00:00Quand Amélie a eu le César du court-métrage,
00:02elle a prononcé un discours que j'ai trouvé vraiment splendide
00:05et qui me guide souvent au quotidien.
00:08Elle a dit qu'on peut avoir 40 ans, deux enfants, des cheveux blancs
00:11et sentir qu'on est au commencement des choses.
00:14C'est toi la dame qui a gagné ta fiche ?
00:15Ah oui, j'ai mon resto à Paris, tu sais.
00:18Oh putain, c'est une cheveuse.
00:20Une cheveuse !
00:22Allez, ça part pour la vite, ça part pour la vite !
00:24Mais c'est ça qu'on dit !
00:25Je vais devoir rester plus longtemps finalement.
00:28C'est compliqué avec mon père.
00:30Il faut savoir ce qui te fait rire.
00:32Il n'y a bien encore qu'ici qu'on fait de la Macédoine.
00:35C'est qui ce mec ?
00:36Raphaël, mon vieux pote de collège.
00:38Sofiane, mon mec.
00:40Cécile m'a beaucoup parlé de toi.
00:41Moi, on n'a pas parlé de toi du tout.
00:52Dans le film d'Amélie, le principe c'est que les chansons
00:54sont des dialogues à part entière
00:56et qu'elles servent au personnage.
00:58Les personnages s'expriment, racontent leur histoire grâce aux chansons.
01:03Donc là, on comprend tout le dilemme intérieur de Cécile
01:05qui raconte qu'elle se retrouve dans cette ère natale
01:07et qu'elle se sent un peu perdue, exilée,
01:11qu'elle ne sait plus très bien à quel territoire elle appartient.
01:14Et ce que j'ai aimé, moi, dans cette scène,
01:15c'est qu'Amélie m'a demandé de manger
01:17en même temps que je chantais.
01:19Et donc, il y avait un truc, je ne sais plus,
01:22c'était une friture de, je ne sais plus quoi,
01:23de perlans, de poissons,
01:26avec pas mal de mayonnaise.
01:27Et donc, il y avait ce truc de chanter en mangeant
01:29qui était, je trouve, assez cool à jouer.
01:33Parce que du coup, c'était pas du tout,
01:35elle ne cherchait pas du tout la perfection musicale
01:37ou quelque chose de chanter, voilà, de manière juste.
01:41C'était vraiment le personnage qui s'exprime
01:43avec ses faiblesses et ses forces,
01:45avec ses maladresses, justement,
01:46en train de grignoter une friture de déperlant.
01:49Et voilà, et Bastien qui est dans l'eau
01:51avec son grand pantalon de pêcheur
01:53qui apparaît comme ça, hyper solaire.
01:55Et c'est les grandes, voilà, les retrouvailles
01:57où ils se taclent un peu tous les deux.
01:59Et en vrai, ils sont très contents de se voir, quoi.
02:00Il fallait à nouveau se re-rencontrer.
02:05Et c'est cette chose-là qui se jouait,
02:08mais grâce au scénario et à la mise en scène d'Amélie,
02:12Juliette chante beaucoup plus que moi
02:15cette partition, enfin, dans la vie tout court,
02:18mais cette partition, moi, j'ai un petit refrain.
02:33J'imagine qu'on aime ou qu'on n'aime pas
02:37artistiquement, chez vous, chanteurs et chanteuses,
02:41on doit voir l'immensité technique que c'est.
02:46Céline Dion, j'imagine.
02:47Ouais, on adore.
02:48Ouais, vous l'adorez.
02:50Et moi, j'ai découvert que c'était très compliqué.
02:54Après, quand on est novice,
02:56beaucoup de choses sont très compliquées.
02:58Brassens dans les idées reçues, c'est simple,
03:01mais alors que c'est très compliqué.
03:02Ce qui est sûr, c'est que c'est vrai que c'est un peu...
