Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 5 mois

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:0013h, 14h, l'Europe 1 13h.
00:03Il est 13h18 et c'est l'heure de décrypter l'actualité avec vous Michael Dorian et vos invités.
00:08Aujourd'hui Vincent Roy, écrivain journaliste, et Gilles Boutin, journaliste au Figaro Économie.
00:13Bonjour à tous les deux.
00:14Bonjour.
00:15Bonjour.
00:15Jusqu'où ira l'abject ? Un olivier planté en mémoire d'Ilan Halimi a été tronçonné à Épinay-sur-Seine.
00:21Ilan Halimi, ce jeune français de confession juive séquestré et torturé à mort, c'était en 2006 par le gang des barbares.
00:28Le maire de la ville dénonce un acte antisémite, même chose pour Emmanuel Macron qui vient de réagir.
00:33Il a dit quelque chose de très juste.
00:35Emmanuel Macron, il a dit qu'abattre cet arbre, c'était chercher à le tuer une deuxième fois.
00:42Ce sont les mots d'Emmanuel Macron qu'on peut saluer.
00:44Oui, absolument.
00:45Vincent Roy.
00:45Il y a quelque chose de très impressionnant, vous savez, lorsque les nazis ont compris que c'en était fini pour eux,
00:53ils ont fait en sorte de faire disparaître beaucoup de choses dans les camps.
00:58Dès lors que là, on va assassiner la mémoire, parce que l'arbre là représentait la mémoire de cet individu.
01:07Dès lors qu'on assassine la mémoire, etc., ça va plus loin que tout.
01:11Là, on est dans l'abjecte, c'est-à-dire qu'on va couper la mémoire, on va couper le souvenir,
01:20on va couper le symbole de ce qui peut survivre au corps inerte d'Ilan Halimi en lui redonnant la vie.
01:31Là, on est au-delà de tout.
01:32Les barrières ont été dépassées, évidemment, c'est un acte antisémite.
01:38On ne peut le qualifier qu'ainsi, mais c'est bien plus que ça.
01:41Dès lors qu'on s'attaque à la mémoire des hommes, il y a quelque chose qui se passe qui est absolument terrible.
01:48Et justement, c'est ce qu'a dit aussi François Bayrou,
01:50« L'arbre pour Ilan Halimi vivant rempart contre l'oubli a été fauché par la haine antisémite.
01:55Nul crime ne peut déraciner la mémoire, a dit le Premier ministre.
02:00La lutte jamais achevée contre le mortel poison de la haine est notre devoir premier. »
02:05Gilles Boutin.
02:06Mais c'est dérangeant cet acharnement, parce que c'est un acharnement.
02:08Et le Président, par son expression, c'est un peu ça qu'il dit,
02:11c'est qu'on ne cesse de s'acharner sur les Juifs et sur cette question de la mémoire.
02:15Et c'est étonnamment morbide, c'est cet abject, cette obsession qui est répandue à toutes les époques
02:23et dans bien des strates de la société, pour la question de la mémoire.
02:27Parce que Vincent, vous parliez des nazis qui cherchaient à cacher leurs méfaits.
02:32Ils ont même cherché à le faire pendant, alors qu'ils n'avaient pas encore été écrasés.
02:39Leur but était même de cacher leurs crimes abjects auprès de la population.
02:43C'est-à-dire qu'ils ne cherchaient pas à faire la communication de la Shoah auprès de la société.
02:48Ce qui est bien le signe qu'il y a une volonté d'effacer, mais totalement.
02:52Et là, ce qui se passe aujourd'hui avec cet arbre qu'on coupe, qui est le symbole de la vie,
02:57l'olivier, la paix, une forme de rédemption, une volonté d'aller au-delà,
03:01c'est le retour.
03:03L'histoire recommence, mais sous des formes légèrement différentes, via d'autres ressorts.
03:07Avant, c'était un antisémitisme européen totalement débridé, qui avait fait sauter le vernis de la civilisation.
03:14Désormais, c'est un autre antisémitisme.
03:15On ne connaît pas les auteurs, aujourd'hui.
03:17On ne sait pas encore qui ils sont, mais on voit bien dans quel contexte cela intervient.
03:21Absolument.
03:21Alors, je vous ai effectivement fait part des réactions du président de la République,
03:25celle du Premier ministre.
03:26On salue ses réactions, mais tout ça, ce sont aussi des mots.
03:29Moi, ce que j'aimerais savoir, c'est que fait la République, aujourd'hui, concrètement,
03:32contre l'antisémitisme, je voudrais qu'on écoute le maire d'Épinay-sur-Seine,
03:38qui s'est confié sur Europe.
03:39Pour lui, ça va plus loin.
