00:00Imaginez que l'État ait accès à votre historique Internet.
00:05Oui bon, je sais, déjà ça fait peur,
00:07mais en plus, imaginez que si vous faites les mauvaises recherches,
00:10on puisse vous mettre sous surveillance.
00:12Mardi 1er avril, l'Assemblée nationale s'apprête à voter une proposition de loi
00:15visant à sortir la France du piège du narcotrafic.
00:18On l'appelle la loi Narcotrafic.
00:20Et dans cette proposition de loi, on trouve l'article 8.
00:23Il vise à étendre l'utilisation de boîtes noires aux crimes organisés
00:25pour le trafic d'armes, de stupéfiants
00:27et le blanchiment des produits qui en sont issus.
00:29Mais alors, c'est quoi ces boîtes noires ?
00:32Eh bien, ce sont tout simplement des dispositifs
00:35utilisés pour la surveillance algorithmique.
00:39Bon, imaginez un gros aspirateur.
00:41Imaginez vraiment.
00:42Ce gros aspirateur va collecter les données Internet ou téléphoniques
00:45de tous les Français.
00:46Elles vont ensuite être filtrées par des algorithmes,
00:48les fameuses boîtes noires.
00:49On sait que, légalement, elles peuvent analyser les métadonnées.
00:52Donc, qui parle à qui ?
00:54Quelle adresse IP se connecte à tel site ?
00:58Ce que recherchent ces boîtes noires,
01:00c'est un signaux faible des connexions,
01:04des comportements qui seraient suspectes.
01:06Mais ces algorithmes ne vont pas rechercher
01:09des personnes en particulier.
01:11Il s'agit d'une analyse d'un réseau de télécommunication.
01:13Ce qui fait que toute personne qui va utiliser
01:15ce réseau qui est en train d'être surveillé
01:17va se retrouver surveillée,
01:18qu'elle soit suspecte de près ou de loin.
01:21Si ces algorithmes détectent un comportement suspect,
01:24le renseignement peut demander l'identification
01:26de la personne concernée,
01:27avec une autorisation du Premier ministre.
01:29Les données qui ne sont pas retenues par ces boîtes noires
01:31sont censées être directement détruites.
01:33Donc oui, vous allez être observés,
01:35mais pas de panique, c'était déjà le cas.
01:37Cette surveillance généralisée a été introduite
01:40dans la loi renseignement de 2015.
01:42D'abord de manière provisoire,
01:43avant d'être pérennisée en 2021.
01:45Si elle devait se limiter à l'antiterrorisme,
01:47elle a ensuite été étendue aux ingérences étrangères en 2024.
01:50Selon les informations de Libération,
01:52il existerait 5 boîtes noires en utilisation,
01:54toutes destinées à l'antiterrorisme.
01:56Et ces boîtes noires,
01:57qui pourraient être bientôt utilisées
01:58contre le crime organisé,
01:59elles posent un sacré problème.
02:01Ces boîtes noires sont une surveillance de masse.
02:04On parle d'une atteinte particulièrement disproportionnée,
02:07non seulement au droit à la vie privée,
02:09il y a également un problème
02:10en termes de liberté d'expression,
02:11puisque quand on se sait surveillé,
02:13eh bien on modifie son comportement.
02:15On assiste ici à un véritable cliquet sécuritaire.
02:18En 2015, on nous présentait ça
02:20pour lutter contre le terrorisme.
02:22Maintenant, on étend ça à la délinquance,
02:26à la criminalité organisée.
02:28Et évidemment qu'à l'avenir,
02:29les services de renseignement demanderont encore plus.
02:31Même les deux sénateurs qui portent la loi narcotrafic
02:34le reconnaissent.
02:35Dans leur rapport d'enquête,
02:36qui a inspiré la proposition de loi,
02:37Jérôme Durin et Étienne Blanc écrivent
02:39que la technique est particulièrement invasive
02:41et s'apparente à une surveillance de masse.
02:43Surtout qu'on n'est pas sûr que ce soit vraiment utile.
02:46La loi narcotrafic n'a bénéficié d'aucune étude d'impact
02:49et le dernier rapport du gouvernement sur les algorithmes
02:51paru en 2024 est classifié.
02:53Seuls huit parlementaires y ont eu accès.
02:55Les députés s'apprêtent donc à voter une mesure
02:57dont ils n'ont aucune idée de l'efficacité.
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