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  • il y a 8 mois

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00:00Musique
00:00Gabin, c'est le nom de théâtre du père de Jean.
00:22Georges Montcorgé, dit Joseph Gabin,
00:26a abandonné son métier de charron pour devenir artiste de musicaux.
00:31Il est tombé amoureux d'Hélène, une petite chanteuse,
00:34qui est la fille d'un marchand de frites.
00:36Ils ont sept enfants.
00:38Le dernier est né au mois de mai 1904.
00:42Il s'appelle Jean.
00:44Jean Gabin.
00:46Le père Gabin aimerait qu'il devienne artiste comme lui.
00:50Mais le rêve de Jean,
00:52c'est de devenir chauffeur mécanicien d'une locomotive.
00:56C'est de devenir chauffeur mécanicien d'une locomotive.
01:26Pacifique 231 d'Arthur Onéguer.
01:34En attendant de pouvoir entrer au chemin de fer,
01:37Jean Gabin trouve une place de grouillot à l'électricité de France.
01:42Commence alors une période de sa vie où il exerce 36 métiers.
01:46On le retrouve à la gare de la Chapelle,
01:47en train de porter des seaux de ciment aux ouvriers.
01:49Il améliore sa situation en devenant magasinier aux automobiles de Drancy.
01:55Rien de tout cela ne lui promet un métier intéressant.
01:58Alors, Jean, Jean Gabin, finit par écouter son père.
02:03J'ai commencé tout à fait par hasard.
02:07C'est mon père qui, lui, déjà était comédien.
02:10Enfin, il avait débuté au Cafconce.
02:12Ensuite, il a joué l'opérette, tout ça.
02:14Juste avant mon service militaire, il m'a dit,
02:17« Bah, fais ce truc-là, si ça te plaît, tu verras bien. »
02:19Vous savez, à 18 ans, on est un peu bébête,
02:20on ne sait pas ce qu'on veut faire, surtout moi.
02:23À la fin de 1923, le jeune Gabin vient de se faire chasser des folies bergères
02:29pour être tombé sur la scène en plein spectacle,
02:32car il suivait des yeux une danseuse nue.
02:35Jean trouve un nouvel emploi au Théâtre des Bouffes parisiens.
02:39Là, il joue le rôle d'un barman,
02:41au premier acte d'une comédie musicale, la dame en décolleté.
02:45Gabi Bassé, débutante à l'époque,
02:49se rappelle très bien le premier rôle de Gabin, au Bouffes parisiens.
02:52J'étais danseuse, moi,
02:54et je travaillais dans un musical qui s'appelle « La Gaîté Rochechoir ».
02:57Je dansais là, et un jour, une de mes copines,
03:00qui était danseuse aussi, me dit,
03:02« Tiens, si tu veux, j'ai deux places pour aller au Bouffes parisiens,
03:05veux-tu venir avec moi ? »
03:06« Bien sûr ! »
03:07Je suis allée avec elle au Bouffes parisiens.
03:09On était placés dans une loge, près de la Seine,
03:12et puis on jouait une pièce qui s'appelait « La dame en décolleté »,
03:15et alors, je voyais un garçon sur scène qui était derrière un bar,
03:18il avait un tout petit rôle,
03:19qui regardait toujours de notre côté,
03:21et je dis à ma copine, « Mais tu le connais ce gars-là ? »
03:23Il regarde tout le temps là.
03:24Elle me dit, « Non, je ne le connais pas. »
03:26« Oh, je n'y moi non plus. »
03:27Enfin bon, on reste là, on voit la pièce,
03:30et à la fin, ma petite amie me dit,
03:32« Tu sais, on va lui remercier mon copain qui m'a donné les places. »
03:35Alors, on est allée dans la loge du copain,
03:37et il s'habillait justement avec cet acteur
03:40qui était en scène et qui regardait tout le temps de notre côté.
03:43Et on me dit, « Ben voilà, je vous présente un copain, Jean Gabin. »
03:47Et Jean Gabin me regarde, puis il me dit,
03:49« Eh bien, pendant tout le temps que j'étais sur scène,
03:51je n'ai pas arrêté de regarder de votre côté
03:53parce que j'étais fascinée par vos beaux yeux bleus. »
03:56Alors, je me suis mis à rougir comme une cerise,
03:59et puis on a rigolé, bien sûr,
04:01et il nous a dit, « Ben maintenant, on va aller prendre un verre. »
04:03Et on est allé prendre un verre ensemble.
04:05Voilà, et ça a commencé comme ça.
04:07Et puis on s'est fréquenté, on ne s'est plus quitté à partir de ce moment-là.
04:09On s'est vus souvent, lui, il habitait chez son père.
04:12Moi, j'habitais chez une copine.
04:14Et puis, bien sûr, on s'est aimés follement
04:16parce que vraiment, ça a été cool de foudre
04:17et on s'est aimés terriblement.
04:19Alors, un jour, il me dit, « Ben, c'est pas tout ça.
04:21Qu'est-ce qu'on fait ? On va rester ensemble, quoi. »
04:25« Moi, je vais quitter mon papa, puis tu vas quitter ta copine
04:27et puis on va habiter ensemble. »
04:28Mais voilà, c'est qu'on n'avait pas beaucoup d'argent.
04:42Alors, il fallait chercher un hôtel, pas cher.
04:43On en a trouvé en rue Clignancourt.
04:45En cet hôtel, j'y suis passée dernièrement.
04:47Je ne peux pas croire qu'on habitait dans un hôtel pareil.
04:50C'était un tout petit hôtel.
04:51On avait une toute petite chambre avec des meubles,
04:53des meubles anciens, des vieux meubles, de rien du tout.
04:56Il n'y avait pas l'eau courante.
04:57On avait un bro et une cuvette, c'est tout.
05:00Et on avait une petite lampe à alcool
05:01pour faire chauffer notre petit déjeuner le matin.
05:04C'est que, on ne pouvait pas aller ailleurs.
05:06Enfin, bon, on travaillait tous les deux.
05:07Vous savez, je m'efforçais d'essayer de gagner ma croûte, surtout.
05:10Ça, c'était important.
05:11Moi, je ne m'occupais pas du moment que j'avais 8 jours à faire là,
05:1510 jours à faire là avec mon petit tour de champ
05:17ou avec...
05:18J'étais bien content parce que c'était la croûte assurée
05:20pour un mois ou pour un mois et demi
05:22ou pour deux mois, quoi.
05:24Mais alors, les fins de mois duraient 20 jours.
05:26Qu'est-ce qu'on a mangé comme œuf dure ?
05:27Les premiers temps, on allait au restaurant, bien sûr.
05:29Mais dans des petits restaurants à 3 francs.
05:32Ce n'était pas très cher.
05:34Et puis alors, le 20 du mois, comme on n'avait plus de sous,
05:36on achetait des œufs, on faisait des œufs dureaux.
05:37Alors, on mangeait un café crème qu'on se partageait.
05:40Voilà.
05:40Mais on rigolait car il était très drôle à ce moment-là.
05:43Il rigolait tout le temps.
05:44Et moi aussi, on s'en foutait de ne pas avoir de pognon.
