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Alors que Geneviève de Gaulle est libérée de Ravensbrück en avril 1945, Mila Racine connaît un destin tragique et décède six semaines avant la fin de la guerre. A la Libération, le retour à la vie normale n’est pas évident pour les quatre survivantes et les femmes de la Résistance. L’ordre des genres est rétabli et le manque de reconnaissance de leur action est criant. Simonne Mathieu et Renée Davelly décèdent dans l’anonymat. Lucie Aubrac et Geneviève de Gaulle font partie des rares icônes féminines et ne cesseront de transmettre l’Esprit de Résistance.
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00:00Je distribuais des trappes et je fabriquais des fausses cartes d'identité.
00:15Pour que la résistance s'installe, il fallait qu'il y ait une espèce de trame sur laquelle
00:23on puisse construire, et les femmes ont été en grande partie cette trame.
00:28Au début de l'année 1944, partout en Europe, on sait pertinemment que la fin du Troisième
00:44Reich est inéluctable.
00:45Mais la bataille finale n'a pas encore commencé.
00:48Alors que la France Libre met toutes ses forces dans la préparation des combats qui s'annoncent,
00:58trois de nos résistantes se trouvent à l'abri hors de France.
01:02Mais pour Geneviève de Gaulle et Mila Racine, le pire est encore à venir.
01:18Le 26 janvier 1944, à Lyon, un convoi de prisonniers est sur le point de quitter la
01:26gare.
01:27Mila Racine, qui vient de passer deux mois difficiles à la prison de Montluc, en fait
01:34partie.
01:35Au même moment, Sacha, sa sœur, et Emmanuel, son frère, arrivent à Lyon pour lui rendre
01:42visite.
01:43Ils ignorent tout du transfert en cours.
01:50On est descendus de notre train et on a commencé à marcher.
01:56Au bout d'un moment, on voit dans un coin un train comme ça, fermé.
01:59Et j'ai dit à mon frère, je vais m'approcher, je veux voir ce que c'est.
02:04Et je me suis approchée du train et j'ai commencé à appeler ma sœur, Mila, et elle
02:12est apparue.
02:13C'était le train qui partait en déportation.
02:16Et je suis montée dans le train pour l'embrasser.
02:19Elle était folle de joie de me voir.
02:22Elle dit, mais comment tu sais ? Je dis, je ne sais pas, je ne sais pas comment ça s'est
02:27passé.
02:28Et il y avait un soldat allemand qui m'a laissé monter, qui était là, et on a parlé
02:37dix minutes.
02:38Puisque moi, le soldat allemand a dit, raus, raus, Gestapo.
02:43On est descendus vite du train, mais je me suis dit, mais comment on est descendus puis
02:47on l'a laissé dans le train ? C'est quelque chose d'ahurissant.
02:50Et on est partis, on a vu la Gestapo arriver, les gens gueulaient, et le train est parti.
03:08Impuissants, Sacha et Emmanuel voient leur sœur disparaître vers des ténèbres dont
03:13ils ne peuvent pas encore deviner toute la noirceur.
03:16Premier arrêt, le camp de Royallieu à Compiègne.
03:29C'est ici que sont rassemblés les résistants français, détenus par la Gestapo.
03:36Mila Racine y est internée en tant que prisonnière politique, sous une fausse identité.
03:40On ignore que Marianne Richemont est juive.
03:46Et c'est aussi à Royallieu que nous retrouvons la trace d'un autre de nos personnages.
03:54Incarcéré le 23 juillet 1943, Geneviève de Gaulle a passé six mois à la prison de
04:00Fresnes.
04:01A Royallieu, la nièce du général est devenue le numéro 27372.
04:07Mila Racine, le 27918.
04:12Toutes deux font partie d'un convoi de mille prisonnières, en partance pour l'Allemagne.
04:21Quand on a appelé les noms de ces mille femmes, évidemment à un moment donné on a appelé
04:28le nom de de Gaulle.
04:30Alors là ça a été une espèce de concert, d'enthousiasme, d'applaudissements, les Allemands
04:37étaient tellement furieux qu'ils ont lâché leur chien pour nous impressionner.
04:41Et je suis passée devant eux, vous ne devineriez jamais avec quoi, avec une pipe au bec.
04:47Je me suis dit voilà, je vais fumer ma dernière pipe en sortant du camp de campagne à la
04:52barbe des Allemands.
04:53Alors ça mes camarades s'en souviennent beaucoup, c'est vraiment la dernière pipe
04:59que j'ai fumée.
