- il y a 7 mois
Gérald Darmanin était l'invité du Face à Face sur RMC et BFM ce jeudi 12 juin. Le ministre de la Justice a annoncé qu'il allait adresser aux groupes politiques et aux institutions concernées des "propositions fortes" pour une "révolution pénale". Le garde des Sceaux multiplie également les initiatives et propositions outre son périmètre.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Gérald de Darmanin.
00:03Bonjour.
00:03Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le ministre de la Justice.
00:06Vous écrivez aujourd'hui aux députés, aux syndicats, aux chefs de parti
00:08pour les consulter sur votre révolution pénale, grande réforme de la justice
00:13qui pourrait donc être discutée dès septembre avec notamment la simplification des peines,
00:18la suppression des aménagements de peines obligatoires, la fin du sursis, les peines minimales.
00:23Vous appelez donc à cette révolution et on va y revenir dans un instant.
00:26Mais vous avez sans doute entendu les propos de la mère d'Elias, Stéphanie,
00:30qui était à ce micro mardi matin. La mort d'Elias aurait-elle pu être évitée ?
00:38En tout cas, tout n'a pas été fait, de ce que j'en sais, pour que notre code des mineurs,
00:47notre code pénal, notre fonctionnement de la justice et de la police
00:51puissent garantir la sécurité la plus importante.
00:55Elle n'est jamais totale à tous les parents de France.
00:58J'ai reçu la maman et le papa d'Elias.
01:01Je les ai trouvés d'une très grande dignité.
01:04Ils veulent connaître ce qui s'est passé, les dysfonctionnements.
01:08Pour la première fois dans une affaire en cours,
01:11j'ai demandé à l'inspection de la justice de pouvoir,
01:14c'était sa demande à la maman d'Elias,
01:16rendre des conclusions publiques sur ce qui s'est passé.
01:20Ça arrivera au mois de septembre.
01:22J'ai accédé à sa demande tout à fait légitime
01:24et comprendre que les deux personnes,
01:29les deux gamins, les deux assassins de son enfant,
01:32qui étaient déjà connus six fois et douze fois.
01:34On va y revenir parce que c'est précisément de ça qu'il s'agit.
01:37Est-ce que vous utiliseriez, vous, vous venez de le dire,
01:39dans les propos de la mère d'Elias, dysfonctionnement ?
01:44Est-ce qu'il y a des dysfonctionnements ?
01:45Il y en a notamment un, moi, qui m'a beaucoup choqué.
01:49C'est le fait que ces deux assassins potentiels,
01:57ces deux gamins qui étaient déjà très connus de service de police,
02:00n'avaient pas le droit de se rencontrer.
02:01C'était la mesure d'assistance éducative qui était prononcée.
02:05Et ils étaient ensemble.
02:06D'abord, ils n'habitaient pas très loin de l'autre,
02:07mais surtout, ils étaient ensemble.
02:09Et si jamais un policier les avait rencontrés
02:10avant qu'ils rencontrent Elias,
02:13il ne se serait rien passé.
02:15C'est-à-dire qu'on aurait constaté qu'ils avaient...
02:16Mais je vais vous dire, ça a été le cas.
02:19Oui.
02:19Ça a été le cas.
02:20Ils ont été rencontrés.
02:21Ils n'ont été rencontrés pas une fois, pas deux fois.
02:23Ils ont été rencontrés toutes les semaines.
02:24Non, mais par ailleurs, par ailleurs,
02:26il y a d'autres dysfonctionnements.
02:27Par exemple, cette mesure prononcée par la justice
02:29n'était pas dans la connaissance des policiers,
02:32dans ce qu'on appelle le FPR,
02:32le fichier des personnes recherchées.
02:34Donc, quand même, il y aurait eu un contrôle,
02:36il n'est pas certain que les policiers ou les gendarmes
02:38auraient constaté qu'ils violaient leurs mesures
02:40d'assistance éducative.
02:42Mais imaginons que le policier le connaisse
02:44et il aurait rencontré ces deux gamins.
02:47Il aurait dit, vous n'avez pas le droit d'être ensemble.
02:48Eh bien, il n'y a pas de sanction qui est prévue aujourd'hui,
02:51dans le Code des mineurs,
02:53quand on viole sa mesure d'assistance éducative.
