- il y a 5 mois
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, était l'invitée de France Inter vendredi 22 août. Elle appelle les Français à se mobiliser à la rentrée pour dénoncer la politique et le budget prévu par le gouvernement. Elle juge pour le moment l'appel à "tout bloquer" le 10 septembre "totalement nébuleux".
Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien
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00:00Bonjour Sophie Binet. Bonjour. Merci d'avoir accepté l'invitation de France Inter ce matin, secrétaire générale de la CGT.
00:06A quelques jours de l'intersyndicale du 1er septembre, vous allez tenter de vous entendre sur votre stratégie à l'égard du gouvernement,
00:12des mesures budgétaires auxquelles vous vous opposez. Je rappelle d'ailleurs aux auditeurs que leurs questions sont les bienvenues.
00:1801 45 24 7000. Un mot d'abord, Sophie Binet, sur ce mouvement Bloquons Tout qui est né sur les réseaux sociaux,
00:24qui appelle le 10 septembre prochain à manifester, à ne plus consommer dans les magasins, à ne plus utiliser sa carte bancaire.
00:30Est-ce que la CGT se joint à ce mouvement ?
00:33Pour la CGT, les choses sont très claires. L'heure est à la mobilisation. Nous l'avons préparée tout l'été.
00:39Nous avons lancé une pétition intersyndicale sur stopbudgetbayrou.fr. J'invite d'ailleurs toutes celles et ceux qui nous écoutent à la signer.
00:45On a déjà plus de 300 000 signatures. C'est un point important pour commencer la mobilisation.
00:49Et puis la mobilisation, pour nous, elle commence dès maintenant. Vous êtes bien placé, pour le savoir, à France Inter,
00:54puisque dès lundi, Radio France sera en grève. Le lundi suivant, c'est les hôpitaux de Paris qui vont embrayer.
01:03Ensuite, le 2 septembre, les salariés de l'énergie vont enchaîner et seront en grève.
01:08Et donc le 10 ?
01:09Eh bien, nous nous félicitons de la multiplication des initiatives de mobilisation.
01:13Ça montre la volonté d'action et la grande colère sociale.
01:17Mais est-ce que vous le soutenez ? Est-ce que vous appelez vos militants à s'y joindre à ce mouvement ?
01:22Certaines unions départementales, fédérations de la CGT, je pense à la chimie, le commerce, ont prévu officiellement de s'y joindre.
01:28Est-ce que c'est le cas au niveau fédéral ?
01:30Nous allons en débattre la semaine prochaine.
01:33Nous nous réunissons la semaine prochaine, l'ensemble des professions, l'ensemble des territoires.
01:38Nous allons en débattre, mais nous allons surtout débattre de la construction de l'ensemble du processus de mobilisation.
01:44Et puis ensuite, nous nous retrouvons en intersyndical le 1er septembre.
01:48Pour gagner, nous avons besoin de deux choses.
01:50Nous avons besoin d'abord d'être unis.
01:51C'est pour ça que, pour nous, gagner un processus de mobilisation intersyndicale, c'est très important.
01:56Donc nous voulons décider les choses ensemble le 1er septembre.
02:00Et puis nous avons besoin aussi d'un processus qui s'inscrive dans la durée.
02:04Le 10 septembre, ça peut être une étape.
02:06Mais il faut évidemment construire d'autres perspectives.
02:09Mais pourquoi c'est compliqué de s'y joindre officiellement ?
02:13Est-ce que vous êtes gêné par le flou des revendications, par le flou de l'organisation,
02:16parce que vous ne savez pas grand-chose finalement sur ce mouvement qui est né sur les réseaux sociaux,
02:20qui a grandi sur les réseaux sociaux et dont on ne sait pas finalement l'ampleur concrètement le 10 septembre ?
02:27Oui, c'est évidemment encore totalement nébuleux.
02:30Donc forcément, et sur les modes d'action et sur les revendications.
02:33Ce que nous notons, c'est que de plus en plus, ce qui ressort, c'est des revendications sociales
02:38et la dénonciation de ce budget Bayrou, ce qui rejoint tout à fait notre analyse.
02:44Après, sur le reste, les choses sont très nébuleuses.
02:47Donc c'est pour ça que nous allons en débattre la semaine prochaine.
02:51Les modes d'action sont flous.
02:53Et puis on sait que du côté des initiateurs, il y a une pluralité de points de vue.
02:58On est très vigilants sur les tentatives de noyautage et d'instrumentalisation de l'extrême droite
03:04qui, à certains endroits, essayent de développer des discours anti-syndicaux
03:08et de réorienter la colère, de faire comme si le budget était un problème
03:12parce qu'il ne prendrait pas assez d'argent aux immigrés et aux étrangers,
03:17alors que le budget Bayrou est un problème
03:19parce que, encore une fois, ce sont les travailleurs et les travailleuses qui payent
03:22et pas les rentiers et les plus riches.