05:00Je n'ai pas osé au retour me remettre la pipe.
05:03Vous voyez que je n'étais pas toujours une jeune fille si bien élevée que ça.
05:09Le 31 janvier 1944, un même train emporte Mila Racine et Geneviève de Gaulle vers une
05:19destination qu'elles ignorent.
05:20Les deux femmes ne se connaissent pas, mais leurs destins sont désormais liés.
05:27Mes chers tous, nous partons aujourd'hui pour l'Allemagne.
05:35Le moral est excellent, la bonne humeur règne au camp.
05:40Je suis heureuse, si heureuse d'avoir vu Emmanuel et Sacha et d'avoir des nouvelles
05:45de Maipa.
05:46Nous nous reverrons bientôt.
05:50Bon courage, je vous embrasse tendrement.
05:54Dans ces lettres, il y a vraiment un langage codé, évidemment, les lettres sont lues,
06:01elle ne peut pas raconter tout ce qu'elle veut, mais il y a cette volonté chez elle,
06:04mais qu'on retrouve d'ailleurs chez beaucoup de personnes incarcérées, cette idée que
06:10le moral est bon, qu'on fait face, qu'on n'est pas complètement désespérée.
06:24Ravensbruck se trouve à 80 kilomètres au nord de Berlin.
06:30La région est surnommée la petite Sibérie.
06:35Et le 3 février 1944, il fait moins 30 degrés.
06:41Ici ont été déportés plus de 120 000 détenus, majoritairement résistantes et prisonnières
06:50de guerre.
06:52Ravensbruck est le plus grand camp de concentration réservé aux femmes de l'Allemagne nazie.
06:57Geneviève de Gaulle, elle arrive dans un camp qui fonctionne depuis mai 1939, donc c'est
07:04un système très rodé, c'est un camp qui est très peuplé, il y a plusieurs dizaines
07:09de milliers de femmes et la vie d'un camp, c'est à la fois une déshumanisation extrêmement
07:17rapide et extrêmement efficace qui, chez les femmes, va consister en la tonte des
07:24cheveux, du système pileux, dans l'attribution de vêtements pas du tout à la bonne taille,
07:30pas du tout confortables ni chauds, par le manque de nourriture et donc par l'affaiblissement
07:36constant et irrémédiable de la musculature, de l'énergie, donc ces femmes sont réduites
07:42à néant en quelques jours par des moyens très simples.
07:45Nous avons vu nos premières camarades habillées avec ces espèces de lambeaux, de robes rayées,
07:51squelettiques et surtout avec des regards, des regards vides, des regards où il semblait
07:57déjà que l'âme était comme absente.
08:01On est tellement désarmé, on est tellement devant la déchéance humaine, on a envie
08:08d'en appeler à Dieu et dans un camp de concentration, Dieu paraît terriblement absent.
08:15Geneviève de Gaulle, qui n'était pas une femme costaude, c'était une femme assez
08:20frêle on peut dire, doit vider des wagonnets de tourbes qu'elle va prendre dans les tourbières
08:26pour combler des marais et ensuite elle va devoir vider du charbon et elle explique combien
08:32c'est salissant, combien elle est noire et combien elle est dans l'incapacité de se
08:36laver par exemple.
08:37Et puis lorsqu'on la met dans un atelier de couture, on peut se dire, là c'est quand
08:43même mieux, elle est à l'abri, ça va mieux se passer et en fait c'est vraiment là que
08:48tout a failli déraper pour elle puisqu'elle est très très affaiblie, elle n'a pas assez
08:52de vitamines, ses yeux commencent à perdre leur vue et donc elle ne voit pas ses travaux
08:57de couture et elle rate, elle ne fait pas bien les choses et le SS qui garde cet atelier
09:01est d'une cruauté absolue.
09:03J'ai été battue en une semaine, alors là je vais vous dire que c'était pas les grosses
09:10claques de la Gestapo, c'était vraiment le type qui battait sauvagement, c'était évident
09:14que je n'allais pas survivre plus de quelques jours et ce sont mes camarades tchèques qui
09:22se sont dit qu'il fallait me sortir de là.
09:24Geneviève de Gaulle est sauvée par ses camarades qui parviennent à la faire transférer vers
09:32un autre atelier.
09:33Dans l'enfer de Ravensbruck, la résistance prend une nouvelle forme.
09:38Face à la machine de déshumanisation nazie, les détenus n'ont plus qu'une seule arme,
09:44la solidarité.
