00:00Pas de temps à perdre pour Donald Trump.
00:11Tout juste investi, le nouveau président américain met en scène son action en signant
00:15toute une série de décrets, parmi lesquels figure une promesse de campagne, la sortie
00:19des Etats-Unis de l'accord de Paris.
00:22Pour Donald Trump, la signature de ce décret n'est pas qu'une question d'économie,
00:29c'est surtout le prélude à une offensive plus large qu'il entend déployer contre
00:32l'action climatique, et qui passe notamment par une réhabilitation en grande pompe du
00:37principal coupable du réchauffement, les énergies fossiles.
00:40On va faire le boulot, bébé, le boulot.
00:43Le boulot, bébé, le boulot.
00:46Le pétrole est un attribut de virilité masculine comme le steak.
00:53Trump est complètement là-dedans.
00:55Et peu importe le consensus scientifique pourtant très clair sur la nécessité d'abandonner
01:00ses énergies pour préserver un monde vivable.
01:02Je ne pense pas que les scientifiques le savent en fait.
01:04Pour Trump, rien ne doit contrarier son objectif cardinal.
01:08Faire de l'Amérique une nouvelle grande.
01:10Il a dit que ses objectifs pourront être atteints grâce, je cite, à cet or liquide
01:15que nous avons sous les pieds.
01:17Mais revenons huit ans en arrière.
01:19Donald Trump venait d'être élu pour la première fois, et son début de mandat était
01:22déjà marqué par la volonté d'effacer l'héritage de son prédécesseur.
01:26À l'époque, c'était Barack Obama, notamment sur la thématique environnementale.
01:30Son administration a supprimé plus d'une centaine de réglementations et décrets environnementaux,
01:35en particulier des réglementations prises par l'Agence de protection de l'environnement.
01:39Et ce qui est intéressant là-dessus, c'est qu'ensuite, évidemment, on est aux Etats-Unis,
01:42donc beaucoup de ces suppressions ont été attaquées en justice par des ONG,
01:46par des villes aussi et des États américains.
01:48On parle de réglementations sur la qualité de l'eau, sur les émissions d'usines, etc.
01:53Et en fait, dans ces litiges, l'administration Trump a perdu dans plus de 80% des cas.
01:58Donc un bilan finalement assez mitigé.
02:01Désormais réélu et réinvesti, Donald Trump a déjà promis de revenir
02:04sur la politique climatique de Joe Biden.
02:07Et la menace est d'autant plus sérieuse que Trump bénéficie aujourd'hui
02:10d'une plus grande assise politique que lors de son premier mandat
02:13pour mener cette croisade anti-écolo.
02:16Mais son pouvoir n'est pas pour autant absolu
02:18et son action reste strictement encadrée par le droit américain.
02:21L'exécutif a énormément de pouvoir aux Etats-Unis.
02:23Toutes les décisions qui ont été prises par décret peuvent être annulées,
02:27suspendues par décret et ça, ça a déjà commencé dès le premier jour.
02:31Là, on parle de réglementations sur la pollution,
02:33de protection des terres fédérales ou des eaux territoriales,
02:36ou de permis accordés ou au contraire non accordés.
02:39Il y a tout ce qui est traité internationaux,
02:41donc il n'y a pas que l'accord de Paris et la participation des Etats-Unis
02:44dans d'autres traités liés à la Convention sur le climat.
02:47Et ça aussi, le président peut le faire.
02:50La limite, c'est que toutes les mesures votées par une loi du Congrès
02:53ne peuvent être défaites que par une autre loi du Congrès.
02:56Donc c'est là qu'on va avoir beaucoup de discussions sur la loi climat,
03:00qui s'appelle la loi sur la réduction de l'inflation,
03:02mais qui est en réalité la plus grande loi climat de l'histoire des Etats-Unis.
03:06Dans la représentation trumpienne du monde,
03:08tout est affaire de force et de puissance affichée.
03:11L'homme magare conduit une grosse voiture qui pollue bien et mange des steaks.
03:15Pour Donald Trump, le pétrole et le gaz s'inscrivent donc parfaitement
03:18dans cet imaginaire viril qui est le sien.
03:20Mais ils sont aussi une façon pour les Etats-Unis
03:22d'asseoir leur domination énergétique sur le monde
03:25et de renouer avec une forme de prospérité.
