00:00Et tout de suite l'invité d'RTL Matin, Thomas, vous recevez Raphaël Glucksmann, député européen Place Publique.
00:09Bonjour et bienvenue sur RTL, Raphaël Glucksmann.
00:11Bonjour.
00:12Dis donc, vous êtes un vrai champion au jeu du roi du silence, vous.
00:14Où est-ce que vous étiez passé toutes ces dernières semaines, tous ces derniers mois ?
00:17Je travaille, je travaille au Parlement européen et je travaille surtout à la création d'une offre politique en France.
00:24Je pense que le rôle d'un dirigeant politique, ce n'est pas simplement de faire des matinales et du commentaire,
00:29c'est réellement de produire une offre politique.
00:31Les autres parlent trop ?
00:33Non, mais il y a une forme d'habitude aujourd'hui, il y a tellement de médias, tellement de matinales,
00:37tellement de plateaux, des chaînes info, qu'en fait, vous êtes politique,
00:39vous devenez les employés gratuits des médias comme vous et que vous passez votre temps à commenter.
00:45Moi, ce n'est pas ma conception de la politique, je l'ai toujours annoncé, donc je travaille sur le fond.
00:49Alors allons-y sur le fond, il y en a un qui parle beaucoup tout le temps et qui va peut-être redevenir président des Etats-Unis,
00:53c'est Donald Trump.
00:54À 24 heures du scrutin, est-ce qu'on ne joue pas à se faire un peu peur avec lui ?
00:58Non, on ne joue pas à se faire peur et pour ceux qui sont dans le déni, il faut comprendre que déjà,
01:01la situation en 2016 et aujourd'hui, ce n'est pas du tout la même.
01:05Ce n'est pas le même Trump ?
01:07Ce n'est pas le même Trump, il est entouré d'idéologues cette fois-ci.
01:10Avant, il y avait des hauts fonctionnaires, des militaires qui pouvaient peut-être le cadrer.
01:13Désormais, il a une revanche à prendre et cette campagne est encore bien plus violente que celle de 2016.
01:18Mais surtout, ce n'est pas la même situation pour l'Europe.
01:22Aujourd'hui, il y a la guerre en Europe.
01:24Aujourd'hui, il y a la menace de Vladimir Poutine sur l'architecture de sécurité,
01:27sur la sécurité des Européennes et des Européens.
01:29Trump, il a dit, il a réglé le problème en 24 heures.
01:31Oui, c'est-à-dire en cédant tout à Poutine et en négociant avec Vladimir Poutine en direct
01:35l'architecture de sécurité de notre continent, notre sécurité.
01:40Et l'Europe peut se retrouver dans quelques semaines, dans la situation de la Tchécoslovaquie en 1938,
01:45c'est-à-dire attendant dans le corridor que les grands décident de notre avenir.
01:50Et si nous sommes dans cette situation-là, dépendant pour notre sécurité de 10 000 votes en Pennsylvanie,
01:56et bien c'est de notre faute.
01:58Nous, les Européens, nous sommes un continent riche, un continent développé,
02:02un continent qui pourrait être puissant s'il voulait l'être.
02:05Et nous n'avons pas développé les instruments de notre autonomie, de notre défense européenne.
02:09C'est trop tard là, non ? L'élection, c'est demain.
02:10Ce que vous dites là, c'est que ce qui peut se passer, c'est que Trump et Poutine se partagent l'Europe ?
02:15Se partagent l'Europe ? Oui, c'est exactement les exigences russes
02:18et que c'est la seule manière pour régler le problème, comme le dit Trump, en 24 heures.
02:22Et c'est la menace qui pèse sur l'Europe.
02:25Et nous, qu'est-ce que nous faisons face à ça ?
02:27Nous ne développons pas notre industrie.
02:30Nous n'avons pas fait l'emprunt que nous voulions faire sur la défense,
02:34les 100 milliards qui permettraient de relancer notre propre production
02:37et donc de ne pas dépendre uniquement des Etats-Unis.
02:39Aujourd'hui, nous sommes devenus un continent de consommateurs.
02:41Nous consommons la sécurité produite aux Etats-Unis.
02:45Nous consommons les biens produits en Chine.
02:47Nous consommons l'énergie pour aller dans le golfe.
02:49Là, on découvre rien, Raphaël Glucksmann.
02:50Oui, mais est-ce qu'on découvre rien ? Ça fait des années.
02:52Mais ça fait des années qu'on vit comme des ados.
02:54On refuse d'assumer le fait de devenir adulte.
02:57Un adulte, c'est celui qui contrôle sa propre sécurité,
02:59qui ne dépend pas des lecteurs en Pennsylvanie
03:01pour savoir si Berlin ou Varsovie seront défendus demain.