09:45À Ravensbruck, elle éprouve ce qu'elle ne pourrait pas éprouver ailleurs, c'est-à-dire
09:54la grâce exceptionnelle dont est capable l'être humain dans des conditions aussi extrêmes
09:59et qu'on pourrait appeler ici pour ces femmes de Ravensbruck une forme de sororité.
10:05Vous savez, les femmes disent solidarité aussi comme les hommes, mais elles disent
10:09un mot que les hommes n'utilisent pas de la même manière, peut-être par pudeur, elles
10:13parlent de tendresse.
10:14Nous avions entre nous une grande tendresse et elle s'est manifestée par des petits gestes.
10:23On gardait l'ami de cette espèce de ration de pain infect d'ailleurs qu'on malaxait
10:30avec une espèce de mélasse et on faisait une sorte de gâteau avec des petites brindilles
10:35et des petites fleurs et moi je m'inscrutais comme ça au camp mes 24 ans.
10:45On ignore si Mila Racine avait elle aussi ramassé des brindilles pour cet anniversaire
10:49clandestin et on ignore même si les deux femmes se sont parlées.
10:53Mais on comprend que son quotidien dans le camp est tout aussi violent.
11:00Mila Racine, dans le camp de Ravensbruck, en avril 1944.
11:06« Mes chères, je vais très bien.
11:11J'espère recevoir bientôt une réponse de votre part et envoyez-moi aussi souvent
11:16que possible des paquets de nourriture et avant tout aussi un morceau de savon.
11:21Je pense à vous souvent et j'espère que vous allez bien et que nous nous reverrons
11:27bientôt. »
11:28Mila se retrouve avec ses quatre amies de Montluc, ce qui est très important pour elle
11:35parce qu'elles se soutiennent et dans les mois qui suivent, elle rencontre deux autres
11:40jeunes femmes, notamment Denise Jacob qu'on connaît sous le nom de Denise Vernet, la
11:46sœur de Simone Veil avec qui elle se lie et dont elle est très proche.
11:50Et dans ces mois d'emprisonnement, on retrouve cette volonté peut-être d'insuffler de
11:56la joie, de la bonne humeur autant qu'elle le pouvait dans ces conditions et de se rendre
12:01utile aux autres.
12:02Et elle le fait à partir de ce qu'elle est capable de faire, notamment la musique.
12:07Elle crée une chorale, elle recrute des chanteuses, évidemment c'est interdit, mais elle se
12:14cache dans des recoins, des amis montent la garde, ce qui montre une volonté là encore
12:21d'être un appui pour les autres.
12:23Gaëtan, une compagne de Milla Racine à Ravensbruck, 1944.
12:33On lisait dans ses yeux la ferme détermination de ne se laisser vaincre ni par l'ennemi
12:39ni par ce milieu dans lequel nous vivions.
12:41Elle était toujours gaie, vous savez ce qu'il en coûtait d'effort.
12:46Elle était serviable, elle s'occupait beaucoup des vieilles femmes et des malades.
12:52L'épreuve de la déportation était très grande comme chacun le sait, mais il y avait
13:01au moins cette sorte de joie obscure comme ça, qu'on avait vraiment choisi le bon combat
13:11et que tout, oui vraiment tout valait la peine d'être donné pour que cesse enfin
13:23cette effroyable tyrannie.
13:24Une autre de nos résistantes a elle aussi la certitude d'avoir fait le bon choix et
13:33a pu échapper de justesse à l'enfer des camps.
13:36Au même moment, en février 1944, Lucie Aubrac a été exfiltrée de France avec son
13:45mari et leur fils.
13:46Enceinte de neuf mois, elle atterrit saine et sauve à Londres.
13:52Elle arrive le 8 février, elle accouche le 12 de Catherine dont le deuxième prénom
13:59est mitraillette et c'est vrai qu'il y a là un moment où la tension enfin baisse
14:06totalement.
14:07C'est-à-dire que non seulement elle accouche, mais il se trouve en lieu sûr, or c'est une
14:13situation qu'ils n'ont pas expérimenté depuis le début de la guerre.
14:16Ma petite fille qui s'appelle Catherine a donné lieu le 20 février 1944 à un message
14:24personnel qui était Boubou, c'était le nom de mon petit garçon, à une petite soeur
14:28Catherine qui est née le 12.
14:30Après la guerre, on a retrouvé dans les services de décryptage allemand des essais
14:35extraordinaires pour savoir quel était le terrain qui s'appelait Boubou, quelle était
14:39l'opération qui s'appelait Catherine parce que 12 c'était évidemment le nombre de
14:42containers de l'opération.
