00:00Alors que la Ve République se voulait rupture et rigueur,
00:04les vieilles pratiques de courtisanerie semblent plus vivantes que jamais.
00:08Entre activistes promus en troubadours de la République,
00:11militants caméléons et homélie politiques,
00:13dignes des plus grandes chorales,
00:15la lignité nationale se danse désormais au rythme des allégeances.
00:19Sous un bel arbre, Amatama Tsengé,
00:20Anilea Meemobam, alias Malé,
00:23dressent un constat amer.
00:24L'aliénation, c'est quelque chose dans ce pays.
00:27Non, je n'en crois pas mes yeux ni mes oreilles.
00:29De quoi rappeler que la politique gabonaise a souvent plus à voir
00:32avec la comédie musicale qu'avec la gestion des affaires publiques.
00:36Hier encore, certains s'étranglaient sur les plateaux télévisés
00:39pour dénoncer le kundabellisme pro-max des pédagistes mutants.
00:43Aujourd'hui, les mêmes font des roulades dignes d'un championnat olympique de gymnastique politique.
00:47Voilà les Demetat, Ikara Kunda et Tortue Ninja déguisés en moukoukoué,
00:52raillent l'ancienne conseillère économique et sociale
00:54qui les imagine torches indigènes en main,
00:56dansant comme des sauterelles au bal du prince.
00:58La formule n'est pas exagérée, il suffit de tendre l'oreille
01:02pour entendre les nouvelles homélies politiques.
01:04Après le fameux slogan « Après bongo, c'est Dieu ».
01:07Certains murmurent déjà avec ferveur « Après olégui, c'est Dieu ».
01:11De quoi laisser croire que la République a remplacé le suffrage universel
01:14par une succession divine.
01:17Caricature ou réalité, des activistes zélés sillonnent la capitale
01:20dans des véhicules offerts par le prince,
01:23transformant les réseaux sociaux en tribunes
01:24où ils insultent plus volontiers l'intelligence collective
01:28qu'ils ne défendent les politiques publiques.
01:29On se demande finalement quel est ce double emploi des finances publiques
01:33lorsque nous savons que les politiques sont censées régler
01:35pauvreté et logement s'interrogent, annilent et amélient.
01:39Le contraste est frappant.
01:40D'un côté, les classes précaires qui survivent,
01:43de l'autre, une nouvelle young team
01:44qui parade avec arrogance,
01:46multipliant allégeance et exclusion.
01:48Une logique de clan qui, loin d'unir,
01:51fracture et nourrit l'idée que sans parrain,
01:53aucun rêve n'est possible.
01:55« Excellence brisclotaire Oligin-Gema,
01:57a-t-il besoin de tout cela ? »
01:58La question sonne comme une gifle ironique.
02:01Car après les dérives qui ont justifié
02:03les événements du 30 août 2023,
02:05beaucoup espéraient que la Ve République
02:07bannirait les attitudes bling-bling,
02:10match-vue, qui défient les plus pauvres.
02:12Mais, à écouter Annie-Léa Meillet,
02:14le rêve semble déjà confisqué.
02:16Pour Malé, rester debout est un acte de dignité.
02:19Il n'y a aucune offense à vouloir rester digne.
02:21Seuls les parvenus trouvent offensants.
02:22L'attitude des hommes dignes martèle-t-elle ?
02:25Une leçon qui sonne comme un rappel.
02:27La République ne devrait pas se résumer
02:29à flatter les princes,
02:30mais à rendre aux Gabonais la fierté
02:32de se regarder dans le miroir
02:33sans honte ni compromission.
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