03:04J'ai une question concrète.
03:05Si Trump est élu et qu'il décide d'arrêter l'aide à l'Ukraine,
03:08est-ce que l'Europe devra continuer à faire la guerre toute seule ?
03:11Mais ce n'est pas nous qui faisons la guerre.
03:13C'est Vladimir Poutine qui nous fait la guerre depuis des années.
03:16Et donc, il faut continuer à soutenir l'Ukraine.
03:19Mais pour cela, il faut relancer notre industrie.
03:22Pour cela, il faut faire ce qu'on a promis de faire,
03:24ce que nos dirigeants ont promis de faire depuis deux ans
03:26et qu'ils n'ont pas fait.
03:28Dès l'été 2022, le président de la République, Emmanuel Macron,
03:31disait qu'il fallait que la France passe en économie de guerre.
03:33Qu'est-ce qui s'est passé depuis ?
03:35Rien. Quasiment rien.
03:37Et donc, aujourd'hui, on se retrouve dans une situation d'extrême faiblesse.
03:41Et c'est vrai sur tous les sujets,
03:43mais le sujet de la guerre est sans doute le sujet le plus existentiel.
03:46Et donc, nous, ce que nous devons faire,
03:48c'est commencer à construire cette puissance européenne.
03:51C'est-à-dire qu'on doit s'assumer d'être un acteur autonome.
03:54Vous savez, pendant 80 ans,
03:56on a vécu sous le parapluie américain.
03:58Les Américains nous donnaient la sécurité
04:00et en échange, il y avait une forme de vassalisation.
04:03Ce deal-là va être remis en cause.
04:05De manière brutale, si c'est Trump,
04:07mais de manière, finalement, douce, si c'est Kamala Harris.
04:11C'est une continuité dans la politique américaine.
04:13C'est la même main dans la main.
04:15C'est absolument pas la même chose.
04:17C'est beaucoup plus dangereux, Donald Trump.
04:20Mais depuis Obama, il y a une forme de désintéressement
04:23des États-Unis vis-à-vis de l'Europe
04:25qui aurait dû nous conduire à assumer notre propre destin.
04:28Mais simplement, nous trouvons finalement
04:30notre situation tellement confortable
04:33de dépendre des États-Unis pour nos questions de sécurité
04:36que nous n'avons pas fait les investissements nécessaires.
04:38Vous savez, il y a un texte qui m'accompagne depuis l'adolescence
04:41qui est une lettre de Romain Garry
04:43qui se demande pourquoi les élites françaises
04:45n'ont-elles pas suivi massivement le général de Gaulle
04:47à Londres en 1940.
04:49Il se dit, mais est-ce que c'est parce qu'elles étaient
04:51violemment antisémites, pro-allemandes, pro-nazis ?
04:53Non, rien de tout cela.
04:54C'est parce qu'elles aimaient trop leurs meubles.
04:56Et finalement, nous sommes tombés amoureux de nos meubles
04:58et nous avons arrêté d'être producteurs de notre propre destin.
05:01On va revenir en France et ce qui nous rapproche de l'Amérique,
05:04c'est la mexicanisation du pays, comme le dit et le répète Bruno Retailleau.
05:07Le ministre de l'Intérieur qui n'a pas de mots assez durs
05:10contre ceux qu'il appelle les narco-racailles.
05:12On est, dit-il, à un point de bascule.
05:14Est-ce que vous partagez son diagnostic et comment on lutte ?
05:17Je partage le diagnostic sur l'hyper-violence du narcotrafic,
05:22sur les milliards accumulés,
05:24sur l'insécurité.
05:26Je ne parle pas comme ça, moi.
05:28Je n'utilise pas ce terme-là,
05:30je n'utilise pas ces termes-là en général.
05:32Je pense qu'il faut faire attention quand on est ministre
05:34à s'exprimer de manière correcte.
05:36Mais le fond du problème,
05:38c'est cette hyper-violence et ce sont ces mafias
05:41qui gangrènent la société française.
05:43C'est ça, on le sait.
05:44Karl Olive, ce week-end, il a dit aux députés macronistes
05:46qu'il faut envoyer l'armée dans les quartiers.
05:48Mais ce n'est pas comme ça qu'on lutte contre le trafic de drogue.
05:51Comment on lutte contre le trafic de drogue ?
05:53C'est avec un parquet efficace,
05:55c'est avec une coordination efficace,
05:57c'est peut-être la création d'un DEA,
05:59le système américain de lutte contre la drogue
06:01à l'échelle française.
06:02Tout cela, on peut en discuter.
06:04Et oui, des mesures extrêmement fortes sont nécessaires.
06:06Parce que finalement,
06:08cette hyper-violence va contribuer
06:10au délitement de la société française.
