00:00On va prendre la direction de Charleville-Mézières avec vous, ma chère Sabrina Birlin-Bouillet.
00:05Pourquoi Charleville-Mézières ? Parce que des faits de violence se succèdent depuis plusieurs jours.
00:11Depuis le 14 juillet précisément, dans le quartier de la Houillère à Charleville-Mézières.
00:16Dans la nuit du 13 au 14 juillet, des affrontements ont lieu.
00:19Les jeunes des quartiers s'en prennent aux forces de l'ordre.
00:22Il y a des voitures brûlées, des feux de poubelle aussi.
00:25Et là, c'est la foi de trop pour le maire, Boris Ravignon.
00:27Il décide de marquer le coup. Le mercredi suivant, il choisit d'agir en fermant un local associatif du quartier.
00:34Un local qui pose problème depuis plusieurs mois.
00:36Mais surtout, ce lieu est devenu un point de deal.
00:39La mairie prend donc un arrêté de fermeture.
00:41Et des énormes blocs de béton sont installés devant le local pour empêcher l'accès à la vitrine.
00:48Ce qui ne plaît évidemment pas à certains individus du quartier qui s'en prennent aux maires.
00:52Ils le visent à coups de tirs de mortier alors qu'il est sur place.
00:56Alors même s'il n'est pas blessé, il reste néanmoins choqué.
00:58Et puis cette nuit, ça continue.
01:00Cette fois-ci, la violence grimpe d'un niveau.
01:02C'est une trentaine d'individus qui s'en prennent à la police.
01:05On compte au moins 200 tirs au mortier d'artifice.
01:08Imaginez-vous, les policiers ont retrouvé un mortier vide de ses 380 coups.
01:13Alors un policier est blessé.
01:14Des véhicules sont incendiés.
01:16La situation est si violente que la gendarmerie est appelée en renfort pour aider la police municipale et nationale sur place.
01:24Bilan, seulement 5 interpellations et une enquête qui est ouverte.
01:28Et je vous propose d'écouter le maire de Charleville-Mézières, Boris Ravignon, dont vous parliez.
01:32Le maire de la commune de Charleville-Mézières.
01:40Je considère qu'on a effectivement des territoires où il y a une revendication presque séparatiste de gens qui,
01:47par intérêt généralement purement mercantile, c'est eux qui tiennent une partie du deal, du trafic local,
01:53souhaitent devenir un peu les chefs, les représentants du quartier, s'approprier le quartier, l'avoir sous contrôle.
01:59Et cette prétention-là, il nous faut effectivement la combattre avec la dernière énergie.
02:04Moi, je pense qu'on peut agir.
02:07Oui, Valder, à peu près 45 000 habitants, Charleville-Mézières.
02:10Voilà les scènes auxquelles on assiste.
02:14On voit aujourd'hui que la fermeture de ce café, il me semble associatif, gêne.
02:20Ça doit perturber des trafics et ils s'en prennent aujourd'hui à tout le monde, aux forces de police, aux maires.
02:26Il n'y a plus le respect de l'autorité et on voit que dès qu'on va essayer de combattre ces phénomènes-là,
02:34on va faire face à une hausse de la violence qui est complètement désinhibée.
02:39Et on voit que les mortiers, toujours encore, sont utilisés contre les forces de l'ordre.
02:44Et contre cet élu.
02:45Et contre l'élu et contre toute personne qui s'opposerait à l'implantation d'un trafic.
02:50Donc il y a nécessité, urgence à continuellement oeuvrer et la police nationale sera bien évidemment là
02:56et ne reculera pas face à ces délinquants.
03:00Georges Fenech.
03:01Je pense qu'il faudrait insister aussi, ça relève du garde des Sceaux éventuellement,
03:06par voie circulaire, de qualifier ces faits alors juste gravité.
03:10C'est-à-dire que quand vous faites un tir tendu notamment,
03:13avec un mortier qui est une arme par destination,
03:15qui peut tuer un représentant de l'ordre,
03:20c'est un fait de nature criminelle.
03:22Ce ne sont pas des violences volontaires,
03:24c'est un fait de nature criminelle.
03:25Donc dire, jugé par une cour d'assises.
03:28Or ce que je constate malheureusement,
03:29c'est que ces faits sont quasiment systématiquement correctionnalisés,
03:33ça se traduit devant un tribunal correctionnel avec des peines qui ne sont pas suffisantes,
03:37et donc non dissuasives.
03:38Et vous êtes confrontés à ces récidives
03:40parce que précisément, il n'y a pas de réponse pénale adaptée.
