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  • il y a 6 mois

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00:00Il est 7h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin l'économiste Philippe de Sertine.
00:05Bonjour Philippe de Sertine.
00:07Bonjour.
00:08Auteur de l'Horizon des possibles à votre dernier ouvrage aux éditions Robert Laffont.
00:12Est-ce que la crise politique va se transmettre à l'économie française ?
00:16On se pose la question avec vous ce matin, deux jours après l'annonce surprise de François Bayrou d'un vote de confiance coup près
00:21qui aura lieu le 8 septembre et qui a pris tout le monde de cours.
00:24On a eu instantanément, Philippe de Sertine, deux alertes, un boursier d'abord et obligataire.
00:30Donc sur le CAC 40 qui depuis 48 heures est en train de dévisser.
00:33Et sur le titre de dette française, l'OAT comme on l'appelle a 10 ans qui a fait un bond au-delà de 3,5%.
00:39C'est beaucoup et depuis ça ne revient pas.
00:41Que sanctionnent d'après vous les marchés dans l'annonce de François Bayrou, Philippe de Sertine ?
00:46En réalité, la crise politique provient d'un problème économique, c'est-à-dire du fait que nos finances publiques sont tellement déséquilibrées
00:54et que la dette qui en découle risque de devenir intenable, hors de contrôle pour reprendre les termes de la Cour des Comptes française.
01:03Nous avons une crise politique, c'est-à-dire au fond le monde politique ne veut pas assumer les mesures que cela signifie.
01:09Et cela entraîne une crise financière, c'est-à-dire un désaveu des marchés, un désaveu des investisseurs qui détiennent de la dette française,
01:18considérant que c'est un placement sûr et considérant peut-être que justement ce statut peut changer rapidement et donc qu'ils vendent cette dette.
01:26C'est une spirale qu'il ne faut surtout pas enclencher parce que l'on sait qu'elle est très difficile à arrêter lorsque vraiment elle devient, on va dire, ce que l'on appelle une crise en tant que telle.
01:35C'est-à-dire par exemple le fait qu'une spéculation se mette en place sur la dette et que là pour le coup des fonds hostiles pourraient rentrer dans la danse
01:43et occasionner véritablement des très grands dommages économiques.
01:47Mais est-ce qu'on n'est pas, ceci dit, à entrer dans une espèce de routine de l'instabilité politique ?
01:52On se trimballe ça quand même depuis plus de 15 mois, depuis la dissolution, Philippe Dessartine ?
01:58Alors d'abord, quand vous dites cette routine, cette routine ne signifie pas à chaque fois qu'on revient au point précédent.
02:04C'est-à-dire que la dégradation se fait de plus en plus sensible.
02:07Le fait d'avoir eu une dissolution qui s'est traduite par un échec ou en tout cas par une instabilité politique,
02:14puis la chute d'un gouvernement a fait que peu à peu nos taux d'intérêt qui étaient autrefois plutôt proches des taux allemands
02:21sont maintenant au-dessus de pays considérés comme plus risqués autrefois, l'Espagne, le Portugal, la Grèce
02:27et que désormais nous sommes en train de rattraper à toute allure l'Italie, considérée comme le pays le plus fragile de la zone euro
02:34et que le ministre de l'économie l'a évoquée, nous allons probablement payer notre dette plus chère que l'Italie.
02:41Il faut être très clair par rapport à nos concitoyens.
02:44La raison pour laquelle la crise ne s'est pas déclenchée depuis longtemps, en dépit de cette instabilité chronique, c'est la zone euro.
02:51Nous n'avons pas notre monnaie, nous avons une monnaie d'une zone économique
02:56qui est, avec un déficit public faible, moins de 3% en moyenne, avec une dette publique qui est contenue
03:04alors qu'évidemment, dans cette zone euro, il y a la France qui déséquilibre l'ensemble.
03:09Attention évidemment, parce que la France est la deuxième économie de la zone euro,
03:13si sa dette devient une dette absolument hors de contrôle, alors à ce moment-là,
03:19non seulement la France peut se retrouver en difficulté, c'est-à-dire une spéculation contre sa dette,
03:24mais cette spéculation pourra s'étendre à la zone euro
03:27et pourrait évidemment occasionner de très grands dommages dans la finance mondiale.
