00:00Le livre était glaçant, moi je vous avais reçu au moment du livre,
00:02mais quand on voit en image, avec la reconstitution, avec les acteurs,
00:06ce qui se passait à l'intérieur d'Orpéa,
00:09à l'intérieur des chambres avec ces personnes âgées qui étaient livrées à l'abandon,
00:14on voit en image les maltraitances, les sévices,
00:18on voit la bouffe, pardon de le dire,
00:21je le dis comme ça parce que la nourriture était tellement rationnée
00:25qu'on voit un demi-steak avec trois haricots,
00:28c'est ça qu'on donnait à manger,
00:29parce que ça coûte cher, parce qu'il faut la rentabilité,
00:32et puis ce qu'on voit je trouve encore plus que dans le livre,
00:35à l'image, c'est l'odeur,
00:37vous parlez de l'odeur de pisse partout parce qu'il n'y avait pas de personnel,
00:40non mais franchement c'est un documentaire qui vous scotche par sa puissance
00:46et qui montre aussi comment les salariés étaient brisés intérieurement,
00:50et notamment, on va l'écouter, Laurent Garcia le premier qui va vous contacter,
00:55ancien cadre infirmier chez Orpéa,
00:57il dit j'ai fait mon boulot comme une merde,
01:00j'ai passé huit mois à avoir envie d'hurler comme un dingue,
01:02ça me rendait fou.
01:04À un moment, je baisse les bras et je dis je veux partir,
01:09et la directrice régionale me dit bon d'accord Laurent,
01:12va te reposer pendant douze jours, je règle ça et il n'y aura pas de souci,
01:17et en fait pendant ces douze jours ils ont monté un petit truc contre moi,
01:22du coup je me suis fait virer de chez Orpéa pendant deux mois,
01:27mais véritablement pendant deux mois je suis resté enfermé chez moi,
01:31en pyjama, allongé sur le canapé, en me disant que j'étais une merde.
01:36Laurent il représente bien ce qu'ont vécu les salariés de ce groupe,
01:40c'est-à-dire à un moment vous êtes dégoûté par ce que vous faites,
01:43vous êtes dégoûté vous-même.
01:44On pouvait plus regarder dans la glace.
01:45Bien sûr, il y a ça, il y a plein d'exemples,
01:49mais ça montre à quel point ils ont tué aussi le métier en général.
01:53Il y a l'exemple, vous parliez de l'odeur tout à l'heure,
01:55il y a l'odeur de l'œuf pourri, j'en parle à un moment dans le documentaire,
01:58parce qu'à un moment ils employaient la technique d'optimisation des coûts,
02:02notamment sur la nourriture,
02:03qu'il ne fallait pas dépenser plus de 4 euros par jour et par résident,
02:06donc c'est un euro par repas.
02:08Donc vous avez des cuisiniers qui me racontent
02:11qu'ils se retrouvent à travailler chez Orpéa
02:13et à devoir le soir peser chaque aliment,
02:15et Guillaume Gobel raconte qu'il coupe le steak haché en deux
02:18parce qu'il ne peut pas donner un steak haché entier à un pensionnaire.
02:22Donc il est dégoûté par ça.
02:24Et ça va aller tellement loin que les taux de dénutrition
02:28des résidents d'Orpéa explosent.
02:30Ah ok, alors…
02:31Et du coup, c'est catastrophique pour l'image d'Orpéa,
02:35et c'est catastrophique aussi pour le business,
02:37parce qu'il faut que les résidents, quand même, durent,
02:39parce qu'ils rapportent de l'argent.
02:40Et alors, quelle est l'idée ?
02:41Et donc, ils réfléchissent pendant des mois,
02:45et donc au début ils vont se dire, tiens, on va rajouter du kiri,
02:50parce que le kiri c'est hyper protéiné,
02:52et donc on va pouvoir rattraper les taux de dénutrition.
02:55Le problème du kiri, c'est qu'il faut l'acheter.
02:58Ça coûte cher le kiri.
02:59Et donc ils ont une nouvelle idée, qu'on raconte dans le documentaire,
03:02et c'est pour vous dire comment ça vous saisit après,
03:04quand vous êtes cuisinier chez Orpéa, et comment vous êtes dégoûté.
03:07On va leur dire de mettre de la poudre,
03:09ça s'appelle protipulse, de la poudre hyper protéinée,
03:12qui évidemment est remboursée par la Sécu,
03:14parce que toute l'histoire d'Orpéa,
03:15c'est comment on chope le plus possible d'argent public.
03:18Et donc on va forcer les salariés,
03:20on va forcer les cuisiniers d'Orpéa,
03:22à balancer du protipulse dans les soupes, dans les potages.
03:26Qui puent ensuite, et d'où l'odeur d'œufs pourris.
03:30Ça devient immangeable.
03:32Et donc c'est comme ça qu'il va y avoir des résidents,
03:35et notamment pendant le Covid,
03:36qui se retrouvent avec des plateaux qu'ils ne touchent pas.
03:40Les taux de dénutrition vont encore exploser.
03:41Il y a des syndromes de glissement qui vont jusqu'au décès.
03:45Et ce qui est passionnant,
03:46ce qui était très dur à faire dans cette enquête,
03:48et c'est tout le sujet des enquêtes judiciaires qui sont en cours,
03:51c'est que vous pouvez prouver
03:54qu'il y a eu des pratiques de détournement d'argent public.
03:56Où on est allé enlever des postes de soignants payés par l'argent public.
04:00Vous pouvez prouver tout le système financier.
04:03Vous pouvez prouver les maltraitances.
04:06Il faut faire le lien juridique de la responsabilité de ces dirigeants.
04:11Yves Le Manne, le DG, Jean-Claude Brodang,
04:13celui qui coupait les coups partout.
04:15Le docteur Marian qui a fondé l'entreprise,
04:17Le Big Boss, ce que vous appelez la Sainte Trinité,
04:19c'est les trois qui sont présumés innocents.
04:21Alors on parle, mais bon, ils sont mis en examen
04:24et les affaires sont en voie de jugement.
04:27C'est passionnant même juridiquement de savoir comment ces trois-là
04:31vont être...
04:32On va poursuivre leur responsabilité même pénale
04:35pour savoir si leurs pratiques financières ont eu des incidences
04:39et ont pu entraîner des décès dans les épannes.
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