00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h09, Benjamin Glaze.
00:04Sud Radio, c'est à la une François Bayrou qui marche sur des oeufs.
00:08Le Premier ministre tente de se justifier après avoir dénoncé le confort des boomers.
00:12La génération du baby-boom qu'il accuse d'avoir creusé la dette.
00:16Hier, il a soutenu qu'il ne voulait pas cibler les retraités tout en les appelant à être en première ligne pour protéger les plus jeunes.
00:22Bonjour Nicolas Marques.
00:24Bonjour Benjamin.
00:25Et économiste, directeur général de l'Institut économique Molinari.
00:29Merci d'être avec nous ce matin sur Sud Radio parce qu'on a besoin de comprendre.
00:33La sortie de François Bayrou, elle fait énormément réagir.
00:36Elle pose une question, celle de savoir si la génération née dans l'après-guerre est véritablement une génération de nantis.
00:43Est-ce que c'est une génération dorée ? Est-ce que les boomers sont des privilégiés ?
00:47Nicolas Marques.
00:49Alors quand on regarde les chiffres, ce n'est pas ce qu'on voit.
00:51En fait, le retraité moyen, il a 29 400 euros de pouvoir d'achat par an, par personne.
00:59C'est exactement la même chose que le français moyen.
01:01Le français moyen, quand on prend les enfants, les moins jeunes, ceux qui commencent à rentrer sur le marché du travail et les retraités,
01:09il a 29 600 euros de pouvoir d'achat.
01:11Donc le pouvoir d'achat du boomer, du retraité moyen, il est 1% inférieur à celui du français moyen.
01:19Donc quand Bayrou dit que ce sont des nantis, il n'a pas regardé les chiffres.
01:24Il n'utilise pas ce terme-là, c'est moi qui l'utilise effectivement, mais d'une certaine manière, il parle de privilèges.
01:29Quand il parle du confort des boomers, clairement on est dans ce registre-là.
01:36Oui, on est dans ce registre-là, mais le retraité moyen, il touche, ou plutôt il a un pouvoir d'achat qui est 11% inférieur à l'actif moyen.
01:46Donc si on dit ou laisse entendre que les retraités sont des nantis, à ce moment-là, les actifs sont des nantis.
01:53Pour avoir l'impression que les retraités sont des nantis, il faut les comparer par rapport aux chômeurs.
02:00Le retraité moyen, il a un pouvoir d'achat de 34% supérieur à celui du chômeur moyen.
02:06Mais on sait tous que le chômeur n'est pas un nantie.
02:09Donc agiter les retraités serait des privilégiés des nantis, c'est quelque chose qui n'est pas vrai économiquement parlant.
02:20Et ça nous écarte des vrais enjeux.
02:22Les seuls reproches qu'on puisse faire aux boomers, c'est que politiquement parlant,
02:27ils n'ont pas créé le consensus pour réévoluer le financement des retraites.
02:31En France, les retraites sont financées à 95% en répartition.
02:37Et la répartition, vous savez, c'est qu'on prend des cotisations aux uns pour les redistribuer tout de suite.
02:40On ne place rien, donc ça crée moins de richesses.
02:44Et comme les boomers ont fait moins d'enfants que leurs aînés,
02:47on aurait dû faire évoluer ce mode de financement parce que si vous avez une natalité qui baisse
02:53et si vous n'avez pas de sommes placées pour faire de belles retraites,
02:57vous allez mécaniquement avoir des difficultés à financer les retraites.
03:01Et ça, c'était très bien vu en 1945.
03:03Le législateur, quand il généralise la répartition, il dit
03:06« Attention, ça sera coûteux, on aura des problèmes »
03:10parce que tout ça, ça dépend de la natalité et elle ne sera pas forcément au rendez-vous.
03:17Et si on a des retraites trop généreuses, ça fera peser un poids économique trop élevé sur les actifs.