02:55Genre, tu n'as pas le droit d'être avec ton copain
02:57avec qui tu as déjà fait des 400.
02:59Donc, en fait, tu n'as pas le droit,
02:59mais en fait, si tu le fais, il t'arrivera rien.
03:00Eh bien, en fait, c'est une mesure prononcée par l'autorité,
03:03nous, l'État, la justice,
03:05et puis il n'y a pas de conséquences
03:06quand on viole cette autorité.
03:07On a des enfants, beaucoup d'entre nous,
03:09quel que soit leur âge,
03:10si on leur dit quelque chose et qu'ils ne le font pas
03:12et qu'il ne se passe rien,
03:14nous ne faisons pas une bonne éducation.
03:16Moi, je suis favorable à ce que ce soit l'éducation
03:18avant la répression pour les mineurs.
03:20Chacun le comprend.
03:21Un mineur n'est pas un majeur.
03:22Mais lorsque les mesures d'éducation sont violées
03:24et qu'il n'y a aucune conséquence par la justice,
03:27évidemment, tout ça est incompréhensible
03:29et ça crée les drames que connaissent terriblement les parents d'Elias.
03:32La question de l'application, la question des conséquences, souvent...
03:35Alors, je voudrais juste vous dire que ça,
03:36ça a déjà été corrigé quelques jours après la mort terrible d'Elias.
03:40Dans la loi que portait Gabriel Attal,
03:43je l'ai fait modifier...
03:43Sur la justice des mineurs ?
03:44Exactement.
03:45Alors, j'ai mis beaucoup d'autres mesures
03:46qui rajoutent les très bonnes mesures de Gabriel Attal,
03:49notamment la mesure de...
03:50Si on viole la mesure des sciences éducatives,
03:52alors il y a sanctions, évidemment.
03:54Un couvre-feu juste après les cours généralisés,
03:57comme en Espagne.
03:57Et bien d'autres mesures,
03:59comme la comparution immédiate des mineurs.
04:01Donc, il y a la question de l'application
04:03et il y a la question de la lucidité.
04:06Quand, effectivement, la maman d'Elias regarde
04:09se pédigrer,
04:11ces 15 comparutions,
04:13ces 15 faits minimums pour chacun des deux jeunes
04:17qui étaient connus depuis 2021.
04:20La mort d'Elias, c'est 2024.
04:22Ils étaient même tellement connus de la police
04:24que quand nos méshommes ont vu Elias à terre,
04:27ils ont immédiatement pensé à eux.
04:28Ça, c'est ce que dit Laurent Nunez.
04:30Et à cela, on lui répond qu'il y a un manque de moyens.
04:32Écoutez la mère d'Elias.
04:34Lorsque nous sommes avec nos avocats
04:38et que nous voyons successivement
04:41tous les délits,
04:43tous les vols avec violence réitérés
04:46depuis 2021,
04:49et qu'en 2023 et 2024,
04:51la décision des juges des affaires familiales
04:55est une mesure de non-regroupement,
04:58alors que tout simplement,
05:00si vous prenez un téléphone, une carte,
05:04vous notez leurs adresses,
05:06ils habitent.
05:07L'adresse n'est pas la même,
05:09mais ils habitent dans la même résidence.
05:11Les juges nous expliquent en permanence
05:14qu'ils n'ont pas de moyens.
05:16Lorsqu'ils prennent cette décision,
05:18ce n'est pas un manque de moyens,
05:20c'est un manque de lucidité.
05:22En fait, l'interdiction est absurde,
05:24puisqu'effectivement,
05:25ils habitent quasiment côte à côte
05:27dans la même résidence.
05:29Mais en plus, vous nous dites ce matin
05:30qu'elles n'étaient de toute façon
05:31sans aucune conséquence
05:33et même pas appliquées.
05:34En fait, il n'y a rien qui va.
05:37Il y a beaucoup de jeunes
05:37qui sont sauvés grâce au travail de l'État,
05:40des magistrats, des agents de la PJJ.
05:43Ils étaient suivis par la PJJ.
05:44Oui, et d'ailleurs, la PJJ avait fait des rapports
05:46qui étaient tout à fait conformes
05:47à la dangerosité.
