00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Bonsoir Sylvain Laval.
00:05Bonsoir.
00:05Vous êtes maire de Saint-Martin-le-Vinou en Isère, vice-président de la commission transport à l'AMF.
00:10Je rappelle qu'il s'agit de l'association des maires de France.
00:12Notre réseau routier qui s'étend sur près d'un million de kilomètres est aujourd'hui au bord de la rupture.
00:17Ses propos sont les vôtres, publiés hier au bord de la rupture.
00:21Expliquez-nous ce que vous entendez par là.
00:23Les communes et les intercommunalités sont propriétaires de 65% du réseau routier de France.
00:28On le sait peu. Ça veut dire qu'il nous revient à la responsabilité de les entretenir financièrement, de mener des travaux.
00:34Et aujourd'hui, au regard de tous les sujets sur lesquels nous devons faire face, nous ne sommes plus en capacité d'entretenir comme il faut ces routes.
00:41Parce qu'elles sont de plus en plus soumises aussi aux alers du climat.
00:45Il faut intervenir de manière plus structurante. C'est de plus en plus coûteux, de plus en plus fréquent.
00:49Et comme nous avons aussi d'autres enjeux auxquels il faut faire face, cela devient extrêmement compliqué.
00:53Quand je vous écoute, ça paraît incroyable qu'un pays comme la France soit dans de pareilles conditions.
00:57On a l'impression que vous parlez d'un pays en voie de développement.
01:00Nous avons effectivement des difficultés.
01:01C'est pour ça que nous voulons construire un nouveau modèle de financement pour pouvoir mener à bien l'entretien de ces routes
01:07et que nous ne soyons pas seuls en responsabilité sur la question.
01:10Vous ajoutez d'ailleurs que tout cela est dû à un modèle économique profondément déséquilibré.
01:16Là aussi, expliquez-nous pourquoi un modèle économique aussi déséquilibré ?
01:21C'est très simple. Nous n'avons absolument aucune ressource affectée, aucune aide financière pour faire face à cette responsabilité.
01:28Nous le prenons sur notre budget classique auquel nous devons aussi entretenir les écoles, mener un certain nombre de projets.
01:33Et nous sommes de plus en plus sollicités.
01:35Les communes aujourd'hui, on nous demande d'intervenir hors de notre champ de compétences.
01:38Par exemple, sur la santé qui est un sujet majeur pour nos habitants.
01:41Donc, on ne peut plus tout faire tout seul.
01:43Et comme il y a bientôt une conférence des financements et des mobilités qui va s'ouvrir,
01:46nous en appelons au gouvernement pour que ce sujet soit mis sur la table
01:49et qu'il puisse y avoir une ressource affectée pour ce faire.
01:52Donc, votre analyse aujourd'hui, c'est ce que nous avons pu assumer pendant très longtemps.
01:55Aujourd'hui, on ne peut plus l'assumer.
01:57Et c'est le cas, en tout cas, du réseau routier. Je vous ai bien compris.
02:00Absolument. La charge est trop lourde aujourd'hui.
02:01Mais, pardon d'insister, mais je conduis à peu près toute l'année sur les routes de France.
02:06Et je trouve qu'elles sont très bonnes, nos routes.
02:07Alors, vous avez le droit de me dire que je suis un Parisien, pro gâté avec son périphérique.
02:11Je vous dirais que ça dépend sur quelles routes vous conduisez.
02:13Sur les autoroutes, ils sont très bien entretenus.
02:15Sur les routes nationales, c'est plus relatif.
02:18Et puis, il y a aussi les départements.
02:19Mais, encore une fois, nous parlons des routes des communes et des intercommunalités,
02:22les plus petites, mais celles qui représentent le plus grand nombre de kilomètres de réseau.
02:26C'est vraiment le réseau souvent secondaire.
02:28Et notamment, il y a aussi évidemment des disparités entre les communes,
02:31entre une grande agglomération urbaine et des zones plus rurales.
02:34Ce n'est pas la même chose.
02:34Et paradoxalement, plus la commune est petite, plus son réseau est étendu
02:37et plus la charge est lourde en proportion.
02:39Et c'est aussi cela le sujet.
02:41Nous avons des collègues qui sont en plein désarroi sur cette question.
02:44Comment expliquez-vous cette dégradation de notre réseau routier ?
02:47À qui la faute, finalement ?
02:48C'est un modèle qui n'a pas été suffisamment construit et équilibré
02:53et sur lequel le temps fait son œuvre.
