00:008h48, Sonia De Villers, votre invitée et dramaturge, metteur en scène et directeur du Festival d'Avignon.
00:07La 79e édition ouvre ce samedi.
00:11Bonjour Tiago Rodriguez.
00:13Bonjour.
00:13Chaque année, une langue, une langue invitée au Festival d'Avignon 2025 sera celle de la langue arabe.
00:21Alors que le Moyen-Orient traverse une crise vertigineuse, frappée par des épisodes de guerre.
00:27Alors qu'est-ce qu'on va voir à Avignon ?
00:29Est-ce qu'on va voir des spectacles gorgés d'une actualité terrifiante, d'une actualité douloureuse ?
00:36Ou est-ce qu'on va voir des spectacles portés par la joie ?
00:39L'invitation à une langue, c'est une façon de montrer que le Festival d'Avignon regarde le monde connecté par des langues
00:46et pas nécessairement divisé par frontières ou nationalités.
00:49On rajoute cette vision au contexte mondial et on le fait en priorité à cause des questions culturelles, artistiques.
00:57On est passionné des artistes et de les partager avec le public dans un contexte de passionné service public de culture à Avignon.
01:05Et en le faisant, évidemment, on rassemble une grande diversité d'esthétiques, de visions du monde.
01:11On aura des spectacles entières, plus d'une dizaine de spectacles issus de pays de langue arabe, de danse, de théâtre, des concerts, des récitals de poésie.
01:23Une grande diversité de spectacles pour dire d'une langue qui est la cinquième la plus parlée au monde.
01:31Une langue de lumière, de connaissance, de dialogue, d'ouverture qui, effectivement, est aussi connectée à de grandes complexités historiques et aussi d'actualité.
01:42Bien sûr, le Festival d'Avignon, il adresse, il n'est pas aveugle.
01:45Il parle et il s'implique dans le débat de l'actualité et en même temps, il permet aussi qu'on regarde cette langue d'une façon moins étroite.
01:54Peut-être qu'il échappe à l'actualité, qu'on découvre d'autres histoires, d'autres dimensions de cette langue.
01:59Et on fait ce qu'on fait depuis 25 siècles au théâtre.
02:02On propose la beauté, la poésie et en même temps les troubles du monde.
02:07Et on propose le matrimoine improbable, mais très beau, entre la beauté et les problèmes pour parler du monde.
02:14Et puis, il y a aussi autre irruption de l'actualité dans le théâtre.
02:20Un choc très attendu au Festival d'Avignon.
02:24Ce sera cette nuit consacrée à la lecture d'extraits du procès des viols subis par Gisèle Pellicot à Mazan.
02:31Cette représentation, elle a déjà eu lieu à Vienne où elle a laissé les spectateurs totalement terrassés.
02:37Mais attention, là, c'est très différent.
02:38Parce qu'Avignon, c'est seulement à quelques kilomètres de Mazan.
02:42Et puis, c'est là qu'a eu le procès.
02:45Milo Rao, un grand maître en scène suisse, un des grands maîtres du théâtre européen,
02:50qui traite beaucoup le théâtre documentaire, s'est intéressé à ce procès.
02:54Et en discutant ensemble, on s'est dit qu'il faut qu'avec nos deux festivals,
02:58parce qu'ils dirigent le Festival de Vienne et moi, je travaille à la direction du Festival d'Avignon,
03:03nous faisons quelque chose.
03:04Vienne parce que le procès de Gisèle Pellicot a bouleversé le monde,
03:08et Avignon parce qu'il a bouleversé le monde, mais il a bouleversé aussi la France,
03:12et il l'a bouleversé Avignon.
03:14Et ce qu'on souhaite faire, c'est continuer le geste de Gisèle Pellicot,
03:17qui a rendu public son procès, pour que la honte change de camp,
03:22pour que le tribunal, d'une certaine façon, devienne un théâtre,
03:25qui amène à une transformation sociale.
03:28On imite Gisèle Pellicot, on le rend hommage en faisant la même chose.
03:32On lit des fragments du procès, qu'on a collectés auprès des avocats de Gisèle Pellicot,
03:37de la famille, des juristes, de journalistes.
03:40Et cette collection, qui fait une espèce d'archéologie du procès,
03:45est lue par une cinquantaine d'actrices, acteurs et figures publiques
03:51au cloaque des carmes le 18 juillet,
03:53pour continuer à proposer que la honte change de camp.
03:56Je continue de feuilleter le programme ébouriffant de cette 79e édition.
04:04Retour du soulier de satin.
04:06Retour du soulier de satin, cette pièce fleuve de Paul Claudel à Avignon.
04:11Ça a été un immense succès à la comédie française,
04:13dans la mise en scène d'Éric Ruffe, cette année.
04:16Mais cette pièce, elle a toute une histoire.
04:18Parce qu'elle a une histoire qui charrie les légendes du théâtre français.
04:21C'est Jean-Louis Barraud, dans les années 60.
04:24C'est Antoine Vitesse, dans les années 80.
04:27C'est Olivier Py, ancien directeur du festival d'Avignon, dans les années 2000.
04:32C'est une pièce, en fait, qui raconte aussi l'histoire du théâtre français.