05:46J'ai une petite gosse extra, elle est tendue à percasse.
05:51Elle se met la tête sous les pieds et les doigts de pied dans le nez.
05:59Brusquement au plumard, elle fait le grand écart.
06:03Elle se met en brille à bouffer la chenille.
06:07Tout à coup, les jambes à son cou.
06:10Elle s'enroule, se met en boule et se grignote les genoux.
06:14La moume caoutchouc.
06:17Avec elle, ce qu'on peut faire, c'est fou.
06:22Elle vous prend les toki-tok.
06:25On n'est plus qu'une loque.
06:27Oh, c'est pas du toque.
06:29Elle vous dit ce loque.
06:30La moume caoutchouc.
06:33C'est un lot, c'est un drôle de pibouc.
06:37On la cherche en-dessus et on la trouve en-dessous.
06:41La moume caoutchouc.
06:44La moume caoutchouc, un grand succès de Gabin au Music Hall.
06:57La jeune carrière de Jean Gabin est interrompue par son service militaire.
07:02Ravi d'être appelé par la marine à cause de l'uniforme,
07:06il rejoint les côtes bretonnes où il fait ses classes,
07:09puis embarque à bord du Voltaire.
07:12Quand Jean est parti au service militaire, ça l'embêtait de me laisser.
07:15Gabi Bassé, la jeune épouse de Jean Gabin, se souvient de ces moments-là.
07:20Alors il avait dit à son papa, prends-la avec toi,
07:22parce que ça m'embête de la laisser toute seule comme ça à l'hôtel.
07:25Alors j'habitais avec le papa Gabin, moi.
07:27Je m'entendais bien avec lui.
07:28Et alors lui, il était mobilisé à Brest, il était en marin.
07:31Alors il venait en permission.
07:33Ah, quand il venait en permission, j'entendais le coup de sifflet dans le jardin.
07:36On arrivait, il fichait son béret en l'air.
07:39On sautait dans les bras l'un de l'autre.
07:40On était... Oh non, c'était la bonne vie.
07:42Vous savez, on était vraiment très heureux à ce moment-là.
07:44Très, très heureux.
07:46Un peu jalouse, moi.
07:47Je foutais des épingles dans ses pompons,
07:48parce que les bonnes femmes lui touchaient le pompon tout le temps.
07:51Alors, ça m'a gassé, ça.
08:02Fin 1925, Jean Gabin est démobilisé.
08:06Sans emploi, sans argent, il repart à zéro.
08:10Au théâtre, tout le monde l'a oublié.
08:12Il ne reste plus que Gabi Basset et le père Gabin
08:15pour se rappeler son début de carrière au Music Hall.
08:18Pensionnaire au bouffe parisien, Joseph Gabin
08:21joue à ce moment-là un rôle important
08:23dans une opérette d'Yves Mirand
08:25qui s'appelle Trois jeunes filles nues.
08:28Il présente son fils au directeur
08:30et Jean arrive à se faire engager comme doublure.
08:34Quant à Gabi Basset,
08:35qui est devenue une véritable artiste
08:37pendant l'absence de Jean,
08:39elle décroche le rôle de la femme au homard
08:42dans la pièce de Mirand.
08:44Son talent, son humeur gaie
08:46et sa personnalité marrante
08:48ont immédiatement séduit tout le monde.
08:50C'est le papa Gabin qui m'avait appelé Pépette
08:52parce que j'étais marrante à l'argent
08:53et évidemment, on m'appelait Pépette.
08:55Tout le monde appelait Pépette dans la famille.
08:56Gabi Basset se souvient de cette époque.
08:59Et un jour, le père Gabin me dit
09:00« Toi, tu arriveras.
09:01Quant à lui, ce grand fainéant,
09:03il foutra jamais rien. »
09:04Vous vous rendez compte ?
09:06Hein ? Quelle erreur !
09:07Les jeunes gens, dit-on,
09:08ne sont pas préférieux,
09:11mais les plus cochons,
09:12en vrai vent, c'est les vieux.
09:14Ils veulent doucement s'retire,
09:16tu me peur qu'ils peuvent courir.
09:18Moi, ça me fait rigoler,
09:20je les ai dessousplés.
09:22Je suis une blondinette,
09:24très coquette et dans toute Paris.
09:28Bonne nuit, jolie,
09:32petit Blanty,
09:32cette fois-ci en compète
09:34comme il est gentil.
09:36Mais oui !
09:38Hé !
09:39Monsieur Serge-en-Ville,
09:40regardez la suite,
09:41je suis imbécile.
09:43Bonne nuit,
09:45ils promettent des châteaux,
09:47des perlits, des autos,
09:49et puis,
09:51ils vous donnent la peau.
09:52Mme Zelle,
09:54je cherche partout,
09:55puis tu es noyé,
09:56vous, je suis heureux comme tout.
09:58C'est fou !
10:00Vraiment ?
10:02Il est merveilleux,
10:03ils sont les mêmes yeux,
10:04même pas les mêmes que
10:05tous deux.
10:08La phrase,
10:10Mme Zelle,
10:10j'en fiche sur une progénie dure
10:12qui aura de l'allure.
10:14C'est dur !
10:16Avec votre chienne,
10:17je veux bien !
10:17Ma chienne,
10:18mais c'est un chien !
10:20Alors ?
10:21Il n'y aura pas moyen !
10:23Très bien !
10:25Miss Tinguette,
10:25à ce moment-là,
10:26demandait un jeune premier.
10:27Gabi Basset.
10:28Et alors,
10:29je lui disais toujours,
10:29mais va donc auditionner
10:30chez la Miss,
10:31va auditionner,
10:32il ne voulait jamais y aller.
10:32Oh, du non,
10:33je ne veux pas y aller,
10:34je ne veux pas y aller.
10:35Finalement,
10:35il y est allé,
10:36auditionné,
10:37et elle l'a engagé,
10:38il a joué au musical avec elle.
10:40Je l'ai connu au Moulin Rouge,
10:42il était dans une revue
10:43avec Miss Tinguette.
10:44Une rencontre très importante,
10:47Micheline Bonnet,
10:48qui sera l'habilleuse,
10:49confidente de Jean Gabin
10:50pendant plus de 40 ans.
10:52Ce n'était pas Gabin
10:53la grande vedette
10:54de plus d'après.
10:56Et j'ai vu ce garçon-là
10:58qui était sympathique
10:59parce qu'il parlait
10:59la même langue que moi,
11:00comprenez,
11:01c'était un Parisien
11:02de la rue Custine,
11:04et moi je demeure à la rue Custine,
11:05il était Montmartreux,
11:06il est allé à l'école
11:07rue Clignancourt,
11:08alors vous pensez,
11:09on s'est retrouvé tout de suite,
11:10hop,
11:11ça a accroché,
11:12comprenez,
11:12on parlait la même langue.
11:13Jean Gabin a du succès
11:42au musical,
11:43mais c'est vers le cinéma
11:44que sa carrière se dirige.
11:46Les producteurs s'intéressent à lui
11:48et il n'arrête plus de tourner.
