- il y a 7 mois
le Président Vincent Auriol à Alger, Mai-Juin 1930
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00:00Mai 49.
00:19Parti de Toulon à bord du croiseur Georges-Legg,
00:21qu'escorte le croiseur Gloire,
00:24le président Vincent Auriol,
00:25renouant une tradition ancienne,
00:27est parti saluer le plus français
00:28des domaines français d'outre-mer,
00:29l'Algérie.
00:34Courte halte, au milieu de ses travaux écrasants,
00:37le président entre M. Jules Mock,
00:38ministre de l'Intérieur,
00:39et M. Johannes Duprat, secrétaire d'Etat à la Marine,
00:42goûte un peu en touriste ces belles heures de mer
00:44pendant que toute l'Algérie s'apprête à l'accueillir.
00:48Alger, en effet, est en fière.
00:50Vingt ans sont passés
00:51depuis qu'un président de la République,
00:53Gaston Doumergue, a posé le pied sur cette terre.
00:56Vingt ans lourds d'événements tragiques,
00:58mais qui ont affirmé plus encore
01:00l'indissolubilité franco-algérienne.
01:02Murs et vitrines se chargent de tricolores,
01:05d'insignes et de portraits.
01:07Alger n'est plus seulement une ville,
01:08c'est le décor d'une fête nationale.
01:10C'est sur ce décor heureux
01:18que se lève le jour de l'arrivée.
01:20Depuis l'aurore,
01:21les quais se sont couverts d'une foule bigarrée
01:23qui restent depuis des heures
01:24les regards tendus vers la mer.
01:30Et voici qu'apparaissent
01:31les deux beaux bâtiments.
01:32Le ministre Marcel Edmond-Eiglène,
01:41gouverneur général de l'Algérie,
01:42est aussitôt à bord,
01:44pendant que les salves se succèdent,
01:46pour saluer le premier magistrat de la République
01:48et le conduire à bord de la vedette amirale
01:50à travers le port,
01:51jusqu'au quai de l'Amirauté
01:52où l'attendent les plus hautes personnalités d'Alger.
01:55Mais si le maire d'Alger,
02:12M. Gazagne,
02:13est le premier Algérois
02:14à saluer le président
02:15au moment où il pose le pied sur le quai,
02:17tout de suite après,
02:18c'est Alger tout entière
02:19qui lui manifeste sa joie et son émotion.
02:25C'est encore au milieu
02:48des acclamations populaires
02:49que M. Vincent Henriol
02:51gravit les degrés
02:52qui mènent au grandiose monument aux morts
02:54qui, face à la mer,
02:55dans un décor inoubliable,
02:57exaltent le souvenir des hommes
02:58de cette terre
02:59morts pour la cause de la patrie.
03:08Et c'est à nouveau,
03:10au milieu des acclamations,
03:11qu'après cette halte pieuse,
03:13le président redescend
03:14jusqu'au plateau des Glières
03:15où il va remettre à Alger,
03:17capitale de la France, au combat,
03:19à Alger, capitale de la France libre,
03:21la croix de guerre.
03:24Pour son courage et sa vaillance,
03:32je vous desserre non,
03:34au nom de la République,
03:36la croix de guerre avec palme.
03:40Symbole émouvant,
03:42ce sont deux orphelins de la guerre
03:43qui portent le coussin aux armes d'Alger
03:45à l'heure de la récompense.
03:47À travers eux, leurs pères,
03:48les morts qui furent à la peine,
03:50sont aujourd'hui à l'honneur.
03:51Et salut des soldats
04:00à la récompense des soldats,
04:02l'armée des filles.
04:06Combien encore dans ces troupes
04:08où se trouvent représentés
04:09les plus beaux corps de l'armée d'Afrique,
04:11participèrent au combat
04:12qu'exalte aujourd'hui
04:13la croix de guerre d'Alger.
04:24Parmi les oives,
04:25les tirailleurs,
04:26les spahis
04:26et les chasseurs qui défilent,
04:29certains encore peuvent se souvenir
04:30des heures tragiques
04:31où Alger éteint sa place
04:32au rang des combattants.
04:33Sous-titrage ST' 501,
04:49Derrière eux, une foule sans uniforme, mais une foule en ordre, en formation presque encore militaire.
05:10Ceux qui répondirent un jour à l'appel du pays et qui conservent de ce temps un souvenir ineffaçable, un éclair dans le regard, une croix sur la poitrine, une marque dans la chair.
05:40Et, précédé de sa rutilante escorte de Spailly dont l'uniforme traditionnel éclate sous la lumière crue, le président se rend à l'ancienne mairie où il s'adressera à la foule algéroise et par-delà à toute l'Algérie.
06:10Je vous ai décrit d'union, exaltée par le partage des douleurs et des gloires que je viens aujourd'hui consacrer.
06:32Union dans le respect des libertés individuelles et aimées, dans le respect des lois et des institutions républicaines.
06:44Union dans le respect des opinions, des traditions, des croyances.
06:51Union sous la souveraineté de la France, guide et soutien des ordres libres pour la prospérité solidaire de la France et de l'ingénieur.
