00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Il est 18h43, bonsoir Père de Yong, merci de nous rejoindre.
00:08Vous êtes ancien colonel des troupes de marine, vous avez aussi été aide de camp de deux de nos présidents de la République, François Mitterrand et Jacques Chirac.
00:14C'est une invraisemblable faille de sécurité qui fait scandale aux Etats-Unis.
00:20Le rédacteur en chef du prestigieux magazine The Atlantic révèle avoir été inclus par inadvertance
00:25dans un groupe de discussion ultra-confidentielle sur la messagerie cryptée.
00:29Signal parmi les membres de ce groupe, le chef de la diplomatie américaine, le directeur de la CIA ou encore le vice-président,
00:35le G. Davens, au cœur des discussions a un plan d'attaque contre les rebelles houthis au Yémen
00:40et la Maison Blanche a confirmé l'authenticité de ces messages.
00:43Des plans militaires divulgués aussi facilement, comment est-ce possible Père de Yong ?
00:47En fait c'est pas possible, c'est juste une bourde énorme.
00:51Je pense que le gouvernement américain est en train de rattraper le coup comme on dit.
00:55Parce qu'en fait c'est une bourde.
00:56Très concrètement on sait que c'est Michael Valls qui est en fait le conseiller à sécurité nationale
01:01qui connaît probablement Jeffrey Goldberg qui est ce grand journaliste de The Atlantic qui est très connu.
01:06Et en fait il le connaît, il l'a intégré.
01:08Et je pense qu'il s'est trompé de nom.
01:09Parce que Jeffrey Goldberg c'est un prénom et un nom qui sont plutôt communs aux Etats-Unis.
01:14Je pense qu'il s'est trompé simplement.
01:15Donc il a intégré en fait dans sa boucle de discussion, signal, il a intégré ce personnage qui pour le moment a une fonction.
01:21En fait c'est complètement incroyable.
01:23C'est une situation qui démontre quand même une forme d'amateurisme et qui est quand même relativement grave évidemment.
01:28Donc une bourde, vous le dites, ça veut dire que l'administration américaine normalement n'utilise que des canaux sécurisés pour discuter ?
01:36Bah à ce niveau-là évidemment c'est totalement interdit.
01:39On ne peut pas utiliser dans des discussions comme ça, on ne peut pas utiliser des téléphones personnels.
01:43C'est-à-dire qu'aux Etats-Unis, il y a des lois un peu comme en France, des lois qui forcent, qui obligent les fonctionnaires,
01:50quelles que soient leurs fonctions, à stocker et à enregistrer leurs conversations.
01:56Pour l'histoire, pour les vérifications, pour les contrôles qu'il pourrait y avoir.
01:59Donc tous les systèmes sont comme ça, on contrôle et on vérifie les communications.
02:03Là on est vraiment dans l'informel total, les gens discutent, s'amusent et blaguent.
02:07D'autant qu'au-delà des détails qui ont été donnés sur l'armement, sur les cibles, sur le moment où l'opération se mènerait,
02:14rappelons-nous, ils ont également critiqué les Européens, qui traitent de profiteurs pathétiques.
02:19Les échanges entre les hauts responsables américains rendus publics sont littéralement stupéfiants.
02:24Est-ce qu'on peut parler d'amateurisme au plus haut sommet de l'État, de la plus grande puissance militaire mondiale ?
02:30Très concrètement, ces gens sont arrivés au pouvoir il y a à peu près deux mois.
02:34On voit qu'aujourd'hui il y a une forme d'accumulation de problématiques, mais celle-là elle est très grave.
02:38Parce qu'on voit que c'est une espèce de groupe d'amis, de groupe de copains,
02:42qui discutent et qui s'amusent et qui racontent leurs histoires.
02:45Là le problème c'est la paix et la guerre, c'est la destruction, c'est l'envoi de missiles,
02:49donc on est sur un sujet qui est extrêmement grave.
02:51Donc on ne peut pas comprendre pourquoi il y a un tel amateurisme à ce niveau-là.