03:24Mais vous n'avez pas peur de vous laisser déborder par un mouvement, finalement,
03:27que vous n'avez pas initié, comme ça a été à l'époque des Gilets jaunes, par exemple,
03:31un peu le questionnement des partis et des syndicats.
03:34Pour la CGT, la démocratie n'est jamais un problème.
03:37Pour construire une mobilisation, nous avons besoin de démocratie.
03:40C'est ce que nous faisons dans les entreprises.
03:42Donc nous n'avons pas de problème de ce côté-là.
03:45Moi, je suis venue pour passer un message.
03:48Je sais que beaucoup de celles et ceux qui nous écoutent ce matin
03:51ont l'impression de s'être parfois beaucoup mobilisés ces dernières années en vain.
03:56qu'il y a une forme de lassitude.
03:59Je le dis, on est en position de force en cette rentrée.
04:02Nous allons gagner.
04:04Grâce à notre mobilisation contre la réforme des retraites,
04:06grâce à notre mobilisation pendant les élections législatives,
04:09le gouvernement n'a plus de majorité.
04:10Emmanuel Macron n'a plus de majorité pour faire passer ces réformes.
04:14Jamais un gouvernement n'a été aussi faible à nous de jouer.
04:18Et puisque vous parlez justement d'une certaine lassitude,
04:21ou en tout cas de la peur que la mobilisation classique, entre guillemets, ne fonctionne pas,
04:23je voudrais revenir sur cette pétition que vous avez signalée,
04:27qui a rassemblé 338 000 signatures, selon le dernier décompte, en tout cas hier soir.
04:32Est-ce que vous en espérez le même succès que la pétition contre la loi Duplon,
04:35qui avait atteint les 2 millions de signatures ?
04:37Est-ce que vous y voyez aussi un renouvellement des méthodes de contestation ?
04:41Les pétitions, ce n'est pas nouveau.
04:42Non, mais celle-ci a très bien marché.
04:44En tout cas, elle a abouti à une prise de conscience médiatique, populaire,
04:48et puis à la censure partielle du Conseil constitutionnel.
04:50Tout à fait. C'est pour ça que c'est très important de signer cette pétition,
04:53stopbudgetbyrou.fr, parce que c'est la première étape de la mobilisation.
04:58Ça permet aussi de décrypter les mesures scandaleuses du budget.
05:02Parce qu'on a beaucoup entendu parler du vol de deux jours fériés.
05:05C'est un scandale.
05:07C'est travailler plus pour gagner moins,
05:08parce qu'on serait toutes et tous obligés de travailler deux jours gratuitement.
05:12Mais en plus, pour celles et ceux qui font des heures supplémentaires,
05:15ce seraient des heures supplémentaires payées en moins.
05:17Donc ça veut dire 4 heures sup, 14 heures sup en moins sur la fiche de paye.
05:22Cette mesure est très grave, mais ça a tout d'un chiffon rouge.
05:25Ça a tout d'un chiffon rouge pour occulter le reste des mesures scandaleuses du budget.
05:31C'est pour ça que sur cette plateforme,
05:32stopbudgetbyrou.fr,
05:34on décrypte l'ensemble des propositions du gouvernement
05:37qui sont toutes aussi scandaleuses.
05:38Alors revenons justement, puisque vous l'avez cité,
05:40sur la suppression envisagée de deux jours fériés,
05:42ce qui pourrait rapporter 4,2 milliards d'euros à l'État en un an.
05:48Ça pourrait être le lundi de Pâques,
05:49ça pourrait être le 8 mai, dit le gouvernement.
05:51Mais ça, ça peut être négocié, discuté justement par vous, par les syndicats.
05:55Est-ce que vous allez accepter de vous asseoir à la table et de discuter de tout cela ?
05:59Il faut arrêter de se moquer du monde.
06:00On voit bien que là, en l'occurrence, il n'y a rien à négocier,
06:04puisque le gouvernement nous dit, on supprime les deux jours fériés,
06:07vous pouvez juste choisir de quel jour il s'agit.
06:08La négociation, ce n'est pas ça.
06:11Nous, nous voulons négocier pour augmenter les salaires,
06:14parce que c'est le sujet de préoccupation numéro un.
06:17Ces annonces, elles sont indécentes,
06:19parce que la réalité, c'est que 40% des Françaises et des Français
06:23ne sont pas partis en vacances cette année.
06:26On le sait, pour celles et ceux qui sont partis en vacances,
06:28les budgets ont été encore plus serrés que d'habitude,
06:30parce que le travail ne paye plus.