04:36Du théâtre français, du théâtre européen, et très spécifiquement d'Avignon.
04:39Je peux vous dire qu'en tant que portugais,
04:41qui émigre à Avignon pour travailler au festival,
04:44tout le monde me disait, mais 87, la mise en scène de vitesse,
04:47du soulier de satin.
04:49Et moi, je n'avais que lu la pièce.
04:51Je ne l'avais jamais vue.
04:52Et il y avait cette espèce de fantôme qui revenait
04:54comme la grande mémoire qui rassemble les gens.
04:57Alors, en voyant qu'Éric Ruffe se lançait
04:59pour sa dernière mise en scène
05:00comme administrateur de la comédie française,
05:03dans cette aventure, ce spectacle fleuve,
05:05qui, en plus, est une énorme réussite de cette saison.
05:09On s'est dit, il faut la présenter de nouveau à la Cour d'honneur,
05:12l'habitat naturel de Claudel et du soulier de satin.
05:14L'habitat naturel de Claudel.
05:17Et surtout, le proposer au public.
05:18Parce que s'il y a aujourd'hui, 40 ans après,
05:21des milliers de personnes qui me parlent encore
05:24et qui nous parlent encore de cette mémoire de vitesse,
05:26Moi, je veux, avec Éric Ruffe,
05:28avec la magnifique troupe de la comédie française,
05:31proposer au public qu'ils viennent cette année à Avignon
05:34pour que dans 5 ans, 10 ans, 20 ans, 30 ans,
05:38ils peuvent se réunir et dire
05:39« Moi, j'étais là à cette aventure de rentrer avant 2 heures
05:42et traverser la nuit blanche à la Cour d'honneur
05:45et vivre au théâtre toute la nuit. »
05:47Mais Thiago Rodriguez, il faut raconter aussi
05:49que la moitié des spectacles,
05:51évidemment, là, on fait revenir
05:53un immense succès de l'année à Avignon
05:55qui est le Sous-Lit-Saint-Denis,
05:56la moitié des spectacles sont des premières mondiales.
06:00Et ça aussi, c'est quelque chose
06:02qui fait vibrer le festival.
06:04Cette année, la moitié des spectacles
06:06qui vont être joués n'ont jamais été vus,
06:08n'ont jamais été montés.
06:09C'est vrai que nous présentons 44 spectacles
06:12et 300 autres événements
06:14comme débat, projection de cinéma, lecture, etc.
06:17Et entre les spectacles,
06:19plus de la moitié sont des premières mondiales.
06:21Ça veut dire qu'on les découvre à côté du public.
06:24Mais c'est ça, le Festival d'Avignon.
06:25C'est cette prise de risque
06:26basée sur la confiance que le public nous donne.
06:29Et c'est cette prise de risque de dire
06:31« Nous, nous sommes avec les artistes
06:33au moment où ils n'ont plus besoin. »
06:35Ils ont une idée et on les accompagne
06:37et on promet au public cette aventure
06:40et le public accepte ce risque.
06:41C'est un festival qui a trois piliers fondamentaux.
06:44La création, voilà, du jamais vu,
06:46la surprise, l'invention,
06:48voir à Avignon avant tous les autres
06:50partout dans le monde.
06:51La décentralisation qui a une grosse réussite
06:54parce que quand même l'aventure
06:55de services publics de culture en France,
06:57elle est énorme aujourd'hui.
06:59Avignon n'est plus en festival décentralisé.
07:01Il a une nouvelle centralité.
07:02C'est la capitale mondiale du théâtre
07:04pendant le mois de juillet.
07:05Et la démocratisation,
07:07là, c'est le travail toujours en complet.
07:09Mais il faut le dire,
07:10le travail que nous faisons à Avignon
07:12depuis 80 ans,
07:13et moi, j'en prête juste la partition historique,
07:16il est quand même énorme.
07:17Il inspire des gens de partout dans le monde,
07:20notamment des petits Portugais
07:21qui émigrent en France.
07:22Voilà, le petit Portugais
07:24qui émigre en France
07:25est donc devenu directeur du Festival d'Avignon.
07:28Il était mon dernier invité
07:29pour ce dernier 7h50
07:31que j'ai été très heureuse.
07:32Merci en tant que Portugais,
07:34Sonia et Nicolas,
07:36aussi en pensant à David Castello-Lopez,
07:39Patrick, vous tous, tout le monde.
07:41J'apprends un peu mieux la langue française
07:43tous les matins en vous écoutant.
07:45Et je vous rends hommage
07:47et c'est un grand honneur
07:48d'être là pour ce qu'on voit.
07:50Voilà, et dans quelques minutes,
07:51c'est Nicolas et Léa
07:52qui vont remercier toute l'équipe
07:53de la matinale
07:54à qui on doit tant.
07:55Moi, je voudrais juste dire
07:56un tout petit mot
07:57à Nasser Madji
07:58qui est là en régie.
08:00Nasser, t'es un journaliste talentueux,
08:02t'es un mec vraiment précieux.
08:04Merci d'avoir passé au peigne fin
08:06mes interviews de 7h50
08:07tous les matins.
08:08Voilà.
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