00:00Témoignages et émotions, celui et celle de notre invité Docteur Mohamed Oulmekhi, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bonjour Docteur, merci d'être avec nous sur Sud Radio.
00:13Vous êtes médecin généraliste.
00:15En novembre dernier, à Drancy, en Ile-de-France, vous avez été très violemment agressé par un patient dans votre salle d'attente.
00:23Il vous reprochait un litige sur le remboursement d'un traitement.
00:27Il vous a traité de voleur et d'escroc.
00:29Il vous a asséné un violent coup de tête qui vous a causé une fracture du nez.
00:33Vous aviez le visage qui avait fait le tour des réseaux sociaux complètement défiguré.
00:37Aujourd'hui, votre agresseur a été jugé.
00:40Tenez-vous bien à trois semaines de travaux d'intérêt général.
00:43La clémence de ce verdict vous scandalise.
00:47Tout à fait.
00:49La fracture, c'était une triple fracture ouverte.
00:53Les médecins vont comprendre la gravité, la sévèreté de la fracture.
01:00J'ai eu un enfoncement du cycle facial.
01:03J'ai eu, aujourd'hui, un mois et demi d'arrêt de travail.
01:08Psychologiquement, je suis le même.
01:11Je pense que ce que j'ai subi, mon douleur physique, n'a rien à voir avec ce que j'ai subi à la sortie du tribunal.
01:19La douleur morale est 100 fois pire.
01:23Il a été condamné à 2000 euros d'amende.
01:28Il avait tenté de vous demander pardon auparavant.
01:31Vous avez très mal vécu ce verdict.
01:34Vous espériez quoi de la justice française avant ce verdict ?
01:40C'est 2000 euros de provision.
01:45C'est un détail.
01:48Ce que je veux dire, c'est qu'on n'est pas jugé de la même façon.
01:51On vit dans quatre grèzes.
01:53Une courseur a été agressée à Marseille.
02:01Moins de huit jours d'ITT.
02:04La personne agressée a écouté deux ans de prison dans un ferme.
02:09Vous voulez dire que la justice n'est pas aussi ferme ou aussi clémente selon l'endroit où on se trouve.
02:14Pendant que je vais rappeler ce qui vous est arrivé,
02:17je vous propose qu'on vous rappelle sur le téléphone.
02:19Comme ça, au moins, la liaison sera un peu meilleure.
02:21Je tiens à ce qu'on puisse bien comprendre ce que vous dites,
02:24puisque la liaison est un peu précaire.
02:27C'était en novembre dernier.
02:29Je le disais, vous êtes médecin généraliste du côté de Drancy, comme votre épouse.
02:33D'ailleurs, vous sortez dans votre salle d'attente.
02:35Et là, un patient que vous avez pris en charge précédemment se russe sur vous,
02:40vous traite de voleur et d'escroc,
02:42un coup de tête d'une violence inouïe, c'est ce que je disais.
02:44Triple fracture ouverte au nez.
02:47Vous aviez le visage complètement défiguré.
02:49C'est quoi les séquelles physiques aujourd'hui, Mohamed Oulmekhi ?
02:51Les séquelles physiques, au fait, je n'ai plus d'odorat.
02:54Je n'ai plus de goût.
02:56J'ai des douleurs permanentes au niveau des dents du maxillaire supérieur.
03:00Au fait, je pense qu'il y a une écrosse des racines des dents.
03:03Ça, c'est à vérifier trois mois, quatre mois après le début de l'agression.
03:10Un traumatisme psychologique, un stress permanent,
03:16un stress quand je pars pour aller travailler,
03:19un stress dès que j'arrive au cabinet.
03:21C'est invisible.
03:23Vous avez reçu le soutien de vos autres patients ou pas, Drancy ?
03:26Oui, oui.
03:28On était convoqué à 13h30.
03:32On est passé à 21h30 à Bobigny.
03:35J'avais une dizaine de patients qui sont restés attendre plus de 8h,
03:408h30 d'attente dans la chambre 17 pour assister au verdict.
03:46Tout le monde était écœuré.
03:48Ils voulaient commencer à manifester.
03:50J'ai dit non.
03:52La décision de justice est souveraine.
03:54Même si on n'est pas content, moi le premier,
03:57je n'ai manifesté aucune hostilité vis-à-vis de la justice.
04:02Vous vous êtes malheureusement contenté de votre écœurement,
04:05c'est justement ce que j'allais dire.
04:07Voilà, tout à fait.
04:09Est-ce que vous allez reprendre le travail comme si de rien n'était ?
04:12Non, je pensais simplement,
04:14sincèrement je me suis fait violence pour reprendre
04:18après le mois et demi d'arrêt de travail.
04:22Là, j'ai essayé de retourner parce que j'ai dit à tout le monde
04:26que le cabinet était fermé que le jeudi.
