00:00RTL Matin
00:04L'invité de RTL Matin est Thomas, vous recevez aujourd'hui Frédéric Salabarou.
00:08Il est avocat, ancien secrétaire général de la présidence de la République, c'était dans les années Chirac.
00:12Bonjour et bienvenue sur RTL, Frédéric Salabarou.
00:14Bonjour, merci de m'accueillir.
00:16Révolution par les territoires, une réponse française aux défis du monde,
00:20c'est le livre que vous avez co-écrit avec Eric Hazan et que vous venez de publier aux éditions de l'Observatoire.
00:24Déjà on se dit, territoire d'un côté, défi du monde de l'autre.
00:28Il y a bien deux mondes qui ne se rencontrent jamais, qui ne doivent pas avoir grand chose à se dire.
00:32En quoi nos territoires peuvent-ils répondre à la crise morale et politique qui secoue nos sociétés ?
00:36Alors, d'abord notre message principal, c'est de dire,
00:42quelle que soit l'ampleur des crises, et Dieu sait que la France en connaît,
00:46il y a un chemin, et il y a un chemin à condition de s'appuyer sur ce qui fonctionne encore,
00:52la Vème République, les territoires, on y reviendra,
00:56la taille critique de l'Europe, mais à deux conditions.
01:00La première, c'est d'avoir un projet, et on peut construire un projet à partir des territoires.
01:04Et la deuxième, c'est de sortir de la logique de morphine qu'on voit dans le budget 2025.
01:08On ne peut pas, compte tenu des enjeux, s'arrêter comme aujourd'hui.
01:12Il faut opérer, il faut opérer non pas pour faire du mal, mais pour soigner.
01:16Vous dites, il y a un chemin, donc ça c'est plutôt positif.
01:20Vous parlez dans le livre d'une prise de conscience, d'un nécessaire rééquilibrage territorial.
01:24En fait, vous nous faites le coup de la décentralisation, mais c'est comme le Père Noël, la décentralisation.
01:28Tout le monde en parle, tout le monde trouve ça très bien, mais personne ne l'a jamais vraiment vu.
01:32Pourquoi ? D'abord, c'est un manifeste.
01:36Notre idée, c'est qu'il faut écrire pour faire réfléchir.
01:40Pourquoi il y a une paralysie aujourd'hui des quatre niveaux d'exercice du pouvoir ?
01:44Les territoires, le gouvernement-parlement, le président et le niveau européen.
01:48C'est l'image des quatre chevaux de baignure.
01:52C'est qu'en réalité, les uns font ce que font les autres et ne font pas ce qu'on attend d'eux.
01:56Aujourd'hui, on peut apporter une solution institutionnelle
02:00à cette paralysie par les territoires. On reviendra sur la crise morale
02:04en transférant vers les territoires les services publics du quotidien.
02:08Et aujourd'hui, il y a cette maturité.
02:12C'est beaucoup plus que de la décentralisation et des partages de pouvoir.
02:16C'est de dire, pour la santé, pour le social, pour le logement...
02:20On vit dans nos villages, dans nos villes, en dehors de nos métropoles, sauf qu'on vit exactement l'inverse.
02:24Les services publics disparaissent.
02:26Mais parce qu'aujourd'hui, ça reste géré de manière centralisée
02:30et que c'est le millefeuille territorial, le partage sans qu'il y ait des responsabilités.
02:34Mais pourquoi c'est important ? Parce que si les territoires
02:38prennent en charge les services publics du quotidien, le gouvernement
02:42peut faire des choses qui sont essentielles et qu'on attend de lui. La sécurité,
02:46l'immigration, la remise en ordre des comptes, la simplification et la qualité des droits.
02:50Donc en gros, on réduit ce que le gouvernement central et l'Etat ont à faire
02:54mais on délègue vraiment le reste. Il faut qu'il fasse bien ce qu'il a à faire.
02:58Mais le problème, c'est la thrombose. C'est-à-dire qu'à vouloir tout faire, on ne fait rien. C'est valable pour nous tous.
