00:00Vous voyez ces œuvres, elles ont remporté un prix, celui de la France moche.
00:05Et oui, ça existe, il est remis chaque année par une association, Paysages de France.
00:10Car les zones commerciales, c'est aussi une question d'esthétique,
00:13et c'est même cette vilaine expression, la France moche,
00:16qui a lancé le débat sur ces lieux il y a une quinzaine d'années.
00:18On vous raconte et on vous explique pourquoi la mocheté, c'est aussi un sujet important.
00:30En 2010, nos confrères de Télérama publient donc cette une
00:33qui fera date sur le sujet « Halte à la France moche ».
00:37À partir de là, le débat sur les zones commerciales s'enflamme,
00:40des élus locaux accusent la presse parisienne de mépris.
00:42Mais en réalité, cet article a surtout révélé une chose,
00:45la France a fait un peu n'importe quoi autour de ses villes.
00:48Cette zone commerciale au sud-ouest de la ville,
00:51depuis un demi-siècle, elle est restée dans son jus.
00:53Moi je suis à Toulouse depuis 30 ans et ça n'a pas bougé.
00:57Et donc peut-être qu'un petit coup de neuf, ça serait bien.
00:59Il faudrait un cadre plus agréable.
01:01Et même le maire le dit.
01:03On ne va pas dire que c'est la France jolie, soyons francs.
01:05La faute à quoi ?
01:06À qui ?
01:07D'abord, on a réfléchi la ville en termes de zone, comme aux États-Unis.
01:10Cet urbanisme de secteur, un certain Le Corbusier en était fan.
01:14Le commerce, le résidentiel, chacun son espace délimité,
01:18alors que la ville, historiquement, s'est aussi faite par superposition.
01:22Les maires ont aussi signé des permis de construire un peu trop facilement.
01:25Et puis les architectes,
01:26les architectes, ils ont fait quoi ?
01:28La façon dont ont été pensées ces zones urbaines
01:31n'ont pas été faites forcément avec des architectes.
01:33Après, les bâtiments, permis de construire,
01:36ont pu être déposés par des architectes,
01:38mais avec des contraintes extrêmement fortes,
01:40des budgets très réduits, à la limite du scandale.
01:44L'idée n'était pas d'offrir, au départ, une qualité architecturale aux gens,
01:49mais de pouvoir vendre le plus.
01:51Donc c'est là aussi où on doit tempérer la responsabilité des uns et des autres.
01:56Et peut-être aussi regarder ça dans le contexte sociologique d'une époque
02:00où la valeur de la consommation a touché jusqu'à l'aménagement du territoire.
02:04Donc voilà, cette logique marchande,
02:06cet abandon du territoire à des grandes surfaces,
02:09a mené à des lieux sans identité, qui se ressemblent tous.
02:12Et ça, ce n'est pas sans conséquences.
02:14On appartient à un lieu
02:17et on a ce sentiment d'appartenance aussi,
02:20parce qu'on a des éléments identifiants et représentatifs
02:25et que l'on peut désigner en partage.
02:28Par exemple, moi j'habite à Rouen,
02:30si je dis le gros horloge,
02:32c'est quelque chose que tout le monde va identifier.
02:34Ici, il est plutôt signifiant dans le centre-ville,
02:38il n'est pas signifiant dans la zone commerciale.
02:40Pire, ces immenses hangars de zones commerciales,
02:42ça pourrait vous rendre malade.
02:44Oui, oui, il y a une science qui commence à s'intéresser à cela,
02:47ça s'appelle la neuroarchitecture.
02:49J'ai contacté un pionnier dans ce domaine,
02:51il est chercheur à l'université Waterloo au Canada,
02:54et je lui ai montré les images que j'ai tournées
02:56dans des zones commerciales françaises.
02:58Je pense qu'il n'est pas rare de trouver ces espaces,
03:00on les trouve certainement près de où je vis,
03:03beaucoup de places au Canada, et bien sûr aux Etats-Unis.
03:06Il me semble toujours qu'il y a un Moyen-Orient,
03:09c'est moins régulé,
03:10donc tout ce qui se passe n'est pas psychologiquement sain.
03:15Depuis des années, Colin Allard étudie
03:17comment l'humain réagit à certains bâtiments et lieux,
03:20et pour ça, il a mené des expériences
03:21sur des piétons déambulants dans la ville.
03:24Et on découvre que le niveau de complexité d'une façade
03:27est un élément clé.
03:28Notre cerveau n'aime pas les bâtiments en monotone,
03:31les façades brutes, sans ouverture, sans aucune fioriture.
03:54ounces de chocs
04:12Est-ce que la dépression, l'hypertension,
04:14l'anxiété nous guette si on passe trop de temps
04:16dans les zones commerciales ?
04:18La recherche le déterminera peut-être.
04:20En tout cas, la neuroarchitecture invite
04:22à se soucier un peu plus de ce qu'on construit,
04:24à trouver le bon niveau de complexité architecturale pour notre cerveau,
04:28à créer des lieux moins impersonnels et évidemment plus verts.
04:32En attendant, mieux vaut appliquer le bon vieux principe de précaution,
04:35éviter une exposition trop longue pour ne pas dépasser les seuils de radiation.
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