03:44Céline Pinard.
03:46Parce que, regardez, le policier dans le cas de Naël
03:49se retrouve lui avec une sanction et une qualification des faits
03:54qui est extrêmement lourde.
03:56Et là, au contraire, on a finalement, à force de nuancer,
03:59on en arrive à nier la gravité de ce qui est en train de se passer.
04:03Et le problème, c'est que quand on dit 45 000 habitants,
04:06c'est une grosse ville en province.
04:08Et ce qui serait intéressant,
04:10ce serait de regarder les compositions sociologiques de ces quartiers.
04:13Et vous allez vous rendre compte qu'elles ne sont pas structurellement extrêmement différentes
04:18des quartiers qui posent problème en région parisienne.
04:20Donc, c'est en fait la même gangrène qui est en train de se répartir un petit peu partout.
04:26Et face à ça, sur des logiques de conquête territoriale,
04:29la reprise territoriale, c'est ce qu'il y a de plus violent.
04:32Parce que ça se fait au quotidien, presque, j'allais dire, immeuble par immeuble.
04:37Et ça veut dire que si vous voulez reprendre le contrôle de ce quartier,
04:42c'est aussi un changement de population.
04:44Et c'est pour ça, quand je vous parlais des opérations de démolition-reconstruction,
04:48très souvent, ce qui n'est jamais dit dans ces opérations-là,
04:51c'est que c'est souvent des maires qui sont complètement débordés
04:54par la population d'un quartier,
04:56et qui profitent de ces opérations pour virer les éléments les plus dangereux.
05:01Hélas, malheureusement, parfois, ces éléments les plus dangereux,
05:04on les délocalise, on ne les traite jamais.
05:07Jamais, et c'est là où il y a un vrai souci,
05:11et c'est là où il faudrait que tout le monde se mette ensemble,
05:14parce qu'à partir du moment où on peut taper judiciairement
05:17par des amendes très très lourdes,
05:20et que l'on est obligé de payer,
05:22ou la justice oblige les gens,
05:24parce qu'aujourd'hui, vous condamnez des gens à des amendes,
05:26les trois cas ne les paient pas,
05:27et la justice s'en rince les mains.
05:30Si vous arrivez à mettre tout le monde en ligne,
05:32et on a les possibilités,
05:34parce qu'en fait, les structures existent,
05:35au niveau des préfectures,
05:37on est censé mettre autour de la table
05:39officiers de justice,
05:41les éléments sociaux,
05:43les maires, etc.
05:44On avait des structures qui existaient,
05:46sauf que les trois quarts du temps,
05:47elles se débrouillent pour prendre très très peu de décisions,
05:50et rarement les plus courageuses.
05:51Donc, il y a un vrai changement de mentalité à avoir,
05:55et d'assumer, en fait, cette reprise en main,
05:57elle se fera,
05:59et elle sera difficile,
06:00il y aura de la violence.
06:01François Pupony, vous avez été maire aussi,
06:03et là, dans le cas présent,
06:05on a un maire qui a pris ses responsabilités,
06:06et Sabrina, bien embrouillé, nous a raconté,
06:09il a essuyé un tir de mortier.
06:11On voit bien, là, on a un maire qui prend ses responsabilités.
06:13Moi, j'ai été maire, on m'a brûlé trois voitures.
06:17C'est la vie quotidienne des élus.
06:20Il ne faut pas s'étonner qu'il y ait aussi peu de...
06:23Il y a une certaine désaffection,
06:25et une rénovité.
06:26Non, mais c'est arrivé, je vous le dis.
06:28Je ne sais pas que c'est normal, mais...
06:29Choc tout le monde.
06:31Non, mais je ne sais pas que c'est normal,
06:31mais malheureusement,
06:32quand vous êtes élus dans des...
06:35Je regarde la charlée de Mézières,
06:36il y a un QPV,
06:37il y a un quartier prioritaire d'agriculture dans la ville,
06:39il y a un quartier en rue,
06:40donc c'est un quartier sur lequel on a cassé,
06:43rénové, restructuré,
06:44mais effectivement,
06:45Sylvie Pina a raison,
06:45le grand loupé,
06:46c'est qu'on n'a pas mis en place
06:47une vraie politique de peuplement.
06:49C'est-à-dire que les familles qui posaient le problème
06:50n'ont pas été remis ailleurs ou suivis,
06:53et donc on a laissé les mêmes populations
06:54au même endroit,
06:54voire on a même paupérisé le quartier.
