00:00Il est 6h21, c'est une réalité qui n'épargne aucune entreprise.
00:03Le sexisme reste encore très présent dans le monde du travail.
00:07Le sexisme dit ordinaire qui se cache dans des gestes ou des propos de la vie de tous les jours.
00:12C'est ce que montre le nouveau baromètre du collectif Stop au sexisme ordinaire en entreprise
00:16que vous nous dévoilez ce matin de Laure Thomas. Bonjour.
00:18Bonjour.
00:18Vous êtes la directrice diversité, équité et inclusion chez L'Oréal en France.
00:22L'Oréal qui est membre fondateur de ce collectif.
00:25Vous publiez ce baromètre tous les deux ans.
00:27C'est la troisième édition réalisée auprès de 130 000 personnes.
00:32Et ce qu'on observe, c'est que quasiment 8 femmes sur 10 se disent aujourd'hui encore victimes du sexisme au travail.
00:38Alors précisément, 77%, c'était 82% lors de la précédente étude.
00:44Il y a un léger mieux, mais ce n'est pas folichon.
00:47Tout à fait Mathilde, c'est vraiment ça.
00:49C'est important pour nous, dans le cadre de ce collectif Stop, de le mettre en place ce baromètre.
00:54Comme vous venez de le dire, c'est la troisième édition.
00:56Et cette troisième édition, elle nous permet de voir l'évolution.
00:59Alors, ce qui est positif dans cette évolution, c'est qu'on voit tout de suite que quand les entreprises s'engagent,
01:04quand on regarde les données du collectif Stop par rapport à l'échantillon national,
01:09on voit tout de suite qu'il y a un vrai écart.
01:11Et ça, c'est essentiel.
01:12Donc, un, quand les entreprises s'engagent, quand les entreprises travaillent sur le sexisme du ordinaire en entreprise...
01:17Les chiffres sont plus faibles.
01:18Les chiffres sont plus faibles.
01:19Il y a des résultats.
01:20Donc ça, c'est la première chose.
01:21Et je crois que c'est très important de se le dire.
01:23La deuxième chose qui est extrêmement importante dans ce baromètre, c'est que, exactement comme vous le disiez,
01:29le sexisme ordinaire en entreprise, il est là.
01:32Il est bien présent.
01:33On voit une légère baisse de 5 points.
01:35Mais 77% de femmes victimes de sexisme dit ordinaire au travail, c'est tout simplement une aberration.
01:41C'est pas possible.
01:42On ne peut pas continuer comme ça.
01:43Et l'impact...
01:45On va en parler, oui, parce que ça se manifeste, ce sexisme, par des blagues douteuses.
01:493 femmes sur 4 disent en être victimes.
01:52Des remarques sur l'apparence.
01:53Des interpellations familières disent-ils, ma belle, ma fille, la jolie, etc.
01:58Et tout ça, c'est pas anodin.
01:59Tout ça, ce n'est pas anodin.
02:00C'est un vrai impact.
02:01C'est un vrai impact qui est en plus reconnu également dans ce baromètre.
02:04Parce qu'on voit que 9 salariés sur 10, tous genres confondus, hommes et femmes,
02:08reconnaissent que les propos sexistes nuisent au bien-être au travail, à la confiance en soi, à la santé des femmes.
02:15Donc on voit bien que les conséquences sont connues, qu'elles sont là et qu'il faut vraiment, vraiment s'arrêter.
02:21Et juste un point important, parce que comme vous l'avez dit, c'est pas anodin.
02:27Le sexisme, c'est conscient ou inconscient.
02:29Et dans les manifestations, il y a des manifestations que je trouve qu'on sous-estime qui ont un impact très important au travail.
02:35C'est les réunions.
02:36Lors des réunions, il y a deux femmes sur trois qui affirment avoir vécu un comportement sexiste.
02:41Et ça va être très souvent le fait de se faire couper la parole en réunion,
02:45ou le fait de se faire reformuler parce qu'on est une femme ce qu'on a dit, comme si on s'exprimait moins bien.
02:51C'est important ce que vous dites sur conscient ou inconscient, parce qu'il y a aussi dans votre étude,
02:55on voit cette différence de perception.
02:57Il y a beaucoup d'hommes qui ne voient pas où est le problème, qui disent « c'est juste une petite blague »
03:00ou dire « ma jolie » à quelqu'un.
03:02C'est pas méchant, au contraire, c'est presque un compliment pour eux.
03:05Vous avez tout à fait raison.
03:06Et justement, par exemple, dans les réunions, 64% des hommes ne le voient pas, ne s'en rendent pas compte.
03:11D'où l'importance de faire comprendre ce qu'est le sexisme pour pouvoir l'hérédiquer.
03:15Et pour comprendre ce que c'est que le sexisme, c'est essentiel que les entreprises mettent en place des formations.
03:20Et ça, c'est la force de ce collectif.
03:22Auprès de tout le monde ou on commence par les patrons, les cadres ?
03:25Tout le monde, tout le monde, tout le monde, incluant les cadres, les patrons.