14:44Lucie Aubrac est désignée par la résistance pour siéger à l'assemblée consultative
14:50d'Alger auprès du général de Gaulle.
14:53La jeune femme qui vient d'accoucher cède sa place à son époux.
14:57Mais à Londres, la maman de 31 ans a un agenda de résistante bien rempli.
15:05Elle participe aux émissions françaises de la BBC.
15:15Une des grandes difficultés qu'on a à Londres c'est de parler abonnéciant à la France
15:21parce qu'on ne connaît pas au fond très très bien les conditions de vie des gens.
15:24Donc elle va beaucoup conseiller sur les thèmes à utiliser, les mots à éviter.
15:29Donc elle va être une conseillère est-ce propagande en quelque sorte de la France combattante.
15:34Elle va jouer de ce point de vue un grand rôle pour essayer d'ajuster le discours
15:38tenu par les émissions françaises de la BBC en direction de la France occupée.
15:43Ici Londres, les Français parlent au français.
15:47Lucie Aubrac alimente des chroniques résistantes sur les ondes de la BBC.
15:53Attention, c'est à elle dans 30 secondes.
15:55Le 20 avril 1944, elle affirme dans un texte fort
16:00combien la guerre et la résistance sont l'affaire des hommes certes, mais aussi l'affaire des femmes.
16:08Lucie Aubrac au micro de la BBC.
16:13La mobilisation des femmes les place à tous les échelons de la lutte.
16:19Dactylos, messagères, agents de liaison, volontaires,
16:24même dans les rangs de groupes francs et de francs tireurs.
16:30Patiemment, modestement, les femmes de France menèrent le dur combat quotidien.
16:37Nous savons, nous femmes de France, nous qui connaissons le prix de la vie,
16:43qu'il faut nos pleurs, nos souffrances et notre sang pour que naisse le beau monde de demain.
16:55Lucie, avec sa formation communiste, n'avait pas une fibre féministe très prononcée.
17:02Et là, c'est peut-être la première fois qu'on peut lire sous sa plume cet éloge du rôle des femmes.
17:08On peut dire que de ce moment-là naissent espèces de, je ne sais pas s'il faut délire féministe,
17:13mais en tout cas, une grande sensibilité au fait que le rôle des femmes est systématiquement sous-évalué
17:19et qu'elles ont un grand rôle à jouer dans la libération à venir.
17:35Dans la nuit du 5 au 6 juin, une armada de 2727 bateaux s'est regroupée face aux côtes normandes
17:42où les troupes alliées débarquent au petit matin.
17:47Des milliers de soldats se rusent sur les plages à l'assaut des bunkers allemands, quasiment tous des hommes.
17:56Dans la France libre, comme dans toutes les armées occidentales, le feu leur est réservé.
18:01Retrouvant son âme révolutionnaire, Paris dressait des barricades faites d'arbres abattus de pavés de véhicules.
18:07Et pourtant, lorsque Paris s'insurge contre l'occupant, les femmes se lancent elles aussi dans la bataille.
18:15Certes, elles ne sont pas beaucoup à porter les armes, mais elles sont nombreuses sur les barricades et à l'arrière-front des opérations.
18:23Ces actions réalisées par des civils ont été indispensables aux militaires à ces heures-là de l'histoire.
18:39Le 26 août 1944, Paris fait son honneur et sa liberté retrouvée.
18:43Quelques jours après ces légendaires paroles gaulliennes, Paris retrouve doucement ses couleurs.
18:49Il y a eu des dénouements, des conflits, des conflits de l'ordre et des conflits de l'ordre.
18:55Mais la France n'est pas seule.
18:57Elle a aussi eu le temps de se réunir et de se réunir.
19:01Elle a eu le temps de se réunir et de se réunir.
19:06Quelques jours après ces légendaires paroles gaulliennes, Paris retrouve doucement ses couleurs.
19:15C'est alors que Simone Mathieu, qui se trouve à Alger depuis 1943, arrive à la capitale.
19:24L'ex-championne de tennis, devenue officier au sein des services secrets gaullistes et de retour dans son pays natal.
19:32Sanglée dans son uniforme militaire, qu'incarne Simone Mathieu à la libération ?
19:41Simone Mathieu, elle incarne enfin celle qui a été une grande star du tennis, proche du général de Gaulle.
19:48Et être proche du général de Gaulle à l'époque, ça en jette comme on dit.
