00:00Elle sort de l'académie française, elle marche sur le pont des arts,
00:03elle évoque Charles Aznavour, artiste en son temps,
00:06mis de côté parce qu'il triturait la langue,
00:10mis de côté pour ses origines, victime de racisme,
00:12moqué sur son physique également.
00:14C'était la meilleure conclusion possible pour faire taire les critiques.
00:26Dja Dja, qui est probablement le plus grand tube de la carrière d'Aïa,
00:29aurait pu ne pas avoir le jour.
00:30Déjà parce qu'elle, au départ, elle l'enregistre sur une instrumentale un peu différente,
00:35qui ne lui plaît pas trop, un truc un peu plus zouk.
00:37Les compositeurs se mettent à retravailler quelque chose,
00:39mais ils ne sont pas super motivés.
00:41Ça donne un morceau, le morceau Dja Dja, mais elle, elle n'est pas super convaincue.
00:45L'entourage lui dit non, mais si c'est bien, etc.
00:47Et puis, c'est devenu le raz-de-marée qu'on connaît.
00:50Mais c'est vrai qu'elle craignait un peu l'image que ça allait renvoyer d'elle.
00:54L'ironie du sort, c'est qu'encore 5-6 ans plus tard,
00:57il y a malgré tout des détracteurs qui continuent à lui ressortir les paroles de Dja Dja
01:01pour lui dire qu'il y a trop de vulgarité,
01:04alors que ce n'est pas si vrai que ça,
01:05puisque, mine de rien, les mots ne sont pas très crus, les mots ne sont pas très directs.
01:08Elle trouve des mots, comme le mot kachana,
01:10qui est un mot presque inventé, pour qualifier une position sexuelle.
01:14Voilà, ce n'est même pas si vulgaire que ça dans les termes, en réalité.
01:28Dans le clip de Pookie, elle fait venir des grandes figures du voguing,
01:33qui est à la fois un mouvement de danse,
01:36un mouvement presque socio-culturel qui est né dans les bas-fonds aux Etats-Unis
01:40et qui est devenu une danse, un mouvement artistique associé à la communauté queer LGBT.
01:47Il y a un rapprochement communauté queer et Aya dans l'affirmation de soi-même,
01:52dans le fait de s'assumer complètement.
01:54Aya renvoie cette image-là.
01:56Forcément, c'est des problématiques qui touchent la communauté queer.
01:59Cette femme qui n'en a rien à faire des critiques, qui assume son corps,
02:04son corps qui n'était pas dans les standards au moment où elle arrive,
02:07n'a jamais caché qu'elle voulait faire beaucoup de musique pour la fête.
02:11La fête, c'est une dimension importante de la communauté queer aussi.
02:14Et donc, je pense que tous ces paramètres-là se rejoignent et il y a eu une belle adhésion.
02:19Voici Yaka Nakamura.
02:21Aya Nakamura, ça peut être peut-être plus compliqué à dire que Julien Clerc.
02:25D'accord. Mais ce n'est pas non plus si compliqué que ça.
02:27Et en fait, on a beaucoup reproché à Aya après d'avoir pris la parole sur ses réseaux
02:33et d'avoir exprimé son mécontentement.
02:35Et je pense qu'un des premiers malentendus entre une partie du public et Aya est né à ce moment-là.
02:40C'est quelqu'un qui est elle-même, qui n'a pas choisi de se polisser particulièrement
02:45dans cette industrie du showbiz qui, pour le coup, elle, est très lisse.
02:49Et on lui en a voulu comme si c'était elle qui était en tort d'être impulsive.
02:53Et donc, je pense qu'il y a beaucoup de choses qui se sont jouées avec cet épiphénomène au départ.
02:57En fait, c'était très symbolique de beaucoup de choses.
02:59On avait du mal à comprendre ce phénomène qui arrivait.
03:02On avait presque un peu envie de le rejeter ou de ne pas le considérer à sa juste valeur.
03:05Pour la suite, elle a compris qu'elle ne s'en fasse pas trop des critiques
03:07parce que tout le monde allait lui tomber dessus à la moindre prise de parole.
03:18C'est très intéressant le rapport d'Aya à la mode parce qu'elle a fait des études de stylisme,
03:23qu'elle a arrêtées rapidement.
03:24Et après, elle a voulu se lancer un peu dans le mannequinat.
03:26Elle lui a rapidement fait comprendre que ses formes étaient un peu trop généreuses pour les standards.
03:31Et elle, elle a tout de suite eu le réflexe de se dire
03:33« Mais moi, je ne vais pas changer, en fait. Je ne vais pas maigrir plus.
03:36Moi, je me sens bien comme je suis. »
03:37Elle commence sa carrière musicale.
03:39Et c'est là où on voit qu'elle peut être revancharde
03:41et que ce n'est pas parce qu'elle ne s'est pas exprimée sur quelque chose que ça ne lui a pas fait du mal.
03:45Parce que quand elle fait un featuring avec Dame So,
03:48le refrain, c'est « mannequin, mannequin sans forcer ».
03:54Elle est Gérie Lancôme aux côtés de Julia Roberts et Penelope Cruz.
03:57Elle est au Met Gala.
03:58Elle est parfaitement acceptée dans ces cérémonies prestigieuses-là.
04:02Elle a complètement gagné.
04:13La prestation d'Aya, c'est la plus grosse audience de la télévision française.
04:16Je trouve que ce moment était parfaitement symbolique
04:19au sens où il est venu conclure toute la séquence de polémiques
04:22qui avait entouré sa participation au JO.
04:24Elle sort de l'Académie française.
04:26Elle marche sur le pont des Arts.
04:28Elle évoque Charles Aznavour, artiste en son temps mis de côté
04:32parce qu'il triturait la langue, mis de côté pour ses origines,
04:36victime de racisme, moqué sur son physique également.
04:39Elle reprend donc Charles Aznavour avec des paroles parfaitement adaptées
04:42qui font référence aux polémiques.
04:43Elle est rejointe par la garde républicaine, symbole absolue de l'État.
04:47C'était la meilleure conclusion possible pour faire taire les critiques, en fait.
04:52Sous-titrage Société Radio-Canada
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