03:06J'ai l'impression qu'elle va puiser dans un répertoire
03:09très puissant qui parle à plein de générations différentes
03:13et qui rappelle à chacune, à chacun,
03:15un moment où tu étais en train de faire la vaisselle,
03:17un moment où tu étais dans ta bagnole,
03:18un moment où tu étais en train de te séparer
03:21de quelqu'un que t'aime,
03:22ou de vivre une soirée de dingue avec une copine.
03:25Ce qui est sûr, c'est que je pense que ça évoque
03:27pour énormément de gens quelque chose de très intime.
03:31Et c'est la puissance d'être allée chercher
03:33dans un répertoire aussi vaste
03:35et les gros tubes d'une vie
03:38qui, en fait, sont comme un lien invisible
03:41qu'on a tous et toutes les uns avec les autres.
03:44Et là, en l'occurrence,
03:46Cécile s'aperçoit et comprend
03:48tout ce qu'elle n'avait pas compris
03:51grâce à cette scène
03:52que je trouve hyper jolie,
03:54hyper...
03:55dans une vraie délicatesse.
03:57Parce qu'encore une fois,
03:58ça rejoint ce que tu disais tout à l'heure,
03:59les choses ne sont pas dites,
04:01elles sont chantées.
04:02Et en plus, vous avez raison,
04:05quand vous dites que c'est une scène
04:07qui commence par de la camaraderie,
04:09c'est quelque chose de très compliqué
04:12à faire exister au cinéma.
04:14Autant l'amour est...
04:16j'ai pas envie de dire plus facile à développer,
04:20parce que l'amour, s'il n'est pas juste
04:22ou si on n'y croit pas, il n'existe pas.
04:24Mais la camaraderie, c'est un truc
04:26et en plus, là, entre
04:27effectivement, des retrouvailles,
04:29mais en plus, entre
04:30trois garçons
04:33et puis une jeune femme,
04:34un groupe de quatre,
04:35c'est très...
04:37je trouve ça assez.
04:38Et je trouve que cette scène
04:39est réussie aussi
04:40de par l'énergie qui s'en dégage,
04:45parce que je leur dis une xième fois,
04:50c'est très...
04:50pour moi, c'est quelque chose de compliqué
04:53en mise en scène, la camaraderie.
04:56Je ne peux reconnaître que celle-là de Camaro,
05:17mais j'avoue, j'adore.
05:20Amélie dira que c'est un film musical
05:27et que ça n'est pas une comédie musicale,
05:29et ça n'est pas une comédie musicale,
05:31mais effectivement, là, pour le coup,
05:33il y a un peu plus de chorégraphie.
05:35Donc, ce n'est pas énorme.
05:37On avait des points de rencontre
05:38avec Juliette
05:40et on changeait de prise à prise,
05:43même si elle est beaucoup plus technicienne
05:48que moi sur la glace,
05:50il fallait aussi faire ce qu'on pouvait.
05:54Et moi, avec des chaussures plates,
05:57sur le patinoire,
05:59ce n'était pas vraiment...
05:59On a été entraînés
06:00par la championne olympique.
06:02On a eu tellement de chance.
06:03C'est Gabriela Papadakis
06:05qui nous a fait travailler,
06:07qui est vraiment une femme géniale.
06:09De chanter et de patiner en même temps,
06:11moi, ça, c'était un truc
06:12un peu de rêve de gosse,
06:13d'avoir les cheveux au vent
06:15et de chanter en même temps,
06:16enfin, de patiner, de chanter.
06:18Je ne sais pas,
06:18il y avait un truc super jouissif
06:19qui était hyper marrant
06:21à vivre, à faire.
06:30Ce qui se joue avec le père,
06:32c'est vraiment comme un miroir
06:33entre le père et la fille.
06:35Seulement, lui,
06:38il ne la méprise pas,
06:40mais il lui fait comprendre
06:40qu'elle vient de quelque part
06:42et qu'elle ne peut pas renier
06:43de là d'où elle vient.