19:52Elle se retrouve là, en photo, dans toute la presse française, en uniforme, à arbitrer ce match qui n'a pas d'intérêt,
19:59mais qui est le match dit de la France libre, dit de la libération.
20:03Elle est là avec son uniforme, et ça veut dire aussi que les français, pour la première fois, voient que des français sont des militaires.
20:09Puisque, au même moment, l'armée de terre française décide de créer une aile féminine de l'armée de terre,
20:16qu'on appelle les AFAT, auxiliaires féminins de l'armée de terre.
20:19Ce qui était une révolution dans l'histoire militaire française.
20:23Une révolution qui doit beaucoup à Simone Mathieu.
20:26Souvenez-vous, c'est elle qui, à Londres, dès l'automne 1940,
20:30avait créé et dirigé la première unité militaire féminine, noyau originel des AFAT.
20:41Sous les drapeaux ou dans la rue, en France, on entrevoit la fin du cauchemar.
20:46La victoire des alliés semble désormais certaine,
20:49mais arrivera-t-elle à temps pour sauver nos deux résistantes qui se trouvent toujours en déportation à Ravensbrück ?
21:00Le calvaire de Geneviève de Gaulle, épuisé par la maladie et plus d'un an de détention, est sur le point de prendre fin.
21:08Alors que l'étau se resserre, Himmler, maître des camps de concentration,
21:12espère s'attirer les bonnes grâces des futurs vainqueurs en libérant quelques-uns de ses prisonniers illustres.
21:20Si le bourreau n'obtiendra aucun traitement de faveur, Geneviève de Gaulle peut enfin quitter le camp.
21:25A la fin du mois d'avril 1945, très affaiblie, elle arrive à Genève.
21:31Réfugiée auprès de son père, Geneviève de Gaulle est enfin libre.
21:37C'est un tout autre destin qui a tant mis la racine notre deuxième résistante à la mort.
21:45La mort de Geneviève de Gaulle est la première fois que l'hôpital de Ravensbrück a été libéré.
21:50C'est un tout autre destin qui a tant mis la racine notre deuxième résistante déportée elle aussi au camp de Ravensbrück.
22:04Alors, le 2 mars, un convoi de déportés dites Nuits et Brouillard doit quitter le camp vers une destination évidemment inconnue.
22:15La rumeur court que c'est un mauvais convoi.
22:18Il se trouve qu'une partie des amis du groupe de Mila fait partie du convoi.
22:25Alors qu'elles auraient pu éviter ce départ risqué, Mila et Denise Vernet décident volontairement de partir avec leurs amis.
22:36C'est donc par solidarité qu'elles s'embarquent pour ce voyage qu'elles savent potentiellement fatal.
22:42Elles sont embarquées dans un train qui roule 5 jours, qui traverse l'Allemagne.
22:47Elles voient Berlin, elles voient ce que les bombardements alliés ont laissé comme trace à Berlin.
22:52Et elles arrivent finalement à Mauthausen en Autriche le 7 mars 1945.
22:59Le 20 mars 1945, à Mauthausen, Mila et ses amis sont envoyés comme commandos de travail pour réparer des voies ferrées.
23:06Quand soudain, on entend des avions alliés survoler la zone.
23:12Témoignage de Denise Vernet, née Jacob, 1970.
23:19Les premières bombes n'entamèrent pas notre bonne humeur.
23:24Et nous nous sommes couchés sous les arbres encore gris, tout au long de la terre encore froide.
23:29Cinq vagues d'avions lâchèrent leur chargement tout près.
23:33Sur la ville, sur la gare, sur la voie.
23:37La même où nous étions quelques minutes avant.
23:40À la dernière vague, les bombes éclatent plus près encore.
23:48Mila Racine meurt sous un bombardement allié.
23:52Brusquement, on tape chez moi et j'ai un cousin qui arrive et qui me dit,
23:56« Sacha, je suis venu t'apporter une très triste nouvelle, ta soeur a été tuée. »
24:01Alors, et je devais moi comme la première personne qui allait me dire,
24:05« Tu m'as tué, tu m'as tué, tu m'as tué, tu m'as tué, tu m'as tué, tu m'as tué. »
24:10Et je me dis, « Ah, tu m'as tué, tu m'as tué, tu m'as tué, tu m'as tué. »
24:15Et je me dis, « Ah, tu m'as tué, tu m'as tué, tu m'as tué, tu m'as tué. »
24:20Et je devais moi comme mission aller à Aix-les-Bains le dire à mes parents.