03:31Donc c'est cela aujourd'hui qui inquiète.
03:33Une crise financière survient tout le temps de manière brutale,
03:37tout le temps quand on a pensé jusque-là que tout allait bien
03:40et que finalement, ceux qui lançaient les alertes avaient tort.
03:43Oui, c'est vrai.
03:44Alors Eric Lombard, ministre de l'économie, a dit hier aussi, Philippe de Sertines,
03:47ne pas pouvoir exclure une intervention du FMI pour la France.
03:52Alors il dit ça pour faire peur ou vraiment il y a un risque de mise sous tutelle de la France ?
03:57Non, non, je dirais la question n'est pas de se faire peur,
03:59la question est de comprendre les mécanismes techniques.
04:02Tout ça, ce ne sont pas des fantasmes, ce sont des mécanismes techniques.
04:06Le problème de la dette française, c'est qu'elle est détenue en majorité par des investisseurs étrangers.
04:12La raison pour laquelle le FMI intervient dans une crise financière,
04:16c'est pour éviter la propagation d'une crise au-delà des frontières du pays concerné.
04:21Dans les précédentes crises de la zone euro, notamment la Grèce, l'Espagne, le Portugal,
04:26c'est une troïka qui intervient, c'est-à-dire la Commission européenne,
04:30la Banque centrale européenne qui a un rôle très important de garantie de la dette,
04:35mais le FMI en complément parce que ces deux organismes peuvent n'être pas suffisants
04:40pour casser, on va dire, les mécanismes de défiance et de spéculation.
04:44Dans le cas de la France, ce serait encore plus vrai,
04:47parce que la France, deuxième économie européenne en grave difficulté,
04:52cela signifierait un affaiblissement de la BCE et un affaiblissement de la Commission.
04:56Par conséquent, là, on a besoin d'un contre-feu très fort.
05:00Le FMI est exactement dans cette logique pour empêcher la propagation de l'incendie
05:05sur les détenteurs de dettes extérieures.
05:08Attention, évidemment, cela ne veut pas dire pour autant
05:10que les mesures qui sont prises alors sont des mesures douces.
05:14Au contraire, on a des mesures très dures, imposées,
05:17et des mesures dans lesquelles, là, cette fois, le politique français,
05:20le politique national n'a plus la possibilité d'interférer.
05:24Dans votre dernier livre, Philippe de Sertines,
05:27vous écrivez que nous sommes en train de fermer un méga-cycle de domination de l'Occident.
05:31Alors, est-ce que, selon vous, ce qui se passe en ce moment sur la crise française de la dette
05:35s'inscrit dans ce grand mouvement historique que vous décrivez ?
05:39On va dire que c'est tout à fait les caractéristiques de cette fermeture de méga-cycle
05:44qu'entre parenthèses, on retrouve de façon quasi identique,
05:47mais à beaucoup plus grande échelle, aux Etats-Unis.
05:49C'est comme cela que, dans l'histoire, se produise toujours la fin des grands empires,
05:55le moment où la monnaie est utilisée, on va dire, à la fin de la fin par le politique
06:00pour essayer de penser qu'on est encore riche, alors qu'en réalité, on est en train de s'appauvrir.
06:05Du point de vue français, c'est la raison pour laquelle il faut nous reprendre très vite en main
06:10pour comprendre que cette situation, en effet, nous amène sur une pente extrêmement dangereuse.
06:15On l'a frôlé à plusieurs reprises dans notre histoire,
06:17et même à certains moments, on a malheureusement connu les conséquences d'une telle évolution.
06:23À chaque fois, ces conséquences sont dramatiques et sont sensibles par toute la population.
06:27Merci beaucoup, Philippe de Sertines, très inquiétant, mais quand même très éclairant ce que vous venez de nous dire.
06:32Je rappelle le titre de votre ouvrage, L'Horizon des possibles, paru aux éditions Robert Laffont.
06:36Bonne journée à vous.
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