00:00Générique
00:06L'invité de ce Smart Impact, c'est Caroline Neyron, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10La directrice générale du mouvement Impact France.
00:12On va parler bilan extra-financier, CSRD, le match, le combat qu'il faut mener pour qu'elle ne soit pas totalement réduite en termes d'ambition.
00:20En quelques mots, le mouvement Impact France, le principe et puis peut-être le nombre d'entreprises qui vous suivent aujourd'hui ?
00:24Bien sûr. Impact France, c'est une organisation patronale qui réunit aujourd'hui plus de 30 000 entreprises partout en France,
00:32quelle que soit sa taille, quelle que soit sa région, quel que soit son secteur.
00:36Tous ces entrepreneurs, ces dirigeants sont mûs par la volonté d'aligner leur business model avec les enjeux écologiques et sociaux qui vont les frapper.
00:45Certains, bien sûr, sont citoyens militants, mais de plus en plus, ce sont des entrepreneurs qui ont au cœur et dans les chiffres
00:53la conscience qu'il faut qu'ils se préparent à cet avenir avec moins de ressources et en même temps qu'ils assurent aussi une gestion pacifiée de ces bouleversements à venir.
01:05Et des entrepreneurs qui, à juste titre, sont déboussolés en ce moment puisque ça fait des mois pour les plus grosses entreprises,
01:12les très grandes entreprises, les ETI bientôt, qu'ils se préparent à ce bilan extra-financier.
01:16La CSRD, on y consacre plusieurs émissions depuis au moins six mois, quasiment tous les jours.
01:24Et là, en ce moment, on a des messages contradictoires.
01:27C'est-à-dire qu'on a le commissaire européen Stéphane Séjourné qui évoque, voire annonce l'hypothèse d'une suppression du reporting extra-financier.
01:35Le mot suppression a été utilisé. Comment vous avez réagi ?
01:39C'est effectivement pour des dizaines, centaines, milliers d'entreprises qui se préparent une incompréhension.
01:44On est dans une dynamique depuis plusieurs années, on ne se réveille pas aujourd'hui, sur la volonté des Européens
01:52de pouvoir se préparer justement à ces changements écologiques, sociaux, d'intégrer dans les business models de nos entreprises les risques
02:00et en même temps d'accompagner toute une société à se préparer aussi à ces risques.
02:05Donc d'aligner les enjeux publics et privés sur ces sujets.
02:09La CSRD, c'est un mot un peu compliqué, mais en gros l'enjeu c'est de pouvoir accompagner les entreprises à évaluer une performance augmentée.
02:17C'est-à-dire qu'aujourd'hui elles regardent leurs chiffres d'affaires, elles ont un comptable, elles ont toute une armée de normes
02:24pour évaluer leurs performances économiques, performances financières.
02:30Il n'y avait rien finalement, il n'y avait rien qui faisait autorité pour évaluer la performance écologique et sociale.
02:36Du coup ça faisait perdre du temps à tout le monde, de l'argent, il y avait tout un business autour de ça.
02:41Et l'enjeu ça a été un peu de siffler la fin de la récré, de pouvoir professionnaliser ça pour permettre aux entreprises de se projeter dans l'avenir.
02:47Et de se comparer.
02:48De se comparer.
02:49Ce qui est intéressant aussi.
02:50Potentiellement du coup se comparer, donc se valoriser dans un continent qui effectivement quand même pour son modèle social
02:58et pour ses enjeux, ses investissements écologiques qui sort du lot très concrètement.
03:05Et donc peut bénéficier aussi de valoriser cela.
03:08Donc c'est vrai que c'est milliers d'entreprises qui s'y préparent.
03:12Entendre le commissaire européen le lundi matin au mois de janvier dire qu'en fait on va arrêter tout ça, c'est une incompréhension.
03:20C'est aussi le signe qu'il y a un lobby très fort pour le faire.
03:23Un lobby politique, peut-être aussi un lobby économique de ceux qui sont moins avancés que les autres.
03:28Alors qu'est-ce qui se passe ?
03:29Et un lobby international, ne parlons pas de Donald Trump et de la pression qu'il est en train de mettre sur l'Europe.