06:32Donc nous, nous voulons négocier pour répondre aux exigences sociales.
06:35Nous voulons des augmentations de salaires,
06:37nous voulons enfin de la justice fiscale,
06:40nous voulons de l'argent pour nos services publics,
06:42pour préparer l'avenir, notamment en matière environnementale.
06:46Voilà ce sur quoi nous voulons négocier.
06:47Est-ce qu'il y a une relation un peu tendue qui se met en place avec le Premier ministre ?
06:52Vous l'avez accusé de passer en force, justement, sur la question des jours fériés.
06:55Il vous a répondu dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux,
07:00nommément à vous, Sophie Binet,
07:01en disant que ce n'est pas du tout un passage en force,
07:03puisque le Parlement sera consulté.
07:05Est-ce que vous êtes en train d'en faire quelque chose de personnel ?
07:09Non, le problème, ce n'est pas lui, c'est son budget.
07:11Mais là, j'ai un message à lui faire passer.
07:14Je pense qu'il faut vraiment qu'il sorte du déni,
07:16qu'il sorte la tête du sable.
07:18Sa politique, celle d'Emmanuel Macron, est un désastre.
07:21C'est non seulement un désastre social, mais aussi un désastre économique.
07:25C'est cette politique qui a vidé les caisses.
07:27C'est cette politique qui fait que nos usines ferment chaque jour.
07:31C'est cette politique qui fait que nos services publics,
07:34notamment nos hôpitaux, vont très mal.
07:36Et donc, maintenant, il faut que le Premier ministre, son gouvernement,
07:39arrête d'être les portes-serviettes du patronat et des plus riches.
07:43Est-ce que vous espérez, Sophie Binet, la censure du gouvernement à l'Assemblée nationale ?
07:46Nous, ce que nous voulons, c'est que le budget soit censuré.
07:49Parce que nous savons très bien que nous pourrions avoir un autre gouvernement
07:52qui fasse le même budget.
07:53Le problème, c'est ce budget.
07:56Et l'argument financier, finalement, au cœur de tout ça,
07:59parce qu'on a évoqué notamment la suppression de deux jours fériés,
08:01mais c'est dans un questionnement beaucoup plus large.
08:0440 milliards d'euros d'économies à faire en 2026.
08:07Si ce n'est pas ça, si ce n'est pas autre chose,
08:09on pourrait vous accuser de dire non à toutes les solutions qui sont mises sur la table.
08:14Qu'est-ce que vous proposez de votre côté à la CGT ?
08:17Mais le problème, c'est que c'est ceux qui ont vidé les caisses
08:20qui, encore une fois, aujourd'hui, nous demandent de payer la facture.
08:23Pourquoi est-ce que nos comptes publics sont en déficit ?
08:25Parce qu'Emmanuel Macron, depuis qu'il est président de la République,
08:28a multiplié les cadeaux pour les plus riches et pour les plus grandes entreprises.
08:32Les marges de manœuvre sont là.
08:33Il y a un rapport qui a été publié par le Sénat en juillet dernier
08:37qui dit qu'il y a chaque année 211 milliards d'aides publiques aux entreprises
08:42qui sont consenties sans condition ni contrepartie,
08:45que Bercy n'est même pas capable de les évaluer
08:48et que Bercy n'est même pas capable, et ne le demande pas,
08:51aux entreprises de rembourser ses aides quand elles licencient,
08:55comme Michelin par exemple,
08:56où avec de l'argent public, l'argent de nos impôts,
08:59nous avons payé des nouvelles machines pour l'usine de Cholet à Michelin.
09:04Michelin a décidé de fermer son usine de Cholet
09:08et l'État ne réclame même pas le remboursement des aides publiques.
09:11De qui se moque-t-on ?
09:12Le Sénat a publié dans son rapport beaucoup de critiques
09:14sur le manque de transparence, le manque de contrepartie
09:17à ce système d'aide aux entreprises.
09:182000 dispositifs différents, dit le rapport sénatorial.
09:21Est-ce que ça veut dire qu'il faut le remettre à plein, selon vous ?
09:23Ou est-ce qu'il faut le suspendre ?
09:25Oui, il y a des propositions dans ce rapport, d'abord,
09:28qu'il faut mettre en œuvre immédiatement,
09:30puisque le rapport propose une évaluation systématique
09:34des aides publiques, il propose de mettre en place
09:37un remboursement systématique des aides publiques
09:39quand les entreprises licencient.
09:42Il propose aussi d'arrêter progressivement
09:45un certain nombre d'aides publiques.
09:47Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui,
09:49on arrose les multinationales et on subventionne les licenciements.