11:51Le père Gabin,
11:51qui voulait tant que son fils
11:52devienne comédien,
11:53comme lui,
11:54est satisfait.
11:56Le petit a du succès.
11:58On en fera peut-être quelque chose,
12:00mais Jean continuera seul
12:01sans les conseils du père Gabin
12:03qui meurt à ce moment-là.
12:06Paris découvre la naissance
12:07d'une star.
12:08Une nouvelle vie commence
12:09pour Jean Gabin.
12:11En revanche,
12:13Jean-Alexis Moncorgé
12:14vit les derniers instants
12:16de son premier amour.
12:17Mais le jour où il a eu
12:18gagné de l'argent,
12:19ça a été terrible.
12:20Gabi Bassé évoque
12:21ce moment important
12:22de leur vie.
12:23Et puis alors là,
12:23on a été séparés.
12:24Lui, il travaillait d'un côté,
12:25moi de l'autre.
12:26Puis un beau jour,
12:27ça a fait craque,
12:28on s'est quittés,
12:29mais ça n'a jamais fait craque
12:30complètement,
12:31car on a toujours été
12:32très, très copains.
12:34On a toujours eu
12:34une très grande tendresse
12:35ensemble.
12:37Ah oui,
12:37comme elle l'aime bien,
12:38Gabi Bassé,
12:39son Jean Gabin.
12:55Nous sommes en 1933.
12:58Jean Gabin a 29 ans.
13:01En deux ans,
13:02il vient de tourner
13:02onze films.
13:04C'est déjà
13:04une petite vedette
13:05très entourée
13:06par les femmes
13:07et les producteurs.
13:09Aujourd'hui,
13:09le téléphone sonne
13:10chez Gabin.
13:11Un metteur en scène
13:12lui demande
13:13de faire ce qu'il déteste
13:14le plus,
13:15assister à un cocktail.
13:17Malgré lui,
13:18il se résigne
13:19à faire un effort
13:19pour ne pas compromettre
13:21sa carrière
13:21et celle de son dernier film
13:23qui doit être présenté
13:24au cours de la soirée.
13:26En arrêtant sa voiture,
13:27place de la Concorde,
13:28devant l'hôtel Crillon,
13:30Jean ne sait pas encore
13:31qu'il va,
13:32ce soir,
13:33tomber amoureux
13:34de la plus belle femme
13:35de Paris.
13:36Dorian a été
13:37une des plus belles femmes
13:37de Paris.
13:38Il était au Casino de Paris.
13:40Un grand ami
13:40des Gabins,
13:41Tino Rossi.
13:42C'était une rousse
13:43très grande,
13:43très belle,
13:45mais c'était une lionne.
13:47Et alors,
13:48Jean a toujours été
13:49un peu,
13:50vous savez,
13:50c'était le dur sentimental,
13:53Jean.
13:53Dorian le terrorisait
13:55un peu,
13:55vous voyez.
13:57Un jour,
13:57il lui a dit,
13:57par exemple,
13:58après Pépé le Moku,
13:59il a dit,
13:59Pépé le Moku,
14:00la maison,
14:00c'est moi.
14:00Alors évidemment,
14:03ça ne pouvait pas durer,
14:04c'était la bagarre
14:05tout le temps.
14:06Et puis,
14:07jusqu'au jour
14:07où ça n'allait plus,
14:09où ils ont divorcé.
14:17Côté vie professionnelle,
14:19tout va bien.
14:20Jean Gabin
14:21tourne film sur film
14:22avec les grands acteurs
14:23de l'époque
14:24et ceux qui deviendront
14:25les stars du cinéma français.
14:27Il n'a plus besoin
14:28d'imiter Mori Chevalier
14:30pour s'imposer.
14:31Désormais,
14:32sur n'importe quel plateau,
14:34son accent de titi parisien
14:36est respecté
14:36et ses colères
14:38commencent à devenir
14:39célèbres.
14:40C'était dans
14:41La Belle-Marinière
14:41où je l'ai vu piquer
14:43une crise terrible.
14:44Madeleine Renaud
14:45qui a tourné
14:45plusieurs films
14:46avec Gabin.
14:47Et nous avions tourné
14:47toute la journée
14:48et nous répétions
14:50et nous tournions
14:51et puis tout d'un coup,
14:52à 11h30,
14:54le metteur en scène
14:55nous dit,
14:55ben voilà,
14:55Madeleine Renaud,
14:56il faut que vous alliez
14:56refaire votre maquillage
14:57et vous recoiffer
14:58parce qu'on va continuer,
14:59c'est pas fini,
15:00je veux continuer plus loin.
15:02Alors j'ai vu mon gabin
15:03piquer une colère
15:04parce qu'on demandait
15:04à une femme
15:05de recommencer un maquillage
15:07à 11h du soir,
15:08aller là depuis 8h du matin
15:09et il a envoyé
15:11un coup de pied
15:11dans le décor.
15:13Il a piqué sa colère, quoi.
15:16Et alors,
15:17bon,
15:17tout ça s'est bien passé
15:18mais on a arrêté
15:19le travail tout de même
15:20et on l'a repris
15:21le lendemain.
15:22Mais voilà,
15:23un coup de trafalgar
15:25de mon gabin.
15:26En 1936,
15:48Jean Gabin
15:49et Jean Renoir
15:49viennent de se rencontrer
15:51au cours du tournage
15:52d'un film
15:52auquel a participé
15:54Louis Jouvet.
15:55Il s'agit des bas-fonds.
15:57Leur entente
15:58a été merveilleuse
15:59et Renoir,
16:00qui avec Charles Spack
16:01a une bonne idée
16:02de scénario en tête,
16:04rappelle Gabin.
16:06Il lui fait lire
16:06une histoire de soldat
16:07en captivité.
16:08c'est la grande illusion.
16:14Jean Gabin m'a parlé
16:15de l'ambiance extraordinaire
16:16qui a régné
16:17pendant tout le temps
16:17du tournage
16:18de la grande illusion.
16:20Il m'a raconté
16:20qu'ils travaillaient
16:21beaucoup ensemble.
16:23Quand ils ont tourné
16:24les extérieurs
16:24dans l'est de la France,
16:26ils étaient dans une caserne
16:27et ils faisaient des fêtes
16:28presque tous les soirs.
16:30Le petit vin blanc
16:31de la Moselle
16:32coulait à flots
16:32et ils s'amusaient
16:34comme des fous.
16:35Toute la bande
16:35avec Caret, Dalio,
16:37Renoir,
16:38Von Stroheim,
16:39menés par Gabin
16:40qui était célibataire
16:41à ce moment-là.
16:42Et puis,
16:43il y avait à part
16:43dans leur chambre
16:44Yvonne Printemps
16:45et Pierre Freinet
16:46qui roucoulaient
16:47très amoureux
16:48l'un de l'autre.
16:49Chacun son point de vue.
16:50Oui.
16:54Ah, mais enfin,
16:55vous ne pouvez
16:55dans rien faire
16:56comme tout le monde.
16:58Il y a 18 mois
16:59qu'on est ensemble
17:00et on se dit
17:02encore vous.