06:56Mais effectivement,
06:57les maires,
06:57quand ils sont dans ces quartiers
06:58et qu'ils investissent,
06:59il y a un moment,
07:00quand ils vont au combat,
07:01ils sont en première ligne.
07:02Et sincèrement,
07:02le maire, il est tout seul.
07:03Il n'est pas armé,
07:04il n'est pas protégé.
07:07Je vais raconter l'anecdote,
07:09ils ont essayé de brûler la voiture
07:10et j'ai vu qui c'était.
07:13Et une demi-heure après,
07:14je l'ai attrapé.
07:15Je l'ai remis à la police,
07:16en disant,
07:16je vous le remets,
07:19le gars,
07:19il était trois heures après,
07:20il était dehors.
07:21Ah oui,
07:22ça c'est ce que l'énonce...
07:23Le lundi matin,
07:24le procureur m'a appelé,
07:24en disant,
07:25oui, effectivement,
07:25on n'a pas été très bon,
07:26on s'excuse.
07:27Le gars,
07:28il est ressorti trois heures après,
07:29il m'a traité de plus l'élan.
07:30C'est ce que dénoncent
07:31Louis Valder
07:31et tous les représentants
07:33des syndicats de police
07:34que nous recevons sur nos placements.
07:35C'est vrai que souvent,
07:36les élus,
07:37avant qu'ils soient vraiment protégés,
07:39alors par la police,
07:40ils le sont,
07:40sincèrement,
07:41moi,
07:41je n'ai jamais eu de problème,
07:42les policiers respectent
07:44et viennent protéger les yeux.
07:45De la part de la justice,
07:47parfois,
07:47c'est compliqué.
07:49On l'évoque très régulièrement,
07:51Louis Doragnel.
07:52Je trouve tout ça
07:53assez vertigineux.
07:55On essaye toujours
07:55de trouver des solutions,
07:56mais objectivement,
07:57je trouve que c'est très complexe.
07:59Là,
07:59on franchit des capes.
08:00Les conséquences politiques
08:01des décisions
08:02qui doivent être prises
08:03sont tellement difficiles
08:04à assumer,
08:05et je rejoins ce que vous disiez,
08:06Céline Pina,
08:07qu'il y a peu de personnes
08:08qui vont...
08:09Je pense,
08:10je vois l'état
08:10de la classe politique aujourd'hui,
08:12qui peut,
08:13qui accepterait
08:14de prendre ce risque,
08:15parce qu'en fait,
08:16pour, entre guillemets,
08:17nettoyer tous ces quartiers,
08:19il va falloir faire usage...
08:20Qui va prendre
08:20ces responsabilités-là ?
08:21C'est très important.
08:22Il va falloir donner
08:23des consignes claires
08:24aux policiers,
08:25aux gendarmes,
08:25et il va falloir assumer derrière.
08:28Non,
08:28mais à partir du moment
08:29où on parle
08:30de reconquête républicaine,
08:31de reprendre le contrôle
08:33du territoire,
08:34de ses enclaves,
08:35parce qu'en fait,
08:35ce sont des enclaves
08:36qui sont perdues,
08:37eh bien,
08:38ça a un coût.
08:39Et à chaque fois,
08:40par le passé,
08:41qu'il y a des opérations
08:42de police,
08:42alors on envoie une CRS,
08:43on envoie un escadron
08:44de gendarmes mobiles,
08:45bon,
08:45ils viennent,
08:46c'est très bien,
08:46j'ai rien contre,
08:47évidemment.
08:47Mais c'est ponctuel.
08:48Ils viennent pendant un mois,
08:49grand maximum,
08:50souvent c'est moins,
08:52et après ils repartent
08:53et la vie reprend son compte.
08:54Et évidemment,
08:54j'envoie bien,
08:55ce n'est pas tenable.
08:56François Puponi.
08:57La quasi-totalité
08:58des maires de France,
08:59y compris de ces villes-là,
09:01lorsqu'ils rentrent chez eux
09:01le soir,
09:02ils n'ont pas de garde du corps,
09:03on n'est pas protégés,
09:04il n'y en a pas trop.
09:05Alors de temps en temps,
09:06quand c'est un peu compliqué,
09:06le préfet vous appelle
09:07en disant,
09:08monsieur le maire,
09:08on va demander à la police
09:09de faire des rondes
09:10devant chez vous,
09:11c'est comme ça que ça se passe.