09:53Mais est-ce que le risque, ce n'est pas de fragiliser
09:54le tissu économique et justement de favoriser
09:57les licenciements que vous voulez combattre ?
09:59Oui, c'est toujours l'argument permanent du chantage à l'emploi.
10:02Aujourd'hui, on voit que les entreprises n'ont jamais eu
10:05autant d'aides publiques et pour autant,
10:07qu'elles n'ont jamais autant licencié.
10:09Donc, il faut arrêter de se moquer du monde.
10:11Le problème de ces aides publiques, c'est qu'elles n'aident pas
10:13les entreprises qui en ont besoin, puisqu'on voit
10:16qu'elles sont captées par les plus grandes entreprises,
10:18qu'elles sont captées aussi par des entreprises
10:20qui ne sont pas exposées à la concurrence
10:22comme la grande distribution,
10:24qu'elles sont captées par des entreprises
10:25qui distribuent très largement des dividendes,
10:28qui rachètent même leurs actions.
10:29C'est comme si on brûlait de l'argent, en fait.
10:32C'est l'argent que nous créons par nos richesses.
10:36Et donc, évidemment qu'il faut supprimer une bonne partie
10:40de ces aides, les réorienter sur les petites entreprises
10:42et puis surtout les mettre au service
10:44de la transformation environnementale.
10:46On a eu un été qui a battu encore des records de chaleur
10:49avec de la sécheresse, des incendies massifs.
10:52Il faut qu'on prépare la transformation environnementale.
10:55Mais la refonte du système des aides aux entreprises,
10:58ce que vous appelez de vos voeux, on vient de l'entendre,
10:59ne suffirait pas à atteindre cette fameuse barre
11:02des 40 milliards d'économies budgétaires à faire.
11:05Ça, c'est vous qui le dites,
11:06puisque 211 milliards, 40 milliards d'économies,
11:09on voit qu'il y a la marge de l'œuvre.
11:10En tout cas, j'imagine que ce n'est pas une suppression totale
11:12que vous appelez.
11:13Oui, sans supprimer totalement,
11:15on peut trouver les 40 milliards largement.
11:17Vous avez la calculatrice, mais ça suffirait.
11:18Ça veut dire que pour vous, ça suffirait
11:20et qu'il n'y aurait pas besoin de chercher
11:21de piste d'économie ailleurs ?
11:22Non seulement ça suffirait,
11:23mais en plus, ça permettrait de dégager de l'argent
11:25pour financer nos services publics
11:26et la transformation environnementale.
11:28Mais nous faisons d'autres propositions,
11:30notamment le fait de taxer...
11:32J'allais justement vous poser la question.
11:33Quelles sont les autres propositions ?
11:34Taxer le patrimoine des plus riches.
11:36C'est la taxe Zuckman qui a été proposée
11:40et votée d'ailleurs à l'Assemblée.
11:41Ça permettrait de rapporter 20 milliards d'euros
11:44en taxant le patrimoine des 1 500 Français
11:46les plus riches à hauteur de 1%,
11:49enfin moins de 1%.
11:51Et donc ça, c'est très important
11:53parce qu'aujourd'hui, la France
11:55est maintenant un pays de rentier.
11:58On gagne mieux en profitant de son capital
12:00que de son travail.
12:02C'est ça le problème.
12:02Et vous comptez sur quel relais, justement,
12:04pour faire aboutir cette idée ?
12:06Sur la mobilisation.
12:08Ce qui est sûr, c'est que
12:10nous sommes en position de force
12:12et nous ne serons entendus
12:13que si nous nous mobilisons.
12:14C'est pour ça que pour la CGT,
12:17l'heure est à la mobilisation.
12:18Nous appelons les salariés
12:20à se mobiliser partout
12:21pour imposer d'autres priorités,
12:24un autre agenda.
12:25Il faut de l'argent pour nos services publics
12:28et la transformation environnementale.
12:30Il faut mettre fin au licenciement
12:33et réindustrialiser le pays.
12:35Il faut aussi abroger la réforme des retraites
12:38et augmenter les salaires.
12:39Alors, il y a un autre chantier d'importance
12:41pour les partenaires sociaux.
12:43Sophie Binet en cette rentrée,
12:44c'est la réforme de l'assurance chômage.
12:45Nouvelle réforme,
12:47on pourrait dire,
12:47puisque la précédente date de novembre 2024.
12:50Le gouvernement vous a envoyé
12:51une lettre de cadrage au début du mois d'août,
12:53vous demandant de vous mettre
12:54là aussi à la table des négociations
12:56pour trouver 2 à 2,5 milliards d'euros
12:59d'économies par an.
13:01Est-ce que c'est légitime vu le contexte ?
