00:00Quel est le point commun entre mon stylo, mon téléphone, une voiture, éventuellement un ordinateur aussi ?
00:07Waouh ! Aucune idée.
00:09Facile.
00:09Séché, donc seul ?
00:10Le plastique.
00:11Le plastique, effectivement. Il y a du plastique dans tous ces objets qu'on utilise au quotidien.
00:16Et on vous en parle parce que depuis hier, il y a près de 200 pays qui sont réunis à Genève
00:20pour tenter de trouver un accord pour limiter la pollution plastique.
00:23Alors, à quel point c'est un fléau dans nos vies pour notre santé ?
00:26Et est-ce qu'on peut vraiment, totalement, se passer du plastique ? On va s'interroger.
00:30Bonjour Lisa Pastore.
00:32Bonjour.
00:32Et bienvenue sur le plateau de Télématin.
00:34Vous êtes chargée de plaidoyer pour Surfrider Europe, spécialisée sur les enjeux océaniques.
00:38Vous étiez d'ailleurs à Genève hier pour l'ouverture du sommet sur la pollution plastique.
00:42On l'a dit, le plastique est partout. On l'a bien compris avec Lucie.
00:46On en ingère même parfois sans s'en rendre compte.
00:48Pourquoi, peut-on rappeler, pourquoi c'est un problème aujourd'hui, cette surconsommation du plastique ?
00:53Non, c'est un problème et vous l'avez rappelé, on en a tout autour de nous.
00:55On en a aussi dans les vêtements qu'on porte et on en a à l'intérieur de nos corps.
00:58C'est-à-dire que dans nos organes, on a des traces de plastique dans le cerveau humain, dans les poumons, dans le placenta.
01:05Donc c'est un problème de santé publique déjà.
01:07Et c'est aussi un fléau environnemental.
01:09On l'a vu avec les impacts sur la biodiversité, sur les animaux marins.
01:12Et ça a des impacts sur la crise de la biodiversité, mais aussi la crise climatique.
01:17Puisque produire du plastique, ce n'est pas sans émission de gaz à effet de serre.
01:20On peut peut-être rappeler d'où vient le plastique, c'est quoi le plastique ?
01:23C'est à 99% du plastique, c'est des énergies fossiles.
01:26Et on le voit très clairement à Genève, par exemple.
01:28Oui, bien sûr.
01:29Et on en consomme beaucoup finalement du plastique, nous ou pas en France ?
01:33Est-ce qu'on a une idée de la quantité de plastique que chaque Français utilise aujourd'hui ?
01:37Ou c'est difficile à mesurer ?
01:38Alors, on a des estimations.
01:39L'image qui revient souvent, c'est la carte de crédit qu'on ingérerait.
01:42Donc l'équivalent de 5 grammes par semaine.
01:44Maintenant, on en a dans l'air, on en a vraiment tout autour de nous, ce qui est difficile justement à estimer.
01:51Il y a pourtant des actions positives.
01:53On peut y revenir avec, en France, il y a 10 ans, l'utilisation des sacs en plastique qui a fortement réduit, divisé par 4.
02:01Est-ce que ça, c'est déjà un pari réussi ?
02:03Ou est-ce que c'est loin, très loin d'être suffisant à vos yeux ?
02:07Alors déjà, quand le plastique arrive dans l'environnement, il ne va pas se dégrader.
02:10C'est un processus qui prend des décennies.
02:12Donc on en retrouve encore aujourd'hui dans les collectes qu'on organise par Surfrider.
02:16Donc un plastique, c'est un plastique de trop ?
02:18C'est ça.
02:19Et les lois qu'on a en France, on a la loi AJEC qui est passée il y a 5 ans, sont très peu appliquées finalement.
02:25Donc il est encore possible de trouver dans le commerce de la vaisselle plastique à usage unique,
02:29des pailles en plastique, des sacs en plastique.
02:32Je pense que tout le monde peut encore le voir et on le voit aussi sur nos plages où on a encore des mégots.
02:37On est entouré de ça, on le verra sûrement cet été à la plage, qui contiennent un filtre en plastique.
02:42On voit beaucoup de plastique, mais on a quand même l'impression que chez les commerçants, c'est une des lois qui a été appliquée.
02:47C'est juste une fausse impression.
02:49C'est peut-être assez visible en fait.
02:50Parce qu'elle est très visible.
02:51L'autre chose qui est très visible, et vous allez me dire si ça sert à quelque chose, c'est quand on a une bouteille en plastique,
02:55vous savez, il y a le capuchon, maintenant il est accroché.
02:58Est-ce que ça, c'est aussi une mesure qui est efficace pour éviter que le bouchon, on le jette un peu de partout ?
03:04Oui, ça c'est une mesure votée au niveau européen, qui est déjà un premier pas, c'est sûr.
03:09Mais nous, ce qu'on appelle, c'est justement à se libérer du plastique et du tout jetable,
03:14et à éviter autant que possible d'avoir recours à ces bouteilles en plastique.
03:17Ça c'est facile, on peut avoir des gourdes et les remplir assez facilement.
03:20Faut-il encore qu'on ait des points d'eau ?
03:22Et ça, c'est encore une application de la loi qui a été passée.
03:25Est-ce que vous faites une différence entre les fameuses lois, donc les politiques publiques finalement,
03:28qu'elles soient françaises ou européennes, et les actions individuelles ?
03:32Parce qu'autour de nous, on a quand même le sentiment, vous preniez l'exemple des gourdes,
03:34que ça c'est un réflexe qu'on a de plus en plus.
03:36Les contenants en verre aussi, qu'on voit un petit peu revenir,
03:40ou les achats en vrac, pardon, je ne trouvais plus le mot.
03:44Est-ce qu'au niveau individuel, justement, il y a une prise de conscience, une évolution ?