03:34C'est ça, c'est-à-dire qu'en fait on a un double phénomène.
03:37On a un phénomène que ces directives, elles allaient être ouvertes à des plus petites entreprises, à partir de 250 salariés.
03:44Et aujourd'hui, ces entreprises petites ETI sont nombreuses en France, mais surtout très nombreuses en Allemagne.
03:51Et donc on a des élections en ce moment.
03:54Et il se trouve qu'hier, elles étaient dans la rue.
03:57Les ETI allemande industrielle sont dans la rue.
04:00Donc il y a une pression politique extrêmement forte en Allemagne.
04:04Et donc qui concourt à demander des symboles, des totems de choc de simplification.
04:12Donc ça, c'est la situation européenne qui fait qu'il y a un recul en interne.
04:17Évidemment, il y a le choc Trump qui annonce, lui, une dérégulation vraiment à tout crin.
04:24Un réinvestissement massif dans les énergies fossiles.
04:28Et qui ne supporte pas, lui et ses soutiens les plus connus, la régulation à l'européenne.
04:35Qui le demande très concrètement et qui demande à ne pas être soumis à ces régulations.
04:39Et donc qui tape très dur.
04:40Donc la question, c'est dans ce contexte-là, comment on soutient la vision économique, la compétitivité européenne ?
04:51Est-ce qu'on recule ? Est-ce qu'on tient ?
04:54Et comment on arrive à construire une solution de sortie vers le haut pour nos entreprises ?
04:58Alors, vous faites des propositions.
05:00Parce que la CSRD, ce n'est pas non plus l'alpha et l'oméga.
05:04Il y a pas mal à dire sur sa complexité.
05:07C'est 800 pages, c'est sans doute trop complexe.
05:09Donc qu'est-ce que vous proposez pour finalement trouver une voie médiane ?
05:12Pas abandonner l'ambition et peut-être simplifier, répondre à la demande de ceux qui disent simplifiant.
05:17C'est sûr qu'au bout d'un an, on peut quand même avoir un recul aussi sur la manière dont c'est fait.
05:22Et effectivement, il y a vraiment des voies d'amélioration extrêmement fortes.
05:26Et on ne peut pas dire que quand on demande un choc de simplification ou une baisse de la bureaucratie de la part des entreprises,
05:32ça soit non plus complètement folklorique.
05:35Effectivement, il y a un enjeu que ça soit beaucoup plus simple.
05:38Et on peut allier ambition et simplicité.
05:41Ce dont on peur les entreprises, c'est de faire un rapport de 1400 pages qui bloque les portes.
05:44Et ça, c'est quand même bien normal.
05:46Donc nous, ce qu'on dit, c'est que les entreprises, ce qu'elles demandent, c'est une stabilité réglementaire du cadre.
05:54Que le cadre qui a été posé et qui a été travaillé, il ne soit pas disloqué.
05:57Qu'on n'arrête pas toutes les autres indicateurs qui sortent des enjeux de décarbonation par exemple.
06:02Ce qui est une voie possible.
06:05Qu'on n'arrête pas de demander aux entreprises de s'aligner sur les objectifs des accords de Paris.
06:10Qu'on ne dise pas à toutes les entreprises de moins de 1500 salariés qu'elles vont être laissées tranquilles.
06:17Et qu'on ne leur demande même pas de les regarder.
06:19Par contre, là, il y a des vraies voies de simplification.
06:21Aujourd'hui, tout ce qu'on demande aux entreprises, c'est aussi beaucoup de narratifs.
06:25Qui est incomparable.
06:26Des pages pour expliquer ce qu'ils font et comment ils le font.
06:29Nous, ce qu'on propose, c'est de se centrer sur les objectifs beaucoup plus mesurables.
06:34Donc ce qu'on appelle le semi-narratif et le quantitatif.
06:37Qui permet d'aller beaucoup plus vite pour les entreprises.
06:40Les entreprises, elles savent produire des chiffres.
06:44Elles savent le faire.
06:45Et ça leur permet d'avoir une beaucoup plus grande efficacité dans la manière de remettre ces rapports.
06:51Et puis, in fine, de se comparer sur leur trajectoire et de se comparer par rapport aux autres.