17:02Je dis vous
17:04à ma mère
17:05et vous à ma femme.
17:07Non.
17:09Alors ?
17:11Cigarette ?
17:13Non, merci.
17:14Le tabac anglais
17:15me fait mal à la gorge.
17:18Ah, décidément,
17:19les gants,
17:20le tabac,
17:22tout nous sépare.
17:23C'était une scène
17:23entre Jean Gabin
17:25et Pierre Freinet
17:26extraite de la grande
17:27illusion de Jean Renoir.
17:29Dès sa sortie
17:30en 1937,
17:32la grande illusion
17:33fait un triomphe
17:34international.
17:36Plus de 20 ans après,
17:37en 1958,
17:39un jury de critiques
17:40réunis à Bruxelles
17:42le classera
17:43parmi les 12
17:44meilleurs films
17:44du monde.
17:45Toujours en 1937,
17:57Jean Gabin tourne
17:58« Gueule d'amour »,
17:59un très beau film
18:00de Jean Grémignon.
18:02Puis il rencontre
18:02un autre metteur en scène
18:03qui va aussi compter
18:05beaucoup dans sa carrière,
18:06Marcel Carnet.
18:08Ensemble,
18:09il décide de tourner
18:10« Quelle est brume »
18:11avec Michel Morgan.
18:12Michel Morgan se souvient
18:22de son premier rendez-vous
18:23avec Jean Gabin.
18:24Il avait vu
18:25Gribouille la veille
18:27et il avait trouvé
18:28que j'étais assez
18:29le personnage.
18:30Il avait voulu
18:31me rencontrer.
18:32J'avais donc vu
18:33Jean pour la première fois
18:34qui était
18:35d'une très grande
18:36élégance.
18:37Il avait toujours
18:37ou un œillet
18:39ou un bleuet
18:40à la boutonnière.
18:41C'était très chic anglais.
18:43Il s'habillait très bien.
18:44Il avait beaucoup
18:45d'élégance.
18:47Et puis,
18:48j'avais été frappée
18:49par l'œil bleu,
18:51cet œil bleu
18:52qu'il avait,
18:53enfin ses yeux bleus,
18:54avec des cils
18:56très blonds
18:56et très fournis.
18:57Tellement contents
18:58de leur film,
18:59Carnet et Gabin
19:00signent un nouveau contrat
19:01pour retravailler ensemble.
19:04Un jeune auteur,
19:05Jacques Viau,
19:06leur apporte
19:06un scénario
19:07qui a l'originalité
19:08pour l'époque
19:08de se dérouler
19:09avec des retours en arrière.
19:12Le film s'appelle
19:12Le jour se lève
19:14et pour le rôle
19:15principal féminin,
19:16ils choisissent
19:16Arletti.
19:18Tous les deux,
19:18nous avions certainement
19:19un sentiment,
19:20un sentiment.
19:22Arletti parle
19:22de son amitié
19:23avec Jean Gabin.
19:24Lui était bien plus jeune
19:25que moi.
19:26Je pense qu'il avait
19:26une dizaine d'années
19:27de moins que moi,
19:27de moins que moi,
19:29Gabin, je pense, oui.
19:30Et puis alors voilà,
19:31on s'est connus
19:32comme ça.
19:33Et puis ça a matché
19:34comme s'il avait été,
19:35malgré ses dix ans
19:36de moins,
19:37un gosse de putot.
19:38Vous voyez ?
19:40On se retrouvait
19:41en pays connu.
19:41En 1938,
20:06Jean Gabin
20:06réalise son rêve
20:07d'enfant.
20:08Il conduit
20:10une locomotive
20:11pour les besoins
20:12d'un film,
20:13la bête humaine.
20:14Jean Renoir
20:15est le metteur en scène
20:16et Julien Carette
20:18son principal partenaire.
20:20Pourtant,
20:20je ne bois pas,
20:21même pas un petit verre
20:21d'eau de vie.
20:22Quand je bois de l'alcool,
20:23ça me rend fou.
20:24Je finis par croire
20:25que je paye pour les autres,
20:28pour les pères,
20:29les grands-pères qu'on bu,
20:30toutes les générations
20:31et des générations
20:32d'ivrognes
20:32qui m'ont pourri le sang.
20:34C'est eux
20:35qui m'ont donné
20:35cette sauvagerie.
20:36Le film emporte
20:37un énorme succès.
20:39Jean Gabin
20:39est consacré
20:40une nouvelle fois
20:41la star
20:42du cinéma français.
20:44Il est l'acteur
20:45le mieux payé.
20:46Pour le film
20:47qu'il entreprend
20:47la même année
20:48avec Jean Grémillon,
20:50les producteurs
20:50lui offrent
20:51un cachet
20:51presque deux fois
20:53supérieur
20:53à celui
20:54du Grand Rému.
20:55Oh, coquine de sort !
20:571939, la guerre.
21:12Le 2 septembre,
21:13Jean Grémillon
21:14doit interrompre
21:15le tournage
21:16de Remorque.
21:17Jean Gabin
21:18redevient
21:19le fusillier marin
21:20Jean Alexis Gabin
21:22Montcorgé
21:22et reprend
21:24la direction
21:24de son corps d'armée.
21:25Il a été mobilisé
21:26à Cherbourg
21:27parce qu'il était marin.
21:30Quartier maître.
21:31Micheline Bonnet
21:32raconte
21:32les années 39-40
21:34de Jean Gabin.
21:35J'avais une grande amitié
21:36pour Gabin.
21:37L'amitié était venue
21:37dans toutes ces années
21:39parce que ça faisait
21:40déjà dix ans.
21:41Je le considérais
21:42un peu comme un frère.
21:44Les sentiments
21:44que nous avions
21:45l'un pour l'autre
21:45c'était assez curieux
21:48mais pas équivoque.
21:49Ça ne pouvait pas
21:50être équivoque.
21:51Ce n'était pas possible.
21:52Alors là,
21:53c'est sa période
21:54vraiment malheureuse.
21:57Il a obtenu
21:58une permission
21:58pour finir
21:59remorque.
22:01C'est au mois de mai
22:02qu'il est arrivé
22:03quelque chose.
22:05C'est-à-dire
22:05que les Allemands
22:06sont arrivés
22:07à Paris.
22:08Et lui
22:08est descendu
22:09dans le midi.
22:11Puis de là,
22:11les Allemands
22:12voulaient le faire
22:12remonter sur Paris.
22:14Il n'a pas voulu
22:15mais ça,
22:15tout le monde
22:16le sait.
22:16Ça a été dit
22:17noir sur blanc.
22:20Et il est parti.
22:21Il avait un contrat
22:22pour RKO
22:24en Amérique.
22:25On a dit qu'il était
22:25parti retrouver
22:26Michel Morgan
22:27mais ça,
22:27c'est pas vrai.
22:29Enfin,
22:30c'est pas vrai.
22:31Je ne mettrais pas
22:31ma main dans le feu
22:32quand même.
22:33T'as de beaux yeux,
22:35tu sais.
22:35Avril 1943,
23:05Jean Gabin
23:07est à Hollywood.
