00:00Il est 7h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le politologue et chercheur au CNRS et au CWIPOF, Bruno Cotteres.
00:08Bonjour Bruno Cotteres.
00:10Bonjour Dimitri Pavlenko.
00:12Bruno, François Bayrou va donc engager la responsabilité de son gouvernement le 8 septembre, c'est lundi, dans deux semaines, devant le Parlement, en session extraordinaire avec un discours de politique général.
00:24Et alors, tout ce que la presse lui pronostique ce matin, c'est un échec. Est-ce que c'est un suicide politique organisé par François Bayrou lui-même, auquel on va assister d'après vous ?
00:35Il y a deux hypothèses. La première hypothèse, c'est que le Premier ministre pensait, au vu peut-être de discussions pendant l'été, que des députés socialistes ou peut-être même le Rassemblement National se laisseraient convaincre, au fond, d'adhérer à l'idée d'un principe de réduction de nos dépenses,
00:52en tout cas d'accepter le plan d'ensemble, comme dit François Bayrou. Et puis la deuxième hypothèse, c'est effectivement qu'il a mesuré et qu'il n'obtiendrait pas la confiance et qu'il n'obtiendrait pas un vote sur son budget ou sur le plan d'économie.
01:06Et donc François Bayrou préférerait partir, au fond, en affirmant clairement ses choix, en étant fidèle, au fond, à son discours sur la réduction des déficits publics, ne cherchant peut-être même plus du tout à obtenir l'adhésion de certains députés, socialistes en particulier, ou du Rassemblement National.
01:27Donc en substance, c'était un qui-tout-double, provoquer un sursaut, une réaction, celle qu'il souhaitait, une prise de conscience sur le surendettement de la France,
01:37ou bien partir en lanceur d'alerte incompris, avec peut-être en arrière-pensée, cette idée de revenir peut-être pour la présidentielle.
01:47Vous pensez, Bruno Cotteres, qu'il y avait ça aussi dans la tête du Premier ministre ? Enfin, qu'il y a ça actuellement, tout n'est pas joué.
01:53Voilà, je ne sais pas s'il serait intéressé par la présidentielle. Vous savez qu'au centre et au centre droit, il y a déjà beaucoup, beaucoup de candidatures potentielles.
02:02Mais en tout cas, que le Premier ministre pense pouvoir, au fond, poser un acte pour lui qui le rapprocherait de certains de ses modèles politiques.
02:11On a vu, par exemple, hier, dans les questions-réponses avec les journalistes, qu'il était plutôt flatté, que l'on pense à Pierre Mendes France comme exemple auquel François Bayrou voulait se comparer.
02:20Et donc, c'est peut-être aussi de ça dont il est question. C'est-à-dire, au fond, une forme d'affirmation d'un François Bayrou qui nous dit qu'il est seul à avoir raison,
02:31qu'il a toujours eu raison, que les autres n'ont pas su s'occuper des questions de déficit public et peut-être marquer sa trajectoire politique par ce coup d'éclat de ses deux discours,
02:42celui du 15 juillet et puis celui d'hier.
02:44Qu'est-ce qui va se passer, concrètement, le 8 septembre, Bruno Cotteres ? C'est l'article 49 alinéa 1 de la Constitution qu'active le Premier ministre,
02:54avec ce discours de politique générale suivi d'un vote de confiance. S'il tombe, le Premier ministre, qu'est-ce qui se passe, concrètement, derrière ?
03:02Oui, c'est vrai que c'est une probabilité qui, aujourd'hui, est assez forte quand même qu'il tombe, notamment depuis qu'hier, les socialistes ont pris position en disant
03:11aucun moyen qu'on vote la confiance à François Bayrou, le Rassemblement national également. Donc, s'il tombe, Emmanuel Macron n'a plus que deux choix.
03:22Premier choix, nommer un nouveau Premier ministre est charge à lui de trouver un gouvernement, une majorité, et on repart sur des discussions,
03:32et le problème n'est pas réglé, puisqu'il n'y aura pas de majorité. Mais c'est peut-être une personnalité qui dira que François Bayrou avait des idées justes,
03:41mais qu'il faut peut-être y aller en tendance et moins d'économie que ce que François Bayrou proposait,
03:47ou d'autres types de mesures, ou de dissoudre l'Assemblée nationale, et qu'on repartirait à ce moment-là pour de nouvelles élections législatives.
03:56Dans les deux cas de figure, de toute façon, la situation sera très compliquée. Premier cas de figure, nouveau Premier ministre.