06:57Alors, il y a un autre principe.
06:58Et ça rejoint le bras de fer avec les Etats-Unis.
07:00C'est le principe d'extra-territorialité de ce bilan extra-financier.
07:05C'est aussi ce qui le rend intéressant.
07:07Parce que l'Europe, par capilarité, peut faire en sorte que ses critères, espérons qu'ils resteront ambitieux, se diffusent.
07:17Il faut le maintenir, d'après vous, ce principe ?
07:19L'extra-territorialité, c'est la base.
07:22C'est-à-dire, si on commence à demander à nos entreprises ce qu'on ne demande pas à des entreprises américaines,
07:26alors là, on se met carrément en déficit de concurrence accru.
07:30Ce qui est intéressant, c'est justement d'accompagner des entreprises qui travaillent en Europe.
07:34Ça reste quand même un marché clé.
07:37Et c'est un levier de négociation à les 450 ou 70 millions de consommateurs.
07:44Et qu'il ne faut pas oublier.
07:45Il faut quand même savoir qu'on a une force économique qui est quand même majeure.
07:48On n'est pas quand même une petite poussière.
07:53Et donc, utiliser cette force pour, évidemment, imposer aux entreprises qui viennent travailler chez nous
07:57et qui produisent chez nous de respecter ces règles.
08:02C'est un enjeu pour la compétitivité. C'est aussi un enjeu pour la qualité de vie des Européens.
08:06Parce que finalement, ça veut dire quoi ?
08:08Ça veut dire que les entreprises sont obligées de rendre des comptes sur la pollution,
08:12sur leur utilisation de ressources, sur leur modèle social.
08:16Ça concerne la vie des Européens de manière très directe.
08:20Je voyais dans les recommandations que vous faites,
08:23que ça peut être pertinent au regard de la taille d'entreprise
08:26de proposer des dérogations transitoires de deux ans.
08:29Moi, je lis ça, je me dis attention.
08:31Parce que quand on commence à employer le terme dérogation,
08:33tout le monde va essayer de s'engouffrer dans la brèche.
08:35Le fait de se dire que des entreprises, entre 250 et 750 salariés,
08:40peuvent avoir un peu plus de temps pour s'y mettre,
08:42ça ne remet pas en cause la directive, ça ne remet pas en cause la dynamique,
08:47ça ne remet pas en cause le cadre.
08:49Ce qui est important pour nous, c'est ça.
08:52Il peut y avoir complètement une possibilité pour nous
08:56d'être sur une dérogation de court terme.
08:58Mais vous avez raison, l'enjeu, c'est de clarifier l'objectif.
09:01C'est ça que demandent les entreprises.
09:03Parce qu'en fait, elles peuvent s'adapter à tous les entreprises.
09:05Mais si on leur fait faire quelque chose une année, défaire le lendemain,
09:10en fait, on les fait perdre sur tous les tableaux.
09:12Et là, quand je vous dis ça, c'est un pacte France,
09:14mais c'est aussi Nestlé, Primark, Unilever, L'Occitane,
09:18qui ont fait des lettres en demandant une vision stabilisée,
09:23qu'on ne revienne pas en cause sur les orientations,
09:27parce que c'est des milliers, millions d'euros
09:30qu'elles ont investis pour s'y mettre.
09:31Elles ont payé le coût d'entrée et elles vont se retrouver,
09:34en fait, celles qui s'y sont mises,
09:35celles qui ont respecté aussi la loi,
09:38celles qui se sont intégrées dans la vision collective,
09:41elles vont perdre le temps d'avance qu'elles ont pris.
09:44Et c'est vrai que, du coup, la capacité des entrepreneurs
09:48à avoir confiance aussi dans la parole publique,
09:52là, elle est quand même mise vraiment en doute
09:55et très probablement très durablement.
09:57Et c'est d'autant plus vrai qu'on est toujours
09:59dans cette incertitude budgétaire dans notre pays.
10:01Merci beaucoup Caroline Leron et à bientôt sur BeSmart for Change.
10:05On passe tout de suite à notre débat,
10:07on va parler du rôle de la communication
10:10et du marketing dans cette transition.
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