07:02Plus tard, au palais d'été, le président que la population d'Alger a depuis le matin accaparé va pouvoir consacrer quelques instants à l'amitié qui l'unit au gouverneur général.
07:17On les verra s'entretenir tour à tour avec le maire d'Alger et avec le président de l'Assemblée algérienne, M. Sayah Abdelkader.
07:35Puis, avec diverses personnalités du monde musulman ou de la haute administration.
07:39On les verra s'écarter un instant des groupes pour contempler le cirque extraordinaire de cette ville
08:01où le résistant Vincent Auriol vécut au coeur de la guerre deux années de lutte et d'épreuve.
08:07Mais la journée présidentielle n'est pas terminée.
08:28Il lui faut encore recevoir, dans le cadre du palais d'été, le salut des corps constitués, assemblées, administrations, armées, justice, cultes, universités.
08:38Et c'est sur cette assemblée qui réunit l'essentiel des pouvoirs temporels et spirituels du pays
08:42que tombera le court crépuscule africain et que se clora la première journée du voyage présidentiel.
08:48Le lendemain de bon matin, l'éminent visiteur va connaître le port.
09:00On sait que le port d'Alger, le plus important de toute l'Afrique du Nord, est l'un des plus beaux témoignages de l'effort français.
09:07Là où n'existait voici 100 ans qu'une pauvre Darse, s'alignent aujourd'hui d'immenses bassins aptes à recevoir les plus gros tenards.
09:14Le port d'Alger, qui reprend jour après jour son importance d'avant-guerre,
09:18avant d'en acquérir une nouvelle au confluent des routes méditerranéennes,
09:22se classe parmi les réussites françaises en Algérie comme l'une des plus éminentes.
09:26Mais la visite du président à Alger ne serait pas complète si elle ne comportait un contact avec l'avenir.
09:56Et c'est sans doute pourquoi le président a voulu à l'université dire sa confiance aussi bien à ceux qui ont charge de former les élites de demain
10:06qu'à ceux et à celles qui demain formeront l'armature spirituelle de la France algérienne.
10:12Et c'est peut-être devant ces jeunes visages que le président murmurera pour lui seul la phrase qu'il dira demain publiquement
10:18« J'ai été bouleversé par l'accueil que m'a réservé Alger ».
10:25« Vaule, c'est la seconde étape du périple algérien. »
10:45Et dès l'arrivée, l'enthousiasme d'Alger se retrouve.
10:48Les acclamations couvrent les salves des canons, couvrent les hurlements des sirènes
10:51qui, après avoir si longtemps clamé l'épouvante, clament aujourd'hui la joie.
10:55Et, à l'entrée au stade, il semble que l'enthousiasme monte encore.
11:12Avec simplicité, le président remet à Beaune, pour sa vaillance, pour ses blessures,
11:27pour son courage et son sacrifice, la croix de guerre.
11:42Détail émouvant, le président a remarqué tout près un mutilé des heures terribles.
11:52Il se détourne de son chemin, va vers lui, se penche, l'embrasse.
11:58La caméra a pu saisir ce moment dont les mots sont impuissants à exprimer l'émotion,
12:02mais dont immédiatement toute l'assistance a compris le sens et la grandeur.
12:12Beaune, maintenant, va s'effacer.
12:15Beaune, qui, selon les paroles même du président, nous démontre par ses réalisations
12:19que l'Algérie est sous l'égide de la France une création continue.
12:23Et c'est dans le chatoiement pittoresque du goum de Tébessa
12:26que le premier citoyen français reprendra sa route algérienne.
12:34Constantine, sur son rocher, n'est que détachement et rudesse.
12:38L'antique capitale numide a depuis toujours la réputation d'abriter un peuple froid,
12:42et réservé.
12:44C'est là, cependant, que le président devait connaître un accueil particulièrement chaleureux.
12:49Devant l'orgueilleux Monument aux Morts, dressé sur la pointe de Sidimsid,
12:53le président est d'abord allé s'incliner dans un silence,
12:56seulement troublé par l'envol de centaines de pigeons,
12:59tandis que s'égronnait les notes de la sonnerie aux morts.
13:01À pied, maintenant, il suit les rues au milieu d'une foule
13:14dont l'enthousiasme ne cède ni à l'attente,
13:17ni à l'ardeur d'un soleil brûlant.
13:18Sur sa route, salut enfantin, voici une petite fille portant une gerbe.
13:32Voici autour d'elle les enfants de l'orphelinat.
13:47Et le président laisse alors parler son cœur de grand-père.
13:54Avec gentillesse, avec bonté, avec émotion, il s'arrête près d'eux.
13:58Il parle à ses tout-petits, un peu plus, il va jouer avec eux.
14:16C'est alors que l'enthousiasme de la foule monte encore.
14:20Le service d'ordre est bousculé.
14:22Constantine, tout entière, veut rompre les barrières qui la séparent du président.
14:25Et c'est presque de justesse que le président de la République
14:28échappe à l'étouffement de l'affection populaire.