13:03Non, c'est juste une honte.
13:06Nous avons eu à subir 4 réformes
13:09de l'assurance chômage en 6 ans.
13:11A ce stade, c'est une obsession pathologique,
13:13donc il faut que le gouvernement se soigne.
13:16C'est des centaines de milliers
13:18de travailleuses et de travailleurs
13:20qui ont été renvoyés dans la précarité
13:22la plus totale à cause de ces réformes
13:24de l'assurance chômage.
13:26Je veux dire ici de qui on parle.
13:27On parle des jeunes qui multiplient
13:29les petits boulots
13:30et qui, passé 30 ans,
13:32n'ont même pas accès à un emploi stable.
13:33On parle de saisonnier agricole,
13:36par exemple, qui n'arrivent plus
13:38à avoir accès aux allocations chômage.
13:41On parle des salariés seniors
13:43à qui, non seulement, on dit
13:45qu'il faut travailler jusqu'à 64 ans,
13:46mais qui se font licencier
13:47par dizaines de milliers.
13:49On parle, par exemple,
13:50des assistantes maternelles.
13:51Et c'est encore à tous ces travailleuses
13:54et ces travailleurs-là,
13:54parmi les plus précaires,
13:55à qui il faudrait faire des économies.
13:57Il faut arrêter de se moquer du monde.
13:59François Bayrou, le Premier ministre,
14:01dit que la France est l'un des pays
14:02de l'Union européenne
14:03où les conditions d'indemnisation
14:04sont parmi les plus favorables
14:06et qui présentent une durée maximale
14:08d'indemnisation plus élevée
14:09que la moyenne européenne.
14:10Est-ce que vous pouvez entendre cet argument
14:12de dire que la France est bien lotie
14:15et qu'elle est capable, donc,
14:16de faire des efforts ?
14:17Non, d'abord, cet argument est faux
14:19parce que quand on compare,
14:20il faut tout comparer.
14:21Donc, pas seulement la durée
14:22d'indemnisation, mais le niveau.
14:24Par exemple, en Belgique,
14:26au Luxembourg, en Suisse,
14:27la durée d'indemnisation
14:28est beaucoup plus longue
14:29qu'en France,
14:30mais deux, trois ou quatre fois
14:32plus longue.
14:33Et pour autant,
14:34les gens ne choisissent pas
14:35d'être au chômage.
14:36Donc, il faut arrêter
14:36de faire comme si
14:38c'est en baissant
14:40les allocations chômage
14:41qu'on allait créer de l'emploi.
14:43Il n'y a aucun rapport
14:44et le résultat
14:45des quatre réformes précédentes,
14:47ça a été une violence sociale
14:49et une injustice sociale,
14:51mais ça n'a pas du tout
14:51créé de l'emploi.
14:53Ce qui est scandaleux
14:54dans les annonces
14:55du Premier ministre,
14:56c'est qu'on est dans un moment
14:57où les licenciements
14:58se multiplient.
14:59Et donc, on a non seulement
15:00un gouvernement
15:01qui laisse les entreprises
15:02licencier comme elles veulent
15:04et qui continue
15:05à leur distribuer
15:05des millions d'euros
15:06d'aides publiques,
15:07mais en plus,
15:07ce même gouvernement
15:08qui supprime
15:09les allocations chômage
15:10des demandeurs d'emploi.
15:11Alors, il y a un double objectif
15:12dans cette nouvelle réforme
15:13de l'assurance chômage,
15:14c'est bien sûr
15:14faire des économies,
15:15mais aussi favoriser
15:16le retour rapide à l'emploi.
15:19Estimons que le système actuel
15:20finalement décourage
15:21le retour à l'emploi.
15:22Alors, c'est vrai qu'on peut se dire
15:23qu'il y a des demandeurs d'emploi,
15:24il y a des secteurs
15:25qui n'arrivent pas à recruter.
15:27Est-ce qu'il n'y a pas
15:27un problème d'adéquation
15:28entre l'offre et la demande ?
15:29Est-ce que cette réforme
15:30pourrait solutionner
15:31en partie le problème ?
15:33Mais c'est le compte
15:34qu'on nous raconte
15:35à chaque fois
15:36qu'on fait une réforme
15:37de l'assurance chômage.
15:38Il suffit de regarder
15:39les chiffres.
15:41Il y a plus de 6 millions
15:42de personnes en France
15:43qui sont privées d'emplois.
15:45Les emplois dits vacants,
15:47au plus,
15:47ça serait 400 000 emplois.
15:49Donc, on voit que déjà,
15:50il y a un écart chiffré.
15:51Et surtout,
15:52ces emplois vacants,
15:52ils ne restent pas vacants
15:53très longtemps.
