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  • il y a 6 mois
Pour son interview d'actualité, Télématin reçoit Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences Po et spécialiste des réseaux sociaux.

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Transcription
00:00On s'arrête à présent sur ce drame dont on vous parle depuis plusieurs jours dans les journaux.
00:04La mort d'un homme en direct sur internet, Raphaël Graven, 46 ans, alias Jean Portmanov.
00:09C'est un influenceur qui était connu pour participer à des vidéos où on le voit subir tout type de violences pendant des heures.
00:15Des violences physiques, des violences psychiques aussi.
00:18Après son décès, le parquet de Nice a ouvert une enquête.
00:21Une autopsie doit avoir lieu aujourd'hui. On va essayer de comprendre ce qui s'est passé.
00:25Oui, on a toujours du mal à y croire. Comment on a pu en arriver là ?
00:28On en parle avec vous, Fabrice Eppelboin. Bonjour.
00:30Bonjour.
00:31Vous êtes enseignant à Sciences Po, spécialiste des réseaux sociaux.
00:35Dans cette affaire, on va évidemment rester prudent, attendre les conclusions de cette enquête.
00:39Mais est-ce que pour vous, tout ça, finalement, c'était prévisible ?
00:43Prévisible, probablement. Il suffisait de regarder ou d'être abonné à Mediapart.
00:49Qui avait lancé l'alerte l'année dernière.
00:52Le procureur de Nice, d'ailleurs, s'était saisi du dossier.
00:55Il y a eu une garde à vue.
00:56L'Arcom avait été alerté par la Ligue des droits de l'homme, là encore l'année dernière.
01:01L'Arcom, c'est un gendarme numéricain pour nos téléspectateurs.
01:04Le gendarme et d'Internet et des médias, qui s'est fait connaître pour censurer tout un tas de choses.
01:12Mais là, il ne s'est pas vraiment alerté là-dessus.
01:15Quant à ce qu'on a vu, c'est la version pornographique, en quelque sorte,
01:19d'un phénomène qu'on retrouve dans toutes les cours d'école de France,
01:22que les jeunes appellent la AGRA, qui consiste à harceler et à violenter un individu désigné comme bouc émissaire au sein du groupe.
01:33C'est tristement banal.
01:35On a là une mise en scène, par des adultes, d'un phénomène qui est le quotidien de très nombreux jeunes en France.
01:42Il y a plusieurs choses dans ce que vous dites, on va les reprendre les unes après les autres.
01:45D'abord sur l'Arcom, qui avait été effectivement saisi juste après cette enquête de Mediapart par la Ligue des droits de l'homme, vous l'avez dit.
01:52Vous considérez que le travail de ce gendarme numérique et d'Internet n'a pas été fait, là,
01:58et n'est pas fait sur la question des plateformes de live et de streaming, plus largement ?
02:03L'Arcom a un rôle qui est plus politique. Là, on n'est pas du tout dans une dimension politique.
02:08Mais il y a des lois à respecter. Qu'est-ce qu'elles nous disent, les lois en France ?
02:11Est-ce que c'est normal qu'en France, on voit des contenus violents, tels que ceux-là, sur les réseaux en live ?
02:17Est-ce que la loi française le permet ?
02:20Vous devriez poser la question à un juriste. Ça dépasse fondamentalement mes compétences.
02:24Dans le cas qui nous intéresse ici, avec un mort, il y a vraisemblablement de quoi s'alarmer d'un point de vue juridique.
02:29En temps normal, c'est des adultes consentants. J'ai peur que la loi ne puisse pas grand-chose.
02:33D'ailleurs, il y a eu une garde à vue. Il y a eu une enquête de justice.
02:36La garde à vue a été levée et tout le monde au sein du groupe a témoigné qu'ils étaient pleinement consentants.
02:42C'est difficile de sanctionner quelqu'un qui est consentant pour se prendre des coups.
02:46Un mot quand même sur ces plateformes.
02:48Là, en l'occurrence, on parle d'une plateforme qui s'appelle Kik, qui est une plateforme australienne.
02:54C'est quoi ? On ne peut pas les contrôler ?
02:55Est-ce qu'on a ne serait-ce que des interlocuteurs à qui parler pour dire
02:58« Attention, on est en France, ceux-ci, ceux-là, vous n'avez pas le droit ? »
03:01Vous n'avez même pas besoin d'interlocuteurs. On a un exemple très célèbre en France qui est Boris Solé,
03:05qui est un blogueur néo-nazi réfugié au Japon, dont le blog est censuré en France.
03:11RT News a été censuré en France.
03:14Et pourquoi pas là alors ? Pourquoi pas à cette plateforme Kik ?
03:16Parce qu'il n'y a pas de dimension politique.
03:19L'ARCOM se saisit des problématiques politiques.
03:21Donc il est là pour vous le problème aujourd'hui.
03:24Ah non, ce n'est pas un problème, c'est une constatation.
03:25Mais on a le sentiment, quand on regarde cette affaire, et le but ici, c'est d'essayer d'élargir
03:30et de voir si toutes les plateformes de streaming sont plus ou moins concernées par ce genre de contenu violent dont on parle.
