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  • il y a 8 mois
Le ministre de la Justice, est en déplacement en Corse jeudi 5 et vendredi 6 juin 2025. Il sera ici pour parler du crime organisé sur l'île et visiter des centres pénitentiaires. 

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Transcription
00:00Avec nous Jacques Folloroux, bonjour, vous êtes journaliste au Monde et auteur notamment de ce livre
00:09Mafia Corse, une île sous influence, paru aux éditions Robert Laffont.
00:13Et puis on est avec Vincent Carlotti, bonjour, vous êtes le président de Mafia No, un collectif anti-mafia en Corse.
00:20Alors que Gérald Darmanin est donc attendu à Bastia cet après-midi, le ministre de la Justice devrait préciser les contours de la réforme
00:26qui avait été annoncée le 27 février dernier à l'Assemblée de Corse, à savoir la création d'un pôle anti-criminalité.
00:32L'actualité a donc rattrapé le ministre avec cette série d'incendies mystérieux à Calvi où six bateaux ont été détruits,
00:42des bateaux d'excursion et même un luxueux catamaran de croisières.
00:46Vincent Carlotti, ces incendies qui visent des bateaux touristiques, pour vous, ça ne fait pas de doute,
00:53c'est le crime organisé qui est derrière ces actes ?
00:56Écoutez, il y a aujourd'hui effectivement autour des promenades en mer, beaucoup d'actions violentes
01:05qui nous donnent à penser que ça n'est pas le fruit du hasard et c'est quelque chose qui est organisé,
01:11qui est organisé par qui ? Personne ne sait, j'imagine qu'un jour ou l'autre la justice finira par le savoir,
01:17mais ça procède d'un climat d'intimidation qui touche les secteurs les plus profitables de l'économie dans notre île.
01:26Et le secteur des promenades en mer est un secteur profitable, pendant la saison naturellement,
01:31parce que les promenades en mer se limitent à la saison d'été.
01:34Alors incontestablement pour nous, les collectifs antimafia, il y a effectivement quelque chose à regarder de près dans cette affaire
01:44et j'espère que la justice et la police finiront par trouver ce qui se passe.
01:50Le problème c'est que c'est un problème qui est dû à l'état de l'économie de la Corse.
01:56La Corse s'est vouée à la mono-industrie touristique.
02:00Vous savez, les mafias investissent rarement l'industrie automobile, l'industrie informatique ou l'industrie mécanique.
02:08Par contre, elles sont chez elles lorsqu'on a un environnement économique qui touche le tourisme,
02:14parce que blanchir de l'argent dans l'hôtellerie, dans la restauration, dans les promenades en mer,
02:22dans ce genre d'activité, dans les services, disons, c'est beaucoup plus facile.
02:25Alors c'est toute la difficulté de la tâche et de l'État et des associations qui luttent contre la mafia
02:32parce que l'environnement dans lequel nous baignons est propice, véritablement propice,
02:37au développement de ce genre d'activité.
02:39C'est tout notre problème et notre drame entre nous.
02:42Jacques Folleroux, ça fait 25 ans que vous en comptez sur la mafia.
02:45Une mafia qui a évolué, vous la décririez comment cette mafia d'aujourd'hui ?
02:51En fait, la mafia, ça ne définit pas un mode d'organisation.
02:56Ça définit avant tout l'emprise d'une violence organisée sur un territoire.
03:01Et donc, en fonction du pays où elle se développe, elle n'a pas le même visage.
03:04Donc aujourd'hui, quand on parle de mafia...
03:05Il y a plein de petits groupes.
03:06En Corse, c'est la cohabitation de systèmes criminels.
03:09Mais c'est une mafia relativement jeune par rapport aux mafias italiennes.
03:13Elle est née au milieu des années 80.
03:14La différence des mafias italiennes, on va dire, qui sont nées à la fin du 19e.
03:18C'est un système qui s'est niché au cœur d'une société.
03:22C'est le paradoxe.
03:23C'est-à-dire que vu de Paris, par exemple, ou vu du continent,
03:25la Corse, c'est une destination de rêve, de vacances.
03:28En fait, c'est une société au sein de laquelle s'est niché un pouvoir criminel,
03:32dont les membres sont tissus, qui ne sont pas vus comme des marginaux.