06:45Et en vérité,
06:46elle, elle va comprendre
06:47qu'elle est faite
06:47du même bois que lui.
06:49Ce truc de miroir père-fille,
06:50moi, c'est un truc
06:51qui me touche vachement
06:51parce que mon papa est musicien,
06:53mais il n'a pas fait
06:55de la musique sa vie.
06:57Et moi, j'en ai fait ma vie.
06:59Et donc, voilà,
06:59il y a parfois des choses
07:00qu'on fait grâce à nos parents
07:03ou contre nos parents.
07:04Mais en tout cas,
07:05ce qui est beau,
07:06c'est qu'elle doit dénouer ça
07:08pour pouvoir avancer elle.
07:10La chose un peu complexe,
07:11effectivement,
07:13avec ses petites phrases
07:14qui sont des pics,
07:15il ne la méprise pas,
07:16mais il se sent méprisé
07:19par sa fille successful.
07:21Et donc,
07:22ça crée tout ce dialogue
07:24qui parfois s'exprime
07:25avec des mots,
07:26parfois avec des chansons.
07:28Et beaucoup,
07:29et Amélie est très forte
07:31pour ça, je trouve.
07:33Encore une fois,
07:33je lui lance des fleurs,
07:34mais dans son écriture,
07:35avec son compagnon Dimitri
07:37mais dans sa mise en scène,
07:38c'est tout ce qui se passe
07:40entre les mots,
07:42dans les silences,
07:43dans les observations,
07:45dans les regards
07:47qu'on a pour quelqu'un
07:49lorsqu'il ne nous voit pas.
07:51Et ça, c'est très présent
07:52dans le film.
07:54Tu veux juste t'acharner
07:55et mourir ici,
07:56dans cette cuisine ?
07:57T'as qu'à rester nous aider.
07:59Mais j'ai une vie, putain, papa !
08:00Oh, bah ça,
08:01on avait bien compris, hein !
08:03Je sais pas comment tu fais,
08:04parce que moi,
08:04je le trouve particulièrement.
08:05insupportable.
08:07Mais moi aussi,
08:08je le trouve insupportable.
08:17Quand Amélie a eu
08:18le César du court-métrage,
08:20elle a prononcé un discours
08:21que j'ai trouvé
08:21vraiment splendide
08:23et qui me guide souvent
08:24au quotidien.
08:26Elle a dit,
08:26on peut avoir 40 ans,
08:27deux enfants,
08:28des cheveux blancs
08:29et sentir qu'on est
08:30au commencement des choses.
08:32Et j'ai trouvé
08:33que c'était un peu
08:34moi ce qui m'a guidée
08:35pour le personnage de Cécile,
08:37qui n'a pas d'enfant,
08:38etc.,
08:38mais qui est au commencement
08:39de quelque chose.
08:41Parce que pourquoi
08:42est-ce qu'il faut partir un jour ?
08:43Ce départ,
08:44c'est le commencement
08:45de sa vie à elle.
08:47Et de poser
08:47toutes ces questions-là,
08:48la question de la transmission,
08:50la question de l'émancipation
08:52avec nos parents,
08:55comme si c'était des questions
08:56qu'on ne pouvait se poser
08:58qu'à 20 ans.
08:58Ben non, en fait,
08:59on continue à se les poser
09:00à 40 ans.
09:01D'où je viens ?
09:02Qui je suis ?
09:03Est-ce que j'ai trahi
09:04mon origine sociale ?
09:06Est-ce que j'ai trahi
09:07mon éducation ?
09:09Qu'est-ce qui me ressemble ?
09:10Comment me rencontrer-moi ?
09:11Ben, c'est ça les questions.
09:12Et je pense que c'était
09:13très lié à la question
09:15de la féminité
09:16et assez intime
09:17comme film pour elle.
09:19Moi, j'ai vraiment l'impression
09:19que c'est un film
09:20très autobiographique.