05:49Mais à quoi ça sert des rapports ?
05:50Si rien ne se passe.
05:51On verra ce que dira l'inspection.
05:53Mais manifestement, la PJJ a très bien fait son travail.
05:55Ce qui est sûr, c'est que lorsqu'il y a la mort d'un enfant
05:58et on est père et mère de famille,
06:00c'est un drame.
06:00Et dans le cas d'Elias,
06:02la société, l'autorité de l'État
06:04doit se remettre en cause.
06:06Moi, je ne suis pas de ceux qui disent
06:07« circulez, il n'y a rien à voir ».
06:08Je suis pour les peines minimales,
06:09même pour les mineurs.
06:11Et dans ce cas précis,
06:12puisqu'ils ont été connus 12 et 6 fois,
06:1412 et 6 fois sans être jugés,
06:16je pense qu'une peine minimale
06:18aurait été intéressante pour l'éducation,
06:20parce que la répression, c'est aussi une forme d'éducation.
06:24La deuxième des choses,
06:25c'est qu'il y a manifestement un manque de bon sens.
06:29On verra ce que dira exactement le rapport d'inspection.
06:31Mais ce que nous explique la maman d'Elias
06:33tombe sous le coup du bon sens.
06:34Mais il y a aussi un manque de moyens.
06:36Et je l'ai dit, la maman d'Elias,
06:37un juge pour enfant,
06:38il n'y en a pas beaucoup en France,
06:40et il a à peu près 450 dossiers par juge.
06:44Donc il essaie de prioriser.
06:46Et dans les 450 dossiers,
06:47parfois on se trompe,
06:48parfois on n'a pas assez d'éléments,
06:49parfois on termine à 22h, 23h,
06:51et on a commencé très tôt le lendemain matin,
06:53et on n'a pas les moyens
06:54de pouvoir juger, jauger,
06:56d'avoir toutes les informations.
06:57Donc il faut absolument augmenter aussi
06:59le nombre de magistrats.
07:00C'est ce que j'ai fait.
07:01Arrivant place Vendôme,
07:02j'ai dit qu'il y avait deux priorités,
07:03la lutte contre la drogue
07:04et la protection des mineurs.
07:06J'ai augmenté de 50 le nombre de juges pour enfant,
07:09et je ferai prochainement une augmentation similaire.
07:11Il faut aussi augmenter le nombre de magistrats pour enfant.
07:15Il y a 12 000 gamins qui sont suivis,
07:18qui sont suivis parce qu'ils sont des mineurs
07:20potentiellement délinquants.
07:21Et il n'y en a que 600 à 700
07:23qui sont soit dans les prisons pour mineurs,
07:26soit dans des centres éducatifs fermés.
07:28Nous voyons bien qu'il y a une différence
07:29extrêmement importante
07:30entre les gamins qui sont
07:32très accompagnés par la justice,
07:35et puis ceux qui sont à l'extérieur
07:37dans des familles totalement décomposées.
07:39Ce n'est pas une excuse.
07:40Il faut que nous soyons extrêmement réactifs,
07:42beaucoup plus fermes.
07:42La Maman Délias a raison de le dire,
07:44mais les magistrats pour enfant,
07:45pour une très grande partie d'entre eux,
07:47font un travail absolument formidable.
07:48Il y a la question du bon sens,
07:49il y a la question de la fermeté,
07:51de la sanction et de l'application réelle,
07:53et puis il y a la question de la récidive.
07:55Hier matin, je recevais François Molins,
07:57ancien procureur de la République,
07:59près de la Cour de cassation,
08:02et il a avoué,
08:03dans une forme de désarroi,
08:05en tout cas c'est ce que ça m'a laissé comme impression,
08:08une forme d'impuissance face à la question de la récidive.
08:12Écoutez.
08:13On ne sait pas prévenir dans notre pays
08:15la réitération et la récidive.
08:17Et même en envoyant des gens en prison...
08:19Enfin pardon, mais quand on reprend les faits,
08:20est-ce que c'est unique ?
08:21On est dans un pays dans lequel vous avez 30% des sortants de prison
08:24qui réitèrent la première année,
08:26et 60% dans les cinq ans.
08:28On ne sait pas faire.
