00:00Prochaine étape pour la pétition, l'Assemblée nationale.
00:04Après le cap des 500 000 signatures, le débat pourrait être rouvert dans l'hémicycle.
00:08De quoi donner un peu d'espoir aux opposants de la loi Duplomb.
00:11Je ne sais pas si ça va marcher, mais j'espère qu'ils vont entendre quand même la population.
00:15Ça aboutit rarement, mais après on peut toujours espérer faire bouger les choses.
00:20Le texte permet la réintroduction d'un pesticide interdit en France, mais autorisé en Europe.
00:25Une partie du monde agricole dénonçait une concurrence déloyale et s'était mobilisée pour faire pression sur les députés.
00:31La loi avait été adoptée le 8 juillet dernier sans réel débat au Parlement.
00:36Plusieurs syndicats redoutent maintenant un retour en arrière.
00:39Tout recommencer serait une grande perte de temps et une finalité perdante pour le monde agricole.
00:43On va de problème en problème. Quand on n'aura plus d'agriculteurs, il n'y aura plus besoin de faire des pétitions.
00:48La loi Duplomb n'est ni réexaminée ni abrogée. Seule la pétition fera l'objet de discussions.
00:54Une première sous la Ve République et une victoire pour la gauche.
00:58Quand on parle d'agriculture, on parle de l'alimentation de tout le monde.
01:01On parle de l'eau qu'on boit tous les jours. On parle de l'air qu'on respire à chaque instant.
01:05On parle de la nourriture qu'on met dans nos assiettes.
01:07Et on parle aussi de beaucoup d'argent public.
01:09C'est-à-dire que les citoyens ont leur mot à dire sur les orientations des politiques publiques.
01:13Sur ces réseaux sociaux, l'étudiante de 23 ans à l'origine de la pétition et de cet engouement populaire se réjouit.
01:20Et Léonore Pateri appelle même à atteindre un million de signatures.
01:24Et avec nous en plateau, Léa Balagel-Mariki, député écologiste de Paris, porte-parole du groupe Écolo à l'Assemblée Nationale.
01:30Merci d'être avec nous.
01:31Mathieu Coache, journaliste au service politique de BFM TV.
01:34Et puis à distance, Franck Mélonville, agriculteur, sénateur UDI de la Meuse.
01:39Merci beaucoup d'être avec nous.
01:40Vous êtes un des deux sénateurs d'ailleurs à l'initiative de la loi Duplomb.
01:43Mathieu Coache, je commence par vous.
01:45Le sénateur d'ailleurs, Laurent Duplomb, qui a réagi ce matin face au succès de cette pétition chez le confrère de Radio France.
01:51Autant vous dire qu'il n'est pas très emballé, le sénateur qui a permis cette loi.
01:56Il dit que ça ne m'inspire pas grand-chose, ça veut dire que l'opposition s'exprime.
01:59Et il attaque la gauche.
02:00Il dit que des pétitionnaires, à l'image de Sandrine Rousseau, n'en ont rien à péter de la rentabilité des activités économiques.
02:06Ils vivent dans un monde où les droits sont pour eux et les devoirs pour les autres.
02:09Alors Laurent Duplomb, il reconnaît quand même qu'il y aura sûrement un débat organisé à l'Assemblée nationale.
02:15Vous savez que c'est la conférence des présidents qui peut décider d'un débat, mais qu'on ne débattra que de la pétition.
02:21La loi, elle, elle ne sera pas réexaminée et encore moins abrogée comme certains le souhaitent.
02:27Des députés peuvent aussi, d'ailleurs sans raison particulière, décider de classer tout simplement cette pétition et donc de ne pas donner suite.
02:35Laurent Duplomb, il rappelle qu'il y a eu des débats, c'est vrai, au Sénat en première lecture, pendant la commission mixte paritaire.
02:41Et il estime que s'il y a un nouveau débat, en fait, on risque de redire ce qui s'est dit pendant six mois.
02:46Il faut accepter les règles du jeu européen, dit Laurent Duplomb.
