00:00Est-ce que vous pourriez nous promettre que vous n'étiez pas au courant ?
00:03Qu'est-ce que vous voulez dire, promettre que je n'étais pas au courant ?
00:06Vous voulez que je vous le jure, quoi de brogue, quoi de fer ?
00:09François Bayrou, savait-il.
00:11Depuis le début de l'affaire Bétharam,
00:13le Premier ministre est accusé d'avoir été au courant des violences
00:15infligées aux élèves de l'établissement catholique du Béarn et de n'avoir rien fait.
00:20Et depuis le début, François Bayrou,
00:22qui est aussi ancien président du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques
00:25et ex-ministre de l'Éducation nationale, nie.
00:28Évidemment, je n'ai jamais été informé de quoi que ce soit.
00:35J'ai dit que je ne savais pas.
00:36Le HuffPost a décortiqué la ligne de défense du Premier ministre
00:39dans cette affaire pédocriminelle la plus terrible dans l'histoire de l'éducation en France.
00:45D'abord, le flou.
00:48Depuis les premiers articles de presse sur l'affaire,
00:50après la constitution du collectif des victimes de Bétharam,
00:53François Bayrou, qui n'est pas encore Premier ministre,
00:55est interrogé sur ce scandale et impose un récit qui fluctue,
00:59des réponses vagues où il est difficile de comprendre ce qu'il a su et ce qu'il n'a pas su.
01:03C'est vrai que la rumeur, il y a 25 ans, laissait entendre qu'il y avait eu des claques à l'internat.
01:10Mais de risque sexuel, je n'avais jamais entendu parler.
01:13Seule l'une de mes filles se souvient d'une affaire de claques donnée par un surveillant.
01:17Jamais personne ne m'a alerté sur ce sujet, du moins dans mon souvenir.
01:20Celui qui se disait d'abord au courant de rien, se dit finalement au courant de violences physiques,
01:25notamment lors du dépôt d'une plainte en 1996, qui le conduit à demander une inspection.
01:30Je n'en avais aucune trace, et même pour ainsi dire, aucune mémoire.
01:35Cette évolution du récit le pousse à certaines contradictions,
01:38et notamment sur un point en particulier,
01:41sa rencontre avec le juge Miranda, chargé de l'enquête ouverte en 1998,
01:44visant le père Caricard, ex-directeur de l'établissement catholique,
01:49visé par une plainte pour viol sur mineurs.
01:51Dans un premier temps, le Premier ministre jure n'avoir jamais rencontré le juge Miranda.
01:55Puis François Bayrou explique finalement que les deux hommes sont voisins,
01:58et se sont donc bien croisés à ce moment-là.
02:01Est-ce que nous avons pu parler avec le juge Christian Miranda de cette affaire ?
02:05Sans doute oui.
02:06On a pu parler de l'ambiance, on a pu parler de l'établissement, jamais du dossier.
02:10Alors que cette rencontre reste toujours nébuleuse dans la bouche du Premier ministre,
02:15les autres témoignages affluent et vont dans un même sens.
02:18François Bayrou a bien rencontré le juge Miranda,
02:20avec qui il a bien discuté du dossier judiciaire,
02:23violant ainsi le secret de l'instruction.
02:25Un gendarme l'affirme, ainsi que sa propre fille.
02:29Sa fille justement, ainsi que deux autres de ses enfants,
02:32ont été scolarisés à Béterran.
02:34Et c'est là l'argument principal du Premier ministre,
02:36qu'il répète et répète encore, pour prouver son ignorance sur le sujet.
02:41Est-ce que vous croyez que nous aurions scolarisé nos enfants
02:44dans des établissements dont il aurait été soupçonné ou affirmé
02:50qu'il se passe des choses de cet ordre ?
02:52Vous imaginez pas que nous aurions mis nos enfants dans une école
02:56dans laquelle il y avait ce genre de soupçons ?
02:58J'aurais jamais de ma vie scolarisé mes enfants dans un établissement comme celui-là
03:03s'il y avait eu le moindre doute.
03:06Mais le 23 avril dernier, François Bayrou prend une nouvelle casquette,
03:09celle de famille de victimes, lorsque sa fille explique à la presse
03:12avoir elle-même été victime de violences physiques dans l'établissement,
03:15sans ne l'avoir jamais dit à son père.
03:17En tant que père de famille, ça me poignarde le cœur.
03:21C'est aussi à ce moment-là, sur le plateau de Mediapart,
03:24qu'elle assure que François Bayrou a bien rencontré le juge Mirand en 1998
03:27pour évoquer la mise en détention du père Caricard.
03:31Pour François Bayrou, sa famille n'est peut-être plus tant son bouclier que sa faille.
03:35S'il adopte une position défensive les premiers jours suivant les révélations,
03:39à partir du 18 février, François Bayrou change de tactique et choisit la contre-attaque.
03:44Si je ne savais pas, d'autres savaient.
03:47Il maintient toujours qu'il n'était pas au courant des sévices sexuels dans l'établissement
03:50et de la plainte pour viol visant le père Caricard en 1998
03:53et assure que le procureur général, mais aussi trois ministres du gouvernement Jospin,
03:58savaient renvoyer la faute aux autres.
04:00Bayrou ne le fait pas qu'une fois.
04:01Le 10 avril, le gendarme Alain Ontan remet en cause l'ignorance supposée de François Bayrou
04:05dans l'affaire du père Caricard et fait cette révélation sous serment à l'Assemblée nationale.
04:10M. Mirand m'attendait à la porte de son bureau et il m'a dit
04:14« M. Ontan, la présentation est retardée, le procureur général demande à voir le dossier,
04:24il y a eu une intervention de M. Bayrou. Point. »
04:30Ce à quoi le Premier ministre répond le lendemain
04:32« Je ne sais pas s'il mente, les juges et les gendarmes, vous savez, ça se trompe comme les autres. »
04:37Toujours dans cette optique de pointer du doigt d'autres responsables,
04:40François Bayrou qualifie les attaques le concernant de complots politiques
04:43et va jusqu'à s'ériger en martyr en comparant la polémique à
04:47« Les mécaniques de l'affaire Baudis. »
04:49Dans cette affaire, le maire de Toulouse, Dominique Baudis, avait été mis en cause,
04:53à tort, dans une affaire de proxénétisme liée au tueur en série Patrice Allègre en 2003.
04:59Qu'il choisisse la défense ou l'attaque,
05:01François Bayrou devra en tout cas dire toute la vérité
05:03devant la commission d'enquête à l'Assemblée nationale le 14 mai.
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