08:29Le taux de réitération observé dans les cinq années
08:32de la première condamnation est supérieur à 50% pour les mineurs,
08:35primo délinquants.
08:36Et c'est 70% sans doute pour les gens qui sortent de prison
08:39et qui sont majeurs.
08:40Donc oui, c'est un échec, je l'ai dit,
08:42quasiment dès mon arrivée place Vendôme.
08:44Et du coup, je propose de changer,
08:45c'est ça la révolution pénale,
08:46changer la façon de faire.
08:48Au lieu d'être très dur,
08:49parce que la justice peut être très dur,
08:50avec des gens qui sont multirécidivistes
08:52et les envoyés en prison,
08:53quand on les connaît depuis 5 fois, 10 fois, 15 fois,
08:56il faut être très dur au premier fait.
08:58C'est pour ça que je veux mettre en place une peine minimale.
09:00Une partie des magistrats, des syndicats de magistrats sont contre.
09:03J'ai entendu les expressions, d'ailleurs, de M. Molins et d'autres.
09:06M. Molins est totalement contre, en effet, la peine minimale.
09:09Il estime que ça va contre l'individualisation de la peine.
09:12Alors, c'est tout à fait faux,
09:13parce qu'il y a une peine maximale dans le code pénal.
09:15On est condamné à jusqu'à 5 ans de prison
09:17et 75 000 euros d'amende, par exemple.
09:18Il n'est pas normal d'avoir une peine minimale.
09:20Et entre-temps, entre la peine minimale et la peine maximale,
09:22le magistrat sera libre d'individualiser la peine.
09:25Mais comme les peines de plancher à l'époque
09:27étaient tout à fait constitutionnelles,
09:28même si je ne les reprends pas,
09:29parce qu'elles ne touchaient que les récidivistes.
09:31Moi, je propose de toucher au premier fait.
09:33Mais vous voyez, il y a une sorte d'incohérence
09:34à dire qu'on est totalement incompétent, manifestement,
09:38pour lutter contre la récidive.
09:39Et ce constat est tout à fait vrai.
09:40Il devrait nous interpeller.
09:43Et puis dire qu'il ne faut rien faire.
09:44Voilà.
09:44Donc moi, je suis là pour faire des choses.
09:46Les magistrats, ils appliquent loyalement la loi.
09:48Si la loi change,
09:49je n'ai aucun doute qu'ils appliqueront loyalement la loi.
09:51Donc, ce que je propose,
09:52partant de ce constat,
09:53je ne reste pas les bras ballants en me disant
09:55« Ben voilà, on ne peut rien faire. »
09:56Je suis ministre de la Justice.
09:57Je propose la révolution qui consiste à taper très fort
10:01dès les premiers faits.
10:02Mais chacun le sait aussi
10:03que les gens qui sont délinquants ou criminels importants
10:05ont commencé par des petits faits.
10:07Et comme on ne les a pas arrêtés,
10:08puisque ni la police, ni la justice,
10:11ni les parents, ni l'autorité, ni l'école
10:12m'ont dit « Bon, maintenant, ça suffit, stop.
10:14Et tu seras sanctionné. »
10:15Ils ont fait des mauvaises fréquentations.
10:18Ils ont fait des faits un peu plus graves,
10:19puis un peu plus graves, puis un peu plus graves.
10:20Et quand ils sont très récidivistes,
10:22là, on les condamne et on les envoie en prison.
10:24En prison, ils font quelques années de prison.
10:25Ils sortent et qu'est-ce qu'ils font ?
10:26Ils récidivent parce qu'ils sont désocialisés.
10:28En fait, vous voulez inverser ce qui existe actuellement.
10:30Exactement.
10:31Je veux faire l'inverse de ce qui existe actuellement,
10:33qui ne marche pas.
10:34Dès le premier fait, une peine minimale,
10:37évidemment, la personne est reconnue coupable, bien sûr.
10:40Dès les premiers faits, dans les infractions
10:41comme les rodeos urbains,
10:43comme les vols de véhicules,
10:45comme les vols de portefeuille,
10:47comme les agressions physiques les plus lambda,
10:49que les Français malheureusement connaissent,
10:51et ports d'armes comme les ports de couteau, par exemple.
10:53Dès les premiers faits, il faut condamner fortement.