02:54D'autant que tout le gratin du pouvoir américain est dans cette boucle Signal.
02:59Parce qu'ils considèrent que Signal c'est un truc crypté, qui est performant.
03:08Mais c'est incroyable de faire ça, d'autant que c'est totalement interdit par la loi,
03:11et théoriquement il devrait y avoir une enquête et des sanctions, bien évidemment.
03:14On ne peut pas imaginer que ce soit une mise en scène ?
03:17Ah non, non, c'est presque impossible.
03:19D'autant qu'à l'heure où on parle, le gouvernement américain a reconnu l'erreur, reconnu la bourde.
03:24C'est une bourde, c'est juste une erreur d'amateur.
03:28J'imagine que cette bourde préexistait au moment des élections.
03:32Par exemple, ça se fait souvent, les hommes politiques ont des messages cryptés,
03:37dans lesquels on discute, etc.
03:39Donc je pense que c'est un groupe qui préexistait au moment des élections,
03:44et qui a continué de fonctionner.
03:47Et on racontait sa vie, on posait des questions.
03:49En fait, on est vraiment dans un monde parfaitement amateur, et ça c'est très grave.
03:52Le président américain a qualifié l'événement de pépin sans gravité.
03:56C'est peut-être ce qu'il y a de plus inquiétant, en tout cas c'est ce que je me dis en vous écoutant dans cette interview, non ?
04:00Qu'il traite ça avec autant de légèreté.
04:03Oui, alors avait-il le choix ? Parce qu'en fait tous ses collaborateurs sont dedans.
04:06Son vice-président, Radcliffe qui est le patron de la CIA,
04:11évidemment Gillivance qui est son vice-président, etc.
04:13qui est également son ministère de la Défense.
04:15Il y a Witkow qui est le grand négociateur en Ukraine et au Moyen-Orient.
04:19Donc on a des personnages totalement éminents.
04:21C'est le très très haut du panier du gouvernement américain.
04:24Et c'est ça qui est incroyable, que ces personnages n'aient pas été formés à la limite pour conserver le secret,
04:31ou en tout cas rentrer dans un cadre qui permet quand même d'avoir un minimum de sérieux.
04:36Parce que là ça ne fait vraiment pas sérieux.
04:38Ça ne fait pas sérieux, on en parle beaucoup.
04:41Et d'ailleurs la Maison Blanche dénonce maintenant une tentative coordonnée de diversion politique.
04:47La ficelle est un peu grosse d'ailleurs.
04:49La meilleure défense c'est l'attaque de toute façon.
04:52A-t-on déjà vu une faille de sécurité de cette envergure dans un grand pays démocratique ?
04:58Non, on peut dire que c'est la première fois.
05:00C'est vrai que, rappelons-nous, Mme Clinton avait eu ce genre de problème à l'époque où elle était aux affaires.
05:04Elle avait eu ce genre de problème, elle avait été attaquée, elle avait été jugée.
05:07Donc ça avait été extrêmement douloureux.
05:09Mais là aujourd'hui on sait que les procureurs qui devraient traiter ce sujet ont été nommés par Trump.
05:14Donc il n'y a quasiment aucune chance qu'il y ait des mesures conservatoires.
05:17D'où aujourd'hui la stratégie du gouvernement américain qui est de minimiser l'opération
05:22en disant qu'effectivement l'opération a été divulguée à un grand journaliste
05:26qui lui-même a dû être incroyablement étonné quand il a vu toutes ces informations qui arrivaient sur son portable.
05:31Il a dû imaginer qu'il était manipulé.
05:33C'est incompréhensible quelque part.
05:36Et c'est vrai qu'en fait il a communiqué autour de cette incompréhension.
05:39Et là ça a révélé le sujet.
05:41Mais encore une fois il ne se passera rien parce que ce gouvernement est jeune.
05:44Il est totalement libéré quelque part.
05:47On voit bien que c'est un gouvernement qui est totalement libéré.
05:49Et donc en fait il ne va rien se passer et ça va s'éteindre doucement.
