Le Premier ministre a été auditionné sur l'affaire Bétharram par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, contre laquelle il a multiplié les attaques, "mettant en doute ceux qui rédigent" les comptes-rendus "et ceux qui contrôlent" l'action du gouvernement.
00:00La conférence de presse donc de la présidente de la commission et des deux rapporteurs dans l'affaire Betarame.
00:05...et prévient ces violences, pour qu'il n'y ait plus ce type de violences dans les établissements scolaires publics et privés.
00:12Troisième point d'étape, avec hier soir l'audition de notre Premier ministre François Bayrou, audition longue, mais audition importante.
00:22Audition qui nous a, en tout cas moi, qui m'a paru plutôt pénible parce que le Premier ministre est arrivé avec une attitude qui était un peu difficile pour nous.
00:38Nous, ce qu'on tient à dire, et moi ce que je tiens à dire en tant que présidente, c'est que nous avons utilisé la même méthodologie pour tous les auditionnés.
00:45C'est-à-dire un jeu de questions et de réponses brèves, de réponses sincères et brèves.
00:54Le Premier ministre a dû se plier à cette règle. Il l'a fait difficilement et c'est pour ça que c'était plutôt pénible pour nous
01:02parce qu'il a remis en cause plusieurs fois cette commission d'enquête et aussi clairement la méthodologie qu'on utilise.
01:11Il a remis en cause les rapporteurs, Paul Vannier et Violette Spilbou, il a remis en cause ma présidence, il a remis en cause les services de l'Assemblée
01:20puisque plusieurs fois il nous a dit que les procès verbaux n'étaient pas tout à fait dans la conformité des propos dits.
01:28C'était donc plutôt compliqué pour nous d'expliquer au Premier ministre que la méthodologie était ce qu'elle était
01:35et qu'on s'était plié à une méthode depuis le début de nos auditions.
01:41Deux mois d'audition, plus de 140 personnes auditionnées et donc François Bayrou a été auditionné comme tous les autres.
01:50Je tiens à rappeler aussi très sincèrement que nos collègues commissaires, les 70 députés qui ont suivi cette commission d'enquête
01:59depuis le début ont été très présents, forte mobilisation, un travail énorme de la part de la commission d'enquête,
02:07travail sur des documents, travail sur les questions des auditions.
02:11Je pense qu'hier vous avez vu clairement que c'est une commission qui est au travail et qui va continuer son travail.
02:18On va continuer puisque de toute façon on est là à un point d'étape, il nous reste encore quelques semaines
02:23et des conclusions, bien sûr, des préconisations qui seront apportées.
02:32Merci Madame la Présidente d'avoir rappelé les conditions dans lesquelles nous avons conduit cette audition.
02:40Une audition bien sûr exceptionnelle, très attendue, mais une audition comme les autres
02:44que nous avons construit sur la base des documents que nous avons saisis lors de nos contrôles sur place et sur pièce,
02:50sur la base aussi des témoignages présentés sous serment devant notre commission d'enquête.
02:55Et quelques heures après la fin de ce très long échange avec le Premier ministre,
03:00quelques premières conclusions ou appréciations en ma qualité de co-rapporteur.
03:06Elle me paraît très importante cette audition car elle permet de confirmer
03:10que le Premier ministre, à plusieurs reprises, ici à l'Assemblée nationale,
03:15à peau devant les victimes de Betaram, a menti.
03:18Il l'a menti et il le reconnaît en faisant devant la commission d'enquête
03:23varier très profondément, très notablement, sa version de toute une série de faits,
03:31de sa connaissance des faits de violences physiques et sexuelles à Betaram
03:34qu'il reconnaît désormais à la question de son rapport au juge Miranda, par exemple.
03:41Il nous informe aussi, le Premier ministre, de la façon dont il a agi
03:46lorsqu'il était ministre de l'Éducation nationale, lorsqu'il commande en 1996
03:49un rapport d'inspection très important sur Betaram.
03:52Et il nous révèle lors de cette audition qu'il ne lit que la conclusion de ce rapport.
03:58Une conclusion qui tient en cinq lignes, un rapport qui fait trois pages,
04:01un rapport dont le contenu détaille des châtiments corporels,
04:04des violences, des infractions nombreuses à la législation.
04:07Mais puisqu'il n'en prend pas, nous dit-il, connaissance,
04:10il ne fera rien, le Premier ministre, alors ministre de l'Éducation nationale, de ce rapport.
04:16Et je veux insister sur la responsabilité politique de cette lecture très partielle
04:21de ce rapport d'inspection, car si le Premier ministre avait traité
04:25avec suffisamment d'attention ce rapport, il aurait, je ne peux que l'imaginer,
04:31pris des mesures à la hauteur de la gravité des éléments qu'il contient,
04:35et ainsi protéger la vie de centaines d'enfants,
04:40enfants qui n'ont donc pas été protégés et exposés à la violence criminelle,
04:44de pédocriminels dans cet établissement pendant des années encore.