03:42Pour lui, la profanation de l'arbre d'Ilan Halimi, c'est aussi une conséquence d'une certaine politique,
03:49et aussi la conséquence de toutes ces manifestations pro-Gaza,
03:54que l'on retrouve toutes les semaines, désormais, dans sa ville.
03:57On l'écoute.
03:57C'est une société qui va mal, et je pense que certains, quand je dis certains,
04:01peut-être certains partis politiques sont là pour attiser le feu.
04:05Et il suffit que dans l'esprit d'un individu, qu'il soit à l'écoute de certaines paroles,
04:11ou de certains actes, ou de certaines manifestations,
04:14fait que ça peut dégénérer, comme c'est le cas par rapport à ce qui s'est passé cette nuit à Épinay-sur-Seine.
04:18Vous pensez à la France insoumise en particulier ?
04:21Oui, parce que sur la ville d'Épinay-sur-Seine, la France insoumise et la CGT manifestent,
04:26il y a très peu de personnes, bien sûr, qui se déplacent,
04:28mais manifestent depuis un certain nombre de samedis,
04:31sur l'espace public, par rapport à la situation de Gaza.
04:35Il y a obligatoirement un lien de près ou de loin.
04:38Hervé Chevrolet, le maire d'Épinay-sur-Seine, ce matin sur Europe 1,
04:42il y a forcément un lien de près ou de loin, dit-il, Vincent Roy.
04:45Oui, enfin, on va attendre de voir, c'est difficile de se prononcer.
04:52En tous les cas, sommes-nous encore capables aujourd'hui,
04:56à l'heure où nous parlons de faire nation ?
04:58La réponse est non.
04:59C'est le constat terrible qu'on peut faire,
05:01Iketnouk, maintenant.
05:03Lorsqu'on est capable, dans un pays de telles exactions,
05:08qui se sont multipliées,
05:09enfin, celle-ci est particulièrement horrible,
05:10mais on a vu que les actes antisémites vont croissant.
05:16On voit que, d'abord, l'État est tout de même relativement désarmé.
05:21Cet antisémitisme a débondé depuis le 7 octobre.
05:26Ça veut dire que le 7 octobre a libéré un certain nombre de bas instincts.
05:29Il faut quand même être très clair sur cette question.
05:32Et comment y faire face ?
05:33J'ai envie de vous dire, Vincent Roy, c'est pas nouveau.
05:36C'est-à-dire qu'Ilan Halimi, c'est aussi le symbole
05:40de l'antisémitisme.
05:43Ce jeune garçon qui n'avait absolument rien fait,
05:46qui a été torturé à mort parce que juif,
05:48c'était déjà il y a 20 ans.
05:50Et il y a 20 ans,
05:52juste pour préciser que ce qui s'est passé,
05:54malheureusement, n'est pas la première fois,
05:56puisque deux autres arbres plantés en hommage à Ilan Halimi
05:59avaient déjà été vandalisés en 2019 à Sainte-Geneviève-des-Bois.
06:02C'est-à-dire qu'il y a des personnes qui s'attaquent
06:05à la mémoire de ce garçon
06:08qui représentent aujourd'hui une certaine forme d'antisémitisme.
06:13Il y a 20 ans, la maman d'Ilan Halimi,
06:16Ruth Halimi, avait choisi de faire envoyer
06:19la dépou de son fils en Israël.
06:21Il repose aujourd'hui à Jérusalem.
06:24Elle avait dit pour qu'il puisse enfin reposer en paix.
06:27Et vous vous rendez compte ?
06:29C'était prémonitoire d'une certaine façon.
06:30C'était d'une certaine façon prémonitoire.
06:32Qu'est-ce qui aurait pu se passer, finalement,
06:34si la dépouille de son fils avait reposé aujourd'hui
06:37dans un cimetière français ?
06:39C'est un terrible constat d'échec, Gilles Boutin.
06:42Un terrible constat d'échec pour notre République.
06:44Elle a eu terriblement raison, cette mère,
06:47d'envoyer la dépouille de son fils en Israël.
06:49Et c'est terrible de faire ce constat aujourd'hui.
06:52Oui, c'est terrible.
06:53C'est un aveu d'échec.
06:54Elle l'avait bien anticipé.
06:55C'est un aveu d'échec global, sociétal,
06:59mais qui en dit long sur notre incapacité
07:01à transmettre des choses élémentaires, fondamentales,
07:04les valeurs centrales, qui sont les nôtres,
07:07la fraternité, indépendamment d'où nous venons,
07:10de notre confession, de quoi que ce soit.
07:13C'est un échec à transmettre à quelconque esprit critique.
