00:00On va parler à présent du tour de force de Karine Lemarchand au Salon de l'agriculture.
00:05Karine Lemarchand, on la connaît tous, animatrice de L'Amour est dans le Pré sur M6.
00:09Elle a réussi à mettre presque tous les distributeurs autour de la table et de mettre en place une charte,
00:16une charte avec ses distributeurs pour favoriser les agriculteurs.
00:21Bonjour, Karine Lemarchand. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:25Bonjour.
00:25Je voulais qu'on détaille un petit peu ce que contient cette charte. Déjà, un premier point.
00:30Vous nous dites que les agriculteurs en difficulté pourront vendre directement leurs produits en grande surface.
00:35C'est le premier point sur lequel vous vous êtes mis d'accord avec les distributeurs aujourd'hui ?
00:42Oui, absolument, avec nos cinq partenaires, Auchan, Casino, Intermarché, Carrefour et Coopérative U.
00:50Les petits producteurs qui ont moins de deux salariés hors saisonniers,
00:55qui transforment évidemment leurs produits, qui se déclarent en difficulté,
01:00vont pouvoir ouvrir la porte des magasins partenaires à moins de 100 kilomètres de chez eux.
01:06Ça peut faire quand même pas mal de magasins.
01:08Ils vont pouvoir vendre leur production au prix qu'eux fixent, sans négociation, sans intermédiaire, payé sous 30 jours.
01:16Et il y aura une signalétique commune dans toute la France qui s'appelle L'Amour est tout près,
01:20de façon à ce que les consommateurs puissent reconnaître les produits locaux de saison et pouvoir aider les agriculteurs en difficulté.
01:32Là-dessus, les distributeurs ont été OK dès le départ ? Ou il y a eu des réticences ?
01:40Non, pas du tout, il n'y a pas eu de réticence.
01:44Depuis le début, je les ai vus séparément et je leur ai dit qu'est-ce qu'on peut faire ensemble,
01:49concrètement, qui n'a jamais été fait, pour aider les petits producteurs, la surproduction et aussi pour les filières d'avenir,
01:55pour essayer d'enrayer le fait qu'il y ait de moins en moins d'agriculteurs en France.
02:01Alors justement, comment est-ce qu'on fait ?
02:03Effectivement, un des piliers, c'est se projeter sur l'avenir.
02:05Comment on fait pour faire face à ce manque d'agriculteurs qui s'accentue avec les années ?
02:12En fait, on va créer un observatoire des filières d'avenir avec nos partenaires,
02:18mais aussi avec la Chambre d'agriculture, les jeunes agriculteurs, la FNSEA,
02:22et déjà la région sud s'est positionnée aussi pour nous accompagner.
02:26Et depuis la base, depuis les consommateurs, en fait, on va faire remonter les filières qui risquent d'être en pénurie
02:32ou les filières qui existent dans d'autres pays mais pas encore chez nous
02:36ou qui ne peuvent pas fournir assez de viande, de fruits à coque, de fruits rouges, etc.
02:43Et en fait, on va réimplanter ces filières, mais surtout, on va pouvoir contractualiser.
02:48C'est-à-dire que dans un an, quand on reviendra au Salon de l'agriculture avec nos partenaires,
02:52on va pouvoir dire voilà, on a besoin de la filière pistache, on a besoin de tant de tonnes,
02:59et on est prêt, nous, à mettre sur la table des contrats de 3 à 5 ans
03:02avec toutes les personnes qui veulent se mettre à planter des pistachés, par exemple.
03:06— Vous parlez aussi de la problématique de la surproduction. Là-dessus, qu'est-ce qui a été décidé ?
03:12— Alors là, la surproduction, je vais avoir besoin des médias, donc je vais avoir besoin de vous.
03:15Aujourd'hui, la situation est claire. Il y a eu l'année dernière... Voilà.
03:20L'année dernière, il y a eu 6 épisodes de surproduction. La courgette, la tomate, il y a eu aussi les chalotes.