03:27C'est comme si on était arrivé à un autre stade,
03:29c'est-à-dire que d'un côté, il y a un certain climato-scepticisme
03:32qui s'exprime non plus en niant la réalité du changement climatique,
03:35mais en disant ça ne va pas si vite que ça
03:37et de toute façon, on trouvera des solutions technologiques pour faire face.
03:41Et l'idée d'un atout stratégique,
03:43c'est cette idée que le pétrole, c'est même quelque chose qui va tout résoudre.
03:46Ça va permettre d'améliorer la compétitivité des industries américaines,
03:49de créer des emplois, mais aussi à l'international,
03:52d'achever le désengagement du Moyen-Orient, d'affaiblir l'Iran.
03:55La Russie aussi est son trésor de guerre lié au prix élevé du gaz et du pétrole.
04:00Et puis, je crois, le plus important, en fait,
04:02c'est un atout stratégique crucial dans la compétition avec la Chine
04:05et surtout dans la compétition technologique sur l'intelligence artificielle.
04:09Et l'IA, c'est vraiment un secteur qui demande beaucoup d'énergie.
04:12La Chine n'a pas de ressources en pétrole et en gaz.
04:15Donc, il y a cette idée que les États-Unis ont là un atout et que Trump va s'en servir.
04:20Pour Foray, comme elle l'entend sur le territoire,
04:22la nouvelle administration n'a pas non plus totalement le champ libre.
04:25Elle va devoir commencer par faire sauter les quelques verrous
04:27qui avaient été installés par l'équipe précédente.
04:29Biden est le président qui a signé le plus de décrets
04:32pour protéger des terres fédérales de l'exploration gazière et pétrolière.
04:37Donc, il est possible que Trump, d'un coup de plume, annule ces décrets
04:40et en publie d'autres qui, au contraire, permettent d'accélérer
04:43l'octroi de nouveaux permis pour les compagnies.
04:46Mais il faut bien garder en tête que ces compagnies sont toutes des sociétés privées
04:49qui sont d'abord soucieuses de rentabilité.
04:51Et bien qu'ils puissent beaucoup, Donald Trump ne pourra pas non plus
04:54décider à la place des chefs d'entreprise,
04:56ni même compenser les pertes qu'une baisse des cours pourrait entraîner pour eux.
04:59La principale contrainte, en réalité, c'est la loi du marché
05:03et la volonté des géants pétroliers et gaziers de forer de nouveaux territoires.
05:08En fait, ils ont déjà des permis qu'ils n'exploitent pas.
05:10Pour finir sur l'aspect énergétique, cette réhabilitation promise des énergies fossiles
05:15s'accompagne d'une autre logique que Donald Trump aimerait inverser,
05:18qui est le développement des énergies renouvelables.
05:20Ils parlent tout le temps des éoliennes.
05:22Quand elles sont terrestres, c'est des ordures sur le paysage.
05:25Quand elles sont maritimes, elles font du mal aux baleines.
05:27Enfin, voilà, c'est une espèce d'obsession personnelle.
05:29Et là encore, il y a des calculs économiques qui pourra supprimer
05:32un certain nombre de crédits d'impôts.
05:34Mais il y a eu davantage d'investissements ces dernières années dans les renouvelables
05:37et en particulier l'éolien que dans le pétrole et le gaz.
05:40Donc, il y a aussi là des aspects économiques sur lesquels Trump ne pourra pas forcément agir.
05:45Pour mener de front cette politique,
05:47Donald Trump a nommé un certain Chris Wright à la tête du département de l'énergie.
05:51Pour les ONG comme par exemple le Sierra Club,
05:53Chris Wright, c'est clairement un climatodénialiste.
05:56Entrepreneur et patron d'une compagnie de pétrole et de gaz de schiste,
06:00Chris Wright est un peu l'archétype du technosolutionnisme,
06:03c'est-à-dire de cette croyance dans le fait que de toute façon,
06:06le progrès technique solutionnera le changement climatique.
06:09Il a été attentif lors de son audition à dire qu'il acceptait la science du changement climatique.