03:37Est-ce que c'est ça ? Est-ce que les plateformes de streaming, c'est comme Kik ?
03:40Est-ce qu'on peut trouver sur n'importe quelle plateforme de ce type ce genre de contenu ouvert à tous ?
03:46Des contenus avec des adultes qui se violentent ?
03:48Oui, vous en avez pléthore sur OnlyFans typiquement.
03:51Mais là encore, on s'entend.
03:52Donc c'est compliqué d'un point de vue juridique.
03:55Et puis ça commence à déborder sur tout un tas de choses.
03:58Et quand on vous entend, on a presque l'impression que tout ça est accepté, normalisé.
04:04Totalement normalisé.
04:05Totalement normalisé, vous dites ?
04:06Encore une fois...
04:07Par qui, pardon ?
04:08Par la société.
04:11Demandez à des associations de lutte contre le harcèlement scolaire,
04:14ils vous confirmeront que ce type de comportement, pas jusqu'à la mort ou très rarement,
04:19généralement c'est plus jusqu'au suicide,
04:20mais jusqu'à l'assassinat, rarement.
04:24C'est d'une banalité sans borne.
04:26C'est le quotidien de milliers d'écoliers partout en France.
04:29Quand on dit que ce type de comportement est finalement avalisé par la société,
04:34parce qu'on rappelle qu'il y a des dizaines de milliers de personnes
04:37qui regardaient ce genre de contenu...
04:38Centaines de milliers.
04:39Et des centaines de milliers, c'est vrai, vous avez raison,
04:41un demi-million je crois pour le compte de Jean-Port Manoeuf.
04:43Qu'est-ce que ça dit ?
04:46On recherche ça dans notre société aujourd'hui ?
04:48Ça témoigne d'une banalisation de la violence et, certains diraient, de la barbarie
04:54dans la société française et d'une normalisation, effectivement,
04:58au point d'en faire un spectacle.
05:01C'est enterriné depuis belle lurette, vraiment.
05:05Quelque chose qu'on a peut-être vraiment du mal à comprendre.
05:08Vous parliez tout à l'heure de ces nombreuses personnes
05:10qui suivent ces vidéos sur les réseaux sociaux.
05:13Qui regarde ça ?
05:14C'est quoi l'attrait de ces personnes ?
05:16Personnellement, j'ai du mal à comprendre ça.
05:18Pourquoi on regarde ça ?
05:19On a du mal à comprendre parce qu'on est des Parisiens privilégiés.
05:22Mais là encore, qui regarde ça dans les cours d'école ?
05:25Tout le monde.
05:26Donc là, c'est des enfants, vous dites le public ?
05:27Il y a un mix d'enfants, il y a un mix aussi de parents, d'enfants
05:32qui eux-mêmes ont vécu ce genre de scène dans leur enfance
05:35parce que cette banalisation de la violence remonte à très longtemps.
05:40Et encore une fois, auprès de tout un tas de public
05:42dont les enfants sont dans des écoles
05:44dans lesquelles ces comportements sont parfaitement banals,
05:47ça ne choque personne.
05:48C'est vrai que nous, on a découvert, je ne sais pas, en plateau,
05:50cette plateforme, la violence qui peut exister.
05:52On est un peu sidérés.
05:52Ah ben bien sûr.
05:53On est d'accord.
05:54Mais nous, moi, mes neveux et nièces sont au lycée Condorcet
05:57ou à Loul-le-Grand.
05:58Effectivement, on n'a pas ce genre de comportement dans ces genres d'endroits.
06:00Mais on fait partie d'une classe de privilégiés.
06:03Juste un mot, parce qu'on parle là de violence physique et morale.
06:07Est-ce qu'il y a d'autres types de contenus
06:09qui sont problématiques dans ce genre de plateforme ?
06:12Alors, à vrai dire, problématiques, c'est un ensemble assez vaste.
06:15Est-ce que des contenus BDSM sur une plateforme comme AndyFan sont problématiques ?
06:19Ça dépend de votre jugement par rapport à ces pratiques.
06:23Ce qui sera problématique pour vous ne sera pas pour votre voisin.
06:26On pense aussi à nos enfants.
06:27C'est-à-dire que si on pense que nos enfants vont avoir accès à ce type de contenu,
06:30je pense qu'en tant que société, on peut être très inquiet.
06:32Tous.
06:33Peu importe nos sensibilités.
06:34Qu'on soit parisien, pas parisien.
06:36C'est quelque chose qui nous concerne tous, je pense.
06:38Non, non, non.
06:39Beaucoup d'entre nous, en tout cas sur ce plateau,
06:41ont les moyens de préserver leurs enfants
06:43et de les mettre dans des établissements
06:45où ils seront à l'abri de ce genre de choses.
06:47Oui.
06:48Merci beaucoup, Fabrice Eppelbon, d'avoir été notre invité.
06:52Je rappelle que vous êtes enseignant à Sciences Po, spécialiste des réseaux sociaux.
06:57Merci.
06:58Merci.
06:59Merci.
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