06:12Et ça, on ne peut pas le permettre.
06:14Et on ne peut pas permettre à des gens qui font
06:16un fric complètement démentiel de semer le chaos
06:18et d'assassiner dans nos rues.
06:20Donc oui, il faudra des mesures extrêmement énergiques
06:22et là-dessus, il y a une réflexion commune
06:24sur les moyens d'atteindre ces objectifs.
06:26Raphaël Glusman, est-ce que vous avez déjà fumé un petit pétard ?
06:28Thomas Soto, moi je suis...
06:30Alors vraiment, en plus...
06:32Non mais ma question est sérieuse.
06:34Est-ce que vous avez déjà fumé un petit pétard dans votre vie ou pas ?
06:36Je vous le dis, oui, quand j'étais jeune.
06:38Parce qu'il y a beaucoup de gens qui disent...
06:40Il y a 5 millions de français.
06:42Et justement, il ne faut pas que...
06:44Il y a beaucoup de gens qui disent, c'est ça la base du problème.
06:46C'est le consommateur. C'est ce que disait Ségolène Royal
06:48ici même la semaine dernière. Est-ce que vous êtes d'accord
06:50avec ça ? Il faut des courtes peines de prison
06:52qui soient appliquées pour les consommateurs.
06:54C'est ce que disait hier Jean-Philippe Tanguy
06:56au Grand Jury RTL.
06:57Moi, je pense qu'envoyer la police
06:59faire la chasse aux fumeurs
07:01de joint n'est pas la solution.
07:03Ça va surcharger les forces de police.
07:05Et à la fin, on ne les aura pas
07:07pour se focaliser sur les criminels,
07:09les gangs, les mafias.
07:11Donc le problème, ce n'est pas le consommateur aujourd'hui ?
07:13Il y a bien sûr un problème de consommation
07:15immense. Mais quand vous avez une loi
07:17qui n'est pas respectée par 5 millions
07:19de françaises et de français,
07:21vous devez faire en sorte que
07:23la police soit focalisée sur le vrai problème.
07:25Le vrai problème, ce n'est pas le consommateur
07:27de joint. Le vrai problème,
07:29ce sont ces narcotrafiquants,
07:31ce sont ces mafias. Et il faut
07:33les démanteler, les frapper fort,
07:35y compris modifier l'organisation
07:37de notre système répressif pour pouvoir
07:39être efficace contre eux. Mais vous savez,
07:41quand vous envoyez la police faire la chasse
07:43à ceux qui achètent du cannabis,
07:45à la fin, vous n'avez plus
07:47de forces disponibles pour frapper les gangs.
07:49Ce qui ne veut pas dire
07:51que le cannabis n'est pas dangereux.
07:53Moi, je suis tout à fait conscient
07:55des risques liés à la consommation de cannabis.
07:57Mais ce que j'explique, c'est qu'on a
07:59besoin de frapper au cœur du système.
08:01Et le cœur du système, ce n'est pas le consommateur du joint.
08:03Est-ce qu'il faut faire tomber Michel Barnier le plus vite possible
08:05comme le souhaitent les élus du LFP ?
08:07Ce sera ma dernière question.
08:09Moi, ce que je reviens toujours,
08:11c'est à ce qui s'est passé
08:13le 7 juillet. Le 7 juillet,
08:15il y a eu un Front républicain qui est le seul
08:17vrai vainqueur de l'élection.
08:19Et là, on se retrouve avec au pouvoir
08:21la force politique qui
08:23est la seule non-RN à ne pas avoir
08:25participé à ce Front républicain
08:27et qui se retrouve otage du Rassemblement
08:29national. Donc moi, je ne veux pas
08:31d'instabilité.
08:33Est-ce qu'il faut faire tomber Michel Barnier le plus vite possible,
08:35oui ou non ? Eh bien, il faut voter la censure.
08:37Moi, j'aurais voté la censure contre le gouvernement.
08:39Par contre, je ne suis pas un partisan
08:41de l'instabilité institutionnelle.
08:43Je ne suis pas pour destituer le Président de la République.
08:45J'étais violemment contre
08:47la dissolution décidée par Emmanuel Macron.
08:49Je pense que la France n'a pas besoin d'instabilité permanente.
08:51Ce que je crois, par contre, c'est que nous avons
08:53une responsabilité qui est de respecter
08:55le message des électrices et des électeurs
08:57et que ces électrices et ces électeurs français
08:59ont voté pour le Front républicain.
09:01Et on a une mémoire de Poisson Rouge. On l'a déjà oublié.
09:03Mais le fait que nous n'ayons pas
09:05un gouvernement de Front républicain est
09:07une trahison des élections.
09:09Merci beaucoup, Raphaël Glusman.
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