03:02Et donc le gouvernement doit faire ça, au même titre que le président
03:06ne peut pas vouloir traiter de tous les sujets, sauf à l'arrivée de ne rien faire.
03:10On va revenir au président. Mais il y a un terme qui revient beaucoup dans votre livre, c'est l'économisme.
03:14C'est quoi en quelques mots, très simplement, l'économisme ?
03:18C'est visiblement un de nos problèmes. Il y a deux problèmes. Il y a un problème
03:22d'efficacité, de paralysie de l'action publique et ensuite il y a un problème
03:26moral. Le général de Gaulle disait en 1969, comment ne pas
03:30discerner le malaise des âmes. On a aussi ça. C'est pour ça qu'on ne peut pas agir
03:34et qu'on se satisfait de cette logique de morphine. L'économisme
03:38c'est ce qui s'impose partout dans le monde au tournant des années 80
03:42c'est-à-dire toute chose humaine peut se ramener à une logique de marché.
03:46Or ce n'est pas vrai. C'est quelque chose qui nous a plongé dans une crise, qui a conduit
03:50aussi économiquement aux délocalisations, à la désindustrialisation
03:54et moi ce que j'appelle l'entrée en martyr des classes moyennes. Donc il y a aussi
03:58cette question et Trump est la phase la plus avancée
04:02de l'économisme parce que pour Trump, tout n'est pas marché
04:06mais c'est plus encore tout est business.
04:08Est-ce qu'on peut encore regagner du terrain face à la surpuissance des marchés ?
04:12Aujourd'hui, Frédéric Saraballou, être un gros chef d'entreprise
04:16ou un milliardaire, c'est être beaucoup plus puissant qu'un ministre, c'est avoir beaucoup plus de pouvoir
04:20on en est là aujourd'hui. Est-ce que Bernard Arnault n'est pas plus puissant
04:24que François Bayrou ?
04:26Il ne devrait pas l'être. La question aujourd'hui
04:30c'est la capacité à redonner un projet
04:34et à être capable d'agir. Bien sûr que non, d'ailleurs ce que montrent
04:38Musk et Trump, aujourd'hui la tech américaine est infiniment plus puissante
04:42que des pays ensemble. Mais la tech a compris qu'elle ne pouvait
04:46pas se passer de la puissance de l'Etat et là il y a cette jonction
04:50incroyable et extraordinairement dangereuse qui nous fait rentrer dans le 21ème siècle
04:54qui consiste à dire au fond maintenant, l'Occident doit arrêter de se faire
04:58cracher dessus et on impose la loi du plus fort. Donc pour répondre à votre question
05:02il est très important que l'action politique
05:06se remette en mouvement et pour ça il faut la remettre en ordre
05:10mais bien sûr que non, aujourd'hui un chef d'entreprise
05:14n'a absolument pas l'impact qu'a un responsable politique
05:18on est en train de l'accepter et c'est bien tout notre problème par exemple
05:22la logique qui consiste à dire qu'il faut qu'on apprenne à faire des grandes coalitions
05:26c'est absurde parce que ça conduit, quand vous voulez mettre
05:30dans le même gouvernement et dans la même action des socialistes
05:34et retailleaux, la seule chose sur laquelle ils peuvent être d'accord
05:38c'est ne rien faire. Donc le consensualisme
05:42Vous ne cédez pas à la mode de la coalition. Et bien c'est une folie
05:46comment vous voulez faire bouger les choses quand vous êtes d'accord
05:50sur rien ? Vous ne pouvez vous mettre d'accord que sur une seule chose, on ne fait rien
05:54Et c'est dans ce contexte déjà compliqué que se profile le mur d'eau
05:58Vous parlez de l'intelligence artificielle, je vous lis, si nous ratons ce nouveau virage
06:02nous passerons de l'appauvrissement à une forme de tiers mondialisation rampante
06:06Vous comprenez, Frédéric Salabarou, que ce virage
06:10de l'intelligence artificielle puisse angoisser les français, angoisser ceux qui nous écoutent ce matin
06:14comment le réussir ce virage ?