23:08Il vient de tourner
23:09deux films
23:10qu'il n'aime pas.
23:11Sa vie lui semble vide
23:12dans la cité des stars
23:13et lorsqu'il se retrouve
23:15chez lui
23:16devant un bon pot-de-feu
23:17que vient de lui faire
23:18Marlène Dietrich,
23:20il pense à l'Europe
23:21en guerre,
23:22à la France occupée,
23:24à Paris sous la botte.
23:26Il se sent un peu
23:27français d'opérette
23:28par rapport à ceux
23:29qui se battent
23:30et qui meurent
23:31pour libérer
23:32ses chers bords
23:32de la Marne.
23:34Alors pour rester,
23:35ce qu'il appelle
23:36un homme,
23:37il décide
23:38de s'engager.
23:46Après la guerre,
23:48Jean Gabin
23:48traverse la période
23:49la plus difficile
23:50de sa vie.
23:50Je suis revenu d'ailleurs
23:52avec sept ans de plus,
23:54avec des cheveux blancs.
23:57Vous savez,
23:57le public est bizarre.
23:59Ils croient dans ce métier
24:00qu'on ne doit pas vieillir.
24:01On vieillit dans ce métier
24:03comme dans tous les métiers.
24:05Évidemment,
24:06je comprends ça,
24:07je me mets à leur place.
24:08Ils vous ont vu
24:08d'une certaine manière,
24:09ils ne veulent pas vous voir
24:10autrement.
24:10Alors,
24:11au retour de la guerre,
24:12je suis donc revenu
24:13avec mes cheveux blancs
24:15et je ne pouvais plus
24:15jouer les mêmes personnages.
24:17Et je n'ai pas été
24:20très heureux
24:21dans plusieurs films
24:22tout de suite
24:23après la guerre
24:23quant à leur réussite.
24:27quoi ?
24:28Pour moi,
24:28ça a été un coup assez dur.
24:30La guerre a été un coup
24:31assez dur.
24:31Quand même,
24:32si j'ose dire,
24:32j'ai perdu mes plus belles années
24:34parce que j'étais en pleine forme
24:36à ce moment-là
24:36et j'en avais au moins
24:38pour quatre ou cinq ans
24:39à pouvoir bien me défendre.
24:40Bon,
24:40la guerre est arrivée,
24:41mais il a fallu recommencer après.
24:44Il n'y avait plus de Gabin.
24:46Autant Gabin,
24:47avant la guerre,
24:47disait
24:48je veux le photographe,
24:49je veux la maquilleuse,
24:51je veux tel opérateur
24:52et tout d'un coup,
24:53il n'y avait plus rien.
24:54Michine Bonnet,
24:55l'habilleuse confidente
24:56de Jean Gabin
24:57pendant 40 ans.
24:58Il n'était même plus question
24:59à sa production
25:00qui dit
25:01je veux une habilleuse pour moi.
25:03Alors,
25:04moi,
25:04je lui ai dit écouter
25:05l'amitié qui nous lie
25:07compte pour quelque chose,
25:08je ne vous laisserai pas.
25:11Je pars avec vous
25:12et je suis allé avec lui.
25:14On a fait ce que j'appelais
25:15les campagnes d'Italie.
25:17On est allé faire
25:18des films biftec,
25:19en Italie,
25:20en 49.
25:21Il y est allé
25:22la mort dans l'âme.
25:24On y restait
25:24même trois ans,
25:25pas en continu.
25:26mais de 49 à 52,
25:29on est resté en Italie.
25:31Et je savais
25:32ce qu'il fallait lui dire
25:33pour le remonter.
25:35Et ça a été comme ça
25:36toute la vie.
25:36pour Jean Gabin,
25:511949 est une année importante.
25:54Il ne retrouvera pas
25:55sa popularité d'avant-guerre,
25:57mais son expérience
25:59va s'enrichir
26:00d'un grand rôle
26:01au théâtre.
26:01L'auteur Henri Bernstein
26:04monte l'une
26:05de ses propres pièces,
26:06La Soif,
26:07au théâtre des ambassadeurs.
26:09Madeleine Robinson
26:10et Claude Dauphin,
26:12tous deux rompus
26:12aux techniques du théâtre,
26:14sont ses partenaires.
26:15Des planches,
26:16Gabin ne connaît
26:17que celle du musical.
26:19Alors,
26:19pour jouer la pièce,
26:21il se sert
26:21de son expérience
26:22du cinéma
26:23et de son exceptionnelle
26:25présence naturelle
26:27qui lui permet
26:28de ne jamais
26:29forcer sa voix.
26:30Il a joué
26:31sur une scène
26:31du théâtre
26:32aux ambassadeurs
26:33comme dans la vie.
26:35Et il a dit
26:35si on a envie
26:36de m'entendre,
26:38on m'entendra.
26:39Henri Verneuil
26:40qui a tourné
26:40de nombreux films
26:41avec Gabin.
26:42Et le soir de la première,
26:43alors que Bernstein
26:44était mort de peur
26:45parce qu'il s'est dit
26:46on ne va pas l'entendre
26:46au troisième rang,
26:48la salle a fait
26:48un silence.
26:50On entendait
26:51voler les bouches,
26:52les gens tendaient
26:52l'oreille
26:53et on a tout compris.
26:55Seulement,
26:55il fallait la présence
26:57de Jean Gabin
26:58pour imposer
26:59ce silence
27:00et pour dire maintenant
27:01si vous voulez m'entendre,
27:03taisez-vous.
27:13La pièce est accueillie
27:14très favorablement
27:15par les critiques
27:16et Jean Gabin
27:17remporte
27:18un gros succès d'estime.
27:20On s'attend un peu
27:21à ce qu'il renouvelle
27:22à son expérience.
27:23Peut-être après avoir été
27:24une star au cinéma,
27:25pourrait-il devenir
27:26un grand comédien de théâtre.
27:28Le théâtre,
27:29c'est, enfin,
27:30pour moi,
27:30en ce qui me concerne,
27:31c'est trop fatigant.
27:33C'est trop fatigant
27:34parce qu'on est obligé
27:35d'aller jouer tous les soirs
27:36et puis alors,
27:37il n'y a plus de vie possible
27:39quand même.
27:39Au cinéma,
27:41on travaille évidemment
27:42à des heures
27:43assez fantaisistes
27:45puisqu'on fait
27:46midi,
27:47sept heures et demie,
27:48enfin,
27:49qu'il faut être au studio
27:50environ 11h et 40h et demie
27:52et qu'on rentre chez soi
27:53le soir vers 9h.
27:55Enfin,
27:56on peut tout de même
27:57avoir un semblant
27:59de vie privée
27:59quand même
28:00quand on tourne.
28:01Alors que quand on est au théâtre,
28:02on ne peut pas avoir
28:03notre vie privée
28:03parce que,
28:06enfin,
28:06moi,
28:06c'est pour les autres,
28:07mais moi,
28:07en ce qui me concerne,
28:09quand j'étais au théâtre,
28:10vous savez,
28:11tant qu'on n'a pas joué
28:12le soir
28:13la satisfaction
28:15du devoir accompli,
28:16quoi.
