00:00Attention, si vous avez besoin de médicaments, le week-end peut s'annoncer très compliqué.
00:05On est le 15 août, ça ok, c'est férié, mais votre pharmacie, elle risque aussi d'être fermée demain samedi,
00:11la faute à un mouvement de grève nationale.
00:12Absolument, bonjour Béatrice Clérasse, vous êtes pharmacienne et porte-parole nationale de l'USPO,
00:19qui est l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine.
00:22Pourquoi cette grève-là, maintenant, en plein été ?
00:24Alors, on ne parle pas de grève, on parle de fermeture du rideau, de baisse du rideau,
00:28parce que nous sommes en colère contre une mesure principalement que veut mettre en place le gouvernement,
00:35c'est-à-dire la diminution de nos remises commerciales sur les médicaments génériques.
00:39Et cela risque d'impacter très négativement non seulement l'économie de l'officine, mais également les patients.
00:47Alors, il faut qu'on explique, parce que quand un pharmacien achète des médicaments génériques,
00:51donc là on est sur les génériques, un laboratoire pharmaceutique,
00:54vous avez le droit en quelque sorte à un tarif préférentiel, à une remise commerciale,
00:57qui pouvait aller jusqu'à moins 40%, et là le gouvernement a dit, ça c'est fini, ce sera moins 30, moins 20.
01:03Et ça, ça impacte vraiment votre économie ?
01:06Oui, parce que si vous voulez, cette remise sur les génériques permet à beaucoup de pharmacies
01:11de faire tenir l'économie de leur entreprise.
01:14Et aujourd'hui, si on nous diminue cette remise,
01:18ça va avoir un impact sur l'économie de l'officine, avec potentiellement des licenciements.
01:22Il faut comprendre que la pharmacie d'officine, c'est 146 000 emplois en France.
01:27Nous, on paye nos impôts en France et on ne délocalise pas.
01:30Et puis, ça va aussi impacter, du coup, indirectement les patients,
01:35puisqu'on ne va pas pouvoir garder du personnel, donc on va devoir licencier.
01:40On va avoir des fermetures d'officines en ruralité, mais pas que.
01:46Fermetures définitives, vous parlez.
01:47Définitives. En fait, vous savez ce qu'on dit en temps de guerre,
01:50les petites meurent, les petits meurent et les gros maigrisses.
01:53Donc, ça va impacter tout le monde, et donc les patients également.
01:57Est-ce que c'est les patients qui vont devoir payer plus à un moment donné ?
02:01De toute façon, on en prend le chemin.
02:03Donc, le mouvement que l'on fait là, ce n'est pas que pour nous,
02:06ce n'est pas corporatiste, ça concerne la santé des patients,
02:09la santé de tout le monde.
02:11Et ça, il faut le comprendre, ce n'est pas que l'affaire des pharmaciens.
02:15Alors, justement, on entend le message que vous passez ce matin,
02:17Béatrice Clérasse, mais on se met à la place aussi des patients
02:20qu'on peut être là en ce week-end.
02:21En plus, on voit les chaleurs, il fait très chaud, vous le dites.
02:23Parfois, le seul point pour avoir accès à quelqu'un qui s'y connaît un peu,
02:27c'est le pharmacien.
02:28Faire grève, là, comme ça, le 15 août, ça peut agacer.
02:31Oui, on peut comprendre, mais ceci étant, si vous voulez,
02:35aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'on est en période estivale
02:38qu'il faut ne rien faire, ne rien dire,
02:41il faut maintenir la pression,
02:43puisque le gouvernement comptait évidemment sur le fait
02:45que rien ne se passe cet été,
02:47et notre syndicat n'a pas voulu leur donner cette opportunité.
02:50Il faut maintenir la pression, fermer un jour pour ne pas fermer toujours.
02:54C'est ça qu'il faut comprendre aujourd'hui,
02:56et de toutes les façons, même si 80 à 90 % des pharmacies
03:00seront fermées sur le territoire aujourd'hui.
03:02D'autres confrères qui ont fait le choix de rester ouverts
03:05seront donc ouverts, et les patients pourront trouver des pharmacies.
03:09Ça, c'est la bonne nouvelle.
03:10Pourquoi le gouvernement a pris une telle décision ?
03:12C'est pour faire des économies, non ?
03:13Alors, c'est pour faire des économies,
03:15mais vous savez, les économies sur le médicament et sur la santé,
03:18ça fait des années qu'ils en font.
03:20Ça ne fonctionne pas, puisque le trou de la sécurité sociale reste abyssal,
03:23donc on voit bien que ça ne marche pas.