24:26Je suis arrivée, j'ai pleuré, j'ai pleuré, maman me disait,
24:29« Je sais, tu es malade, on va te soigner, tu iras mieux, tu verras. »
24:34Et quand j'ai appris à mes parents que ma soeur était morte,
24:38ma mère a essayé de se casser la tête contre les murs.
24:42Elle voulait...
24:44On s'était affronté.
24:46Elle voulait se tuer.
24:51On n'est plus là, là.
24:57Myla Racine n'avait que 24 ans.
25:00Entre août et octobre 1943, avec son équipe,
25:04elle a sauvé 274 personnes, parmi lesquelles 254 enfants.
25:20Leur vie n'est plus la mienne.
25:42Les survivants appartiennent toujours, même maintenant,
25:45à celles qui n'ont pas survécu.
25:48Pourquoi nous avons-nous survécu alors qu'elles n'ont pas vécu ?
25:52C'est vrai, ça reste tout de suite une interrogation.
25:56Alors, on passe pas son temps à se la poser
25:59quand on a une vie à construire,
26:01qu'on a une famille à élever, etc.,
26:04mais ça revient quand même par moments.
26:18...
26:23L'Allemagne signe sa défaite.
26:25...
26:27La France signe sa victoire.
26:30...
26:31En Europe, la guerre est finie.
26:33...
26:34Hitler s'est suicidé.
26:36...
26:38Le Reich allemand est détruit.
26:40...
26:43Mais de Cherbourg à Stalingrad,
26:45le vieux continent est un champ de ruines.
26:47Tout est à reconstruire.
26:48...
26:50Désormais, il s'agit de réapprendre à vivre normalement.
26:55Or, l'après-guerre s'avère plus compliquée que prévue
26:58pour nos quatre résistantes survivantes.
27:02La fin des combats apporte son lot d'espoir, certes,
27:05mais aussi de désillusion.
27:07...
27:09René Davély y est confronté dès son retour en France,
27:13à l'automne 1944.
27:15...
27:22La chanteuse a passé toute la guerre au Moyen-Orient.
27:25Et vu sa notoriété au sein de l'armée,
27:28René Davély, âgé de 42 ans,
27:30a grand espoir de continuer à servir la France.
27:33...
27:36René Davély, dans son rapport au ministère de l'Information,
27:40le 13 novembre 1944.
27:44-"Je suis prête à servir là où la France a le plus besoin de moi,
27:48en Orient comme en Extrême-Orient.
27:51Il me serait cependant douloureux d'abandonner
27:55en plein épanouissement l'oeuvre que j'ai entreprise en Égypte
27:59et qui a gagné à la France la sympathie générale.
28:02Je serais donc heureuse
28:05de recevoir des instructions officielles à ce sujet
28:08et puis vous assurer à l'avance, monsieur,
28:11de mon entier dévouement."
28:13...
28:15Elle va recevoir une fin de non-recevoir
28:18pour des raisons qui sont claires pour nous,
28:21mais qui ont dû être extraordinairement humiliantes,
28:24je pense, pour elle, à ce moment-là.
28:26D'abord, claires pour nous, parce qu'on sait que les basculements
28:30des temps de guerre aux temps de paix font que ce qui était
28:34absolument légitime et indispensable disparaît.
28:37Non, il n'y a plus besoin d'assistance aux blessés en Égypte.
28:40Par ailleurs, elle n'est pas une diplomate.
28:43Elle n'est pas, en France, une vedette.
28:45...
28:49-"Si la France n'oublie pas ses amis des temps difficiles,
28:52son administration y conduit bel et bien,
28:55celle qui fut l'une des premières femmes
28:57à rejoindre les forces françaises et libres en Égypte."
29:01Alors, cette vedette aux armées se réinvente une nouvelle fois.
29:05René Davély se remarie et devient magnétiseuse,
29:09un don découvert pendant la guerre auprès des blessés.
29:14Femme libre jusqu'au bout, elle meurt dans l'anonymat
29:17le 17 juillet 1977, dans son pavillon de Mantes-la-Jolie.
29:21...
29:26Mais sa voix restera dans le coeur de nombreux blessés de guerre.
29:30...
29:36Une fois la paix revenue, une autre de nos résistantes
29:39va elle aussi quitter l'uniforme.
29:42Simone Mathieu, devenue militaire pendant la guerre,
29:45retourne à ses premières amours.
29:49En 1949, elle devient capitaine
29:52de l'équipe de France féminine de tennis.
29:54Et c'est à ce titre qu'elle est interviewée en 1959
29:58par Robert Chappate pour la RTF.