28:19Moi qui suis
28:19terriblement nerveux,
28:21je ne pouvais
28:22pas déjeuner,
28:24je ne dînais pas
28:25et je ne mangeais
28:27qu'à une heure du matin.
28:29Alors je mangeais
28:29beaucoup trop
28:30puis je ne dormais pas.
28:32Alors le lendemain,
28:33c'était pareil
28:34puis il y a les matinées.
28:35Vous savez,
28:36quand il commence
28:36à faire beau temps,
28:37qu'il fait beau
28:38puis qu'on voit
28:38tous les gens se balader
28:39puis qu'on est obligé
28:41d'aller pointer,
28:41c'est pas drôle.
28:43Et tous les soirs,
28:44tous les soirs,
28:44tous les soirs,
28:45tous les soirs
28:45à commencer
28:46la même chose,
28:48c'est fatigant.
28:49Moi je trouve
28:49ça terriblement fatigant.
28:50Malgré ses succès au théâtre
29:14et quelques films,
29:15Jean Gabin a tout à fait
29:17conscience qu'il est loin
29:18d'avoir retrouvé
29:19son prestige d'avant-guerre.
29:21Il nous racontait
29:22que c'était terrible pour lui.
29:24Marie-José Natt
29:25qui tournera un film
29:26avec Jean Gabin
29:27quelques années plus tard.
29:28Il allait par exemple,
29:30à l'époque,
29:30il y avait un endroit
29:30qui était très célèbre
29:32où il y avait
29:32tous les producteurs
29:33de cinéma
29:34qui étaient le Fouquettes
29:35pour ne pas le nommer.
29:37Et il avait conscience
29:39que les producteurs
29:40détournaient la tête
29:40et faisaient semblant
29:41de ne pas le voir.
29:42Il a beaucoup souffert de ça.
29:44Bon,
29:44il avait été absent
29:45pendant la période,
29:46etc.
29:46et puis qu'il avait
29:47les cheveux tous blancs.
29:48Mais vous savez,
29:48c'était un métier très cruel.
29:50Et tout à coup,
29:50tout le monde pensait
29:51qu'il était fini.
29:52Je crois que ça a duré
29:53sept ans,
29:54si j'ai bonne mémoire,
29:55où il a,
29:56comme il dit,
29:57vu le drapeau noir
29:57flotter sur la marmite.
29:59Et ça a été très très dur
30:00pour lui.
30:00Pendant toute cette période,
30:02trois femmes vont aider Gabin
30:03à surmonter ses difficultés.
30:06D'abord,
30:06Micheline,
30:07son amie,
30:08habilleuse et confidente,
30:10elle le suit sur tous les plateaux
30:11dans toutes les salles de projection.
30:13Et il l'emmène partout.
30:15Et puis,
30:16Gabi Bassé,
30:17sa première femme,
30:18a gardé une profonde amitié pour Jean.
30:21À cette époque,
30:22elle le voit souvent.
30:23Nous sortions beaucoup ensemble
30:24à telle en scène
30:24que tout le monde croyait
30:25qu'on était hermique,
30:27qu'on allait se remarier.
30:28Et pas du tout.
30:29On était copains,
30:29on sortait un copain.
30:30Gabi Bassé rappelle cette période.
30:32Puis alors,
30:33un jour,
30:33il me dit,
30:33écoute,
30:33j'ai fait la connaissance hier
30:35d'une fille,
30:35je voudrais te la présenter.
30:36Tu me dirais ce que tu en penses.
30:37Parce que je lui disais toujours
30:38pourquoi tu restes seule.
30:40Marie-toi,
30:40c'est pas drôle d'être seule,
30:41d'habiter dans les hôtels et tout.
30:43Alors il me dit,
30:44écoute,
30:44je vais te présenter une fille,
30:45tu vas me dire ce que tu en penses.
30:46Il me présente donc Dominique.
30:48Je lui dis,
30:48mais elle est très belle,
30:49tu devrais te marier avec elle,
30:50elle est bien.
30:51Je l'ai fréquentée,
30:51je l'ai fréquentée tous les deux.
30:54Et puis alors voilà,
30:55le mariage s'est fait,
30:56les enfants sont nés,
30:57je l'ai tous vu venir au monde.
30:58Le 28 mars 1949,
31:22à la mairie du 16e arrondissement de Paris,
31:25Jean, Alexis, Gabin, Montcorgé,
31:29vient d'épouser Christiane Fournier,
31:32dite Dominique, mannequin chez Lanvin.
31:34Gabin était plutôt un dragueur.
31:37Dites donc, attention.
31:38Micheline Bonnet parle de Gabin, séducteur.
31:41Les bonnes femmes,
31:42il n'avait pas de grands efforts à faire,
31:44mais quand même,
31:45il draguait pas mal.
31:47À partir du moment où il a été marié
31:49avec Dominique,
31:52ça a été terminé.
31:55Mais alors absolument terminé.
31:57Et ça, je peux le jurer.
31:58Moi, j'ai trop vécu avec lui.
32:01J'avais vu trop de choses,
32:02trop d'aventures
32:03pendant d'autres périodes.
32:06Alors s'il y avait eu quelque chose,
32:07je l'aurais vu tout de suite.
32:09Là, il n'y avait rien, rien, rien.
32:10Ça a été sa bonne femme
32:11et c'est bon.
32:12Mais comme disait Michel Audiard,
32:40le drapeau noir flotte sur la marmite
32:42chez les Gabins.
32:44Il faudra encore attendre quelques films
32:46et que Jacques Becker décide de réaliser
32:49une histoire de truand
32:50tirée d'un roman d'Albert Simonin
32:52pour que la chance tourne.
32:54En 1953,
32:56sort sur les écrans parisiens
32:58un film qui étonne le public
33:00et fait de Gabin à nouveau
33:02un acteur de premier plan.
33:05Jacques Becker vient de mettre en scène
33:07« Touchez pas au Grisby ».
33:09Et voyez comme c'est drôle encore
33:10l'histoire de Gabin pour le Grisby.
33:13Micheline Bonnet rappelle ce moment important
33:15dans la carrière de Gabin.
33:17Le rôle n'était pas écrit pour Gabin.
33:20Je vais vous étonner,
33:22mais le rôle était écrit
33:23pour François Perrier.
33:26Écoutez, avouez quand même
33:27que c'est curieux
33:28quand on se rappelle le Grisby.
33:30« Comment peut-on penser
33:32que le rôle était écrit
33:33pour François Perrier
33:35plutôt que pour Gabin ? »
33:37On ne comprend pas.
33:38Et pourquoi Perrier ne l'a pas fait ?
33:40Ça, je n'en sais rien du tout.
33:41Et c'est là que Becker a pris Gabin.
33:44Et là, c'était le grand départ.
33:47« Touchez pas au Grisby »
33:48remet Jean Gabin sur un piédestal.
33:51Mais le mythe change.
33:53Le truand arrivé,
33:54le flic imbattable,
33:56le bourgeois prospère,
33:57vont remplacer
33:58le jeune premier fatal
34:00du Front populaire.