06:13Mais là encore, en disant que ça ne va pas si vite que ça
06:17et on trouvera des solutions technologiques
06:19pour éviter une trop grande accumulation de gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
06:22que ce soit par la capture carbone, donc en enlevant du CO2,
06:26qui est une technologie qui n'a pas du tout fait ses preuves encore à grande échelle.
06:29Et il travaille aussi sur des sujets comme la géo-ingénierie solaire.
06:34Et donc, à la tête du département de l'énergie,
06:36il aura la main justement sur tout un réseau de laboratoires de recherche
06:40qui ont reçu beaucoup d'argent de la loi climat de Biden, de l'ARA.
06:43Et donc, il pourra aussi orienter les recherches.
06:46Lors de cette même audition, Chris Wright s'est prononcé en faveur de la sobriété énergétique.
06:51Mais selon une exception un peu différente de la nôtre,
06:54car selon lui, cette sobriété ne signifie pas forer moins,
06:57mais simplement forer plus proprement.
06:59En fait, on est encore aux États-Unis,
07:01dans ce que George W. Bush avait déclaré au début des années 2000,
07:04quand il avait retiré les États-Unis de l'accord de Kyoto.
07:07Il avait dit que le mode de vie américain n'est pas négociable.
07:09Et finalement, que ce soit les présidents républicains ou démocrates,
07:13Obama, Biden ou bien sûr Trump,
07:15aucun dirigeant américain n'a vraiment remis ce postulat en question.
07:19Pendant que tous les pays signataires de l'accord de Paris
07:21doivent présenter une réévaluation de leurs engagements climatiques,
07:25Donald Trump a donc choisi d'enclencher un nouveau retrait du pays.
07:29Mais sur le front diplomatique,
07:30l'onde de choc s'était déjà propagée bien avant,
07:32ne serait-ce qu'au moment de son élection, le 5 novembre dernier.
07:36On a vu l'impact sur la dernière COP en Azerbaïdjan.
07:39Aucun nouvel engagement n'a été pris par les États.
07:41On est déjà dans un nouveau contexte international, je crois, là-dessus.
07:45En même temps, ça fait 30 ans qu'on fait des accords internationaux
07:47et les émissions de gaz à effet de serre ont cessé d'augmenter
07:50depuis le début des années 90.
07:52Mais Donald Trump n'entend pas se borner au seul retrait de l'accord.
07:55Il considère plus largement que les États-Unis
07:57devront se désengager de toutes leurs obligations internationales
08:01à l'égard du climat ou de l'environnement.
08:03Il parle aussi de retrait de tout autre accord ou engagement des États-Unis
08:09fait sous l'égide de la Convention Climat des Nations Unies.
08:12Il a également parlé de mettre fin immédiatement
08:16et révoquer toute promesse financière des États-Unis sous cette même convention.
08:20Et en fait, là aussi, on a vu les six plus grandes banques américaines
08:24se retirer d'un certain nombre de réseaux d'actions climatiques,
08:27de finances climatiques, de grandes banques canadiennes ont suivi aussi.
08:32Il faut voir que toutes ces actions ou ces intentions
08:34qui ont été méditées par le candidat Trump ces dernières années
08:37renforcent à l'égard de l'écologie un vent de défiance
08:40qui a déjà traversé l'Atlantique.
08:42On voit les Européens revenir sur un certain nombre d'engagements
08:46sur le Green Deal européen.
08:47On voit de plus en plus aussi les parties de droite et d'extrême droite
08:52adopter cette vision technosolutionniste,
08:54voire même, comme aux États-Unis,
08:56associer le fait de nier la gravité du dérèglement climatique
09:00à une posture virile, un modèle de masculinité, de fierté nationale même,
09:05ce qui est quand même assez ironique puisque, par exemple, en France,
09:07on n'a pas de pétrole, donc on ne peut pas non plus limiter Trump à ce point-là.
09:11Parce que c'est bien de l'Ouest que nous vient cette bataille culturelle sur le climat.
09:15Le climat a été un sujet polarisé à partir de la fin des années 1990
09:19aux États-Unis, ce n'était pas du tout le cas en Europe.
09:21Et aujourd'hui, bien installé sur le continent,
09:24le clivage ébranle l'entente européenne et met quelque part l'Union
09:27au défi d'un positionnement enfin clair et assumé
09:30pour lutter sérieusement ou pas contre le changement climatique.
Commentaires