10:55Alors, ce n'est pas forcément et systématiquement la prison.
10:58La peine minimale, c'est une peine.
11:00Ce n'est pas forcément et systématiquement la prison.
11:02Mais ça peut être aussi la prison.
11:04Ça peut être des peines de 15 jours, de 3 semaines, d'un mois.
11:07De quelques jours même ?
11:08Aujourd'hui, c'est totalement interdit par notre code pénal.
11:10Aujourd'hui, si vous n'êtes pas condamné à un an,
11:13vous n'y allez pas.
11:14Et encore plus d'un an, vous n'y allez pas systématiquement.
11:16On a un système un peu absurde où la personne arrive dans le tribunal,
11:20le juge dit « vous êtes condamné à 9 mois de prison »,
11:22le type se retourne vers son avocat, il dit « je vais en prison »,
11:25et l'avocat dit « non, non, pas du tout ».
11:26Le mot, c'est absurde.
11:27Donc ma maman qui est à Voix du Nord, elle ne comprend pas.
11:29Elle ne comprend pas pourquoi la personne qui a fait un méfait dans la rue,
11:32il est condamné à 9 mois de prison,
11:33elle le voit le lendemain matin dans les rues de Tourcoing.
11:35Elle ne comprend pas.
11:35Et elle a raison de ne pas comprendre.
11:37Donc si on est condamné en France à 6 mois de prison,
11:39on doit aller 6 mois en prison.
11:40– Gérald de Darmanin, le mot « absurde » que vous venez de dire,
11:44c'est le mot qui, moi, me frappe depuis le début de cette semaine,
11:47depuis que j'ai écouté la maman d'Elias.
11:51Absurde.
11:51On a l'impression d'un décalage entre des théories,
11:54mais ça fait combien de temps qu'on est dans cette logique
11:56où on vous dit que vous allez en prison ou vous n'y allez pas ?
11:57– Ça fait longtemps, puisque des gouvernements de droite et de gauche
12:00ont mis ça en place, jusqu'à la majorité actuelle.
12:03Moi, j'ai souvent combattu.
12:05Pourquoi ils l'ont essayé de le faire,
12:06les ministres de la justice précédents, on peut les comprendre.
12:08Ils ont essayé de dire, ben voilà, la prison n'est pas un endroit très sympathique,
12:12c'est moins qu'on puisse dire, c'est pas le Club Med,
12:14ça c'est tout à fait vrai, c'est très dur la prison.
12:16Et donc, plutôt que d'envoyer les gens en prison,
12:18à moins d'un an de prison, on va faire des aménagements de peine.
12:21Le travail d'intérêt général, le brasset électronique.
12:24Mais les magistrats, comme ils voient que la délinquance a augmenté,
12:26et qu'ils voient parfois 10 fois, 15 fois, 20 fois,
12:28une personne qui roule bourrée au banc de son véhicule,
12:31au bout d'un moment, ils mettent une peine très importante,
12:34par exemple un an et demi de prison,
12:35pour être certain qu'il y aille.
12:37Du coup, les mesures plus, je dirais pas laxistes,
12:40mais plus modérées de dire, tout le monde doit pas aller en prison,
12:43parce que c'est très très mauvais la prison,
12:44en fait, ont conduit à avoir beaucoup plus de gens en prison.
12:46C'est quoi, c'est de l'idéologie ?
12:47Non, je pense pas, parce qu'ils ont essayé quelque chose qui n'a pas marché,
12:50donc il faut juste changer ce qui n'a pas marché.
12:51Pourquoi je vous dis ça, Gérard Génard-Mélin ?
12:53Je dis ça parce que dans la surpopulation pénale,
12:55que dénonce une partie d'ailleurs des syndicats de magistrats,
12:57et ils ont raison, il y a 82 000 détenus pour 60 000 places,
13:00c'est scandaleux,
13:01une grande partie de cette surpopulation est due aux peines plus importantes
13:04que prononcent les magistrats.
13:05Il y a le même nombre de gens qui rentrent chacune en prison
13:07depuis l'année de naissance, 1982.