03:48Bien sûr, je pense que la population se rend compte aussi des impacts que peut avoir le plastique,
03:53et essaye d'agir à son niveau par ses gestes du quotidien.
03:57Maintenant, je pense qu'aussi, on le voit actuellement dans le contexte de la loi Duplomb,
04:00le meilleur moyen des citoyens pour agir, c'est aussi d'interpeller les politiques
04:04à ce que les lois qu'on a aujourd'hui en France soient appliquées,
04:07et puis de pousser pour qu'au niveau international, on ait aussi des traités ambitieux.
04:11Et ça, on essaye de mobiliser un maximum notre communauté sur nos réseaux,
04:15via des campagnes d'email qui sont envoyées aux délégations présentes.
04:17Qui existent déjà et dont vous dites qu'elles ne sont pas suffisamment appliquées,
04:20ce sont des bonnes lois sur le papier ? Ça va dans le bon sens ?
04:23Il y a évidemment des dispositions où on n'est pas assez ambitieux,
04:26on a des objectifs qu'on ne respecte pas alors qu'ils approchent,
04:29on a des objectifs en 2030, mais oui, c'était un vrai pas en avant, la loi AGEC,
04:34on la présente souvent comme un tournant, mais faut-il encore l'appliquer ?
04:38Il faut des infrastructures qui accompagnent cela, vous parliez des points d'eau,
04:42et qui ne sont pas assez nombreux, est-ce qu'on peut se passer aujourd'hui du plastique ?
04:46Est-ce que nous avons les infrastructures suffisantes pour ?
04:49Sur un bon nombre d'usages, on peut s'en passer, on a des alternatives qui existent,
04:54vous parliez du réemploi, de la consigne, il y a aussi des entreprises françaises
04:57qui essayent de développer ces solutions, qui sont encore sous-financées,
05:00donc il y a un vrai enjeu de pouvoir les financer pour qu'elles soient déployées au niveau national.
05:05Donc oui, pour un bon nombre d'usages, il est possible justement de s'affranchir du plastique.
05:11Mais concrètement, par exemple, dans le quotidien, qu'est-ce qu'on pourrait enlever
05:14qui est en plastique dans notre vie quotidienne et qu'on pourrait échanger par autre chose ?
05:18Typiquement, tout ce qui va être la vaisselle, jetable, éviter un maximum les plastiques à usage unique.
05:25Ce qu'on dit aussi, c'est tout ce qui est textile, en fait, on ne s'en rend pas compte,
05:27mais tout ce qui est textile synthétique, le polyester, c'est fait à partir de plastique.
05:31Donc déjà, se tourner vers des matières plus naturelles, c'est un premier pas.
05:35C'est un problème de santé majeur, c'est-à-dire que c'est un problème de planète,
05:40mais c'est un problème de santé.
05:41Les micros et même les nanoplastiques se mettraient un peu partout, y compris dans le cerveau.
05:45Et il y a des études qui commencent à sortir montrant le lien entre des maladies
05:48comme la maladie d'Alzheimer, les maladies neurodégénératives
05:51et l'inflammation qui est générée par le plastique.
05:54Et l'inflammation, ça concerne le cerveau, le cœur.
05:56Donc c'est vraiment un sujet qu'on est en train d'explorer.
05:58C'est difficile de mettre en évidence la causalité,
06:01mais on commence à avoir des corrélations extrêmement inquiétantes.
06:03Et puis vous nous disiez tout à l'heure, le placenta aussi,
06:05on retrouve dans le placenta, donc pour les bébés, finalement, des traces de plastique.
06:09C'est vrai que ça fait un petit peu peur quand on apprend ça.
06:11Les initiatives individuelles, on en parle,
06:13mais que sont-elles s'il n'y a pas de décision prise au niveau des États ?
06:17Vous étiez justement hier à Genève.
06:19La pression est grande sur la communauté internationale.
06:22On estime d'ailleurs que la consommation de plastique pourrait tripler d'ici 2060.
06:26Est-ce que vous sentez qu'au niveau étatique, au niveau européen,
06:30il y a une volonté de faire changer les choses ?
06:33Tout à fait.
06:34Donc le gros enjeu de ce traité, c'est d'avoir un article
06:36où les États s'engageraient à réduire la production mondiale de plastique.
06:40C'est un sujet qui est sur la table des négociations depuis plusieurs années maintenant.
06:43Au niveau européen, on voit que la France pousse en faveur justement d'une réduction de la production.
06:48Nous, ce qu'on alerte, la Commission européenne et le niveau européen,
06:51c'est vraiment de ne pas chercher un compromis à tout prix avec ces États pétroliers
06:55qui donc voient dans le plastique une manne financière.
06:58Et que disent les autres pays ? Parce que nous, en France, on pousse souvent.
07:01Mais on n'a pas toujours l'impression d'être suivi par les autres.
07:03On a plus de 110 pays qui poussent pour un traité ambitieux.
07:06Donc des pays latino-américains, des pays du Pacifique, des pays du continent africain qui poussent.
07:11Donc on a vraiment une coalition d'États assez diverse.
07:14Juste rapidement, vous parlez de réduire la production de plastique.
07:17Pourquoi pas simplement le recycler ?
07:19Le recyclage, on le présente souvent comme une solution.
07:22Mais il faut savoir qu'au niveau mondial, il y a moins de 10% des produits plastiques qui sont recyclés.
07:26Donc ça reste mineur.
07:27Et l'idée, nous, c'est de s'attaquer à la source du problème qui est la production exponentielle
07:31et donc déjà la réduire et puis se tourner vers des alternatives existantes comme le réemploi.
07:36Merci, merci beaucoup Lisa Pastor de nous avoir éclairé sur la question du plastique.
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