34:021955.
34:29Voilà deux ans
34:29que le film « Touchez pas au Grisby »
34:32est sorti
34:33et a fait renaître
34:34la popularité de Gabin.
34:36Jean reste fidèle
34:37à ses compagnons d'avant-guerre.
34:39Il vient de tourner
34:39deux films avec Jean Renoir
34:41et il ne se sent bien
34:43dans les rôles
34:44que si les textes
34:45sont de prévers.
34:47Mais aujourd'hui,
34:48en montant les escaliers
34:49qui mènent à l'appartement
34:50du metteur en scène
34:51Gilles Grangier,
34:53il ne se doute pas
34:54de ce qu'il attend.
34:56Grangier a pour mission
34:57de lui proposer
34:59un nouveau dialoguiste.
35:01On dit qu'il est très doué,
35:02mais avec Gabin,
35:04les « on dit »,
35:05ça ne veut rien dire.
35:07« Est-ce que tu connais
35:07Michel Audiard ? »
35:09dit Grangier
35:09à Gabin
35:10en lui ouvrant la porte.
35:12Michel Audiard,
35:20ce n'est pas un inconnu.
35:36Gilles Grangier
35:36et Jean Gabin
35:37ont déjà lu
35:38quelques-uns de ses articles
35:39dans les journaux
35:40et puis ils savent
35:42qu'il sert de nègre
35:43à certains écrivains célèbres.
35:45Mais pour Gabin,
35:46ce n'est pas une raison
35:47pour abandonner Prévert.
35:49Prévert vit maintenant
35:50dans le midi
35:51et préfère s'intéresser
35:53aux livres pour enfants.
35:54Et puis,
35:55« Gasoil »,
35:56le film que prépare Grangier,
35:57est un policier.
35:59Ce n'est pas vraiment
35:59l'univers de Prévert.
36:01« Alors, pour Audiard,
36:03t'es d'accord ? »
36:04demande Grangier à Gabin.
36:06L'acteur fait la moue.
36:07« Mais tu sais,
36:09avant que tu répondes,
36:10il faut que je te dise une chose.
36:12Audiard,
36:13c'est le beau-frère
36:14du producteur.
36:16Oh, toi,
36:17je te vois venir
36:17avec tes combines
36:18et tes gros sabots.
36:20En disant cela,
36:21Gabin devient furieux.
36:24Grangier laisse passer
36:25l'orage
36:25et sur le dernier souffle
36:27de colère de Gabin,
36:29le metteur en scène
36:29recueille les paroles
36:30qu'il veut s'entendre dire
36:32depuis le début.
36:33Après tout,
36:34il faut voir.
36:35Gabin n'aimait pas
36:36les nouvelles têtes.
36:37Micheline Bonnet
36:38parle de l'entourage
36:39de Gabin.
36:39D'ailleurs,
36:40méchamment,
36:41on disait
36:42« Voilà la mafia Gabin. »
36:44Moi,
36:44j'étais l'éminence grise.
36:46Soit disant que moi,
36:48j'aurais répété
36:48tout ce qu'ils disaient
36:49si j'avais répété
36:50tout ce qu'on disait de Gabin.
36:51Je les aurais fait battre.
36:53Il était heureux
36:54quand on arrivait
36:54dans un studio
36:55et que l'on retrouvait
36:56des machinots
36:57ou des électros
36:58avec qui il avait travaillé.
36:59C'était un homme
37:00qui aimait
37:01voir les gens
37:02les mêmes.
37:03Sur le plateau,
37:04il s'asseyait toujours
37:05à côté du camion de son.
37:07Je lui disais
37:07« Mais tu peux pas
37:08te foutre ailleurs,
37:08au bar,
37:09ou quelque part
37:09où tu serais mieux. »
37:10Et j'ai été long
37:11à comprendre
37:12que c'est parce que
37:12au bord du camion de son,
37:13il entendait
37:14ce qu'il se disait
37:15sur le plateau.
37:16Par exemple,
37:17un gars dit
37:18« Ben,
37:18allons chercher
37:18l'autre compte. »
37:19L'autre arrivait
37:20en disant
37:20« Monsieur Gabin,
37:21si vous permettez,
37:22ça peut être à vous
37:22dans une dénette. »
37:23Ça le faisait sourire
37:24d'ailleurs,
37:25mais il entendait
37:26les petits ragots,
37:27les petits trucs
37:27parce que ça chuchote
37:28tout le temps
37:28sur un plateau.
37:29Maintenant,
37:29les films s'enchaînent.
37:31La valeur Gabin
37:32est solide
37:33pour les producteurs.
37:34Jean prend sa vitesse
37:36de croisière.
37:37Il se limite
37:38à deux films par an.
37:40La mauvaise passe
37:40qu'il a traversée
37:41après la guerre
37:42est oubliée
37:43par le public.
37:44Mais il se méfie.
37:46C'est pourquoi
37:47il continue
37:48à choisir minutieusement
37:49ses rôles.
37:50J'ai un âge
37:51maintenant
37:51où je ne peux plus
37:52tourner n'importe quoi.
37:52Je suis obligé
37:53de tourner les rôles
37:54de mon âge.
37:55Il y a une chose
37:55qu'il faut bien se dire,
37:57c'est qu'on est
37:58tributaires du goût
37:59du public
38:00parce qu'on fait
38:01du film pour le public
38:02qu'on ne fait pas
38:03des films pour soi.
38:04Si avec moi,
38:05je ne tournerais plus
38:05de truand,
38:06je ne tournerais plus
38:07de poulet,
38:07je ne tournerais plus
38:08de...
38:08Les gens aiment ça.
38:10On dit « Ah ben il faut... »
38:11Bon ben allez-moi.
38:12Si on se trompe,
38:13qu'est-ce que vous voulez faire ?
38:14Je vais vous dire une chose.
38:16Est-ce que vous croyez
38:16que les gens politiques
38:17ne se trompent pas ?
38:18Hein ?
38:19Entre nous.
38:20Et eux,
38:21ils ont le droit
38:21de se tromper.
38:22Et on ne leur dit
38:23jamais rien.
38:24Bon alors nous,
38:24on a bien le droit
38:25de se tromper
38:25une fois de temps en temps
38:26quand même.
38:41Au milieu d'un aéropage
38:43de propriétaires
38:44en haute forme
38:45et à bigris,
38:47un homme grave
38:48aux cheveux blancs
38:49a vissé ses yeux bleus
38:51sur les petits bouts
38:52d'une grosse paire
38:53de jumelles.
38:55Gabin suit son cheval
38:56dans la dernière ligne droite
38:58de son hypodrome personnel.
39:01Les chevaux de Jean Gabin
39:03proviennent de son élevage.
39:05Paysan,
39:06c'est son second métier
39:07et la terre,
39:09c'est ce qu'il a trouvé
39:10de plus solide
39:11pour l'héritage
39:12qu'il veut laisser
39:13à ses enfants.
39:15qui est en train de se faire
39:20de plus solide.