13:09Mais il y a beaucoup plus de gens qui restent longtemps en prison,
13:12parce que notre système est fait de telle sorte,
13:14complexe et absurde,
13:15que les gens restent plus longtemps en prison alors qu'ils sont récidivistes,
13:18et nous ne condamnons pas fermement les premiers faits
13:20pour les empêcher d'aller en prison et de recommencer.
13:22Est-ce que vous êtes vraiment d'accord, vous et les juges ?
13:25Vous dites notamment cette phrase de la prison ferme réellement effectuée,
13:29parfois dès les premiers délits.
13:31La procureure de la République de Paris, Laure Bécure,
13:34que je recevais ici même vendredi dernier,
13:36elle, elle dit qu'il ne faut plus penser la prison
13:38comme la peine de référence pour la petite délinquance.
13:40Est-ce que le problème, il n'est pas celui-là ?
13:42Non, mais moi je n'ai pas à être d'accord avec les juges,
13:43moi je fais de la politique.
13:44J'ai été élu...
13:45Enfin, les juges, ils ont quand même besoin d'être d'accord avec vous, non ?
13:47Les juges, les magistrats, qui sont des gens formidables
13:50et dont l'indépendance est garantie par la Constitution
13:51et dont je suis le garant, appliquent loyalement la loi.
13:54Ils ont le droit d'avoir des opinions personnelles,
13:56je les respecte fortement.
13:57Mme Brugère, que vous allez recevoir dans quelques instants,
13:59ne pense pas pareil, je pense que M. Molins, par exemple.
14:01Et c'est normal et c'est logique.
14:02Mais moi je fais de la politique.
14:03J'ai été élu par la population à plusieurs reprises.
14:06Le jour où je suis battu, je resterai chez moi
14:08et je ne donnerai plus mon avis.
14:09Mais pour l'instant, les gens de Tourcoing me font confiance et m'élisent.
14:11Je suis là pour modifier, pour proposer des modifications de la loi.
14:14Je ne suis pas seul.
14:15J'ai l'Assemblée nationale et le Sénat.
14:17Je vais voir s'ils me suivent.
14:19Si l'Assemblée nationale et le Sénat
14:21modifient la loi comme je la propose,
14:22les magistrats, ils feront ce que la Constitution leur demande de faire.
14:26Ils appliqueront la loi, loyalement.
14:29Les juges, ils appliquent la loi.
14:30Ils sont la bouche de la loi.
14:31Donc après, chacun peut avoir son avis personnel.
14:33Moi je pense que lorsque les gens commettent des actes de délinquance,
14:37ils doivent aller en prison
14:38lorsque le magistrat considère qu'ils sont dangereux
14:40pour l'extérieur de la société.
14:42La prison, c'est pour les dangereux ?
14:45Alors je pense que nous devrions d'abord catégoriser les personnes,
14:48ce que nous ne faisons pas.
14:49Par exemple, dans les prisons françaises,
14:51il y a 50% de gens qui sont là pour violences aux personnes
14:53et il y a 50% de gens, je caricature,
14:55qui sont là pour les violences aux biens.
14:58Et il y a des gens qui font des violences aux personnes
15:00qui sont dehors.
15:01On l'a vu notamment lors des manifestations
15:03qui sont très mal passées dans le public
15:04à la soirée de la finale du PSG.
15:07Moi je peux comprendre le magistrat qui dit
15:09« Mais attendez, il y a déjà trop de monde en place de prison,
15:11je ne vais pas envoyer des gens »
15:12alors qu'il y a déjà ces populations carcérales.
15:14Peut-être que nous pourrions modifier les choses.
15:16Ceux qui doivent aller en prison en premier lieu,
15:18c'est des violences aux personnes.
15:19Quand on s'attaque à une femme, à un policier, à un juge,
15:23à un douanier, à son professeur,
15:25on doit aller en prison.
15:27Quand on fait des violences physiques,
15:28on doit être privé de sa liberté dans la société.
15:30Ça veut dire, quand je vous écoute,
15:32que tous ceux qui étaient effectivement
15:34dans ces violences urbaines, physiques,
15:37des soirs du PSG,
15:40doivent aller en prison.
15:41Moi je pense que des violences physiques...
15:43Violences, prison.
15:43Je pense que quand on s'attaque à un policier,
15:45physiquement...
15:46Mais vous l'avez vu, il n'y en a quasiment aucun
15:47qui vont y aller.