04:28Le vendredi, je suis arrivé.
04:30J'étais plein, je suis sorti.
04:32Je vous demande pardon, je ne peux pas travailler.
04:35Je suis incapable, pour votre sécurité, de travailler.
04:39Parlons des conditions de travail des médecins comme vous,
04:43comme votre épouse qui est au même endroit.
04:45D'abord, est-ce que c'est fréquent ce genre d'agression ?
04:49Alors, au risque de me répéter,
04:52ça fait 30 ans que je travaille à Brancy.
04:5627 ans exactement.
04:58Les 26 dernières années,
05:00j'ai eu deux altercations avec des patients.
05:03Rien du tout.
05:04C'était juste des personnes un peu énervées.
05:07Ça s'est arrêté là.
05:08Sur la simple, sur la dernière année,
05:11cinq fois agressé.
05:13Les autres fois, je n'ai pas porté plainte
05:15parce qu'on m'avait craché dessus,
05:18on m'a basculé,
05:19on m'a menacé de me frapper avec la chaise dans le cabinet.
05:24Pour la justice, quand il n'y a pas d'ITT,
05:27quand il n'y a pas de blessure,
05:29cette fois-ci, ça a été vraiment le coup de grâce.
05:35Ce n'est pas quelqu'un, souvent,
05:37quand on se dit les médecins agressés,
05:40on stigmatise toujours les toxicaux.
05:43Ce n'est pas du tout le profil.
05:46Le profil, c'est quelqu'un de 22 ans que je suis
05:48depuis qu'il avait 6 ans,
05:50comme la collègue à Marseille qui a été agressée
05:53par une jeune de 20 ans qui était née,
05:55qui était suivie dans le même cabinet.
05:57La violence a changé de camp.
06:00Maintenant, ce n'est plus telle ou telle personne,
06:03c'est toute personne qui rentre dans le cabinet.
06:06C'est une source d'angoisse pour nous.
06:08Vous imaginez un peu pourquoi c'est difficile de retravailler.
06:12J'imagine.
06:13C'est difficile à concevoir ce que vous nous racontez,
06:16quelqu'un que vous avez soigné depuis tout petit,
06:18depuis ses 6 ans,
06:20qui du jour au lendemain se transforme en bête féroce
06:23et se met à vous insulter.
06:25Qu'est-ce qu'il vous reprochait, en plus, cet homme ?
06:27Au fait, il reprochait que,
06:30lors de la consultation de sa maman,
06:33j'ai été remboursé à leur place.
06:35Donc, je les ai escroqués,
06:38en d'autres termes, d'ailleurs,
06:40leur avocat a insisté lourdement là-dessus.
06:43J'ai toutes les pièces.
06:45Au fait, avant, je n'avais pas préparé tout ça
06:47parce que, pour moi, c'était l'agression qui était l'objet.
06:51Maintenant, j'ai sorti toutes les pièces
06:53et j'entends porter plainte,
06:55au fait, pour diffamation.
06:58J'ai été traîné dans la boue par l'avocat
07:03dont il faisait son travail.
07:05Mais l'escroquerie de l'assurance,
07:08un milliard d'escroqueries de l'assurance,
07:10j'en suis en grande partie responsable.
07:13Il m'a traité.
07:14Il a dit qu'au fait, l'agression,
07:16il a qualifié cette agression
07:17parce qu'il ne m'a donné qu'un seul coup.
07:19Avec un seul coup, on vous fracture le nez.
07:21Je ne sais pas si vous avez vu les vidéos sur Internet
07:23et tout ça, dans quel état j'étais.
07:25J'imagine, s'il avait mis un deuxième coup,
07:27je ne serais pas là pour discuter avec vous.
07:29Oui, mais écoutez, en tout cas,
07:30on espère que votre rétablissement se fera au mieux
07:33et que vous pourrez surtout reprendre votre passion,
07:35c'est-à-dire prendre en charge vos passions,
07:37docteur Mohamed Oumleki.
07:39Merci d'avoir pris la parole ce matin.
07:41Oui, on a 2500 personnes
07:44qui vont se retrouver dans la galère
07:46si on ferme le cabinet.
07:48Moi, je fais appel à vous
07:50parce qu'au fait, seul le parquet peut faire appel.
07:52Et si je n'ai pas votre aide,
07:54je pense qu'on ne pourra même pas aller en appel.
07:57Donc, voilà un peu où on en est aujourd'hui.
07:59On est la justice en France.
08:00En tout cas, l'appel aura été lancé sur Sud Radio.
08:02Merci de l'avoir lancé de si bon matin.
08:04Et bon courage, bon rétablissement à vous,
08:06si tant est que ce soit possible.
08:08Mohamed Oumleki, je le rappelle,
08:09médecin généraliste à Drancy, en Ile-de-France.
Commentaires