04:47Je retiens enfin de cette audition que le Premier ministre est emprunt d'une culture de la violence
04:54et d'une culture de la violence sur les enfants qu'il a à nouveau manifestée
04:58en relativisant devant nous des gestes qu'il a décrits comme des gestes éducatifs
05:04des claques, des gifles, des tapes éducatives, a-t-il dit, des claques non violentes, a-t-il indiqué.
05:13Et cette relativisation de la violence sur les enfants, elle nous enseigne,
05:18car elle nous indique sans doute pourquoi François Bayrou, dans les années 90,
05:22ne traite pas, avec la vigilance qui est attendue de lui,
05:25les signalements, les alertes sur ces violences qui lui sont transmises.
05:29Cette question est fondamentale, car il y a un continuum dans les violences.
05:34Hélène Perlant nous enseigne, nous alerte sur ces violences physiques
05:40qui sont là pour sidérer et pour cacher les violences sexuelles.
05:44Voilà pourquoi il faut agir tout de suite, dès la première violence,
05:48même celle qui apparaît la plus minime, parce que ces conséquences peuvent être grammissimes.
05:52Et vous dire que, lorsque François Bayrou s'est attaqué à la seule qui ne s'est pas trompée à Bétaram,
06:00Françoise Gullung, qui, dès 1995, alerte de toutes ses forces,
06:06parcouriez oralement sur les violences dont elle est témoin,
06:09lorsqu'il s'en prend à elle, lorsqu'il la calomnie, lorsqu'il la décrit comme folle,
06:15faisant là la manifestation d'un sexisme ordinaire, tristement ordinaire,
06:19car ce sont toujours les femmes qui sont ainsi visées,
06:22et dans cette circonstance, toujours les femmes, à Riaumont, à Bétaram,
06:26à Chalons-en-Champagne, qui lancent l'alerte.
06:29Il a eu une attitude que, je crois pouvoir le dire au nom aussi de mes collègues,
06:33nous a choquées, et qui, pour ma part, est l'attitude d'un homme,
06:38d'un Premier ministre qui adresse un message terrible au pays, aux victimes,
06:44à celles et ceux qui s'interrogent aujourd'hui sur la nécessité de prendre la parole.
06:48En s'attaquant à la lanceuse d'alerte comme il l'a fait,
06:51François Bayrou entretient l'OMERTA et tente d'intimider celles et ceux
06:56qui voudraient dénoncer des violences.
06:57Cela me paraît inacceptable, cela me paraît extrêmement grave.
07:01Je termine en vous disant que je suis, pour ma part, déterminé à poursuivre,
07:07de la même façon que nous avons travaillé depuis deux mois maintenant, nos auditions.
07:10Nous avons trois ministres qui sont attendus devant notre commission d'enquête aujourd'hui.
07:15Je veux dire que c'est une responsabilité d'être co-rapporteur d'une commission d'enquête parlementaire comme celle-là.
07:20Je l'assume entièrement.
07:22Et ni l'outrance, ni la violence, ni les agressions du Premier ministre ne me feront renoncer à ma tâche.
07:31Je n'ai qu'un but, empêcher d'autres bétarames,
07:34identifier des dysfonctionnements dans les mécanismes de contrôle par l'État des phénomènes de violence
07:38et protéger tous les enfants de notre pays.
07:41C'est le but de tous les membres de notre commission d'enquête parlementaire.
07:48Merci.
07:49Alors, protéger tous les enfants de notre pays,
07:53c'est la mission et l'objectif de notre commission d'enquête parlementaire.
07:57Par ces mots, oui, je peux rejoindre Paul Vannier, mon co-rapporteur.
08:01Et bien sûr, ces mots résonnent aussi pour notre présidente de commission, Fatia Kelwa-Hachi.
08:08Nous sommes un trio d'une commission d'enquête avec 70 députés extrêmement investis.
08:15Nous travaillons et nous poursuivons le travail de façon unie au service des victimes.
08:20Et je crois que c'est à elle qu'il faut adresser le message aujourd'hui,
08:24même si nous ne tirons pas les mêmes conclusions avec Paul Vannier de cette audition de François Bayrou.
08:32Je le rappelle, cette audition de François Bayrou, c'est une étape.
08:35C'est une étape plus tendue que les autres, c'est vrai.
08:38Mais c'est une étape qui était nécessaire et qui se poursuit avec des étapes d'autres ministres qui seront auditionnés,
08:46peut-être d'autres visites sur place et d'un rapport qui sera riche des préconisations,
08:51des milliers de documents que nous avons collectés et des plus de 140 auditions que nous avons menées.
09:00Alors moi, ce que je retiens de l'audition de François Bayrou, c'est une défense extrêmement vigoureuse,
09:07offensive d'un homme, d'un homme d'abord, d'un homme politique qui a été attaqué depuis des mois dans son honneur,
09:15dans son intégrité par mon collègue Paul Vannier.
09:19Et nous en discutons sereinement, ça peut surprendre, mais nous en discutons.