03:25Et puis, je pense qu'il y a derrière, et je ne sais pas que je pense,
03:27je suis pratiquement sûre, la patte de l'industrie pharmaceutique,
03:31qui, elle, va subir une diminution du prix de ces médicaments
03:34et qui ne veut pas être la seule à mettre la main au porte-monnaie.
03:38Et donc, on vient faire les poches des pharmaciens.
03:40Et le gouvernement prévoit aussi d'augmenter le coût des franchises.
03:43Les montants pourraient doubler de 50 à 100 euros.
03:45En quoi ça a un impact sur les officines, sur les pharmacies ?
03:48Eh bien, si vous voulez, l'impact, il est plutôt sur le process,
03:51c'est-à-dire qu'ils veulent que cette franchise soit collectée au niveau du comptoir.
03:55Ce qui, aujourd'hui, est très compliqué à mettre en place.
03:58En plus, les patients ne comprendront pas que le pharmacien leur demande
04:02un reste à charge à payer.
04:04Et puis, nous ne sommes pas ni les collecteurs d'impôts,
04:07ni les salariés de la sécurité sociale.
04:10Ce n'est pas à nous de faire ce travail-là.
04:12Vous avez donné un chiffre tout à l'heure, 85 à 90 % de pharmacies fermées.
04:16Ça vous confirmait ce chiffre ?
04:18La grève va être très suivie, du coup ?
04:20Au niveau national, la fermeture des officines va être très suivie.
04:23Même si, au démarrage, ça a été un petit peu compliqué d'embarquer tout le monde
04:27puisque notre syndicat était le seul à demander cette fermeture
04:31et qu'aujourd'hui, tout le monde s'est rallié à cette idée
04:34pour continuer à mettre la pression en cette période estivale.
04:37Alors, fermeture de rideaux, c'est entendu.
04:40On n'a pas du tout accès aux médicaments ?
04:42Il n'y a pas un service minimum ?
04:43Alors, dans certaines zones, effectivement, comme ça a été mis sous forme de grève,
04:50les pharmacies ont été réquisitionnées.
04:52Donc, il y aura des pharmacies ouvertes, réquisitionnées.
04:56Béatrice Clarase, quand on entend ces problèmes économiques
04:59avec cette remise qui va donc être abaissée pour acheter des médicaments génériques,
05:04moi, personnellement, je me dis pharmacien, c'est l'image que j'en ai.
05:06Je me dis que c'est un bon métier, un métier où on gagne bien sa vie.
05:10Là, vous nous dites, c'est plus compliqué que ça.
05:12Alors, ça, c'est l'image d'Epinal que vous avez,
05:14qui était réelle il y a très, très, très longtemps,
05:17mais qui n'est plus le cas aujourd'hui,
05:19parce que, et notamment depuis le Covid,
05:22où on nous a beaucoup sollicités
05:23et où nous avons toujours répondu présents sans fermeture,
05:27il a fallu qu'on embauche.
05:28Je vous rappelle la période des tests,
05:30où les pharmaciens ont été très présents, très sollicités,
05:32et que les charges de personnel, vous le savez, d'une manière générale,
05:35ont augmenté, mais que nos revenus n'ont pas augmenté.
05:38Les revenus des officines,
05:40et nous sommes quand même à la fois professionnels de santé
05:42et chefs d'entreprise,
05:44et nous nous devons, en bon gestionnaire,
05:47tenir compte aussi de l'économie de l'officine.
05:50Et c'est d'ailleurs très paradoxal,
05:52puisque nous sommes des entreprises privées,
05:54mais nos revenus dépendent aussi du gouvernement.
05:58En un mot, si jamais, justement,
06:00le gouvernement ne réagit pas là, maintenant,
06:02c'est quoi la suite du mouvement ?
06:03Alors, la suite du mouvement, c'est déjà une grève nationale le 18 septembre,
06:08et là, vraiment, ce sera très suivi,
06:11il y aura 100% des pharmacies qui vont fermer,
06:13en tout cas, je l'espère, parce que l'enjeu est énorme,
06:16et puis d'autres actions, comme l'organisation des gardes,
06:19on se désengagera.
06:20Et puis, un autre point aussi qu'on peut citer,
06:23c'est qu'aujourd'hui, beaucoup de pharmacies livrent les EHPAD,
06:25avec des piluliers,
06:26eh bien, on arrêtera de faire ces piluliers,
06:29et on donnera simplement les boîtes de médicaments.
06:32Voilà, on entend votre message, Béatrice Clérasse.
06:34Merci d'avoir été notre invitée dans Télématin.
06:36Je rappelle que vous êtes pharmacienne,
06:38porte-parole nationale de l'USPO,
06:39donc le syndicat qui appelle à la grève,
06:42demain, samedi 16 août.
06:43Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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