14:49L'enthousiasme d'un peuple, l'émotion des enfants,
14:52Constantine a déjà donné tout cela.
14:56Elle donnera encore autre chose.
14:58Devant le président, des milliers d'anciens combattants
15:00vont maintenant passer des filets pacifiques et grandioses.
15:04Tous ces hommes ont vaillamment tenu un fusil.
15:06Ils ont maintenant repris l'outil.
15:08Ils sont l'expression, eux aussi, d'une patrie qu'on sert et qu'on défend,
15:12la France.
15:13A l'ombre de Santa Cruz,
15:26les 300 000 habitants d'Oran
15:27attendaient le président depuis son arrivée sur le sol algérien.
15:31Et tout de suite,
15:32dès sa descente du train,
15:33Oran s'est libéré de cette somme d'enthousiasme
15:35qu'elle gardait enfermée depuis plusieurs jours.
15:37Oran est au contraire de Constantine une ville expansive.
15:52Et tout au long de ses rues
15:53qui le menaient de la gare à l'hôtel de ville,
15:56le président a pu le constater.
15:57Et tout au long de ses rues
16:27à l'hôtel de ville,
16:52après avoir reçu le bouquet et donné le baiser traditionnel,
16:55le président Vincent Auriol,
16:57réclamé par des cris sans fin,
16:58doit venir au balcon.
17:00Une ovation formidable accueille son apparition.
17:03Oran, au paroxysme de l'enthousiasme,
17:06lui rend avec une fièvre toute méridionale
17:08un grandiose homage.
17:10Toutes ses petites filles,
17:11vécues comme des danseuses d'Espagne
17:13et parées comme des chasses,
17:15garderont maintenant toute leur vie
17:16le souvenir du président
17:18qui, dédaignant tout protocole,
17:19est venu jusqu'à elle.
17:21Mais Oran ne pouvait ne pas montrer au président
17:25l'une de ses voires les plus authentiques,
17:28la Légion étrangère,
17:30fille de son département.
17:31La Légion était là, elle aussi,
17:33pour saluer l'hôte prestigieux.
17:35Doran à Tlemcen,
17:46le train court entre les terres riches
17:47que les blés et les vignes nappent de jaune et de vert.
17:51Dans son wagon,
17:51entre le président de l'Assemblée algérienne
17:53et le gouvernement général,
17:55le président redit sa confiance
17:56dans l'essor d'une Algérie française
17:57qui, en cent ans seulement,
17:59a déjà parcouru un si long chemin.
18:05Et voici qu'apparaît Tlemcen.
18:09Tlemcen, que les Romains avaient baptisé
18:11Pomonia, les vergers,
18:13porte admirablement son nom.
18:15Tlemcen est le charme de l'Algérie.
18:18Et l'accueil de Tlemcen,
18:19où éclate plus qu'ailleurs
18:20l'accent autochtone de l'Algérie,
18:22ne sera nullement inférieur
18:24à celui des autres altes
18:25de ce voyage triomphable.
18:26Une forêt de haïques drapées
18:49où un soleil apparaît
18:50s'anime sur le passage présidentiel.
18:52Et cette marée, uniformément blanche,
18:56couvre même les marches de l'Église.
19:09C'est au Grand Bassin
19:10que se jouera le dernier acte du voyage.
19:13C'est là que l'Algérie traditionnelle,
19:15l'Algérie d'il y a cent ans,
19:17est fidèle au rendez-vous
19:18que lui donna le président de la République.
19:20Autour de cette immense cuvette rectangulaire,
19:23des foules pittoresques
19:24attendent depuis le matin.
19:25Et, venus de toute la province
19:27sur leurs chevaux, fusils au point,
19:29des centaines de cavaliers
19:30vont en signe d'hommage
19:32faire assister leurs prestigieux visiteurs
19:34à la plus endiablée des fantasiats.
19:37Dernier salut, dernier voyage.
19:39Sous-titrage Société Radio-Canada
20:09Sous-titrage Société Radio-Canada
20:14Sous-titrage Société Radio-Canada
20:19Sous-titrage Société Radio
20:49Après ces mousquetades incessantes
20:56et ces charges répétées,
20:58la trouventière des cavaliers
20:59s'en vient s'incliner
21:00au moment du départ devant le président.
21:03Clemsen, avec son haut goût d'Algérie,
21:05va maintenant s'effacer.
21:07C'est au rang, maintenant encore.
21:26Le départ.
21:26Les deux croiseurs, Georges Lègue et Gloire,
21:36sont sous pression.
21:38Une dernière fois,
21:40le président Vincent Riol salue.
21:43Il salue par-delà les horizons
21:44cette population courageuse et patiente
21:47qui, depuis un siècle,
21:48façonne à l'échelle des peuples prospères
21:50une terre hier ingrate,
21:51aujourd'hui féconde.
21:52Il n'oubliera pas ce voyage
21:55où l'Algérie a marqué son amour
21:57et sa confiance.
21:59Amour et confiance,
22:02ce sont les mots
22:02que lui a dit l'Algérie.
22:04Sous-titrage Société Radio-Canada
22:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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