05:52Mais c'est vrai que ça révèle un amateurisme complètement sidérant.
05:56Est-ce qu'une telle situation pourrait se produire chez nous en France ?
05:59Peut-être que ça s'est déjà produit d'ailleurs.
06:02Alors j'ai envie de vous dire non.
06:05Mais en fait j'ai envie de vous dire lui aussi.
06:07C'est un problème humain, bêtement humain.
06:09Et puis voilà, on est tous sur des boucles WhatsApp, des boucles signal.
06:13Donc ça peut arriver.
06:14Le problème, je pense qu'ils se sont trompés.
06:15Non, bien évidemment, Valls n'a pas voulu mettre un journaliste dans la boucle.
06:19C'est évidemment impensable.
06:21Mais par contre il y a une forme de rapidité dans la décision.
06:24Il a un pote qui s'appelle Goldberg quelque part.
06:26Il n'a même pas regardé le nom et puis il l'a mis sur la boucle.
06:28En fait ça peut arriver en France.
06:29Mais évidemment ça peut arriver.
06:30Encore une fois, toutes les discussions privées par téléphone sont interdites.
06:35Mais moi je me rappelle avec Jacques Chirac.
06:36Jacques Chirac téléphonait sans arrêt.
06:38Et il téléphonait sur son téléphone perso.
06:40Et moi j'ai vu le gouvernement JP2 se faire au téléphone près de l'ambassade américaine
06:45qui écoutait tout.
06:46Donc je lui disais, monsieur le président, on ne peut pas faire ça.
06:48Donc on voit qu'aujourd'hui, on est informé de ces problèmes-là.
06:50A l'époque Jacques Chirac, en 1995, il ne savait pas.
06:53Aujourd'hui, on le sait.
06:54Donc encore une fois, ce genre de situation peut effectivement arriver.
06:58Mais on est quand même aujourd'hui parfaitement informé quand même.
07:00Extraordinaire parce qu'on l'imagine tellement Jacques Chirac avec son téléphone en 1995.
07:04Comment font nos ministres aujourd'hui pour échanger, discuter ?
07:08Ils respectent des consignes de sécurité ?
07:09Il me semble qu'ils utilisent beaucoup les messageries type WhatsApp ou Telegram.
07:13Alors normalement, il y a des téléphones cryptés pour les ministres.
07:15Ils ne sont pas autorisés en fait à communiquer avec leur téléphone perso.
07:18Mais bien évidemment, ils le font.
07:20On sait que le président Macron a fait sa campagne sur Telegram par exemple.
07:23Et les Telegram, c'est les russes.
07:24Donc on sait très bien que tous les messagers cryptés sont utilisés par les hommes politiques et H24.
07:28C'est plus simple, ça va vite, etc.
07:31Le problème, c'est qu'il n'y a pas d'archives non plus.
07:32Quand il y a des décisions, quand il y a des discussions extrêmement importantes.
07:35Là, un exemple sur l'affaire du bombardement des Houthis au Yémen.
07:39Il faut laisser des traces pour l'histoire tout simplement.
07:41Pour vérifier la véracité, les effets.
07:44Qui prend la décision ?
07:46On ne peut pas faire ça.
07:47D'autant qu'en fait, on voyait que dans cette boucle de discussion, tout le monde plaisantait.
07:52C'est un groupe de potes en fait.
07:54Ils discutaient, ils racontaient leurs vies.
07:56Merci infiniment Père de Yonc.
07:58Je souris, mais en fait la situation est peut-être assez grave.
08:00Ancien colonel des troupes de marine, cofondateur de l'Institut Thémis.
08:03Votre livre « Putin, Lord of War » est paru aux éditions marins.
08:06Merci de nous avoir éclairé ce soir sur RTL.
08:09Dans un instant, un homme qui n'a rien de confidentiel.
08:12Il est en libre accès tous les soirs sur RTL.
08:14Il s'appelle Marc-Antoine Lebrun.
08:16Pour le Breaking News.
Commentaires