03:26Quand les prix s'écroulent, c'est qu'il y a une surproduction saisonnière.
03:30Et souvent, on est en danger parce qu'il peut y avoir aussi les pluies qui arrivent, etc.
03:35Donc pour les maraîchers qui font des denrées périssables, il y a urgence.
03:40Aujourd'hui, France Agrimaire alerte la distribution qui est tenue de vendre avec des marges réduites la surproduction.
03:49Mais les consommateurs sont même pas au courant. Donc ils voient dans un magasin une cagette de melon à 15 €.
03:55Ils ont pas forcément envie de melon ce jour-là. Et ils savent surtout pas que s'ils achètent ce melon,
03:58ils vont aider des agriculteurs français. Là, en fait, quand il y aura une alerte surproduction,
04:03on a besoin de tous les médias, télé, radio, PQR. On va faire une espèce de charte avec eux,
04:10aussi une signalétique commune. Et en fait, quand il y aura, par exemple, trop de melon,
04:15alerte surproduction, eh ben j'aurai besoin que vous. Dans les météos, dans les JT, etc.
04:21Vous disiez, voilà, allez dans vos hyper, allez acheter du melon français. On a besoin de vous.
04:26Et comme ça, en fait, les Français vont le savoir. Ils vont pouvoir aller acheter le melon.
04:31On va pouvoir écouler la surproduction. Mais surtout, comme il y aura une demande supérieure,
04:35on va pouvoir l'acheter plus cher. Alors que là, jusqu'à présent, les agriculteurs, ils vendent à perte.
04:41— Ils étaient perdants là-dessus. Quand on fait le point sur les distributeurs qui étaient présents
04:45autour de vous aujourd'hui, Carrefour, Les Mousquetaires, Auchan, Casino, Coopérative U,
04:49ils étaient quasiment tous présents. Il manquait un des grands distributeurs. Il manquait Michel-Édouard Leclerc.
04:58— Bah pourtant, écoutez, il était invité à participer. Mais il n'a pas voulu nous rejoindre. Donc je n'allais pas
05:04lui mettre un pistolet sur la tempe. — Mais comment vous l'interprétez, vous ?
05:10— Bah je l'interprète qu'il n'avait pas envie. C'est tout. Ils n'avaient pas envie d'aider concrètement
05:14les petits producteurs. Qu'est-ce que vous voulez que je dise ? J'ai pas d'autre explication.
05:20— Vous réussissez en tout cas là où il y a beaucoup de ministres de l'Agriculture qui ont échoué.
05:25J'allais dire... Est-ce que ça vous plaît de faire de la politique ? Ça vous plairait de faire de la politique,
05:30Karine Lemarchand, future ministre de l'Agriculture ?
05:35— Je pense que si j'étais dans un bord politique, d'abord, je pourrais plus faire une ambition intime.
05:39Et ensuite, je pense que j'arriverais pas à faire tout ça si j'étais politisée. C'est parce que justement,
05:44je suis neutre et sincère qu'on me suit. Ça me permet aussi d'avoir des coups de gueule. Ça me permet de dire
05:49« Non, c'est pas assez. On peut faire plus », etc., parce que j'ai pas d'intérêt, en fait.
05:54— Merci beaucoup. Merci, Karine Lemarchand. On est très contents de vous avoir mis sur BFM TV.
06:00Vous avez pu détailler ces mesures. — Moi aussi. Je continue au BFM pour suivre le projet.
06:04— Exactement. On a compris le message. Quand il y aura de la surproduction, on dira qu'il y a trop de melons
06:09dans les rayons et qu'il faut aller acheter les melons. On passera le message. Merci, Karine Lemarchand.
06:13— Oui, oui, oui. Au revoir. Merci. Au revoir. — Merci beaucoup. Yves Puget nous a rejoint,
06:18directeur des rédactions du magazine LSA, le magazine des professionnels de la consommation.
