00:00La lutte contre la corruption et l'enrichissement illicite s'est imposée comme un marqueur central de la gouvernance
00:05prônée par le président de la République, Brice Clotaire-Olignema.
00:10À l'heure où le nouveau gouvernement est désormais connu et où les ministres apprêtent à entrer en fonction,
00:15la question de la prévention contre l'enrichissement sans cause revient avec acuité dans le débat public.
00:20Le cadre juridique existe pourtant, la loi numéro 041-2020 du 22 mars 2020,
00:25modifiant certaines dispositions de la loi numéro 002-2003 du 17 mars 2003,
00:30instituant un régime de prévention et de répression de l'enrichissement illicite en République gabonaise,
00:35consacre l'obligation de déclaration de patrimoine pour les responsables publics.
00:40Mais au-delà de cette exigence légale, la problématique de la publication du patrimoine des ministres
00:44s'impose désormais comme un test majeur de transparence, de crédibilité et de cohérence politique.
00:50Cette exigence est d'autant plus pressante que la qualité récente a mis en lumière les fragilités du dispositif
00:55actuel.
00:56Le défermant de l'ancien ministre du Tourisme, tout comme le très médiatisé procès de la
01:00Yountime, ont ravivé des interrogations sur l'efficacité réelle des mécanismes de lutte
01:04contre la corruption et l'enrichissement illicite.
01:08Ces affaires illustrent les limites d'un système fondé essentiellement sur des déclarations
01:11confidentielles.
01:13Or, la nouvelle constitution est sans équivoque.
01:15Elle commande de promouvoir et de faire respecter la bonne gouvernance dans la gestion des affaires
01:20publiques et de lutter contre la corruption, le détournement des deniers publics et les infractions
01:24assimilés, un impératif constitutionnel qui appelle des actes forts et visibles.
01:29En l'état actuel de la législation, les agents publics et personnalités nommés à
01:33de haute fonction sont tenus de déclarer leur patrimoine dans les trois mois suivant leur
01:37entrée en fonction.
01:38Cette déclaration déposée auprès de l'organe compétent, à savoir la Commission nationale
01:42de lutte contre la corruption et l'enrichissement illicite, demeure strictement confidentielle.
01:48Une situation qui interroge au regard des scandales à répétition ayant émaillé la gestion
01:52publique ces dernières années.
01:54Pour de nombreux observateurs, cette confidentialité constitue une anomalie qui affaiblit la portée
01:59dissuasive du dispositif.
02:01Rendre public le patrimoine des ministres avant leur entrée en fonction, puis à la fin
02:04de leur mandat, permettrait non seulement de prévenir l'enrichissement illicite, mais
02:09aussi de renforcer la confiance des Gabonais dans leurs institutions.
02:13Dans cette perspective, l'expérience internationale offre des pistes concrètes.
02:16En France, par exemple, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, équivalent
02:21de la Commission nationale de lutte contre la corruption et l'enrichissement illicite
02:26au Gabon, publie, après vérification, les déclarations de patrimoine des ministres.
02:31Chaque citoyen peut ainsi apprécier l'évolution du patrimoine des membres du gouvernement
02:34et détecter d'éventuelles anomalies.
02:37En s'inspirant de cette pratique, le Gabon franchirait un cap important.
02:41Il reviendrait alors au chef de l'État, garant de la moralisation de la vie publique,
02:44de poser cet acte politique fort, assumer la publication du patrimoine ministériel
02:48comme un symbole de rupture, de transparence et d'exemplarité au sommet de l'État.