03:36Donc ce sont des gens qui sont tout à fait aussi légitimes que le maire,
03:40qu'un élu, qu'un fonctionnaire, etc.
03:42Et donc c'est ce système-là.
03:44C'est cette terre où l'État n'est pas totalement chez lui.
03:47Ça reste une zone de frontière.
03:49Et on voit bien, d'ailleurs, vous l'avez annoncé avec le déplacement
03:51du ministre de la Justice, que depuis les années 80,
03:56depuis la fin des années 80, l'État ne sait pas où mettre le curseur.
03:59Et c'est une action qui n'est jamais, finalement, assez constante
04:01et qui ne dure pas dans le temps.
04:02Des groupes dont le moteur n'est pas forcément la drogue,
04:05mais plein d'activités différentes.
04:06C'est polyactivité criminelle.
04:10Et en effet, là, on parle des bâteliers.
04:15C'est une activité, en effet, très lucrative.
04:17Cette expression de violence qui se manifeste,
04:20ça exprime définitivement la pression criminelle sur l'économie locale.
04:25À minima, ça peut dire aussi que c'est des conflits
04:28entre groupes criminels qui essayent de tirer profit de cette activité-là.
04:31C'est là que ça devient tentaculaire.
04:33Et c'est ce que décrivait très bien Vincent Carlotti.
04:35C'est-à-dire qu'il y a deux choses.
04:36On a des bateaux d'excursion.
04:38Donc, c'est une manne financière, à la fois pour les propriétaires
04:40de ces compagnies d'excursion, mais pour l'île, parce que c'est du tourisme.
04:44Mais à la fois, on comprend que derrière ces bateaux se cachent
04:46des entreprises de blanchiment d'argent.
04:48Il y a du blanchiment.
04:49Il y a tout simplement aussi tirer profit, tirer sa manne,
04:52prélever sa dîme sur une activité.
04:54C'est aussi cette vision, cette face cachée aussi de l'accord.
04:58C'est-à-dire que dès qu'il y a une activité qui génère du profit,
05:01qui génère de l'économie, etc., vous allez avoir des gens qui existent,
05:06qui exercent un pouvoir par la terreur, par le pouvoir des armes,
05:09et qui vont en tirer profit.
05:10Ce sont les marchés publics, c'est l'économie privée,
05:14comme celle des bâteliers.
05:14Dans ces conditions, est-ce que la création d'un pôle anticriminalité,
05:17parce qu'on imagine que c'est peut-être ça que vient annoncer Gérald Darmanin,
05:21est indispensable pour lutter contre ces mafias ?
05:23Écoutez, le message, il est d'abord important.
05:29Est-ce que la réponse sera définitive, etc.?
05:32L'histoire a montré que l'État n'a cessé d'essayer d'ajuster le tir,
05:35si je puis dire, en termes d'organisation et de réponse institutionnelle.
05:37Parce que jusqu'à présent, c'est géré de Marseille.
05:39En fait, à l'origine, si vous remontez un peu dans le temps,
05:41d'abord l'État laissait la justice insulaire gérer tous ces problèmes-là,
05:45ensuite c'est monté à Paris, après c'est redescendu à Marseille,
05:48au sein d'une juridiction spécialisée.
05:49Cette fois-ci, on descend un cran, on redescend un cran,
05:52éventuellement sur un parquet anti-mafia localisé, basé à Bastia,
05:58et qui n'aura pas l'intégralité des crimes.
06:02Et pourquoi ?
06:03Parce qu'en fait, c'est un ajustement.
06:06Ça veut dire que la GIRS de Marseille resterait en charge de tout ce qui est homicide,
06:10et on descendrait d'un cran pour tout ce qui est extorsion,
06:14un peu le type d'infractions et de crimes commis là contre les bateliers,
06:17et ce serait géré plus localement.
06:19Pourquoi ? Et pourquoi c'est important ?
06:21Parce que si vous voulez, d'ici, ce qui peut apparaître comme un simple fait divers,
06:25la destruction d'une devanture, d'un commerce, la destruction de bateaux, etc.,
06:29ça peut apparaître comme quelque chose finalement de distinct, de circonscrit, etc.
06:34En revanche, alors que si jamais vous prenez un peu de champ,
06:36vous voyez que c'est un système de pression et de prise en otage d'une société,
06:42d'une économie et d'un territoire.
