00:00Thierry, votre choix ce soir, c'est l'impossible dialogue avec Benyamin Netanyahou.
00:04Oui Maxime, à un moment une pluie de critiques s'abat sur Israël en raison des obstacles mis à l'acheminement de l'aide humanitaire
00:10et en raison de la décision aussi de reprendre le contrôle intégral de la bande de Gaza.
00:15Je voulais qu'on s'arrête un instant sur ce piège diplomatique au fond assez grossier mais en même temps très efficace
00:20dans lequel le Premier ministre israélien a entraîné les alliés d'Israël depuis le 7 octobre 2023
00:27ou bien on s'en tient le gouvernement israélien et ses partenaires ou bien on est dans le camp des terroristes.
00:34Mais on ne peut pas faire les deux à la fois.
00:35Ce que Benyamin Netanyahou a toujours refusé, condamné et même combattu parfois,
00:40c'est que l'on puisse à la fois dénoncer le 7 octobre et les terroristes
00:44et aussi en même temps s'indigner et condamner ce qui se passe depuis des mois dans la bande de Gaza.
00:50C'est la technique de l'amalgame au fond.
00:52Critiquer et condamner Netanyahou, c'est forcément critiquer et condamner Israël également.
00:57C'est forcément ne plus défendre le droit de l'État hébreu à exister.
01:01Et c'est même parfois quand les critiques se font extrêmes et ça arrive à être antisémite.
01:07Quand la France, le Royaume-Uni, le Canada et une vingtaine d'autres pays
01:10dénoncent les restrictions inacceptables de l'aide humanitaire,
01:14exigent sa remise en place immédiate comme c'était le cas ces dernières heures,
01:18regardez quelle est la réponse du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
01:23Nous ne devons pas aller jusqu'au stade de la famine,
01:28que ce soit d'un point de vue pratique mais aussi de politique diplomatique.
01:31Sinon, nous n'obtiendrons pas de soutien et nous ne pourrons remplir notre objectif pour la victoire.
01:36Alors vous avez bien entendu, il faut le faire pour des raisons pratiques,
01:38pour des raisons diplomatiques mais pas pour sauver des vies.
01:42Mais cette ligne, elle est de plus en plus difficile à tenir.
01:44D'abord, les faits sont là et ils sont de plus en plus terribles.
01:47Écoutez ce que disait ce matin à la BBC Tom Fletcher,
01:51qui est le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les affaires humanitaires.
01:57Ce qu'il y a dans ces camions, c'est de la nourriture pour bébés.
02:00Il y a 14 000 bébés qui vont mourir dans les 48 prochaines heures,
02:04sauf si on peut leur faire parvenir.
02:06Ce n'est pas de la nourriture que le Hamas va voler.
02:09Près de 15 000 bébés menacés de mort en l'espace de deux jours,
02:12voilà ce que dit l'ONU.
02:14Ensuite, Israël est aussi une démocratie, bien sûr,
02:16avec une opposition qui donne de la voix,
02:18et notamment cette déclaration qui a fait beaucoup de bruit aujourd'hui.
02:21Elle émane de Yair Golan, qui est un ancien général
02:24à la tête d'un parti d'opposition, le Parti démocrate,
02:26et voici ce qu'il disait tout à l'heure.
02:30Un pays sain ne fait pas la guerre à des civils,
02:32n'a pas pour obis de tuer des bébés,
02:34et ne se fixe pas pour objectif d'expulser les populations.
02:39On peut ajouter que selon les sondages les plus récents,
02:41une majorité d'Israéliens aimeraient que leur Premier ministre démissionne.
02:45Il y a toujours aussi, bien sûr, Maxime, 58 otages aux mains du Hamas,
02:49dont 34 sont présumés morts par les autorités israéliennes.
02:52Mais il en faudrait plus pour que Benjamin Netanyahou
02:54renonce à cette escalade et renonce à cette rhétorique.
02:59Le seul qui semble à même de l'empêcher s'appelle Donald Trump.
03:02Mais jusqu'ici, le président américain,
03:04qui s'impatiente selon ses conseillers,
03:06n'en est pas encore au point d'imposer au Premier ministre israélien
03:09d'arrêter les combats.
03:10Réaction, Christophe Amélie.
03:12Garder le pouvoir, éviter les tribunaux de son propre pays,
03:16c'est l'objectif, par cette surenchère, de Benjamin Netanyahou.
03:20Comment une société démocratique comme Israël
03:22peut précipiter le calendrier électoral ?
03:23Parce que quand il y aura des élections,
03:24le problème Netanyahou sera sans doute réglé,
03:26malgré cette funeste proportionnelle.
03:28Encore faut-il arriver à cette élection,
03:30qui pour l'instant est prévue fin 2026.
03:32Les tensions et les oppositions en interne
03:35se retrouvent effectivement d'un point de vue géopolitique
03:38et notamment le chef de file de la gauche israélienne.
03:42Il faut quand même rappeler qu'une partie de la gauche israélienne
03:44n'a aucun souci à parler de génocide
03:46pour évoquer ce qui se passe à Gaza.
03:48Donc vraiment, je ne crois pas que ce soit une question de pro ou d'anti.
03:53Le problème qui se repose absolument tous les soirs en ce moment,
03:56et c'est la même question Thierry Arnault,
03:58c'est qu'est-ce qui peut ou qui peut arrêter Netanyahou ?
04:01Netanyahou, c'est-à-dire que si même Trump,
04:04l'allié historique, l'allié américain, s'est détourné,
04:08mais ne l'arrête pas d'une certaine manière,
04:09qui peut arrêter Netanyahou ?
04:10Alors, c'est exactement ce qu'on vous dit dans les cercles du pouvoir
04:13et où on s'inquiète en fait de cette distance prise par Donald Trump.
04:17Et on ne le dira jamais publiquement,
04:20mais on considère en tout cas certains,
04:22encore une fois dans les cercles du pouvoir,
04:23vous disent que Joe Biden, au moins il avait le mérite
04:25de mettre un pied sur le frein
04:27et d'empêcher les débordements,
04:29d'essayer de contenir Benjamin Netanyahou.
04:31Aujourd'hui, avec Donald Trump,
04:32ce frein et cette capacité à le contenir,
04:35elle a disparu.
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