06:22Est-ce que, déjà, vous saluez la démarche de Karine Lemarchand ? — Oui, c'est une belle initiative.
06:25Alors certains disent que c'est de la communication, mais la communication, c'est pas un gros mot, d'abord.
06:30Et ensuite, ça va dans le bon sens. Après, il faut être conscient que la mise en place sera compliquée.
06:36Quand on dit tout simplement « Je vais pouvoir, je suis, j'ai que 2 salariés, mette mes frises et légumes
06:42en rayon », il faut d'abord qu'il y ait de la place. Ça va prendre la place d'autres fournisseurs.
06:47Il faudra justifier, effectivement, d'être en perte. Il faudra justifier de certaines qualités, quand même,
06:53parce que le distributeur est responsable des produits qu'il met en rayon. Et puis dernière chose,
06:58celui qui va décider, in fine, c'est le consommateur. Encore une fois, il y a les déclarations.
07:03On est tous prêts à payer plus cher pour sauver le monde agricole. Mais encore une fois,
07:07les Français se précipitent sur les prix bas, donc seront plus prêts à faire cet effort.
07:11— C'est ce que j'allais dire. Est-ce que vraiment, les Français... Alors les Français, effectivement,
07:14sur le papier, ils veulent aider les petits agriculteurs. Mais dans les faits, ils achètent toujours moins cher.
07:19Et pas toujours français, d'ailleurs. — Non. Dans les faits, le lait qui se vend le plus,
07:22c'est un lait équitable qui est... Je sais plus la marque, mais qui a été créée par des producteurs de lait.
07:28— Si je peux me permettre, il le fait croire. C'est 3% de part de marché. — En tout cas, personne ne contredit
07:33les chiffres qui sont donnés et qui ont l'air d'être... — Je vous les contredit. C'est juste... Non, non.
07:37C'est de la très bonne communication, là, entre guillemets. C'est qui le patron ? C'est 3% de part de marché.
07:41Les deux leaders ont 20%. Et les marques de distributeurs... — En tout cas, ça fonctionne bien.
07:46— C'est 3%. C'est bien. C'est une belle initiative. Il faut la saluer. Mais ce n'est que 3%. Le lait produit en France,
07:53seulement 10% du lait va dans les briques et les bouteilles qu'on achète. Et dans ces 10%, c'est qui le patron ?
08:00C'est 3% de part de marché. En revanche, il a posé le sujet sur la table médiatiquement. Et là, il a raison.
08:07— Non mais ce qui est intéressant, je trouve... Juste en deux mots, ce qui est intéressant, c'est ce qu'a dit
08:10Karine Lemarchand. Si j'étais politique, je n'aurais peut-être pas... — C'est parce qu'elle n'est pas politique
08:15qu'elle arrive à tisser ce lien. — Voilà. C'est parce qu'elle n'est pas politique. Et là, elle met quand même le doigt
08:17sur quelque chose. C'est la complexité aujourd'hui dans laquelle se trouvent des politiques qui ne sont plus crues,
08:25dans lesquelles on n'a plus aucune confiance, à tort ou à raison. Il s'agit pas d'ouvrir ce débat-là. Et sur le fait que,
08:31finalement, c'est vrai que Karine Lemarchand est arrivée avec sa sincérité, son envie de communiquer. Qu'importe !
08:36Qu'importe ce qu'il y a derrière. En tout cas, elle est arrivée avec une connaissance des personnes dont elle parlait,
08:42avec une vraie empathie pour le sujet. Et les distributeurs se sont retrouvés dans une situation où ils n'ont pas voulu
08:48passer pour les gros méchants, parce que c'est ça qu'il y a derrière, en réalité. C'est qu'ils n'ont pas voulu qu'elles puissent
08:54pointer leur manque d'empathie envers les agriculteurs, sauf un. Et c'est comme ça qu'elle y est arrivée. Et là, il y a peut-être
09:01quelque chose à travailler et à comprendre pour avancer sur plein d'autres sujets, par exemple.