02:50Et là, on arrive sur le fond du débat, finalement.
02:53Il dit le risque, c'est d'importer ce que nous nous interdisons de produire en France.
02:56Ça vous rappelle peut-être quelque chose, parce qu'en fait, on est dans la même problématique que dans le débat sur le Mercosur,
03:02cet accord avec l'Amérique latine, où finalement, il y a cette question des clauses miroirs.
03:06Sauf que cette fois, ce n'est pas avec l'Amérique latine, c'est au sein même de l'Europe où ces pesticides sont toujours autorisés.
03:13Léa Balagène-Marie, vous allez certainement rentrer en confrontation, si je puis dire, avec Franck Ménonville.
03:19Mais j'aimerais bien que le dialogue puisse s'instaurer entre vous deux, puisque cette loi Duplomb fracture aujourd'hui, c'est le moins qu'on puisse dire.
03:25Est-ce que vous, vous satisfaisiez ? En tout cas, Mathieu vient de l'expliquer, ça ne va pas remettre en cause le fond de la loi qui a été adopté.
03:33Mais pour autant, 856 000 personnes à l'instant T qui signent cette pétition, est-ce que ça reste une victoire populaire ?
03:41Tout à fait, c'est une victoire populaire qui, je crois, est le signe que c'était la goutte de trop.
03:46La goutte de trop du poids des lobbies dans la construction de nos politiques publiques.
03:50Moi, j'ai été élue il y a un an et je n'avais pas mesuré à quel point les lobbies ont une place encore très importante.
03:57Et le lobby de l'agrochimie, de la FNSEA, en l'espèce, ont été extrêmement, je vais dire, à l'initiative, à la manœuvre pour que cette loi puisse être écrite,
04:06adoptée dans des laits inédits quand il s'agit de notre santé environnementale.
04:10Et puis c'est la goutte de trop aussi.
04:11D'où la saisine du Conseil constitutionnel.
04:13Exactement. Et puis c'est aussi la goutte de trop par la lâcheté.
04:15Moi, je vois les macronistes se tortiller sur les réseaux sociaux pour expliciter un vote, nous dire en 2018, on a voté ça, mais maintenant, on vote ça, etc.
04:23En réalité, ils ne sont pas du tout à l'aise parce que quand on réintroduit une substance nocive pour l'environnement, pour la santé,
04:32il faut analyser les risques et les bénéfices.
04:34Les bénéfices sont minimes, les risques sont, j'allais dire, immensément déjà prouvés scientifiquement,
04:41mais on le sait, dans les années qui vont suivre, cela va faire l'objet d'études supplémentaires et surtout de risques potentiels qui pourraient être révélés.
04:49Et vous disiez que l'argument principal de M. Duplon, c'est de dire, nous n'allons pas importer ce que nous interdisons déjà,
04:56ou bien nous importons ce que nous interdisons chez nous.
04:58Mais il y a un élément que vous oubliez, c'est que ce pesticide, l'acétamipride, reste dans nos sols, dans nos eaux.
05:06Donc ça, ce n'est pas de l'importation.
05:07C'est très clairement de la pollution des sols, des nappes phréatiques, donc de l'eau que nos enfants peuvent boire.
05:13C'est la pollution de nos sols et donc la disparition des pollinisateurs.
05:17Ça, ce n'est pas de l'importation de produits.
05:19C'est des conséquences très directes pour les agriculteurs et pour notre sécurité alimentaire.
05:23Pour entendre un agriculteur, Franck Ménonville, est-ce que vous entendez les arguments de Léa Balagel-Mariqui,
05:28qui consiste à dire finalement que ce qui va se passer aura aussi des conséquences sur vous ?
05:33Est-ce que vous êtes d'accord avec ce rapport bénéficierie qui vient d'être dit à l'instant ?
05:37Je voudrais clarifier, je suis agriculteur, je suis sénateur de la Meuse et je suis le co-auteur de la loi,
05:42puisque la loi Duplomb-Ménonville, nous sommes deux co-auteurs.