04:02Rappelons que ça ferait notre septième Premier ministre depuis qu'Emmanuel Macron a été élu en 2017,
04:09c'est-à-dire sept premiers ministres en même pas dix ans de pouvoir. Ça ferait beaucoup.
04:13Et puis s'il y a une dissolution, ça nous fera notre troisième élection législative de suite, 2022-2024, 2025-2026,
04:20en même pas trois ans, ce qui aussi serait perçu par tous les acteurs financiers, politiques, européens et internationaux,
04:28comme un signe de très grande instabilité en France.
04:31Christophe Lamarre, dans son journal sur Europe 1, il y a quelques minutes, rappelait quand même que,
04:35lors de ce vote de confiance, le comptage va être quand même assez particulier.
04:39On va compter les votes pour, on va compter les votes contre.
04:42S'il y a abstention du député au moment du vote, ça n'est pas compté.
04:47Est-ce qu'il est possible que, il y ait des partis qui jouent sur les mots,
04:51en nous disant qu'on ne votera pas la confiance à François Bayrou,
04:54avec peut-être la possibilité de s'abstenir et, comme ça, in extremis,
04:58de sauver la peau du Premier ministre Bruno Cotteres ?
05:01Techniquement, ça pourrait être possible.
05:04Par contre, quand on regarde les choses de près,
05:06il faudrait, par exemple, qu'il y ait sans doute au moins la moitié, par exemple,
05:11de la soixantaine de députés socialistes qui s'abstiennent pour sauver François Bayrou.
05:15Ça semble aujourd'hui très compliqué.
05:17On voit mal aussi du côté du Rassemblement national.
05:21Beaucoup de députés du RN qui, au fond, s'abstiendraient.
05:25C'est un scénario qui est techniquement possible,
05:28mais qui semble politiquement aujourd'hui quand même relativement peu probable,
05:32d'autant que le premier secrétaire du PS a clairement dit qu'il ne voyait pas
05:37comment se veut François Bayrou.
05:40Et Olivier Faure a même utilisé hier, dans un article publié dans la presse,
05:44l'idée d'une autodissolution de François Bayrou.
05:47Qu'est-ce que ça nous dit aussi du pays et de la classe politique
05:51par rapport à la situation budgétaire ?
05:53Parce que ce que pointe du doigt François Bayrou est aujourd'hui une évidence.
05:58Le sur-endettement de la France et de l'inquiétude que ça provoque à l'échelle internationale.
06:03On a l'impression, finalement, que c'est une considération qui pèse si très peu
06:07dans le jeu politique actuel, Bruno Cotter.
06:09Est-ce que ça ne compte pas, finalement, au regard de tous les partis
06:13qui ont annoncé hier qu'ils ne voteraient pas la confiance à François Bayrou ?
06:16C'est vrai que le propos de François Bayrou rappelle, par exemple,
06:21ceux du président de la Cour des comptes, des rapports de la Cour des comptes.
06:24Le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, avait parlé même
06:27de déficit public hors de contrôle en France.
06:30Par contre, ça traduit qu'en France, nous n'arrivons pas à poser
06:33un grand débat démocratique qui serait tranché, au fond, par le suffrage universel,
06:38sur les différentes solutions qui se présentent.
06:40C'est un peu l'un des éléments qui expliquent la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui.
06:47François Bayrou n'a pas non plus été validé par les urnes.
06:51Son plan, quel que soit ce qu'on pense de ce plan, est-ce qu'il est pertinent ?
06:55Est-ce que le diagnostic est bon ? Est-ce que le remède est pire que le mal ?
06:59On ne sait pas, en fond.
07:01Mais par contre, ce qu'on sait, c'est que François Bayrou n'a pas présenté
07:05l'ensemble de ce plan au suffrage universel,
07:09par exemple, lors d'élections législatives,
07:11présentant au titre du MoDem ce programme.
07:15Et donc, c'est de ça dont ça parle.
07:17C'est-à-dire que ça parle de notre très grande difficulté aujourd'hui dans le pays
07:20avant un débat politique qui puisse faire l'objet d'appréciations alternatives
07:25de projets différents et que ça soit tranché par les urnes qu'on en sorte à un moment donné.
07:29Merci beaucoup Bruno Cotteret.
07:31Je rappelle que vous êtes politologue-chercheur CNRS au Cévi-Pof.
07:34Merci d'avoir été ce matin avec nous sur Europe 1.
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