06:43– Un tout dernier mot, Vincent Carlotti, parce que c'est vrai que quand on parle de mafia,
06:46on parle souvent d'Omerta, et vous, vous parlez, vous avez monté un collectif,
06:50est-ce que ça va ? Est-ce que quand vous parlez, comme vous parlez ce matin sur BFM TV,
06:56vous vous sentez en danger ?
06:58– Non, pas du tout, je ne me sens pas en danger, je ne me suis jamais senti entendé,
07:04auparavant j'étais représentant d'Anticor en Corse,
07:07et nous avons amené des actions anticorruption assez lourdes.
07:10– Vous savez, je vais peut-être vous surprendre, mais les voyous,
07:16si vous voulez résister aux voyous, il faut être clair avec eux.
07:22Le pire, c'est quand on se plie à leur volonté, à ce moment-là, ils vous piétinent,
07:27et nous ne nous laissons pas piétiner.
07:29Et d'un certain point de vue, les voyous respectent ceux qui ne se laissent pas piétiner.
07:33Alors maintenant, je vais peut-être vous surprendre un petit peu,
07:35mais je vous ai écouté, j'ai écouté Jacques Folleroux, que je connais,
07:38qui a beaucoup travaillé sur la Corse.
07:41Moi, je crois que, si on se rappelle un petit peu ce qui s'est passé en Sicile,
07:45la mafia sicilienne, et on se singulièrement appellait,
07:47on va commencer à avoir des gros problèmes,
07:49quand l'État italien s'est décidé à nommer en Sicile des magistrats siciliens.
07:56Falcone et Borsalino et les autres étaient les Siciliens.
08:00Pourquoi ? Parce qu'ils connaissaient bien la question.
08:02Et en Corse, tant qu'on ne se décide pas à nommer des magistrats corse,
08:07dont l'État se méfie, l'État se dit,
08:09si je mets encore des magistrats corse, ils vont rentrer dans toutes les combines,
08:13on n'en sortira pas.
08:14C'est faux.
08:16Les seuls capables de comprendre comment nous nous raisonnons en Corse,
08:20comment nous nous comportons vis-à-vis de ces phénomènes,
08:22ce sont des magistrats corse.
08:24Je vais vous donner un exemple qui va peut-être vous convaincre.
08:29Vous avez suivi, comme beaucoup, j'imagine,
08:32le procès de la bande du Petit Barre,
08:35qui est une bande à Jacquesienne.
08:37Comment expliquez-vous que dans une ville comme Ajaccio,
08:39qui est une petite ville, il y a 60 000 habitants au maximum à Ajaccio,
08:44comment une bande comme ça a-t-elle pu prospérer pendant 20 ans
08:48sans que personne ne s'en inquiète ?
08:51Elle n'a pas pu le faire si elle ne bénéficiait pas d'un réseau complaisant
08:56qui comprend les élus locaux, naturellement,
08:59parce qu'on se heurte constamment aujourd'hui aux politiques
09:02quand on veut faire quelque chose, quand on veut entreprendre.
09:05Et puis à l'État qui a fermé les yeux, visiblement.
09:08Ça veut dire que s'il n'y a pas des magistrats capables de comprendre ces phénomènes,
09:12de s'insérer là-dedans, de bien comprendre ce qui se passe,
09:14on n'y arrivera pas.
09:15Ça, c'est la première condition.
09:16Il y a une deuxième condition.
09:18Moi, j'ai toujours pensé que tant qu'il n'y aura pas 10 000 habitants de la Corse
09:22à défiler dans les rues pour dire à Mafia, basta, on n'en sortira pas.
09:26Tant que les mafieux se sentiront chez nous comme un poisson dans l'eau,
09:30ils prospéreront.
09:31Merci beaucoup.
09:32Et je terminerai en disant que, et c'est quand même terrible,
09:35il nous a fallu 5 ans pour arriver à faire en sorte que le mot « mafia »
09:41soit accepté et admis par les autorités, qu'elles soient locales ou nationales.
09:46Il y a encore aujourd'hui un procureur général, Rassia,
09:49qui n'emploie jamais le mot « mafia ».
09:50Ça nous donne l'ampleur du déni.
09:55Vous allez avoir des problèmes avec Nicolas Dauze.
09:57Merci pour votre émotion.
09:59Merci Jacques d'être venu sur la télé de première édition.
10:01Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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