07:16Parce que ceux qui commettent ces actes,
07:18d'ailleurs, je ne sais pas si on avait retrouvé ceux de 2019,
07:21cela témoigne d'un néant intellectuel abyssal,
07:23puisque que ce soit un adolescent un peu stupide
07:27qui a trop écouté la télé ou les réseaux,
07:30qu'il soit passé à l'acte,
07:31ou un fondamentaliste bien structuré
07:33qui lit la gazette de Daesh toutes les semaines,
07:37ou un activiste d'extrême gauche,
07:41dans tous les cas, ça témoigne d'un néant.
07:43C'est-à-dire qu'il y a un vide,
07:43il y a un manque abyssal de compréhension,
07:46d'humanité, de ce qui est en train de se jouer.
07:48C'est-à-dire qu'il a oublié qu'on parle d'un jeune homme
07:50qui a été torturé pendant 24 jours.
07:51Mais ça veut dire que dans la tête de ces gens,
07:53et c'est ce que disait d'ailleurs ce matin,
07:55je reprends les mots d'Amory Brûlé sur CNews,
07:57qui disait que finalement ces gens,
07:59pour eux, ce n'est pas une victime en fait.
08:02Ce n'est pas une victime,
08:03c'est un juif, un bourreau génocidaire.
08:07A condition qu'on connaisse les gens en question,
08:09pour l'instant on n'en sait rien,
08:10on ne sait pas qui c'est.
08:11Oui, on imagine en tous les cas
08:13que les personnes qui ont fait ça
08:14ne voulaient pas forcément du bien à Hélène Halimi.
08:17On peut l'imaginer assez facilement.
08:18On peut l'imaginer assez facilement, Vincent Roi.
08:20Voilà, c'est-à-dire que tant qu'on ne sait pas,
08:24il est toujours difficile de se prononcer.
08:28Sur l'acte en lui-même,
08:29on a dit tout ce qu'on avait à en dire,
08:31c'est-à-dire que c'est vraiment le sommet de l'horreur,
08:33on ne peut que le répéter.
08:34Mais voilà, attendons de voir,
08:36on se doute bien, grosso modo,
08:39de qui cela peut être,
08:40et ça démontre bien qu'effectivement,
08:43dans notre République,
08:44on a raté quelque chose.
08:45Et je crois qu'on a raté à transmettre
08:49un certain nombre de valeurs
08:51qui sont les nôtres,
08:52et je le répète encore une fois,
08:54je ne suis pas sûr que
08:57la laïcité nous protège de quoi que ce soit,
09:00et qu'elle soit encore efficiente,
09:02et qu'elle ne soit pas dès lors
09:03totalement dépassée,
09:05que ce soit une notion usée,
09:07qu'on n'arrive plus à diffuser
09:08d'une certaine manière.
09:11Mais je crois surtout que
09:12on a laissé
09:14beaucoup trop faire dans ce pays,
09:16quand vous voyez qu'aujourd'hui,
09:18vous avez quand même des partis
09:19qui vont alimenter
09:20cette haine,
09:22purement et simplement.
09:23Je pense évidemment
09:25à LFI,
09:27je pense à des déclarations ignobles,
09:29comme les membres du Hamas,
09:32qui seront des combattants de la résistance.
09:35Vous voyez ce que je veux dire ?
09:36Tout ça a entraîné aussi un climat.
09:40Bien sûr qu'il y avait ce ferment.
09:41La preuve, c'est qu'il y a 20 ans,
09:43on torturait Ilan Alimi.
09:46Donc bien sûr qu'il y avait ce ferment.
09:47Bien sûr qu'il y a dans la société française
09:50qu'il y avait aussi cela.
09:52Et maintenant,
09:53cet antisémitisme qui a muté...
09:56C'est-à-dire que maintenant,
09:57c'est tous les jours presque, en fait.
09:59Maintenant, c'est tous les jours.
10:00Il est totalement...
10:01C'est antisionisme
10:02qui est le cache-sexe de l'antisémitisme.
10:05Et donc, par conséquent,
10:07qui a muté de l'extrême droite à l'extrême gauche
10:09ou de la droite à la gauche
10:10ou là-dessus.
10:12On peut dire ce qu'on veut.
10:14Ceci étant dit, il est toujours là.
10:15Il est plus présent que jamais.
10:17Et je trouve que l'exécutif,
10:20pour le coup,
10:21n'a pas pris la mesure de cela.
10:24quand Emmanuel Macron ne va pas défiler,
10:26je trouve qu'il ne prend pas la mesure de cela.
10:28Quand on lui dit
10:29est-ce qu'il y a un génocide à Gaza
10:30et qu'il répond
10:31c'est pas à moi de juger,
10:32c'est aux historiens à juger,
10:34je trouve qu'il ne prend pas la mesure
10:35de ses propos.
10:36Et que,
10:37sans le rendre responsable
10:38ni de près ni de loin
10:40de cet acte ignoble,
10:43il alimente un certain débat.
10:45Il alimente un débat.
Commentaires

Recommandations