03:29C'est vraiment, vraiment important d'en prendre conscience, parce que c'est exactement ce que vous dites.
03:33Il y a une différence de perception entre les hommes et les femmes qui ne peut pas continuer.
03:37Et en étant formé, on se rend compte du sexisme, on apprend les conséquences et on va tout simplement en prendre conscience.
03:46Et donc, pour toutes les personnes qui le font inconsciemment, ça va diminuer.
03:49Et ça, c'est essentiel.
03:51C'est ce qu'on essaye de faire par ces formations qui sont très, très, très importantes.
03:55Pour avoir un exemple concret, regardons comment vous faites, vous, chez L'Oréal.
03:58Ça se passe comment ? Quelqu'un qui fait une mauvaise blague, il se passe quoi ?
04:01Il y a zéro tolérance ?
04:02Il y a zéro tolérance.
04:03C'est affiché partout, sur tous nos écrans, dans tous nos sièges.
04:06Il y a affiché quoi ?
04:07Dans nos tolérances zéro sur le sexisme.
04:09C'est très clair.
04:10Les phrases que vous avez pu mentionner au départ, elles sont là, barrées, en disant
04:14« Elles n'ont pas sa place chez nous ».
04:16Personne, mais c'est très clair, personne ne peut dire chez L'Oréal qu'on n'a pas connaissance
04:20du fait qu'il y a une tolérance zéro sur le sexisme.
04:22Donc quelqu'un qui aurait un mot « déplacer » se ferait recadrer immédiatement par son
04:26collègue d'à côté ou par un supérieur ?
04:29Alors, oui.
04:30En fait, ce qui est important, on n'en a pas parlé, c'est le rôle de témoin.
04:32Parfois, quand on est victime de sexisme, on n'ose plus répondre.
04:35On ne sait pas quoi dire.
04:35On est un peu tétanisé, finalement, ou paralysé.
04:39Quand un témoin assiste à une scène, c'est beaucoup plus facile, avec ce pas de côté,
04:45de dire « Attention, tu te rends compte de ce que tu dis ou ta blague, elle n'est tout
04:47simplement pas drôle, donc s'il te plaît, arrête là ».
04:49Et en se disant tout simplement ça, on fait prendre conscience du sexisme.
04:53Et je peux vous assurer qu'en général, quand on est repris sur le sexisme, on fait très
04:56attention à la fois suivante.
04:57Et le sexisme, on le retrouve chez toutes les générations, y compris les jeunes
05:00générations ?
05:00On le retrouve chez toutes les générations.
05:02Vraiment, sans...
05:03Et malheureusement, il ne diminue pas.
05:05C'est ça qui est important.
05:06Donc il faut absolument en faire prendre conscience pour faire évoluer les mentalités.
05:10Et est-ce qu'il y a des différences selon la taille des entreprises ? Parce que c'est
05:13plus facile, quand on a une grosse boîte, d'avoir un référent sur ces questions-là.
05:17Dans une petite PME, on fait comment ?
05:18Alors, je n'ai pas les données en fonction des tailles d'entreprise.
05:20Par contre, ce qui est important, c'est que personne ne peut dire « aucune entreprise,
05:24quelle que soit sa taille, je ne peux rien faire ».
05:26Ce collectif Stop, il est complètement gratuit.
05:28On peut y rentrer une fois par an et après, on partage tout.
05:32On partage les e-learning, on partage les éléments de communication, de formation,
05:36de sensibilisation, de mesures.
05:38Et donc, tous ces outils sont mis gratuitement à disposition de toutes les entreprises,
05:42quelle que soit leur taille, pour travailler et mettre en place des actions chez elles.
05:45Et ce retour de la masculinité, je pense à Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook,
05:50qui appelle un sursaut d'énergie masculine.
05:53Pour lui, le monde de l'entreprise a été culturellement castré.
05:55Je reprends ces mots.
05:56Ça, c'est un discours qu'on entend en France ?
05:58C'est un discours que, moi, je n'entends pas au sein du groupe L'Oréal.
06:02Très clairement, on poursuit nos politiques diversités qui sont essentielles,
06:06qui font partie de nos valeurs, qui font partie de notre culture,
06:09qui font partie vraiment de notre ADN.
06:11Mais quand on regarde le baromètre, pour revenir sur ce baromètre,
06:16un homme sur deux estime que le partage des tâches domestiques et parentales
06:19n'a pas d'impact sur l'égalité professionnelle.
06:21Et ce sont des données qui sont extrêmement inquiétantes.
06:23Et vous craignez un retour du bâton après MeToo, où il y a eu une libération de la parole ?
06:29Là, on le voit très clairement avec cet exemple que je cite de Mark Zuckerberg.
06:32Ce qui est certain, c'est qu'il ne faut jamais, jamais, jamais lâcher
06:35sur l'ensemble des sujets de la diversité, a fortiori sur le sexisme.
06:39Merci Anne-Laure Thomas, directrice diversité, équité et inclusion chez L'Oréal en France.
06:43Vous étiez l'invité du 5-7.
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