15:54Donc, ce n'est pas vrai
15:55que de baisser
15:57les allocations chômage,
15:59ça permet de créer de l'emploi.
16:00Si c'était le cas,
16:01dans ce cas-là,
16:02pourquoi est-ce que
16:03les licenciements
16:04repartiraient à la hausse
16:05aujourd'hui
16:05alors qu'on a enchaîné
16:06les réformes régressives ?
16:07Et comment on pourrait
16:08justement faire baisser
16:09le chômage, selon vous,
16:10selon la CGT ?
16:11Pour faire baisser le chômage,
16:13il faut avoir une politique
16:14de la demande
16:14au lieu d'avoir
16:15cette politique de l'offre
16:16qui arrose
16:17les plus grandes entreprises
16:20L'Espagne, par exemple,
16:20a eu une politique
16:21de la demande.
16:22Elle a augmenté
16:23très fortement les salaires,
16:24notamment le salaire minimum
16:25qui a très fortement
16:27augmenté ces dernières années.
16:28L'Espagne,
16:29elle crée des emplois.
16:30La dette de l'Espagne
16:31a baissé.
16:32Et la situation
16:33des travailleuses
16:34et des travailleurs espagnols
16:35s'est beaucoup améliorée.
16:36Voilà ce qu'il faut faire.
16:38Ça veut dire
16:38que vous n'allez
16:39là non plus
16:40pas accepter de négocier
16:42à nouveau,
16:42vous allez dire,
16:43sur ce point-là,
16:45comme sur la question
16:45des jours fériés.
16:46On ne discutera pas ?
16:49Nous refuserons
16:50de servir de caution
16:51aux régressions sociales
16:52que veut nous imposer
16:53le gouvernement.
16:54La négociation,
16:55nous la défendons,
16:56c'est pour aller chercher
16:57du plus pour les travailleuses
16:58et les travailleurs.
16:59Ce n'est pas pour aller
17:00négocier les miettes,
17:02sachant que là,
17:03non seulement auparavant,
17:04on nous demandait
17:05d'aller négocier les miettes,
17:06mais là, maintenant,
17:07le patronat est tellement vorace
17:08qu'il ne nous laisse
17:09même plus les miettes.
17:10Donc, il faut arrêter
17:10de se moquer du monde.
17:11Mais vous savez
17:11que si vous refusez
17:12de vous asseoir
17:13à la table des négociations,
17:14Sophie Binet,
17:14c'est le gouvernement
17:15finalement qui va décider seul,
17:16tout en disant
17:18voilà, moi j'ai proposé
17:19une discussion,
17:20les partenaires sociaux
17:20n'ont pas souhaité
17:21y participer
17:24et que ça donne le sentiment
17:26que vous n'êtes pas
17:28dans une volonté de dialogue
17:29et de conciliation.
17:30Est-ce que c'est une stratégie
17:31que vous assumez ?
17:32Le problème,
17:33c'est qu'aujourd'hui,
17:34on nous parle de dialogue social
17:35matin, midi et soir,
17:36mais en fait,
17:37tout l'inverse.
17:37Ce que pratique le gouvernement,
17:39c'est un monologue patronal.
17:41Il y a eu un accord
17:44sur l'assurance chômage
17:45qui est à peine rentré en vigueur
17:47puisqu'il n'est même pas
17:48complètement rentré en vigueur
17:49et le gouvernement
17:51qu'il avait pourtant validé
17:52il y a quelques mois,
17:53aujourd'hui,
17:53s'assoit dessus
17:54et impose une nouvelle réforme.
17:56Ce n'est pas ça du dialogue social.
17:57Il n'y a aucun respect
17:58pour les acteurs sociaux
17:59et pour les organisations syndicales.
18:02Le Premier ministre nous dit
18:03qu'il ne passe pas en force,
18:04il faut qu'il arrête
18:04de se moquer du monde.
18:05Il a fait ses annonces
18:06le 15 juillet dernier
18:07sans consulter personne
18:08et il nous dit
18:10très tranquillement
18:11qu'il va imposer
18:12à chacune et chacun d'entre nous
18:13de perdre des centaines d'euros
18:15l'année prochaine
18:16sans nous consulter
18:17à aucun moment.
18:18Est-ce que ce n'est pas un pari
18:19que vous faites finalement
18:19de dire
18:20on ne veut pas négocier
18:21parce que ce sont des miettes
18:22qu'on aurait à négocier
18:24mais cette stratégie
18:25ne fonctionne que
18:26s'il y a une forte mobilisation
18:27derrière vous,
18:28dans la rue,
18:28en ce début de mois de septembre.
18:30Ça va difficilement marcher
18:32si la mobilisation
18:34elle est moyenne.