03:22Donc la vraie erreur des boomers, ce n'est pas d'être des nantis,
03:25c'est qu'ils ont eu moins d'enfants et que politiquement parlant,
03:28dans les années 70, 80, 90, on aurait dû faire évoluer plus rapidement le financement de nos retraites
03:35pour ajouter plus de capitalisation.
03:37Ça, on ne l'a pas fait.
03:37Alors, on parle du pouvoir d'achat, vous parlez des retraites aussi,
03:40puisque effectivement, c'est un des enjeux, une des questions qui revient le plus
03:44quand on parle de ce sujet-là.
03:47Il y a aussi d'autres critères.
03:49Il y a l'accès à la propriété, il y a l'accès à l'emploi.
03:53Peut-être qu'on peut parler de ça aussi.
03:56Oui, c'est vrai que parmi les boomers,
03:59certains s'en sortent mieux parce qu'ils ont accédé à la propriété.
04:01Et parmi les boomers, certains s'en sortent mieux
04:05parce qu'ils ont constitué une épargne
04:08qui permet de compléter leur retraite.
04:11Parce que quand on regarde le pouvoir d'achat du boomer,
04:14la retraite telle qu'elle est versée par le régime général,
04:18la CNAV et puis les régimes complémentaires,
04:20c'est un élément important.
04:22Mais pour avoir un bon pouvoir d'achat,
04:25il faut le compléter par un patrimoine.
04:27Donc le vrai sujet, c'est quoi ?
04:28Qu'est-ce qu'on fait pour que tous aient plus facilement
04:33la possibilité de se constituer un patrimoine ?
04:36Il y a notamment la résidence principale qui est quelque chose de clé.
04:40Et on est dans un pays où tout ce qui est foncier est très bridé,
04:45tout ce qui est réglementation sur la construction est très coûteux.
04:47Et donc on a des coûts d'acquisition très élevés.
04:50Donc ça, il faudrait libéraliser pour faire en sorte que les plus jeunes
04:55aient la possibilité de devenir propriétaires plus facilement.
04:59Et surtout, il faudrait généraliser de l'épargne-retraite pour tous.
05:04C'est déjà le cas dans la fonction publique.
05:07Tous les fonctionnaires cotisent de façon obligatoire
05:10un gros fonds de pension qui s'appelle l'établissement de retraite additionnel
05:13à la fonction publique avec une cinquantaine de milliards placés
05:16qui font des petits, qui rapportent des dividendes, des plus-values,
05:19qui sont partagés entre tous les fonctionnaires.
05:22Il faudrait faire exactement la même chose dans le secteur privé.
05:25Et c'est ça les vrais enjeux.
05:27Lorsque François Béroud dit que les boomers sont des dentis,
05:31il commet une erreur économique, au-delà de l'erreur politique,
05:35parce que les boomers électoralement, ça pèse un poids très significatif.
05:39Ce sont eux qui votent majoritairement.
05:42Et oui, ce sont eux qui votent.
05:43Et ils se détournent.
05:44Ils détournent des vrais problèmes.
05:45Il n'a rien à gagner, au contraire, il a tout à perdre ici.
05:50Oui, il a tout à perdre.
05:52Et vous voyez, le sujet, ce n'est pas les avantages dont bénéficiaient les boomers.
05:59Le vrai sujet, c'est que pour avoir des retraites généreuses au XXIe siècle,
06:04avec une natalité qui baisse, il faut avoir des capitaux.
06:09Parce que s'il y a moins de personnes pour travailler
06:12et pour apporter de la recette pour les retraites, il faut faire travailler de l'argent.
06:18Et Béroud, dans son logiciel, il devrait pouvoir dire ça.
06:23Il devrait pouvoir tracer.
06:25Il aurait pu tracer des voies positives.
06:27Il aurait pu dire, voilà, il faut généraliser la capitalisation collective.
06:30On l'a fait pour les fonctionnaires, c'est François Fillon qui l'a fait en 2003,
06:34en créant ce gros fonds de pension, les RAF, dont je vous parlais,
06:37qui est une réussite.
