligné avec quel...
05:49j'allais dire objectif ?
05:51Et Georges Penech l'a dit.
05:53Maintenant, on change un peu.
05:54François Bayrou risque de tomber lundi.
05:56Donc, quel est l'objectif ?
05:57Quelles seraient les revendications
05:59de ces manifestants
06:00le 10 septembre,
06:02deux jours après ?
06:03Vous lisez dans les pensées,
06:04parce que c'est exactement
06:05ce que j'allais dire.
06:06Depuis le départ,
06:07en fait, dès que les premiers messages
06:09sur les groupes des réseaux sociaux
06:11sont apparus,
06:11je me suis tout de suite posé la question
06:12mais quelle est la revendication première
06:14au-delà de l'aspect politique ?
06:15C'est-à-dire, quel est le but social
06:17de ce mouvement
06:18au-delà de l'aspect
06:19on bloque tout
06:19et on fout le bordel ?
06:21Vous exprimer une certaine colère aussi, peut-être.
06:23Oui, mais parce que si on reprend
06:24les derniers mouvements de contestation
06:25un petit peu d'ampleur,
06:26on a parlé de l'ouest de la France,
06:28on se rappelle des bonnets rouges
06:30en Bretagne,
06:31il y avait cette question
06:32de la taxe routière.
06:35Sur les gilets jaunes,
06:36le point de départ,
06:37il y a eu la question symbolique
06:39des 80 km heure,
06:40il y a eu la question de l'essence,
06:41ce sont des aspects matériels,
06:44c'est quelque chose
06:44qu'on peut palper,
06:45qu'on peut comprendre
06:46et sur lequel
06:47une mobilisation citoyenne
06:48peut se greffer.
06:50Là, derrière ce mouvement
06:50boulot-contout,
06:52j'ai du mal à voir
06:54l'aspect matériel,
06:55la revendication symbolique
06:57qui pourrait allumer la mèche
06:58d'un mouvement d'ampleur.
06:59C'est-à-dire qu'évidemment
07:01qu'il y a un ras-le-bol
07:02collectif généralisé
07:04dans l'opinion publique
07:05qui n'est pas seulement
07:06dirigé contre
07:07les responsables politiques
07:09mais qui est une contestation
07:11économique,
07:12qui est une contestation
07:13démocratique,
07:14qui est une contestation
07:15médiatique même.
07:17Et donc là,
07:18on a du mal à voir
07:18pourquoi d'un coup
07:19il y aurait un effet de mèche
07:21qui partirait.
07:22D'autant plus que,
07:23comme Georges l'a dit,
07:24l'aspect politique
07:25est en train d'évoluer.
07:26Et je pense qu'en réalité,
07:27le soutien de LFI
07:31à cette mobilisation
07:31a mis fin
07:32à toute possibilité
07:34de déclenchement
07:35d'une mobilisation
07:36d'ampleur.
07:36C'est-à-dire que,
07:37et c'est très intéressant
07:37ce qu'il y a rappelé
07:38dans ces renseignements
07:39quand on nous explique
07:39que vous avez des citoyens
07:41qui sont interdits d'accès.
07:42Oui, parce qu'il y a malgré tout
07:43une colère
07:44et certaines personnes
07:45qui veulent exprimer
07:46un mécontentement.
07:48Donc est-ce que cette politisation,
07:49il faut la regretter ?
07:50Moi je pense qu'il faut
07:51une mobilisation citoyenne
07:53à partir du moment
07:54où elle est politisée,
07:55c'est terminé.
07:55Et c'est exactement
07:56ce qui s'est passé
07:57au moment des Gilets jaunes.
07:58À partir du moment
07:59où vous avez eu
07:59certains groupes politiques
08:00qui ont tenté
08:01de récupérer l'affaire,
08:03le mouvement citoyen
08:05a changé de nature.
08:06C'est-à-dire qu'on est passé
08:06des gens
08:07qui se mobilisaient
08:09en dehors
08:09de leur temps de travail
08:10sur les ronds-points
08:11près de chez eux,
08:12un espèce de mouvement
08:14très rapidement récupéré
08:15par l'ultra-gauche.
08:16On a eu ce phénomène
08:17des casseurs,
08:17ce phénomène de
08:18on monte à Paris,
08:19on essaye d'aller chercher
08:19le président de la République.
08:21Vous avez vu ce que vous a dit
08:22William Molinier,
08:23les informations d'Europe 1
08:25auprès du renseignement,
08:26il peut y avoir des actions
08:27qui peuvent avoir
08:29des conséquences.
08:30Bien sûr,
08:30mais un mouvement citoyen,
08:32s'il est récupéré
08:33par une base politique
08:34que l'immense majorité
08:35des Français rejettent,
08:36pour moi c'est terminé.
08:37On perd le sens premier
08:39de la mobilisation.
08:40On reste ensemble,
08:41on continue notre débat,
08:43on reviendra bien sûr
08:43sur la politique.
08:44Vous avez certainement lu
08:45cette grande interview
08:46que donne Nicolas Sarkozy
08:47au Figaro.
08:48Il tire à boulet rouge
08:49sur François Bayrou,
08:50sur Emmanuel Macron
08:51et même sur les choix
08:52de Bruno Retailleau
08:53et de sa famille politique.
08:54On s'entretiendra
08:55avec une personne
08:56qui le connaît bien,
08:57son ancienne plume,
08:59Camille Pascal.
09:00Restez bien.
Commentaires