05:50Et moi, ce que je souhaiterais dire, c'est qu'il n'y a rien de révolutionnaire dans cette loi.
05:54On autorise et on aligne la réglementation française sur tout ce qui est permis au niveau européen.
06:01Et concernant l'article qui fait le plus débat concernant l'acétamipride,
06:07l'EFSA, c'est-à-dire l'équivalent de l'ANCEF, si on veut bien, au niveau européen,
06:11vient de réautoriser ce produit jusqu'en 2033, cette matière active.
06:16Pour quelles raisons ? Parce qu'elle répond à un certain nombre de garanties
06:19et de garanties environnementales et sanitaires.
06:24Si ça n'avait pas été le cas, elle serait interdite dans toute l'Europe sans...
06:29L'Europe n'a pas la main qui tremble pour faire respecter des sujets sanitaires et environnementaux.
06:35On est un continent et une organisation politique absolument irréprochable
06:40et leader en la matière dans le monde.
06:43Il faut le rappeler, il ne faut pas désinformer en permanence.
06:45Donc vous balayez d'un revers de main, monsieur le sénateur,
06:47cette mobilisation citoyenne qui est quand même inédite.
06:50Non, pas du tout, parce que je respecte les citoyens.
06:53Je suis...
06:54Il demande une nouvelle discussion alors sur la loi.
06:56Eh bien, si le bureau et la conférence des présidents de l'Assemblée nationale
07:01décident d'ouvrir le débat sur cette pétition, ils l'auront.
07:09Et moi, ça ne me dérange absolument pas.
07:11Je ne siège pas à l'Assemblée nationale.
07:13C'est le sujet de l'Assemblée nationale.
07:15Moi, je dirais seulement peut-être un élément pour compléter mes propos.
07:20C'est que le débat a eu lieu en CMP, a eu lieu lors des conclusions de CMP
07:25dans nos deux Assemblées, qu'il aurait dû avoir lieu en séance plénière
07:30de l'Assemblée nationale.
07:32Et c'est l'obstruction de la gauche avec plus de 3 000 amendements
07:35de l'Assemblée nationale.
07:38Nous, au Sénat, la gauche s'est comportée de façon républicaine et citoyenne.
07:43On a réussi à en débattre sereinement.
07:46Au Sénat, ça a été adopté, je crois que c'était fin janvier.
07:50À l'Assemblée nationale, il y a une politique d'obstruction.
07:54Député écologiste.
07:56Il y a une politique d'activation des peurs et des craintes
07:59injustifiées au travers de cette pétition, dont acte.
08:04Il y aura sans doute plus d'un million de pétitionnaires.
08:08On va juste laisser Mme la députée écologiste répondre.
08:12Mme la députée, que répondez-vous au sénateur co-auteur de cette loi Duplante ?
08:17Tout à fait. Moi, j'aurais préféré que cette loi que vous avez co-écrite
08:21porte sur des revendications importantes des agriculteurs, la question des prix planchers.
08:25C'est une proposition de loi qui a été adoptée à l'Assemblée nationale,
08:28déposée par Marie Pochon, députée écologiste de la Drôme.
08:31J'aurais préféré que vous puissiez porter la question des revenus de transition.
08:35Parce que nous savons que quand on choisit de passer en bio pour préserver les sols et la santé des concitoyens,
08:41on a besoin d'un laps de temps pour avoir des revenus qui sont garantis.
08:45J'aurais préféré que vous puissiez répondre à toutes ces questions que posent la plupart des agriculteurs,
08:49l'immense majorité, et puis les citoyennes et les citoyens qui souhaitent une alimentation bio dans les cantines pour leurs enfants,
08:56qui souhaitent pouvoir rendre une alimentation saine, accessible à toutes et tous.
09:00La réalité, c'est que vous avez fait une loi pour les lobbies et non pas pour les agriculteurs.
09:05– Merci beaucoup, merci à tous les deux d'avoir participé à ce débat, merci Mathieu.
09:09– Qui se poursuivra peut-être à l'Assemblée nationale.
09:11– Exactement, on suivra ça évidemment à la rentrée.
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