06:38Tous les partenaires sociaux le co-gèrent, les performances sont très bonnes.
06:42Pourquoi on ne fait pas la même chose pour les salariés du privé ?
06:45C'est un enjeu.
06:45Il y a des endroits, pas.
06:48Je l'entends, Nicolas Marquise.
06:49Je voudrais vous poser quand même une dernière question,
06:52puisque là, on a bien compris effectivement les réponses que vous proposez
06:55pour faire face à cela.
06:57Il y a aussi autre chose que dit François Bayrou.
06:59Il dit que les jeunes sont réduits en esclavage.
07:01C'est l'expression qu'il utilise pour rembourser la dette décidée
07:05par les générations précédentes.
07:06Là aussi, c'est un point important.
07:08Si on le suit, ce seraient les boomers qui auraient creusé la dette.
07:12Est-ce que c'est vrai ça ?
07:13Est-ce que ce sont eux, spécifiquement, qui ont brûlé la caisse ?
07:18C'est l'attentisme des pouvoirs politiques.
07:21Et c'est l'incapacité collective à créer un consensus.
07:25À partir de la fin des années 70,
07:26vous avez toute une série de magnifiques rapports publics
07:29qui vous disent que la France vieillit, c'est un gros problème,
07:31ça va faire dériver nos finances publiques.
07:33C'est exactement ce qu'on voit aujourd'hui.
07:35Nos finances publiques, elles n'ont plus été équilibrées que 1974.
07:391974, c'est la fin du baby-boom.
07:41Ce n'est pas un hasard.
07:42C'est-à-dire qu'on avait un mode de financement de l'État et des administrations
07:48qui était bon quand la natalité était importante.
07:51Parce que plus de natalité, 20 ans après, ça vous fait plus d'actifs
07:55et donc plus de rentrées fiscales.
07:57Le vrai sujet, c'est que ça, ça a changé et qu'on n'a pas fait évoluer.
08:02Et d'ailleurs, vous voyez le débat actuel.
08:04On raisonne toujours, il faut plus de fiscalité pour financer des services collectifs.
08:09Il y a toute une série de pays où il y a des recettes plus fiscales.
08:11Vous allez dans les pays du Nord, il y a des grands fonds souverains.
08:15Vous allez à Singapour, il n'y a pas de pétrole, mais il y a des fonds souverains.
08:20Et même en France, regardez, il y avait des administrations qui financent des dépenses de façon très maligne.
08:25La Banque de France, comment elle finance ses retraites pour éviter que ses comptes soient dans le rouge ?
08:31Ils ont un grand fonds de capitalisation.
08:32Ils ont placé des capitaux et les retraites ne sont pas un sujet.
08:35Parce que quand vous êtes une administration, quand vous êtes un pays qui pense le temps long et qui s'adapte,
08:43vous surmontez les crises.
08:45Le vrai problème, c'est qu'on a procrastiné en France
08:48et qu'on a retardé la généralisation de la capitalisation pour financer les retraites.
08:53Et ça, c'est délétère.
08:54Vous allez aux Pays-Bas, il n'y a aucun problème à financer les retraites.
08:57Vous allez en Suisse, il n'y a aucun problème à financer les retraites.
08:59Si on était un pays moyen comme nos voisins,
09:03on aurait 100 milliards d'euros par an en plus pour financer les retraites.
09:08Liés aux intérêts, sans faire appel aux impôts.
09:10Merci à vous Nicolas Marquez, je suis obligé de vous couper, effectivement.
09:13Parce que le temps passe vite.
09:15Je rappelle, vous êtes économiste, directeur général de l'Institut économique Molinari.
09:19Merci pour ces explications.
09:21On fait un point très rapide sur la question du jour.
09:23puisque ça concerne le sujet qu'on vient d'évoquer.
09:25Les retraités sont-ils les privilégiés ?
09:27Que répondent nos auditeurs, Laurie ?
09:28Eh bien non, à 80%, oui à 17%.
Commentaires