15:48C'est pour ça que je propose la modification de la loi.
15:51Dès mon arrivée à Place Vendôme,
15:53j'ai pris une circulaire politique pénale.
15:54J'ai demandé au procureur de la République.
15:56Elle est connue cette circulaire,
15:57je l'ai rendue publique.
15:57Elle fait trois pages.
15:58C'est moi qui l'ai écrit tout seul, quasiment.
16:01En français, je crois, de bon sens, c'est correct.
16:04Je leur dis, je vous demande
16:05de prendre des réquisitions de prison ferme
16:07pour les personnes qui font violence
16:08contre les personnes
16:10et pour les trafics de drogue.
16:12Voilà, ça c'est mes deux priorités de politique pénale.
16:15Violence contre les personnes
16:16et trafic de drogue.
16:17Après, le parquet fait son travail
16:18et puis il y a le siège qui,
16:20librement, étant en toute indépendance,
16:22décide.
16:22Mais il décide selon quoi ?
16:23Selon la loi.
16:24La loi, aujourd'hui, ne dit pas ce que je vous dis.
16:26Donc nous allons modifier la loi.
16:28Je vais proposer de modifier la loi
16:29pour que toute personne qui attaque
16:30une autre personne,
16:32et encore plus quand on s'attaque
16:33à un policier, à un enfant,
16:35à un professeur, à un médecin,
16:36on aille en prison,
16:38même quelques semaines.
16:40Alors aujourd'hui, la loi, c'est vrai,
16:41empêche le magistrat de le faire.
16:43Donc nous allons modifier la loi.
16:44A changer.
16:44Dans tout ça, vous voulez être président ?
16:46C'est-à-dire ?
16:47C'est-à-dire, vous voulez être président
16:48de la République, vous commencez,
16:49vous avez lancé hier la cour.
16:51Je veux influencer le cours de la vie
16:53de mon pays, bien sûr,
16:54sinon je ne ferais pas de politique.
16:55Est-ce que c'est le moment,
16:56alors que vous êtes ministre de la Justice,
16:58de vous lancer,
16:59notamment hier soir,
16:59c'était sur la question des retraites,
17:01sur la manière dont il fallait peut-être
17:03mettre en place un fonds de capitalisation ?
17:05Est-ce que c'est possible de faire ça
17:07en même temps ?
17:07Évidemment, parce que là,
17:09nous nous battons pour avoir
17:10des crédits budgétaires pour la justice.
17:12Bon, la justice, c'est un petit budget,
17:13c'est à peine 11 milliards d'euros.
17:15C'est un problème, d'ailleurs.
17:16Oui, c'est pour ça que je me bats,
17:18et je sais qu'Amini de Montchalin
17:19m'écoutera et respectera à l'euro près
17:22la loi de programmation de la justice.
17:23D'ailleurs, je veux dire aux magistrats,
17:24aux agents de la PJ,
17:25aux agents de la pénitentiaire,
17:26que j'ai obtenu un immense budget supplémentaire
17:29par rapport à mon prédécesseur,
17:30Didier Migaud,
17:31et j'espère que nous respecterons à l'euro près
17:33les centaines d'emplois supplémentaires
17:35qu'avait prévus Éric Dupond-Moretti.
17:37Mais par ailleurs,
17:38si on veut financer ce budget de la justice,
17:41le budget de l'éducation nationale,
17:42le budget de la défense,
17:43il faut que nous fassions des efforts
17:44sur le budget social.
17:45Qu'est-ce que vous auriez de plus
17:47que Bruno Retailleau ou Edouard Philippe ?
17:48Mais ce n'est pas comme ça
17:49qu'il faut voir les choses.
17:50Pour l'instant, c'est les idées qui comptent.
17:51Non, le concours de beauté
17:52est assez peu intéressant.
17:54Bien sûr, il y a des gens
17:55qui nous trouvent plus sympathiques,
17:56répondent au sondage
17:57avec qui vous voulez prendre une bière
17:58ou partir au camping.
17:59Pourquoi vous ?
18:00D'abord, je ne suis pas candidat en tant que tel.
18:03Je propose des idées.
18:05Je constate que les idées que je propose
18:06ne sont pas toujours reprises par d'autres.