18:34On a déjà réussi
18:36à faire échouer
18:37la précédente réforme
18:39de l'assurance chômage
18:40du gouvernement
18:41puisque Gabriel Attal
18:42voulait imposer
18:43une réforme
18:44de l'assurance chômage
18:44l'année dernière
18:45il a été obligé
18:46d'y renoncer.
18:47L'ensemble
18:48des organisations syndicales
18:49sont déterminées
18:51à faire échouer
18:52cette réforme scandaleuse.
18:53Nous allons débattre
18:54le 1er septembre
18:55d'une stratégie commune
18:56pour empêcher
18:57le gouvernement
18:58et le patronat
18:59de conduire
19:00cette politique
19:00de casse sociale.
19:01Alors je vous soumets
19:02cette remarque
19:04c'est plus qu'une question
19:05de notre auditeur Patrick
19:06qui nous dit
19:06c'est toujours le même discours
19:07des syndicats
19:08être contre, bloqué
19:09avec une pétition
19:10encore une fois
19:11mais arrêter de répéter
19:11le même schéma
19:12réfléchissez à des solutions
19:13à prendre en compte
19:15avec le gouvernement.
19:16Est-ce que cette nouvelle
19:17rentrée de mobilisation
19:18c'est quelque chose
19:19quand même
19:19que vous pouvez entendre ?
19:20Mais tout à fait.
19:22Nous avons des propositions
19:23nous voulons
19:24qu'enfin
19:25le gouvernement
19:26entende
19:27nos propositions.
19:28Ça fait un an
19:29qu'à chaque gouvernement
19:30nous remettons
19:30la liste des plans
19:31de licenciement en cours
19:32et nous leur présentons
19:33des propositions
19:34pour réindustrialiser
19:35le pays
19:36nous demandons
19:37par exemple
19:37à avoir une négociation
19:39sur la question
19:39des temps partiels
19:40pour lutter
19:41contre la précarité
19:42dont sont victimes
19:43notamment
19:44les femmes
19:45ça n'avance pas
19:47nous demandons
19:48nous portons
19:49des mesures
19:49pour augmenter
19:50les salaires
19:51et encore une fois
19:52avec l'exemple
19:53de l'Espagne
19:53on voit que
19:55quand on lutte
19:55contre la précarité
19:56quand on augmente
19:57les salaires
19:58quand on investit
19:59dans les services publics
20:00il y a aussi
20:00un impact positif
20:01d'un point de vue économique
20:03c'est ça qui est scandaleux
20:04dans la politique actuelle
20:05du gouvernement
20:05c'est que non seulement
20:06c'est une catastrophe sociale
20:07mais aussi économique
20:08et comment vous allez sortir
20:09de ce dialogue de sourd
20:10finalement ?
20:12le problème
20:12c'est que le gouvernement
20:13n'écoute que le patronat
20:15et ne parle qu'au patronat
20:16et donc pour sortir
20:18de ce dialogue de sourd
20:19ce qu'il faut
20:19c'est de la mobilisation
20:20et du rapport de force
20:22une suggestion de Fred
20:24sur l'appli
20:24Radio France
20:25pourquoi ne voulez-vous pas
20:26simplifier les contraintes
20:28administratives
20:28qui permettraient
20:29de dégager plus de 100 milliards
20:30pour l'économie
20:31bon je laisse
20:32le chiffre
20:34à cet auditeur
20:35mais sur l'idée
20:36des contraintes administratives
20:37à lever
20:38la simplification
20:39quelle est la position
20:40de la CGT ?