09:07Michel-Édouard Leclerc qui se justifie en disant qu'on l'aurait accusé de faire de la com'. D'où son absence. Voilà.
09:15Oui, c'est ce qu'on dit là, mais enfin, en même temps. Et c'est pas un gros mot, effectivement.
09:18Là, vous avez entièrement raison. Il y a eu 28 lois sur les négociations commerciales depuis la Seconde Guerre mondiale.
09:25Il y a eu 5 lois ces 8 dernières années. Là, ce n'est pas une loi. Et c'est ça qui est intéressant.
09:31J'ai envie de dire que c'est un code de bonne conduite. Et c'est pour ça que c'est intéressant.
09:36Ça ne va pas sauver les agriculteurs, ça va les aider. Et moralement, ça les soutient.
09:41C'est le format des fameuses concertations qu'aime tant faire Emmanuel Macron. Et c'est là qu'on voit,
09:46je suis parfaitement d'accord avec vous et avec Karine Lemarchand, la faillite du politique sur ces questions-là,
09:51à cause des intérêts, à cause des discours politiciens, à cause de tout cela, à cause de l'électoralisme,
09:56à cause de toutes sortes de populisme ou autre. Vous savez ce qu'on dit ? On dit « le partisan œuvre pour son parti,
10:02le paysan œuvre pour son pays ». C'est exactement ça qu'on est en train de voir aujourd'hui.
10:07Question sur une initiative. Tout ça, ça se déroule dans un contexte particulier.
10:10On sait qu'il y a des négociations assez tendues comme chaque année qui ont lieu entre les distributeurs et les industriels.
10:16Elles doivent être bouclées, ces négociations, avant le 1er mars. Ce sont ces négociations qui fixent les prix dans les rayons.
10:22Déjà, est-ce qu'on a la tendance à ce qui est a priori...
10:25D'abord, les négociations sont compliquées. Et je pense qu'il y aura de toute façon, à la fin de l'année,
10:30on terminera avec une petite inflation, avec effectivement, encore une fois, la moyenne qui ne veut rien dire.
10:34C'est-à-dire que vous allez avoir des marchés qui seront en déflation. On peut citer l'hygiène-beauté, l'entretien,
10:39sans doute tout ce qui est pâtes, parce que le blé est à la baisse. Mais si vous allez sur le jus d'orange, le cacao, le café,
10:44là, on aura des hausses.
10:46Vous avez vu cette proposition ? Si les distributeurs affichaient leur prix d'achat dans les rayons,
10:51et donc qu'on voit, qu'ils nous permettraient de voir, en gros, la marge qui se fond sur les produits ?
10:56Alors, c'est une enseigne de surgelé qui ne fait que de la marque de distributeurs.
11:01Donc, je peux le comprendre dans cette filière, mais c'est un prix unique dans tous les magasins.
11:05C'est totalement impossible économiquement et dans la pratique, dans une grande enseigne de distribution,
11:10où les prix varient selon les magasins, parce que les loyers ne sont pas les mêmes partout,
11:14les conditions de livraison ne sont pas les mêmes partout.
11:16Et j'ai envie de dire, trop de transparence, on va rapidement au populisme.
11:20C'est un peu démagogue.
11:22Vous trouvez ça démagogue ?
11:24Oui, c'est un peu démagogue.
11:26Je trouve que c'est une sorte de dérive du name and shame,
11:29qui est vraiment de dire, on va vous montrer tout la réalité,
11:32alors qu'effectivement, la réalité, elle est beaucoup plus complexe que ça, comme vous venez de le dire.
11:36Il y a beaucoup de facteurs et de paramètres qui entrent en jeu, qui ne seront pas sur l'étiquette.
11:39Donc, quelque part, je suis assez d'accord avec vous,
11:43ça va vite glisser vers un populisme qui n'est pas forcément souhaitable.
Commentaires