06:18C'est évidemment un enjeu essentiel et le président Macron était à sa place
06:22dans ce que doit faire un président de la République sur le sommet de l'IA
06:26Il a son rôle, il est là pour préparer l'avenir comme le général de Gaulle faisait le programme électronucléaire
06:30Donc l'intelligence artificielle c'est essentiel pour deux choses
06:34Pourquoi on a décroché ? Pourquoi l'Europe et la France ont décroché ?
06:38C'est qu'on rate le premier virage de la tech. Arrive le deuxième
06:42qui est encore plus important et surpuissant
06:46On considère que jusqu'à 30% des emplois risquent d'être automatisables
06:50d'ici 2030. Si on prend notre classe moyenne, ce que j'appelle
06:54la classe majoritaire, elle a été laminée dans les années 2000
06:58au niveau industriel par les délocalisations, elle risque d'être
07:02complètement laminée au niveau de l'autre partie, c'est-à-dire les emplois de service
07:06Donc ça veut dire deux choses. Pour pouvoir financer notre modèle
07:10il faut qu'on ait la poussée de cette nouvelle source de croissance
07:14donc on ne peut pas rater le virage.
07:18Sinon c'est la tiers-mondisation. Mais attention, ce n'est pas la tiers-mondisation pour que les plus riches
07:22deviennent infiniment plus riches. On ne peut pas laisser sur le bord du chemin
07:26tous ceux qui risquent de voir leur emploi atteint.
07:30Donc ça a deux branches. Il faut pousser sur le plan industriel
07:34et deuxièmement, l'adaptation, la formation professionnelle
07:38à l'IA, c'est majeur. Sinon on va avoir une société qui va être définitivement
07:42transformée. Dans ce livre vous parlez de ce que doit être le rôle d'un président
07:46de la République, faiseur d'avenir et de rempart, écrivez-vous. Aujourd'hui on a l'impression
07:50que c'est un peu la Starac des candidats. Tout le monde veut tenter sa chance. Qui pourrait
07:54selon vous occuper ce rôle ? Quel doit être le profil ? Je ne vous demande pas un nom
07:58mais quel profil ? Je pense qu'il y a une attente. Le fait que
08:02Retailleau puisse en quelques semaines s'être imposé dans une partie
08:06de l'opinion publique montre l'attente de
08:10quelqu'un qui puisse porter et agir. Mais c'est rassurant ou inquiétant qu'un candidat puisse émerger
08:14comme ça en 10 semaines ? Je pense que c'est profondément rassurant. Mais il y a trois
08:18espaces. Il y a l'espace qu'occupe Marine Le Pen qui parle aux classes moyennes mais en leur
08:22disant qu'on ne va rien changer, on ne va toucher à rien. Il y a l'espace de
08:26Retailleau qui est dans un triangle qui consiste à dire que tous les problèmes de la France
08:30c'est émigration, sécurité et identité. Et il y a un
08:34espace qui est béant, qui consiste à dire que dans un monde qui est en
08:38plein bouleversement, Trump, l'intelligence artificielle,
08:42les guerres qui arrivent ou qui sont déjà en Europe,
08:46qu'est-ce que la France peut faire et comment on peut le faire ? Et cet espace
08:50il est ouvert. Donc aujourd'hui... Qui pourrait l'incarner ?
08:54Tout est possible. Qui ? Ne me dites pas qu'en ayant écrit ce livre
08:58de 194 pages vous n'avez pas une idée en tête. Je peux avoir une idée en tête mais en tout cas
09:02ce n'est pas ceux à qui vous pensez. Mais ce serait qui alors ? Un profil ? Il faut un projet.
09:06Il faut un projet d'abord ? Oui. D'accord. Il faut un projet et
09:10ensuite ça s'incarnera. Vous avez envie de l'incarner vous ? Moi j'ai envie de pousser
09:14le débat et en tout cas qu'on bouge. Vous n'excluez rien donc ? Rien.
09:18Merci beaucoup Frédéric Salabarou d'être venu sur la table.
Commentaires