39:20Mais là où Gabin
39:24réussit encore le mieux,
39:26c'est dans son premier métier,
39:28c'est-à-dire lorsqu'il se retrouve
39:29tout seul sur un plateau,
39:31sous les projecteurs,
39:33face aux caméras.
39:35Là, il peut tout
39:36se faire pardonner,
39:38même son caractère difficile.
39:40Oui, d'accord,
39:42je n'ai pas un excellent caractère,
39:44mais enfin,
39:44les gens qui ont mon caractère,
39:45c'est des gens
39:46qui se laissent faire dans la vie,
39:47avec qui on peut tout faire,
39:49qui acceptent tout.
39:50Alors, moi,
39:50il y a des tas de trucs
39:51que je n'accepte pas.
39:52Alors, quand on n'accepte pas
39:53quelque chose,
39:53on a mauvais caractère,
39:54puis c'est tout,
39:55parce qu'on n'est pas
39:55de la vie des autres.
39:57Alors, on dit,
39:57c'est un emmerdeur,
39:58il a mauvais caractère.
39:59Et puis voilà,
40:00bah oui,
40:00si c'est ça,
40:00je suis...
40:01si c'est ça,
40:02je suis...
40:02j'ai mauvais caractère,
40:03je suis un emmerdeur,
40:04c'est vrai.
40:04La pudeur et la dignité
40:06sont les deux choses
40:07qui ont vraiment primé
40:10dans la vie de Jean Gabin.
40:12Henri Verneuil parle
40:13de son ami Gabin.
40:15Timide,
40:16oui, oui,
40:16c'était un timide,
40:17car derrière les gens
40:19qui sont un peu prougons,
40:21comme ça,
40:22il y a toujours de la timidité,
40:23mais lui était un timide.
40:25Beaucoup de pudeur
40:26et une très,
40:29très grande envie
40:31de rester toujours
40:32dans la dignité
40:33et il est resté digne
40:35jusqu'à la fin.
40:36Aussi bien dans son comportement,
40:39dans ses réactions,
40:41dans les rôles
40:42qu'il choisissait,
40:44la dignité
40:45a été son leitmotiv,
40:47toujours.
40:54De l'ouvrier au président,
40:57Jean Gabin
40:58a joué
40:58une très grande variété
40:59de rôles.
41:01Les seuls emplois
41:01qu'il a toujours refusés
41:03sont ceux
41:03de militaires
41:04et d'ecclésiastiques.
41:07Pour son dernier film,
41:08il portera quand même
41:09une soutane,
41:10mais pour interpréter
41:11le rôle d'un gangster.
41:13Ce sera dans le film
41:14de Jean Giraud,
41:15L'année sainte.
41:17Sa carrière exceptionnelle
41:18lui vaut
41:19d'être reconnue
41:19par l'ensemble
41:20de la profession
41:21et par le public
41:22comme la plus grande vedette
41:24du cinéma français.
41:25Plusieurs de ses films
41:27ont obtenu
41:28des prix importants
41:30et récemment
41:31au cours
41:31du festival de Berlin,
41:33le jury
41:33lui a décerné
41:34avec Simone Signoret
41:35le prix d'interprétation
41:37pour l'admirable film
41:39de Pierre Granier de Fer,
41:41Le Chat.
41:41Le Chat.
42:12C'était un extrait
42:22du film Le Chat,
42:24dialogué par Pascal Jardin.
42:35Au cours de l'été 1974,
42:39les hits-parades
42:40des stations de radio
42:41voient débarquer
42:43parmi les premières places
42:44de leur classement
42:45un chanteur inhabituel,
42:48Jean Gabin.
42:50Effectivement,
42:51un éditeur,
42:52Denis Bourgeois,
42:53a voulu refaire chanter
42:55Gabin
42:55comme à l'époque
42:56des Folies Bergères
42:57dans les années 30.
43:00Mais il ne s'agit pas
43:01d'interpréter
43:01un vieux succès.
43:03Jean-Loup d'Abadi
43:04raconte comment
43:05il a fallu convaincre Gabin.
43:06Alors l'éditeur
43:08le talonnait,
43:09lui téléphonait.
43:10Alors,
43:10M. Gabin,
43:11quand est-ce qu'on peut
43:11retenir la séance
43:12d'enregistrement ?
43:12Alors,
43:13il avait fait remettre
43:14les séances.
43:16Il était malade.
43:18Il ne pouvait pas
43:19arriver à retenir
43:20les paroles,
43:21mais il ne voulait pas
43:21les lire non plus.
43:22Tout d'un coup,
43:23un jour,
43:23il y avait un studio
43:24retenu rue Washington.
43:26Il est arrivé
43:27avec son cache-colle,
43:29sa casquette,
43:30ses lunettes sombres,
43:32sa façon d'être magnifique
43:36avec tout le monde
43:37en le disant
43:37bonjour à personne.
43:39Et puis,
43:41il s'est mis derrière
43:42le micro,
43:42il a dit quelque chose
43:44dans ce genre
43:44« ça marche votre truc ».
43:46Et il nous a fait ça.
43:49Il nous a fait ça
43:49de nous enregistrer
43:50les deux titres
43:51de mémoire
43:52en deux heures
43:53sans le texte.
43:55Il a dit
43:55quelque chose comme
43:57« en tout cas,
43:57si ce n'est pas bien,
43:58je ne reviendrai pas ».
43:58Quand j'étais gosse
44:01au « comme trois pommes »,
44:03je parlais bien fort
44:05pour être un homme.
44:07Je disais « je sais ».
44:10Je sais,
44:10je sais,
44:11je sais.
44:17C'était le début,
44:19c'était le printemps.
44:20Mais quand j'ai eu
44:22mes 18 ans,
44:25j'ai dit « je sais ».
44:26Ça y est,
44:27cette fois,
44:28je sais.
44:36Et aujourd'hui,
44:37les jours où je me retourne,
44:40je regarde la Terre
44:41où j'ai quand même
44:42fait les 100 pas
44:43et je ne sais toujours pas
44:46comment elles tournent.
44:57Toute ma jeunesse,
44:58j'ai voulu dire « je sais ».
45:01Seulement plus je cherchais
45:02et puis moins je savais.
45:06Il y a 60 coups
45:08qui ont sonné
45:08à l'horloge.
45:11Je suis encore
45:12à ma fenêtre.
45:14Je regarde
45:15et je m'interroge.
45:16maintenant,
45:20je sais.
45:22Je sais
45:23qu'on ne sait
45:24jamais
45:25la vie,
45:27l'amour,
45:29l'argent,
45:30les amis
45:30et les roses.
45:32On ne sait jamais
45:33le bruit
45:34ni la couleur
45:34des choses.
45:37C'est tout
45:37que je sais
45:38mais ça,
45:42je le sais.
45:47Bye bye.
45:51Vous venez d'écouter
45:53Destins Extraordinaires,
45:55un podcast
45:56issu des archives
45:57d'Europe 1.
45:59Réalisation
46:00Julien Taro
46:01Production
46:02Raphaël Mariat
46:04Patrimoine sonore
46:05Sylvain Denis
46:07Laetitia Casanova
46:08Antoine Reclus
46:09Destins Extraordinaires
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