00:00Vincent Derosier, RTL Soir.
00:03Et l'invité de RTL ce soir, c'est Yael Mélue, l'ancienne avocate spécialiste de la violence conjugale.
00:08Bonsoir madame.
00:09Bonsoir.
00:09Alors en 2013, vous aviez demandé la réouverture de l'enquête sur le suicide de Christina Raddy,
00:15la femme de Bertrand Cantat en parlant de suicide forcé.
00:18Vous aviez également déposé plainte contre le chanteur en 2016.
00:21Alors le parquet de Bordeaux a décidé de rouvrir l'enquête, c'est une info qu'RTL vous a révélée à la mi-journée.
00:26On rappelle les faits, c'était il y a 15 ans, Bertrand Cantat vient de sortir de prison pour le meurtre de Marie Trintignant.
00:32En janvier 2010, il dort chez elle à Bordeaux lorsque Christina Raddy 41 ans est retrouvée pendue.
00:38C'est le combat que vous portez depuis des années, on imagine que c'est un immense soulagement pour vous ?
00:43Alors c'est un immense soulagement, évidemment, mais c'est aussi une normalité en fait.
00:51Parce que le parquet se saisisse, parce qu'il considère qu'il a des éléments nouveaux dans une enquête, de mon point de vue, criminel.
01:00C'est juste le rôle de la justice.
01:03Et dans son communiqué de presse, le parquet de Bordeaux a indiqué que c'était notamment à la suite du documentaire Netflix.
01:12Et dans le documentaire Netflix, il y a des éléments nouveaux.
01:16Il y a des éléments nouveaux, notamment un témoignage qui permet d'apporter un commencement de preuve sur le fait que Christina Raddy était victime de violences conjugales.
01:29Le documentaire Netflix, on parle du cas Cantat, qui a été fait notamment avec votre travail, vos ressources depuis plusieurs années.
01:36Alors ce témoignage, de quoi s'agit-il ?
01:40Alors il s'agit du témoignage d'un infirmier.
01:43Que dit cet infirmier ?
01:45Il dit que quelques mois avant le passage à l'acte suicidaire de Christina Raddy,
01:51Christina Raddy s'est rendue dans un hôpital, l'hôpital de Bordeaux,
01:56qui avait un service spécialisé pour les victimes d'agressions, qui s'appelle le COVA.
02:01Elle s'y est rendue pour se faire soigner de violences qu'elle avait subies de la part de Bertrand Cantat.
02:10Dans ce dossier, il y a d'une part Christina Raddy qui indique qu'elle était victime de violences conjugales de manière récurrente.
02:19Et d'autre part, qu'elle avait été victime ce jour-là de violences d'une exceptionnelle gravité.
02:25Quand je parle d'exceptionnelle gravité, je parle de décollement du cuir chevelu, je parle de dents cassées,
02:30je parle d'une femme en état de détresse psychique absolue, sous emprise absolue,
02:37et qui nomme son agresseur.
02:41C'est-à-dire que Bertrand Cantat est nommé.
02:45Et la question qui se pose en réalité, c'est qu'on parle là d'un épisode de violence
02:49qui se serait produit quelques mois avant janvier 2010,
02:54donc au moment où Christina Raddy se suicide,
02:57au moment où le parquet de Bordeaux engage une procédure normale,
03:03comme pour toutes les affaires de suicide,
03:05sauf qu'on n'est pas dans une affaire normale.
03:07On est dans une affaire où Bertrand Cantat est sous le régime de la libération conditionnelle.
03:12Il a purgé sa peine pour avoir tué Marie Trintignant.
03:15Il est sorti de prison depuis trois ans, mais il est encore sous l'œil de la justice.
03:20Au moindre faux pas, il va en prison.
03:22Et on sait aujourd'hui, à la lumière du témoignage de cet infirmier,
03:27on connaît l'existence d'un dossier médico-légal faisant état de violence
03:32qu'aurait subi Christina Raddy.
03:35Comment l'appareil judiciaire, en janvier 2010, n'a pas eu connaissance de ce dossier ?
03:40Il y a eu des radis à plusieurs niveaux, selon vous.
03:42Voilà, il y a, si vous voulez, cette affaire depuis 15 ans,
03:46c'est une suite de dysfonctionnements de la justice.
03:49Il n'y a que ça.
03:51Il n'y a absolument aucune investigation digne de ce nom qui n'a été faite dans ce dossier.
03:58Rien n'a été fait pour la manifestation de la vérité.
04:01Rien n'a été fait pour rendre justice.
04:04Lorsque j'ai déposé plainte en 2013, lorsque j'ai déposé plainte en 2019,
04:08certes, l'enquête a été rouverte.
04:12Ça veut dire que, cette fois-ci, Bertrand Cantat sera nécessairement interrogé,
04:16comme d'autres membres, peut-être, du groupe Noir Désir,
04:17ce qui n'a pas été fait pour l'instant ?
04:18Je l'espère.
04:20Ce serait la normalité qu'ils soient entendus.
04:24Ce serait la normalité qu'enfin,
04:26les témoins dont j'ai donné la liste en 2013,
04:2912 témoins,
04:30qu'ils soient enfin entendus aujourd'hui,
04:33des témoins directs et indirects
04:35de violences subies par Christina Raddy.
