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  • il y a 2 mois
Les appels à manifester se multiplient en Corse pour dire "non à la mafia". Le 8 mars dernier, une manifestation avait réuni plus d'un millier de personnes à Ajaccio.

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Transcription
00:00Longtemps, on a considéré que le milieu corse, le gourmanditisme corse, faisait partie du folklore local.
00:06Alors les voyous corses, qui étaient assez puissants, venaient casser des banques sur le continent,
00:14opérer des opérations de raquettes sur le continent, et puis revenaient au pays pour, a priori, vivre,
00:20et se planquer parfois, et aussi un petit peu investir.
00:23Et à un moment donné, tout ça s'est un petit peu renversé, et on va dire que cet argent sale accumulé pendant plusieurs décennies
00:34a commencé à pénétrer le tissu économique local.
00:39Alors évidemment, en générant à la fois de la corruption, ça a commencé par les discothèques, par le classique du manditisme,
00:45le contrôle des discothèques, les établissements de nuit, et puis ensuite, récemment, il y a eu de nouvelles,
00:51une nouvelle bascule à la fois en partie vers le trafic de stupéfiants, qui inonde la drogue,
00:57inonde aujourd'hui l'île, notamment la cocaïne.
01:00Donc il y a eu une espèce de glissement, comme ça, vers cela.
01:03Et aussi, parallèlement, un investissement dans tout un tas de secteurs économiques de l'île.
01:09Ça peut être la bâtellerie pour les touristes, ça peut être le BTP, l'immobilier, pourquoi pas les transports.
01:19Les sociétés de sécurité, les sociétés de sécurité très importantes, ont été littéralement phagocytées par ce milieu-là,
01:26par ce gourmanditisme, notamment la sécurité de l'aéroport, d'Ajaccio, ensuite la sécurité du port de Marseille.
01:31Oui, il y a une espèce de...
01:33Ça paraît complètement incroyable, Frédéric Ploquin.
01:37Qui sont ces bandes ? On parle d'une vingtaine de bandes criminelles recensées.
01:42Est-ce qu'il pourrait y en avoir plus sur l'île ?
01:46Écoutez, effectivement, selon les services de police qui sont assez bien renseignés,
01:50on a entre 20 et 25 bandes qui opèrent sur l'île,
01:53dont récemment d'ailleurs une nouvelle avec des opérateurs d'origine maghrébine,
01:57ce qui n'existait pas dans l'île juge.
02:00À présent, il y a une espèce de mélange qui s'est fait entre certains voyous en prison
02:04qui ont rencontré des voyous sur le continent,
02:07et puis ils les ont amenés là-bas.
02:08Il y a une espèce de porosité qui fait qu'il y a une augmentation.
02:13En même temps que les vieux...
02:14Vous savez, longtemps, l'île a été tenue par deux ou trois grosses bandes comme ça.
02:18Ils ont fini par s'entretuer.
02:20Et ça a donné des années avec 20, 30 assassinats et exécutions pendant des années.
02:26Ce milieu-là a quasiment disparu, mais pas complètement.
02:29Donc il reste quelques chefs de file des anciens.
02:32Il y a des nouveaux qui sont arrivés sur le paysage.
02:35Et le problème...
02:37Enfin, moi, je voudrais saluer au passage, quand même,
02:39parce que c'est de ça qu'on parle,
02:40ces manifestations qui sont organisées cet après-midi encore.
02:43Frédéric, justement, c'était l'objet de ma prochaine question.
02:46Est-ce que vous croyez-vous au pouvoir de cette coordination anti-mafia ?
02:50Il y a un danger tout de même du rassemblement,
02:52puisqu'on le rappelle, en mars, la première manifestation anti-mafia
02:54l'avait réunie entre 1 500 et 3 000 personnes.
02:57Et neuf jours plus tard, il y avait eu le secrétaire général de Via Compagnola
03:00qui avait participé, qui était assassiné.
03:02Et on peut comprendre aussi cette réticence de la population
03:05à vouloir se rassembler, même si le préfet, justement, leur dit
03:09qu'il va falloir y aller quand même.
03:11Il y a deux ou trois assassinats récents qui ont fait déborder le vase.
03:15Il y a celui que vous venez d'évoquer.
03:17Il y a la mort, l'exécution d'une jeune fille de même pas 18 ans
03:20qui, en fait, avait le tort de circuler dans la voiture,
03:25dans une voiture appartenant, a priori, à son petit ami
03:27qui se trouvait être un bandit.
03:29Mais elle, elle n'avait strictement rien à voir avec cela.
03:31Elle se prénommait Chloé.
03:33Ça, ça a marqué beaucoup les esprits.
03:35Il y a un éleveur aussi, Corse, récemment,
03:37qui a été assassiné d'une balle dans le dos
03:39parce qu'il se battait contre les compromissions,
03:42contre les détournements de fonds publics, etc.
03:44Donc, tout ça fait qu'il y a un ras-le-bol qui monte maintenant.
03:49Vous me demandez si ces manifestations auront un effet.
03:52Je ne crois pas.
03:53Le seul effet que ça a, c'est en gros de montrer au Corse
03:56qu'émerge peut-être aujourd'hui une société civile
03:59qui a envie de dire non.
04:01Un peu comme ça s'est passé en Italie
04:02et un peu comme ça pourrait se passer demain à Marseille
04:05après l'exécution de qui, vous savez, il y a deux jours,
04:09c'est-à-dire le frère d'un individu
04:11qui, précisément, au nom de la société civile,
04:13essayait de se battre contre le crime organisé.
04:15Je fais le parallèle parce que c'est un petit peu la même chose.
04:17Merci beaucoup, Frédéric.
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