18:08La révolution pénale que je propose
18:10n'est pour l'instant pas reprise par d'autres.
18:12Le fait de dire
18:13« Je pense qu'il ne faut pas toucher
18:14les 64 ans pour partir en retraite. »
18:15Mais on ne doit pas modifier non plus les 64 ans.
18:18Moi, je ne suis pas pour aller
18:19au-delà de 64 ans de retraite.
18:21Parce que les gens qui travaillent
18:22sont parfois très abîmés par la vie.
18:24Les femmes de ménage,
18:25les agents de sécurité privés,
18:27les gens qui travaillent dans la restauration,
18:28dans le BTP,
18:29c'est très dur pour eux.
18:30Par contre,
18:31il ne faut pas travailler plus pour les Français.
18:32Ils travaillent déjà beaucoup, les Français.
18:33Il faut travailler tous.
18:34Il y a plein de gens qui ne bossent pas.
18:36Il faut les forcer à aller travailler.
18:38C'est pour ça que personnellement,
18:40plutôt que de repousser l'âge de la retraite,
18:41je ferai une grande réforme
18:42de l'assurance chômage.
18:44Aujourd'hui, c'est 18 mois d'indemnisation
18:45qu'on est au chômage.
18:46Vous voulez réduire à 6 mois ?
18:48Entre 6 et 9 mois.
18:50Et après, c'est fini ?
18:50Dans le Nord, il y a 48 heures,
18:54un restaurateur me dit
18:54« Vous savez, le soir, M. le maire,
18:56je fermais à l'époque
18:59que vous n'étiez pas encore maire
19:00parce qu'il n'y avait pas assez de clients.
19:01Maintenant, je ferme
19:01parce que je n'ai pas assez de serveurs. »
19:03Qu'est-ce que je peux répondre à ce monsieur ?
19:04Si ce n'est de dire
19:04« Il y a en même temps du chômage dans ma commune. »
19:06Il faut que ces gens aillent travailler.
19:08Donc, il faut forcer les gens à aller travailler.
19:10Donc, les Français,
19:11on ne va pas leur dire
19:11« Chaque année, vous devez travailler plus longtemps en retraite. »
19:1364 ans, c'est très bien.
19:14Il ne faut pas revenir en arrière.
19:16Il faut dire à tout le monde de travailler.
19:17Donc, vous mettez vos idées sur la table.
19:19Bruno Retailleau,
19:20Édouard Philippe
19:21font pareil.
19:22Et à la fin, comment on tranche ?
19:24On verra bien.
19:25C'est dans deux ans.
19:26Enfin, ce n'est pas dans deux ans.
19:27Le moment où on tranche, c'est avant.
19:28Non, c'est dans deux ans.
19:29Deux ans en 1995,
19:30quand j'étais plus petit,
19:32c'était Balladur qui devait gagner.
19:33Ça a été Jacques Chirac.
19:34Deux ans avant 2002,
19:35c'était Lionel Jospin.
19:35Ça a été Jacques Chirac.
19:37Deux ans avant 2007,
19:38Dominique de Villepin
19:39taillé des croupières
19:40à Nicolas Sarkozy.
19:41Deux ans avant 2012,
19:41tout le monde disait
19:42que c'était M. Strauss-Kahn
19:42qui serait élu.
19:43Bon, donc, aujourd'hui,
19:45on doit travailler pour la France.
19:46Pour ça que je remercie
19:47sous l'autorité du président
19:48et du Premier ministre
19:49de faire des choses concrètes,
19:50notamment la matière pénale.
19:52Les prisons de haute sécurité
19:53pour narcotrafiquants,
19:54dans un mois, elles existent.
19:56Et puis, bien sûr,
19:57donner son avis
19:58sur tous les autres sujets
19:59parce que je fais de la politique.
20:00Et après, les Français
20:01trancheront naturellement
20:02et on se mettra tous derrière
20:02celle ou celui
20:03qui pourra gagner
20:05et j'espère changer notre pays.
20:06Merci Gérald de Darmanin
20:07d'avoir répondu à mes questions
20:08ce matin.
20:08Merci à vous.
20:09Il est 8h52 sur RMC BFM TV.
Écris le tout premier commentaire