04:37Là, ce serait juste normal.
04:39Vous avez parlé de témoignages aux urgences,
04:40il y a d'autres témoignages, donc ?
04:41Oui, il y a d'autres témoignages.
04:43Et moi, j'ai des éléments nouveaux, aujourd'hui, aussi,
04:47que je souhaiterais porter à la connaissance du parquet de Bordeaux.
04:49Lesquels ?
04:50Je ne peux pas en parler encore, tout de suite.
04:53Ce sont de nouveaux témoins.
04:56Je vais demander audience au parquet de Bordeaux,
05:00pour leur communiquer ces éléments nouveaux.
05:02Et en tout état de cause,
05:03si le parquet de Bordeaux n'avait pas rouvert l'enquête,
05:07ne s'était pas autosaisie,
05:08j'étais en train de préparer, déjà, un signalement.
05:10Est-ce qu'on peut dire qu'il y a d'autres victimes,
05:12peut-être, potentielles ?
05:14Alors, il y a évidemment d'autres victimes.
05:18C'est une évidence.
05:20Il y a déjà Marie Trintignant,
05:22qui est morte sous les coups de Bertrand Cantat.
05:25Il y a Christina Raddy,
05:26qui a dit, dans le message qu'elle a laissé à ses parents,
05:29en six mois, avant de se pendre,
05:31le nombre de violences psychologiques et physiques qu'elles subissaient.
05:34Et vous avez, dans les éléments que vous ne pouvez pas nous révéler ce soir,
05:37la conviction qu'il y a d'autres victimes.
05:39Oui, absolument.
05:40Mais j'avais déjà apporté à la connaissance du parquet de Bordeaux,
05:42le fait qu'il y avait d'autres victimes.
05:43Parce que lorsque j'ai déposé plainte en 2019,
05:47je venais avec des échanges que j'avais eus avec la compagne d'un ancien membre de Noir Désir,
05:54qui m'affirmait, semaine après semaine, pendant de longs mois,
05:59que Christina Raddy était victime de violences conjugales.
06:02Que toutes les compagnes de Bertrand Cantat avaient été victimes de violences conjugales.
06:08Elle m'affirmait également que tous les membres de Noir Désir avaient menti
06:10pendant le procès à Vilnius, en disant que Bertrand Cantat n'avait jamais été violent.
06:15Il y avait ce message également laissé à ses parents de Christina Raddy.
06:18Alors ça, le message que Christina Raddy avait laissé à ses parents,
06:21ce long message de 7 minutes, c'est long 7 minutes.
06:25Pour moi, c'est une plainte posthume de Christina Raddy.
06:28Elle dit qu'elle est en danger de mort.
06:29Elle dit qu'elle ne sait pas si elle va être encore en vie.
06:33Elle dit que ce qu'elle vit est pire que ce qui s'est passé à Vilnius.
06:36Vous imaginez ?
06:37Est-ce que vous avez l'espoir d'un procès ?
06:39Mais bien sûr que j'ai l'espoir d'un procès.
06:42Mais j'ai l'espoir que la justice fasse son travail.
06:46J'ai l'espoir qu'il y ait manifestation de la vérité sur les causes de la mort de Christina Raddy.
06:52C'est quand même la moindre des choses qu'on lui doit, cette malheureuse.
06:55Vous pensez que Bertrand Cantat, lui-même, peut reconnaître les faits ?
06:58Je ne crois pas, non.
07:00Absolument pas.
07:01Pourquoi ?
07:01Parce qu'on a affaire à une personnalité typique.
07:06On rappelle qu'il ne reconnaît pas les faits.
07:07Voilà, absolument, il ne reconnaît pas les faits.
07:09De la même manière qu'après avoir tué Marie Trintignant, il arrivait encore, dans une interview qu'il a donnée aux Inrocs, à se présenter comme une victime d'un crime passionnel.
07:22Il arrivait encore à dire qu'il était fou amoureux de Marie Trintignant.
07:26Il arrivait encore à dire que Christina Raddy était aussi l'amour de sa vie, alors qu'elle s'était déjà suicidée.
07:35Et qu'il ne supportait pas le fait qu'il était le symbole des violences conjugales.
07:40Ben oui, mais oui, oui, Bertrand Cantat.
07:43Vous êtes le symbole de ce qui se fait de pire, en fait, dans les violences conjugales.
07:47Donc, il est forcément dans le déni de ce qu'il fait.
07:49Donc, il ne faut pas aller chercher un aveu, on ne l'aura pas.
07:53Donc, il faut aller chercher des témoignages.
07:55Il ne reconnaîtra pas.
07:57Merci beaucoup, Yael Mélule, d'avoir été l'invité de ce RTL Soir.
08:00Votre première réaction, elle est à réécouter, évidemment, sur rtl.fr et notre application.
08:04Bonne soirée à vous.
08:05Merci à vous.
08:06RTL, pour tout comprendre de l'actualité.
08:10Dans un instant, notre série sur les rois de la belle, les dix plus grandes évasions.
08:14Aujourd'hui, c'est Michel Vaujour qui s'évade à bord d'un hélicoptère piloté par sa femme.
08:19A tout de suite.
08:19Vincent Derosier, RTL Soir.
Commentaires