30:01C'est sans doute l'unique sonde archive
30:04que nous possédons avec la voix de Simone Mathieu.
30:07...
30:11Presque toutes mes joueuses que j'ai maintenant,
30:13les premières joueuses de France, ont toutes passé leur bachon
30:17et passent des examens supplémentaires.
30:19On peut faire les deux. J'estime qu'on peut très bien faire les deux.
30:23Après-guerre, la reconnaissance du tennis féminin en France
30:27doit beaucoup à la capitaine Simone Mathieu.
30:30Elle n'a jamais cessé de défendre ses joueuses
30:33et la place de la performance des femmes dans le sport.
30:37Madame Simone Mathieu.
30:39Applaudissements
30:42...
30:48Elle gagna ici même en 1938,
30:54puis en 1939.
30:56Elle a gagné six fois le double français.
31:01Simone Mathieu, la championne de tennis,
31:03est restée dans les mémoires.
31:05La résistante, elle, a eu tendance à s'estomper.
31:08...
31:10Simone Mathieu est assez oubliée. La mémoire était injuste.
31:15Si elle est oubliée, c'est parce que les gaullistes l'oublient.
31:18L'armée de terre l'oublie.
31:20Et chacun, communiste, gaulliste,
31:23crée à cette époque-là leurs icônes de la résistance.
31:26Elle ne danse pas dans cette catégorie des héroïnes.
31:30Peut-être ne cherche-t-elle pas à le faire,
31:32mais une femme qui le chercherait aurait beaucoup de difficultés.
31:36Les hommes choisissent qui sera l'icône ou pas de la résistance.
31:39Elle est victime d'une mémoire collective,
31:43masculine, hyper-masculine.
31:46Applaudissements
31:49...
31:53Simone Mathieu,
31:55celle qui a créé le corps des volontaires françaises en 1940,
31:59est morte le 7 janvier 1980 à Château.
32:02Dans une indifférence générale.
32:04...
32:14Alors, autant la répression a été conséquente,
32:17autant on peut dire que la reconnaissance a été ténue,
32:21puisque chacun connaît ce chiffre
32:24pour la distinction la plus prestigieuse
32:27qui est l'ordre de la Libération, donc la Croix de la Libération.
32:311038 compagnons, six femmes.
32:34Les femmes elles-mêmes représentent un véritable frein
32:37à la reconnaissance de leur engagement.
32:40Certaines résistantes même témoignent en disant
32:42qu'elles savent ce qu'elles ont fait.
32:45Ce qui importe, fondamentalement, c'est que elles savent ce qu'elles ont fait.
32:49Je n'ai pas forcément besoin du regard extérieur
32:52qui va pouvoir être porté ou pas sur l'action qui a été la mienne.
32:55...
32:59Le problème des stéréotypes, comme chacun sait,
33:01c'est qu'ils sont appropriés, qu'on vit avec,
33:04et que la parenthèse résistante
33:07ne change pas des décennies d'appropriation,
33:11de façon de faire, de représentation de soi.
33:15Et effectivement, je ne suis pas certaine
33:18que ce soit mon mari et le héros, c'est normal,
33:21et moi, je ne le suis pas,
33:22mais les femmes ne sont pas traditionnellement
33:25dans le jeu des honneurs.
33:26...
33:30Si dans l'action résistante,
33:32hommes et femmes ont lutté côte à côte,
33:34à la sortie de la guerre,
33:36l'ordre des genres est rapidement rétabli.
33:38...
33:40Beaucoup de résistantes retrouvent leur place
33:43dans le quotidien du système patriarcal d'avant-guerre.
33:46...
33:48Et pourtant, dès 1944,
33:50une avancée politique majeure va changer la donne
33:53pour les citoyennes françaises.
33:55Les bureaux de vote, malgré tout l'appareil sur l'annel
33:58du tapis vert, de l'isoloir et de l'urne,
34:01sont devenus féminins car au nombre des électeurs
34:03s'ajoute pour la 1re fois la foule des électrices.
34:06Acquis à la fin de la guerre, le droit de vote des femmes
34:09est souvent présenté comme une conséquence directe
34:12de leur implication entre 1940 et 1944.
34:15...
34:19La résistance a montré qu'un rapport plus égalitaire
34:22entre les sexes était possible.
34:24Et cette parenthèse a notamment irrigué
34:26les mouvements féministes des décennies qui ont suivi.
34:29...
