00:00L'inflation française fait du rase-motte.
00:12Tombée nettement en dessous de 1%, elle est revenue à la virgule près à son rythme de progression standard d'avant la crise de la Covid.
00:20Même s'il faut garder en tête que le niveau absolu des prix reste particulièrement élevé.
00:26L'enveloppement de l'inflation est toujours perçu comme un signal positif, mais trop marqué, il peut mettre à genoux l'État, fragiliser les entreprises et freiner la consommation.
00:38Pour les finances publiques, un effet de ciseau redoutable se met en place.
00:43Moins d'inflation, c'est moins de recettes fiscales.
00:46La consommation ralentit, les salaires progressent plus lentement, les bénéfices des entreprises aussi.
00:52Résultat, l'évolution de la base taxable est plus faible qu'attendue.
00:55La TVA rapporte moins, l'impôt sur le revenu marque le pas, les cotisations salariales aussi et l'impôt sur les sociétés suit la même tendance.
01:04Et pendant ce temps-là, les dépenses continuent de augmenter, car de nombreuses prestations, retraites, allocations, salaires des fonctionnaires sont indexées sur l'inflation passée.
01:16Moins de recettes, les dépenses toujours soutenues, la sanction est immédiate, le déficit public se creuse.
01:22Les dernières lois de finances ont parfaitement illustré comment l'inflation a agi comme un facilitateur budgétaire et, à contrario, comment ses effets s'estompent en période de désinflation.
01:33L'inflation est passée de 1,6% en 2021 à plus de 5% en 2022, sous l'effet de la sortie de crise sanitaire, puis du choc énergétique lié à la guerre en Ukraine.
01:44Cette flambée a mécaniquement gonflé les recettes de TVA.
01:47En 2023, la tendance s'est prolongée.
01:50Mais en 2024, avec le reflux brutal des prix, la TVA, à toutes choses égales par ailleurs, décrochait à son tour.
01:56En parallèle, les dépenses indexées sur l'inflation passée s'alourdissent à nouveau.
02:03La suite est connue.
02:04Dérapage des finances publiques de 17 milliards d'euros et un déficit qui frôle à nouveau les 6% du PIB.
02:09Et l'équation budgétaire pour 2025 s'annonce encore plus compliquée.
02:14Le gouvernement tablait sur 1,4% d'inflation, soit deux fois plus que son niveau actuel.
02:18En outre, si l'inflation érode la valeur réelle de la dette, l'absence d'inflation fait planer la menace d'un effet boule de neige.
02:27Si la croissance nominale du PIB, qui est le produit de la croissance en volume et de l'inflation, devient inférieure au taux d'intérêt moyen sur la dette,
02:36alors la charge d'intérêt à payer chaque année augmente spontanément plus vite que la richesse nationale.
02:43Autrement dit, même sans nouveau déficit, la dette enfle d'elle-même.
02:49L'effort nécessaire pour rééquilibrer les comptes publics devient alors colossal.
02:54Les entreprises, de leur côté, sont prises entre le marteau et l'enclube.
02:59Héritage de l'inflation passée, des revalorisations salariales ont été consenties.
03:04Héritage des taux d'intérêt élevés, les frais financiers continuent de grimper,
03:09tandis que la désinflation les prive de la hausse des prix comme levier d'ajustement.
03:14Résultat, les marges sont sous pression.
03:16Quant aux consommateurs, à court terme, ils profitent du décalage entre la progression de leur revenu et celle des prix.
03:23Mais cet avantage s'effacera très vite.
03:26Surtout, la consommation n'en sort pas forcément renforcée.
03:29Si la désinflation se transforme en pression déflationniste sur certains produits,
03:34les ménages, anticipant de futures baisses, pourraient retarder leurs achats.
03:38La désinflation est toujours vécue comme une bonne nouvelle.
03:41Mais lorsqu'elle devient trop marquée, elle se révèle très vite une fausse bonne nouvelle.
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