09:22Nous n'avons pas le même point de vue.
09:24Et une défense qu'il a souhaitée longue, détaillée.
09:30Nous avons eu une audition de 5h30 qui lui a permis de répondre à toutes les questions.
09:35Et je constate qu'il ne s'est pas dérobé.
09:37Il est resté 5h30 avec la commission d'enquête, les deux co-rapporteurs, la présidente,
09:42et en répondant aux questions de tous les groupes politiques de l'Assemblée.
09:46Il a pu dire et répondre ses vérités, ses explications à chacune des questions des rapporteurs,
09:53parfois avec des passes d'armes un peu difficiles, douloureuses.
09:58Mais je crois que cela contribue et cela a un effet tout de même positif pour les avancées de notre commission d'enquête.
10:08Quelles avancées nous avons obtenues hier ?
10:10Nous avons obtenu des engagements d'un Premier ministre qui gouverne avec un gouvernement
10:15qui est largement concerné par ce sujet des violences faites aux enfants dans le cadre scolaire,
10:21et bien plus largement.
10:22D'abord, l'engagement de soutenir plus fortement les associations
10:26qui œuvrent pour la libération de la parole dans les établissements scolaires.
10:31Nous les avions auditionnées.
10:32Elles étaient en attente de cet engagement.
10:34Ensuite, le travail engagé sur l'imprescribilité des plaintes,
10:39qui est une préoccupation majeure des victimes que nous rencontrons et qui témoignent aujourd'hui.
10:45Ensuite, la piste d'une autorité indépendante aux yeux du Premier ministre.
10:50Nous aurons peut-être des contre-propositions.
10:52En capacité d'étudier chacun de ces cas de violences systémiques sur les enfants
10:57avec une place très importante réservée aux victimes.
11:01Et je crois que les victimes plus proches des administrations qui inspectent et qui contrôlent ces violences,
11:07c'est une évidence dans les conclusions que nous aurons à produire pour cette commission.
11:13Et enfin, une transversalité de tous les ministères portée par une nouvelle lettre de mission
11:18qui sera confiée à Sarah El Haïry, la haut-commissaire chargée de l'enfance.
11:22Une mission transversale qui s'adressera autant au ministère des Sports
11:27qu'au ministère en charge des collectivités territoriales pour le domaine du périscolaire.
11:33Bref, nous avons obtenu des engagements d'une action rapide
11:37qui fait la suite du plan Brison le silence qui a été annoncé par Elisabeth Borne
11:41et du décret qui est en Conseil d'État actuellement sur l'extension de l'application
11:47fait établissement pour signaler plus efficacement les violences.
11:52Pour terminer, ce que je retiens aussi, c'est que nous avons été, je crois, fidèles à la méthode
11:58que nous avons déterminée ensemble dès le début de cette commission d'enquête.
12:04L'impartialité lors des questions et des échanges, l'intégrité dans l'analyse des documents
12:12et je crois en pouvant dire que j'appartiens au bloc central
12:16que tout au long de ces auditions, j'ai gardé mon intégrité, mon indépendance
12:22tout en étant juste dans les appréciations que je porte sur chacun des dossiers.
12:29Nous avons des styles différents, nous avons des objectifs différents.
12:32Je peux regretter que cette audition se soit transformée en duel entre le Premier ministre et Paul Vannier.
12:38C'est un peu lié à ces déclarations avant la commission d'enquête.
12:42C'est aussi lié à la façon dont le Premier ministre a abordé de façon assumée cette audition.
12:48Et donc je souhaite que nous poursuivions sur l'ensemble du contrôle de l'État
12:53sur toutes les années, y compris avec les ministres suivants que nous auditionnons aujourd'hui.
12:58Et puis derrière cela, un message envoyé aux victimes, je l'ai dit,
13:04mais aussi un message aux lanceurs et aux lanceuses d'alerte.
13:07Ces femmes courageuses qui, contre tous, contre leur administration, leur hiérarchie,
13:14la pression de parents d'élèves qui parfois étaient impliqués autant dans l'appel que dans les OGEC,
13:18les pressions politiques, les pressions sociales, d'images, de honte liées à tous ces faits de violence,
13:26ont eu le courage de parler et de ne jamais lâcher pendant des années.
13:31Eh bien à elles toutes, nous dédions à la fois ce point presse d'aujourd'hui,
13:36mais aussi la continuité de nos travaux, parce qu'encore aujourd'hui,
13:40il y a de l'omerta sur les violences, les violences faites aux enfants,
13:43mais plein d'autres formes de violences.
13:45Il y a une justice qui n'est pas assez efficace, qui classe trop vite les plaintes,
13:50et nous avons des témoignages régulièrement, et casser cette omerta, il faut du courage pour le faire,
13:55et je pense que c'est aussi le message que tous les trois, nous souhaitons passer
13:58à ceux qui lancent les alertes auprès de nos administrations,
14:02notamment et auprès de la presse, qui a un rôle à jouer.
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