34:33Si le rôle joué par les femmes dans la résistance
34:36a infusé la société française d'après-guerre,
34:39rares sont celles devenues des icônes.
34:41...
34:43Nos 2 derniers personnages,
34:45Lucie Aubrac et Geneviève de Gaulle,
34:48font figure d'exception.
34:49...
34:51Elles seront toutes les deux de précieux témoins
34:54des atrocités commises par les nazis,
34:56notamment au procès de Ravensbruck
34:58ou encore celui de Klaus Barbie.
35:01Mais leur expérience de résistante a aussi façonné le regard
35:05qu'elles ont porté sur le monde de l'après-guerre
35:07et fait naître de nouveaux engagements.
35:09...
35:14Vous savez, j'étais dans un camp de concentration
35:16et je sais ce que c'est qu'un visage détruit,
35:19qu'un regard qui n'a plus d'espérance.
35:21Eh bien, c'est ces visages-là, ces regards-là
35:24que j'ai rencontrés dans la misère.
35:27Mais j'ai rencontré aussi des femmes et des hommes
35:29vivant dans la misère et qui, comme nous, les déportés,
35:33il y en avait parmi nous, qui surmontaient cette détresse
35:37et qui, alors,
35:39étaient plus profondément humains que qui que ce soit.
35:43...
35:46De 1958 et jusqu'à sa mort,
35:49Geneviève de Gaulle va mener son combat contre la misère
35:52au sein d'ATD Quart Monde,
35:53association dont elle fut la présidente.
35:56...
35:59Première Française distinguée de la Grande Croix
36:02de la Légion d'honneur,
36:04elle fait son entrée au Panthéon en 2015,
36:0613 ans après sa mort.
36:08...
36:14Dans la continuité de son action résistante,
36:16Lucie Aubrac est sensible au combat
36:18pour l'indépendance des pays colonisés
36:20et poursuit son engagement pacifiste.
36:23...
36:24Je suis née pour te connaître.
36:26Libérée !
36:28Applaudissements
36:30Mais surtout, l'agrégé d'histoire-géographie
36:32reprend rapidement du service en tant que professeure de lycée
36:36et continue son rôle de passeuse, même à l'âge de la retraite.
36:39Applaudissements
36:40Il faut vous dire que si jamais je n'avais pas été résistante
36:45et que j'ai assisté à la réunion à laquelle je viens d'assister
36:50au spectacle que vous nous avez donné,
36:52je m'en serais voulue pour tout ce qu'il me reste de temps à vivre.
36:55Vous avez été sensationnels.
36:57Vous nous avez apporté, là, à nous, les vieux,
37:01un message absolument extraordinaire.
37:05Je voudrais...
37:06Décédée en 2007,
37:07Lucie Aubrac, grande officière de la Légion d'honneur,
37:10est devenue synonyme de la résistance française
37:13pour des milliers d'écoliers et d'étudiants.
37:15...
37:17On est entrés dans la résistance, on a survécu,
37:20et on est entrés parce qu'on a mauvais caractère,
37:24parce que, comme vous le sentez très bien vous-même,
37:27il y a des choses qui ne sont pas justes.
37:29Vous l'avez montré dans votre spectacle.
37:31Quand on a dit que c'est pas juste, il faut le crier bien fort.
37:34...
37:37Lucie Aubrac, Simone Mathieu, Geneviève de Gaulle,
37:40René Daveli et Milla Racine
37:43nous ont légué une certaine idée de la France,
37:46une France dont on est fiers,
37:48une France animée par les forces de la vie,
37:50adversaire des passions tristes,
37:52à l'opposé de la faillite morale et politique
37:55des classiques du régime de Vichy.
37:58...
38:04Nous avons payé de notre sang, de nos larmes,
38:07de nos sacrifices, de la mort de beaucoup de nos camarades,
38:11le prix d'une liberté à retrouver.
38:15Nous la léguons comme un héritage
38:18à cette génération qui est celle de mes petits-enfants.
38:21Et un héritage, ça se protège.
38:23Et je leur dis, faites bien attention,
38:25parce que la liberté perdue,
38:28ça coûte cher pour la retrouver.
38:31Il vous faut participer à la vie politique de votre pays,
38:34il vous faut voter,
38:36il ne faut pas écouter les slogans tout faits
38:39que certains admirateurs ou nostalgiques
38:44d'un passé fasciste
38:46ou tout au moins ultra-conservateur essaient de vous dire.
38:50C'est votre affaire, on vous a légué la liberté,
38:53à vous de la faire progresser, de la faire grandir.
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