00:00Alors c'est très long, je suis un des avocats de deux familles de victimes.
00:04Une victime directe qui s'appelle Guy Benares, qui avait 16 ans au moment des faits,
00:08et qui est encore heureusement vivant, malgré le traumatisme et tout ce qu'il a vécu,
00:13mais qui a permis d'ailleurs en 2013 de reconnaître un des terroristes auprès du juge Trévidic,
00:19et puis une autre famille qui est la famille d'une personne décédée depuis.
00:23Et de très nombreuses victimes sont décédées depuis.
00:27Donc c'est un procès qui va être atypique à la fois par le nombre de personnes,
00:31mais avec très peu de victimes directes.
00:34Et puis en même temps, vous l'avez dit, par son ancienneté,
00:37c'est le plus ancien dossier terroriste non jugé, et nous allons vers le procès.
00:42Les familles commençaient à désespérer, on a eu plusieurs réunions.
00:46Il faut savoir que dans ce dossier, il y a eu deux phases.
00:49Il y a eu une phase un peu dormante, on peut le dire, jusqu'en 2013,
00:53et un très fort coup d'accélérateur mis par le juge Trévidic à partir de 2013,
00:57et terminé aujourd'hui par un collège de juge d'instruction du pôle antiterroriste,
01:02dont le juge Régis Pierre.
01:04Et aujourd'hui, le parquet national antiterroriste rend une ordonnance très documentée,
01:09de 428 pages, pour demander le renvoi de ces six personnes,
01:15vous l'avez dit, devant la cour d'assises spécialement composée en matière terroriste.
01:19Avant de rentrer dans le détail des auteurs, qu'en pensent les victimes ?
01:23Vous l'avez dit, parfois même pas les enfants, qui sont les petits-enfants.
01:29Oui, il y a beaucoup de petits-enfants dans la salle quand on a ces réunions de parti civil.
01:35Il y a eu beaucoup de lassitude, il y a eu beaucoup de découragement,
01:38il y a eu souvent cette idée que ce procès ne se ferait pas.
01:41D'abord parce qu'effectivement, plusieurs mandats d'arrêt ont été lancés,
01:45mais la Jordanie, pour deux d'entre eux, a refusé,
01:49la cour de cassation jordanienne a refusé, tout net, de les extrader.
01:54Il y en a un qui est dans les territoires palestiniens, donc on n'en parle pas.
01:57Et puis il y a quand même une personne qui est en détention,
01:59qui s'était réfugiée en Norvège,
02:01et qui est sous les verrous dans une prison en région parisienne.
02:05Et puis il y a eu un sixième, deux personnes en tout dernier lieu
02:10qui ont été suspectées et qui ont été mises en examen.
02:14Et donc une de ces personnes est sous contrôle judiciaire
02:18et vit d'ailleurs dans la région parisienne.
02:20Voilà, on a mis les noms des six personnes effectivement
02:24qui devront comparaître, mais vous le disiez,
02:27il y en a plusieurs qui sont à l'étranger,
02:30il y en a deux qui ont été localisées en Cisjordanie.
02:33Le principal suspect, je crois que c'est Abu Zayed,
02:36il a 66 ans, il est soupçonné d'être l'un des tireurs.
02:39Alors lui, il est, je crois, détenu en France.
02:42Oui, il est détenu en France depuis 2020.
02:46Il a été extradé de Norvège après une grosse bataille juridique
02:50et judiciaire avec les Norvégiens,
02:52mais la justice a fini par l'extrader.
02:55Il a multiplié les recours, il a multiplié les demandes de mise en liberté.
02:58Et au cours d'une des dernières audiences cet hiver,
03:02au cours de laquelle il demandait sa mise en liberté,
03:05puisqu'à partir d'un certain moment, tous les quatre mois,
03:07l'affaire revient, et bien la Chambre de l'instruction a estimé
03:10qu'on était au bout de l'instruction,
03:12que le réquisitoire n'allait certainement pas tarder,
03:14ce qui est le cas.
03:15On est en juillet et ce réquisitoire est porté.
03:18Alors cela ne veut pas dire que le procès va avoir lieu demain,
03:21je le dis pour les téléspectateurs et également pour les familles de victimes,
03:24parce qu'ensuite les juges d'instruction doivent rendre une ordonnance
03:28aux fins de renvoi ou de non-lieu partiel devant la cour d'assises.
03:33Et puis ensuite il faut audiencer un tel procès,
03:35ce qui met encore du temps, au moins à mon avis,
03:38un an ou un an et demi avant qu'on arrive au procès.
03:41Bon, les avocats des accusés, je les cite,
03:43dénoncent un réquisitoire qualifié de bricolage dangereux,
03:46fait de portraits robots vieux de 40 ans,
03:48de témoignages incohérents et de notes de renseignement bancal.
03:52Et vous le disiez, il y a quand même un rapport de plus de 400 pages,
03:57de 428 pages.
04:00Est-ce que les motivations, parce que je pense que c'est le plus important,
04:03les motivations, on les connaît, est-ce que c'était simplement l'antisémitisme ?
04:07Oui, et c'est surtout, d'ailleurs on le voit très bien dans ces acquisitoires
04:11et on le verra dans le procès,
04:13c'est le terrorisme palestinien dans tout ce qu'il y a de plus pur,
04:17puisque c'est le groupe Abou Nidal qui est derrière tout cela,
04:19les personnes qui vont être renvoyées, je l'espère,
04:23sont du groupe ou de la mouvance Abou Nidal.
04:25Et il ne faut pas oublier que le terrorisme palestinien,
04:28c'est la matrice du terrorisme moderne.
04:31La rue des Rosiers, c'est l'ancêtre du Bataclan ou des terrasses, des cafés.
04:34Rien de moins.
04:35C'est le même mode opératoire, c'est la même manière de viser.
04:39Alors, vous avez raison, là c'était un attentat tout à fait antisémite,
04:42parce qu'on vise un restaurant juif dans le quartier historique juif de Paris,
04:47le quartier de la rue des Rosiers, et donc effectivement,
04:50c'était à viser purement antisémite.
04:52Et c'était également pour semer la terreur dans les pays d'Europe
04:55et pour montrer aux dirigeants à l'époque,
04:58Mitterrand en France et d'autres en Italie et ailleurs,
05:01puisque ce groupe a essaimé le terrorisme en Europe,
05:04eh bien nous pouvons entrer dans vos villes et semer la terreur à tout moment.
05:07Et c'est ce qui a été fait ce 9 août 82,
05:10avec les six morts dont vous avez parlé,
05:12les nombres blessés,
05:13et sans parler de tous les dégâts collatéraux des familles,
05:16des enfants, des petits-enfants qui ont vécu avec ça pendant 43 ans.
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