20:41la simplification
20:42oui
20:43ça serait bien
20:43que ça soit pour tout le monde
20:44d'ailleurs
20:44parce que ces dernières années
20:46le gouvernement
20:48passe son temps
20:48à complexifier
20:49la vie des travailleurs
20:50et des travailleuses
20:51à commencer par
20:52les privés d'emploi
20:52quand on est chômeur
20:53c'est une catastrophe
20:54la complexité
20:56des procédures
20:57à accomplir
20:58par exemple
20:58ces dernières semaines
21:00le ministère de la santé
21:01a imposé
21:02à ce que
21:03pour avoir le tiers payant
21:04on présente
21:05la carte vitale
21:05dans les pharmacies
21:06ce qui met en danger
21:08des milliers de malades
21:09par exemple
21:10quand on est séréopositif
21:11si on n'a pas son traitement
21:12immédiatement
21:13le sida peut repartir
21:15ça a été dénoncé
21:16par des pharmaciens
21:17des médecins
21:17la simplification
21:18elle devrait être là
21:19pour nous
21:20la simplification
21:21ça ne peut pas être
21:22le recul
21:22de droits sociaux
21:23et environnementaux
21:24aujourd'hui
21:25ce terme simplification
21:26il vient en fait
21:28habiller des reculs
21:29sociaux et environnementaux
21:30le problème est là
21:30je voudrais qu'on dise un mot
21:31Sophie Binet
21:32de l'été qui s'achève
21:33qui a aussi été celui
21:35des records de température
21:36des incendies massifs
21:37on les voit encore
21:37en Espagne
21:39au Portugal
21:39est-ce que la CGT
21:41travaille spécifiquement
21:42sur ces sujets
21:42est-ce qu'il y a des efforts
21:43à faire pour garantir
21:44notamment des bonnes conditions
21:45de travail
21:46pour les salariés
21:47pour les indépendants
21:48en période de forte chaleur
21:49oui
21:50c'est une priorité
21:52une urgence
21:53d'abord
21:53l'été qu'on a passé
21:54montre qu'il faut
21:56arrêter cette fuite
21:57en avant environnementale
21:58qui est dangereuse
21:59puisque les catastrophes
22:00climatiques se multiplient
22:01donc il faut
22:02reprendre
22:05mettre en place
22:05une vraie planification
22:06environnementale
22:07au plan français
22:08au plan européen
22:09au plan mondial
22:09pour limiter les émissions
22:10de gaz à effet de serre
22:11et puis évidemment
22:12qu'il faut adapter
22:13les conditions de travail
22:14et pour l'instant
22:15c'est beaucoup trop timide
22:17parce que
22:17des milliers de travailleurs
22:18et de travailleuses
22:19l'ont vécu cet été
22:20par exemple
22:20pour toutes celles et ceux
22:22qui travaillent en bureau
22:23beaucoup
22:24souvent
22:25la seule mesure
22:25qui leur a été proposée
22:26ça a été le télétravail
22:28bon bah quand même
22:29les logements personnels
22:30sont souvent des passoires énergétiques
22:32et puis renvoyés
22:32vers la climatisation individuelle
22:34c'est très mauvais
22:35et puis le pire
22:36c'est pour tous les travailleurs
22:37et les travailleuses
22:38qui travaillent en extérieur
22:39notamment dans le secteur
22:40de la construction
22:41dans le secteur
22:42de l'agriculture
22:44on a mené des mobilisations
22:45on a été obligé
22:46de se mobiliser
22:47pour avoir
22:48des mesures
22:49d'adaptation
22:50il faut que la loi
22:51impose aux employeurs
22:53de réorganiser le travail
22:55et de l'arrêter
22:56quand il dépasse
22:57un certain niveau de chaleur
22:59mais on a le sentiment
22:59qu'une fois que l'été
23:00sera passé
23:01une fois qu'il fera plus frais
23:02une fois qu'on aura un peu oublié
23:03ce sujet là
23:04passera complètement
23:05en dessous
23:05des autres
23:06comment on fait
23:08pour le maintenir
23:09au coeur
23:09du débat
23:11politique
23:12on a l'impression
23:14personne n'a la solution
23:15finalement
23:15y compris vous d'ailleurs
23:16d'abord ce que je veux dire
23:18c'est que
23:18la chaleur tue
23:20il y a des travailleurs
23:21et des travailleuses
23:22qui sont morts
23:23au travail
23:24cet été
23:24à cause
23:25de la canicule
23:26donc on ne peut pas
23:27juste dire
23:27c'est un mauvais moment
23:29à passer
23:29et puis
23:30cette question environnementale
23:32je pense que
23:33tout le monde
23:33en est parfaitement conscient
23:34là le problème
23:35c'est qu'il y a une forme
23:36de fatalisme
23:37parce qu'on voit
23:38que les gouvernements
23:39n'affrontent pas
23:40le capital
23:41pour organiser
23:42la transition environnementale
23:44moi je me félicite
23:45du grand succès
23:46de la pétition
23:47cet été
23:47contre la loi Duplomb
23:49ça montre que
23:50les citoyennes
23:51et les citoyens
23:51sont très lucides
23:52ça a permis d'ailleurs
23:53une première victoire
23:54parce que le conseil constitutionnel
23:56a censuré
23:56une partie de la loi
23:57qui était extrêmement grave
23:59le reste
24:00est aussi très grave
24:01et donc il faut abroger
24:02l'ensemble de la loi
24:03notamment
24:04les mégabassines
24:05les autorisations
24:06de développement
24:07des élevages industriels
24:08c'est dangereux
24:09pour la santé
24:10et pour l'environnement
24:11Merci beaucoup
24:12Sophie Binet
24:13secrétaire générale
24:13de la CGT
24:14d'être venue ce matin
24:15dans le studio
24:15de France Inter
24:16la revue de presse
24:17à suivre
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