Chaque été, dans les hauteurs de la vallée de l’Ubaye, un ballet aérien bien singulier se déroule au-dessus des lacs de montagne. Samedi 19 juillet, l’association la Truite de l’Ubaye a coordonné une opération d’alevinage, mobilisant hélicoptère, bénévoles et passionnés pour peupler les eaux d’altitude en truites fario et ombles chevaliers. "On a aleviné 17 lacs en une matinée", s’étonne encore Christian Calvignac, président de l’association. Depuis près de vingt ans, ce passionné organise ce que les habitués appellent affectueusement "la tournée des lacs". Cette année encore, les sacs remplis d’alevins ont été héliportés jusqu’aux rives des lacs d’altitude, comme celui de la Reculaye ou du Marinet. Pourquoi un hélicoptère ? "Parce que c’est plus rapide et surtout moins traumatisant pour les alevins", explique Christian. "À pied, après trois heures de marche, les poissons n’arrivaient pas en bon état." À bord de l’appareil, les sacs en plastique gonflés à l’oxygène contiennent environ 500 alevins chacun, plongés dans de l’eau refroidie avec un peu de glace pour s’acclimater aux températures alpines. Sur le terrain, les bénévoles prennent le relais, immergeant doucement les sacs dans l’eau pour que la température s’égalise avant de les ouvrir. "Tout est fait pour réduire le stress des poissons", précise le président. Une logistique bien huilée Deux espèces sont principalement concernées par ces lâchers : la truite fario, emblématique des eaux vives, et l’omble chevalier, plus adapté aux profondeurs froides. Certains plans d’eau bénéficient d’une reproduction naturelle, comme le lac du Lauzanier, alimenté par un ruisseau, ce qui évite d’avoir recours à l’alevinage. D’autres, comme le lac des Hommes ou de Terres Pleines, sont fermés et nécessitent un apport régulier pour maintenir la population piscicole. "Dans ces lacs-là, sans l’intervention humaine, il n’y aurait aucun poisson", rappelle Bernard Hus, bénévole impliqué depuis plusieurs années. Chaque alevinage est une opération millimétrée. "On prépare les sacs à La Condamine, puis l’hélico les prend et les dépose au pied des lacs", décrit Christian Calvignac. Un geste halieutique… mais pas écologique ? L’alevinage reste un sujet qui divise. Est-ce vraiment un geste écologique ? Pas vraiment, répond avec franchise Christian : "C’est purement halieutique. L’objectif, c’est de permettre la pratique de la pêche, pas de rétablir un équilibre naturel." En effet, les lacs de montagne sont à l’origine dépourvus de poissons. Ce sont les bergers, bien avant les pêcheurs, qui ont introduit les premiers spécimens il y a plusieurs siècles, pour assurer leur subsistance. "Dans les Pyrénées, certains chercheurs datent les premiers alevinages du VIIe siècle", note le président.
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