09:13Et puis vraiment,
09:14quand on a un niveau supérieur,
09:15il y a une statique
09:16devant la maison,
09:17des cas très particuliers
09:18qu'on connaît,
09:19mais globalement,
09:20on n'a pas de protection,
09:21on n'a pas de garde du corps.
09:23Ce qui est intéressant de voir aussi,
09:24c'est sur...
09:25Non mais sur cette affaire-là,
09:27il y a eu 5 interpellations,
09:28alors on a dit
09:28que 5 interpellations,
09:29mais au final,
09:30des policiers ont pris des risques
09:31pour ces 5 interpellations.
09:33Donc ce qui va être intéressant de voir,
09:34c'est la réponse
09:35qui va être donnée
09:35à la suite de ces gardes à vue.
09:38Et puis au-delà de ça,
09:39c'est que je rappelle
09:39qu'à l'une de sa police,
09:40on veut des peines minimums
09:41pour les agresseurs de policiers
09:42parce qu'on le dit effectivement,
09:44un tir tendu de mortier,
09:45potentiellement,
09:45ça peut tuer.
09:46Donc il faut bien le comprendre.
09:48Ça s'appelle une tentative
09:49d'homicide volontaire sur un genre.
09:50Tout à fait.
09:51Le problème,
09:51c'est que tous ces trafiquants,
09:52tous ces délinguants
09:53tiennent des quartiers.
09:56et on l'évoque souvent
09:57sur ce plateau,
09:58un rôle social
10:00viennent en aide
10:01aux plus défavorisés,
10:04apportent des colis
10:05pour mieux les tenir.
10:07Non mais c'est ça.
10:08Je ne dis pas que c'est bien,
10:09mais c'est la réalité.
10:10Il y a même des quartiers
10:10où sont financés
10:11par la municipalité.
10:12Ben oui,
10:12c'est ça la problématique aussi.
10:14Il faut bouger le bureau,
10:17la chaise,
10:18tout refaire du...
10:19Ce n'est pas les services sociaux
10:21à la française.
10:22C'est-à-dire que
10:22quand un délinquant
10:24ou quand un trafiquant
10:26de drogue
10:26vous utilise
10:27en tant que nourrice,
10:28il estime que vous êtes
10:29sa chose.
10:30Et vous êtes redevable.
10:31Il y a un problème.
10:33Vous pouvez aussi...
10:35Le gamin de 19 ans
10:36qui a été brûlé vif
10:37après être torturé
10:38et qui a été filmé,
10:39c'était aussi une petite main.
10:41Donc, attention,
10:42quand on dit
10:42ils font du social,
10:44mais quel social ?
10:44Mais c'est un prix,
10:45évidemment.
10:46Attendez.
10:47D'abord,
10:47vous n'avez pas
10:48de soutien familial,
10:50de soutien réel
10:50qui s'inscrit
10:51dans le long terme.
10:52Les trois quarts du temps,
10:53c'est des trucs
10:53un peu paillettes.
10:55Par exemple,
10:56à Brons,
10:56dans un quartier
10:57qui est connu
10:58pour son trafic de drogue,
10:59il paraît que
10:59quand il dépasse
11:00les 100 000 euros
11:01ou les je ne sais pas
11:01plus combien
11:02de 100 milliers d'euros,
11:03ils font une grosse fête
11:04et ils tirent des feux
11:05d'artifice.
11:06Et ils proposent
11:07tous les week-ends,
11:09le quartier est en fête.
11:11Tout le monde le sait,
11:12ça fait des années
11:12que ça dure.
11:13Apparemment,
11:13ça ne doit pas déranger
11:14grand monde.
11:15Donc, il y a aussi
11:16ces réalités-là.
11:17Alors, ces réalités,
11:18elles peuvent être liées
11:18à du clientélisme,
11:20elles peuvent être liées
11:20au fait que ces quartiers
11:21ont été totalement désertés.
11:23Mais ce que je veux dire,
11:24c'est que ce n'est pas
11:24des gens qui vous donnent
11:25de quoi aider
11:26votre grand-père
11:27à aller en EHPAD,
11:28etc.
11:29Ce n'est pas ces aides-là.
11:31Oui, c'est de l'argent,
11:32mais entre nous,
11:34ce qu'on prend en charge
11:35socialement,
11:36ils peuvent se permettre
11:36de faire les beaux
11:37parce que derrière,
11:38il y a l'État
11:39qui, elle,
11:40donne les appartements
11:41et donne les aides sociales.
11:42Donc, il faut quand même
11:43réduire le côté
11:44aide sociale
11:45des dealers.
11:46Merci.