02:54Puisqu'il y a besoin maintenant de plus intervenir que par le passé.
02:58Parce que d'abord, nous avons trop attendu avant de faire des entretiens structurants, lourds.
03:02Je prends l'exemple des ouvrages d'art.
03:03Les ponts, les murs de soutènement se dégradent depuis des décennies.
03:06Et maintenant, lorsqu'il faut intervenir, c'est très lourd et c'est donc très coûteux.
03:10Et puis, le deuxième sujet, c'est la question du changement climatique
03:13qui fait que nous voyons bien les évolutions sur les voiries.
03:15Il y a des fissures, il y a des glissements de terrain, il y a des inondations.
03:18Donc, il faut intervenir de manière plus forte qu'avant et beaucoup plus fréquemment.
03:21Et donc, tout ça a un coût.
03:22Et plus nous attendons, plus le coût de réparation est important.
03:25Quelles sont les dégradations les plus fréquentes, les plus dangereuses que vous retrouvez ?
03:30Vous avez des routes qui guibougent.
03:32Nous voyons des fissures apparaître au début et puis ensuite, c'est un petit glissement de terrain.
03:36Nous pouvons avoir des morceaux de route qui partent.
03:38Et donc, après, il faut refaire des structures de voirie, des murs de soutènement.
03:41Et donc, ce sont des interventions beaucoup plus lourdes qui peuvent parfois couper la voirie.
03:44Donc, ça peut avoir des conséquences pour nos habitants.
03:46Et qui, bien sûr, coûtent fort cher à mener comme travaux,
03:49qui souvent demandent des études préalables.
03:51Parfois même des autorisations administratives, environnementales, etc.
03:54C'est de plus en plus complexe d'intervenir.
03:56Il ne suffit pas juste de venir reboucher un trou au goudron, malheureusement.
03:59Ça peut arriver, mais il n'y a pas que ça.
04:01Est-ce que vous pensez que des morts sur les routes sont dues aujourd'hui
04:03à cet état de déliquets de sens que vous semblez décrire ?
04:08Je n'irai pas jusque-là parce que nous sommes pour la plupart des gens responsables.
04:12Et donc, lorsque nous voyons qu'une voirie est trop menacée
04:14et que nous ne sommes pas en capacité de la réparer tout de suite,
04:16nous en sommes responsables.
04:18Donc, nous prenons des mesures de fermeture, de déviation, d'allègement de trafic,
04:21de limitation de tonnage, d'alternat.
04:23Et donc, nous faisons évidemment des éléments préventifs
04:26pour ne pas mettre les usagers en insécurité.
04:27Et pourtant, en juin 2024 à Roubaix, il y a une jeune femme de 36 ans qui est décédée,
04:32écrasée par un camion après être tombée de sa trottinette.
04:34Une chaussée dégradée serait à l'origine de sa mort, selon sa famille.
04:38Et craignez-vous d'ailleurs que ce genre de drame se reproduise ?
04:40Alors, ça peut évidemment arriver et ça peut être un risque
04:43si nous ne faisons rien, effectivement,
04:45et si nous ne nous donnons pas des moyens plus structurels pour pouvoir intervenir.
04:48C'est un risque, mais on ne peut pas dire aujourd'hui que c'est non plus une généralité.
04:51Et dans ce cas-là, dans ce cas dramatique de cette jeune femme,
04:56est-ce que la responsabilité d'un maire peut être engagée ?
04:58Bien sûr, ne vous inquiétez pas.
05:00Tous ceux qui cherchent des responsabilités commencent toujours par se retourner
05:03contre le maire, contre la collectivité, l'intercommunalité.
05:07Et quoi qu'il en soit, nous engageons notre responsabilité.
05:09C'est pour ça que nous tirons aujourd'hui la sonnette d'alarme,
05:12parce que nous ne pouvons pas faire face seul à un tel niveau d'importance.
05:15D'abord pour nos usagers au quotidien, parce que c'est aussi leur élément pour se déplacer,
05:19et parce que ça engage notre responsabilité.
05:21Quelle est l'urgence, là ? Qu'est-ce qu'il faut faire tout de suite, selon vous ?
05:25Ce qu'il faut faire tout de suite, encore une fois,
05:26c'est ne plus laisser un certain nombre de collectivités toutes seules,
05:29dans le désarroi, démunies par rapport à leurs moyens,
05:32qui ne sont plus en capacité d'intervenir.
05:33Il faut affecter des ressources, très clairement construire ce modèle de financement.
05:37Nous avons fait des propositions sur ce sujet.