09:21Je ne sais pas
09:21si elle en parlera comme ça,
09:23mais c'est pour ça
09:24qu'elle a voulu,
09:25je pense,
09:25donner le rôle à une femme.
09:27Et il se trouve que
09:28ce n'est pas juste
09:29une inversion
09:29par rapport au court-métrage.
09:31Son propos,
09:31il a changé,
09:32il a bougé,
09:32il a évolué vachement.
09:33Même s'il y a des tricks
09:35repris comme les phrases,
09:36le carnet,
09:37tout ça,
09:37quand même,
09:38il y a des citations.
09:42Mais de la féminité,
09:47mais même de la maternité
09:48ou de la non-maternité.
09:49Parce que moi,
09:51à mon endroit d'homme,
09:52qui n'est pas du tout
09:54le vôtre,
09:55les femmes,
09:55je sais que c'est
09:56le moment
09:59où l'enfant est là
10:00et où on ne sait pas encore
10:02s'il va être gardé ou pas.
10:06Néanmoins,
10:08qu'il soit gardé ou pas,
10:10il y aura un avant
10:10et un après.
10:12Cette chose-là,
10:13moi,
10:13c'est quelque chose
10:13que j'ai vécu très fort.
10:17Et je trouve que ça parle
10:18aussi très fort de ça
10:20et de cet instant
10:21où les choses,
10:22en fait,
10:22sont décuplées,
10:27la sensibilité,
10:28le rapport,
10:30je n'en sais rien,
10:31aux odeurs,
10:32aux matières,
10:32tout ce qu'on vit, quoi.
10:34C'est un film apaisé,
10:37un film ouvert.
10:38Il n'y a rien
10:38qui est forcément résolu.
10:40C'est-à-dire,
10:40elle rentre avec plein de questions,
10:43on ne sait pas
10:43la pérennité de son couple.
10:46Il y a des choses
10:47qui ont bougé en profondeur.
10:49Mais en tout cas,
10:50c'est comme une seconde naissance,
10:52j'ai l'impression.
10:53Ce départ,
10:53il est très lumineux,
10:55il est très ouvert.
10:57Donc,
10:58ouais,
10:59c'est un moment
11:00de liberté.
11:01J'ai l'impression
11:02que c'est...
11:03Ça y est,
11:04elle a trouvé...
11:05Elle est prête
11:06à trouver son endroit, quoi.
11:07Moi,
11:08c'est ça que ça m'évoque.
11:09Et puis,
11:09c'est un film de guérison,
11:10de toute façon.
11:11Chacun,
11:13à nos endroits,
11:14mais aussi
11:15à Dominique Blanc,
11:18à François Rollin,
11:19ils sont en train
11:21de se guérir
11:21de quelque chose.
11:23Et en fait,
11:24ce départ,
11:25s'il est...
11:26si lumineux,
11:27c'est qu'il est apaisé.
11:28C'est qu'il y avait
11:30effectivement,
11:31dans cette manière
11:33de ne pas se trouver
11:33à l'adolescence,
11:35quelque chose
11:35qui restait un peu ouvert.
11:37Et là,
11:38ça restera peut-être
11:39ouvert,
11:41mais d'une manière
11:42plus douce
11:43et plus...
11:44En tout cas,
11:45même s'il pleut,
11:47ça ne rentrera pas
11:47dans la chair.
11:49Eh bien,
11:50c'est toi, ça.
11:50Tu donnes un sens
11:52à ma vie
11:53Et puis je sais pas
11:54qu'est-ce qui se passe
11:55Qu'est-ce ce regard
11:57dans la presse
11:58Qui me ramène
11:59dans la case
11:59Départ là où je suis pas...
12:00Et puis je sais pas
12:01qu'est-ce qui se passe
12:01qu'est-ce qui se passe
12:02qu'est-ce qui se passe
12:03qu'est-ce qui se passe
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