05:39Il pourrait y avoir une partie de la recette des concessions des péages d'autoroutes
05:43qui pourraient être affectées aux communes, aux intercommunalités.
05:45Nous souhaitons aussi pouvoir bénéficier de la recette des amendes de police de circulation.
05:49Nous mettons, via nos policiers municipaux, nos gardes-champettes des amendes,
05:52mais nous n'en touchons pas à la recette qui revient à l'État.
05:54Ça, les Français le savent peu.
05:56J'imagine que nous remplissons nos caisses de cette manière-là.
05:58Ce n'est pas le cas, parce que c'est le système administratif français.
06:01Il serait logique que là où nous verbalisons, nous puissions encaisser l'amende
06:04pour l'utiliser, pour entretenir les voiries.
06:05Et nous faisons aussi une autre proposition.
06:07C'est tout ce que nous appelons les concessionnaires réseau
06:10qui interviennent sur les voiries pour les réseaux d'électricité, de téléphone, de gaz, de fibre,
06:14qui interviennent, c'est normal, qui rebouchent souvent,
06:16mais qui ne surent pas les réparations de structures de chaussée
06:18qui nous incombent, in fine.
06:20Et donc, nous pensons qu'ils pourraient aussi mieux contribuer
06:21pour pouvoir participer aux travaux de rénovation.
06:24Chaque année, l'État perçoit plus de 50 milliards d'euros liés à la route.
06:28Quelle est la partie qui revient en collectivité pour améliorer le réseau ?
06:30Absolument aucune.
06:31Aucune ?
06:32Aucune.
06:32Les communes, les intercommunalités ne touchent rien.
06:34Les départements ne touchent rien.
06:35Et c'est le problème de 95% de cette recette qui reste aujourd'hui dans les caisses de l'État
06:39ou qui est réaffectée en partie pour les besoins de l'État,
06:42par exemple sur un certain nombre de travaux d'infrastructure,
06:44mais dont ils les pilotent.
06:45Et les collectivités n'ont aucune ressource affectée
06:48alors qu'elles ont encore une fois l'immense majorité du réseau en responsabilité.
06:51Et c'est cela que nous dénonçons aujourd'hui,
06:53sur lequel il nous faut trouver une solution viable.
06:56Concernant l'état des routes de nos voisins,
06:58est-ce que vous avez fait des études ?
06:59Est-ce que vous vous êtes penché sur ce sujet ?
07:02Pour comparer, peut-être ?
07:03Oui, le modèle est très différent parce que vous avez des pays
07:05où la situation est beaucoup plus décentralisée,
07:08elle est fédérale,
07:09où il y a évidemment un modèle de financement propre à l'État fédéré.
07:12Ce que nous n'avons pas.
07:13Nous avons fait une décentralisation,
07:15ce qui est intéressant sur un certain nombre de sujets,
07:17mais nous n'avons pas mis en face la réforme des financements
07:19pour les compétences que nous donnons.
07:21Et c'est tout le problème de notre pays.
07:22Nous ne pouvons pas continuer éternellement à transférer les responsabilités
07:25sans avoir en face les ressources affectées.
07:27Et je crois que là, nous sommes au cœur de ce sujet
07:29et que c'est vraiment la limite qui est touchée.
07:30Une dernière question, est-ce que vous faites confiance à l'équipe Bayrou pour entendre votre appel ?
07:34Écoutez, nous participerons à la conférence de financement,
07:36nous ferons nos propositions.
07:38J'espère que vous êtes en contact avec eux.
07:39Oui, oui, nous allons évidemment faire remonter cela,
07:41c'est l'objet de cette conférence,
07:42mais nous en attendons des solutions, des réponses concrètes,
07:45pas juste un grand débat, une grande discussion de tour de table comme on peut en connaître.
07:48Il faut maintenant que nous avançons.
07:49Ça commence le 5 mai.
07:51Le 5 mai, le grand débat commence ?
07:52Oui, à Marseille.
07:53Vous reviendrez nous voir à la fin de vos travaux ?
07:55Avec plaisir.
07:56Merci infiniment Sylvain.
07:57Merci à vous.
07:58La première de Saint-Martin-le-Vinou en Isère
08:00est vice-président de la commission transport à l'AMF,
08:02l'association des maires de France.
08:04Il est 18h51, dans un instant,
08:06le meilleur de Marc-Antoine Lebrette,
08:08avec le Breaking News.
08:09Yves Calvi et Agnès Bonfillon
08:11RTL Soir
08:14Merci à vous.
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