00:00Bonjour Jérôme Commandeur. Bonjour. Joyeux Noël du coup ?
00:03Bah évidemment, je manque à tous mes devoirs.
00:06Est-ce que vous avez été gâté ? Est-ce que vous avez été sage ?
00:09Est-ce que vous êtes un enfant sage du coup ? Je me posais la question tiens.
00:13J'étais... comment dire...
00:17espiègle, tendance un peu grinçante.
00:21Ah oui ? Ouais, j'aimais bien...
00:25Ouais, j'aimais bien commenter, imiter ou...
00:29quand les gens avaient le dos tourné, je sais pas, je regardais mes cousins,
00:33je faisais la petite mouque que le grand-père ou la grande-tante venaient de faire,
00:37je la refaisais comme ça, comme un corancre en fait, pensant que personne ne vous voit,
00:41que tout le monde vous voit, mais j'ai gardé ce truc-là, oui.
00:45Selon vous, le rire a une dimension tripale. Vous assumez à aimer l'expression
00:49rire avec le ventre quand vous êtes pris par un fou rire, tout comme vous aimez l'idée
00:53que les humoristes sont comme des conteurs et des troubadours. Changer de costume,
00:57vous avez dans une autre époque son contexte qui vous plaît dans ce métier d'acteur et d'humoriste.
01:01Michel Denisot, qui vous a dirigé dans son premier long-métrage,
01:05Toute ressemblance, souligne à quel point vous êtes attentionné en permanence dans l'observation
01:09et la dérision. Depuis 15 jours, vous êtes apparu dans votre série
01:13de 8 épisodes Le Monde Magique sur Canal+. Vous y abordez des thèmes
01:17toujours tabous, comme certaines personnalités politiques qui sont sans foi ni loi.
01:21Dans le déni, le détournement de fond, bien souvent, vous parlez du consentement
01:25avec un couple de stars du porno qui prôlent la morale. Est-ce que vous validez
01:29justement avoir ce côté tout en douceur, ce qui a donné d'ailleurs le nom de votre
01:33dernier one-man-show ?
01:37Je dirais plutôt une tape, une caresse. Il faut essayer d'être dans une espèce d'équilibre
01:41où à la fois, on n'est pas là pour secouer les gens
01:45et les violenter avec notre humour
01:49mais en même temps, l'humour béni-oui-oui et un peu bisounours ne marchent pas non plus.
01:53C'est en fait une ligne de crête beaucoup plus difficile à
01:57respecter qu'il n'y paraît, où on se maintient en équilibre
02:01entre les deux cordes qu'on a dans la main gauche et dans la main droite.
02:05C'est-à-dire toujours ni trop ni trop peu. Mais c'est passionnant à faire
02:09parce que quand vous trouvez un espace où les gens sont à la fois
02:13on leur met les doigts dans la prise tout en leur montrant
02:17qu'on n'est pas non plus ce sale type qu'on veut bien montrer
02:21quand ça fonctionne, ça devient jubilatoire.
02:23Donc un petit côté funambule quand même, où il y a toute une question d'équilibre.
02:27Oui, mais d'ailleurs regardez quand vous allez
02:31peut-être pas au théâtre parce que ce sont des
02:35troupes, mais quand vous allez voir un artiste seul sur scène
02:39qui que l'on soit d'ailleurs, on a une forme de traque un peu particulier
02:43pour lui. On se dit est-ce qu'il va arriver au bout ?
02:47Moi souvent, même des gens, d'ailleurs ça peut-être des copains
02:51mais ça peut-être aussi des gens que je ne connais pas, me dire j'avais le traque pour vous
02:55quand vous êtes arrivé à la fin. Et c'est vrai qu'il y a un petit côté numéro de cirque
02:59que je trouve assez génial.
03:01L'humour est-il un remède, une formule magique pour tout aborder, Jérôme Commander ?
03:07Ah oui, enfin oui.
03:11Mais souvent il y a un peu en sous-texte
03:15le fameux peu temps rire de tout, mais ce qui est amusant
03:19c'est que jamais les gens du grand public
03:23enfin les gens qui vous attendent à la sortie des salles ou qui aiment votre travail, qui viennent vous le dire
03:27vous disent vous êtes allé trop loin. Ça n'arrive jamais. Jamais.
03:31Ça fait 25 ans que je fais ça, ça m'est jamais jamais arrivé.
03:35Je me suis un petit peu posé la question, si je dois être honnête, quand
03:39mon spectacle a été diffusé à la télé, où là je me suis dit c'est quand même un sacré exercice
03:43parce que vous parlez à des gens qui vous connaissent un petit peu ou qui viennent vous découvrir
03:47en tout cas qui ont envie de rentrer dans votre univers
03:51et un jour quand il est diffusé en télé, ce spectacle, là vous parlez à
03:55plusieurs centaines de milliers de personnes, vous parlez aux réseaux sociaux, vous parlez
03:59donc effectivement je me suis un peu posé la question, mais j'ai choisi de ne rien changer
04:03et de mettre le spectacle tel quel
04:07à la télé, de ne pas me censurer.
04:11Beaucoup d'humoristes se voient poser cette question sur
04:15l'avenir de la liberté d'expression. Est-ce que vous êtes inquiet, vous, de cette liberté d'expression ou pas du tout ?
04:19Je dirais que c'est une question
04:23de code. Je pense
04:27au César, vous en parliez.
04:31Florence Forestier a été extrêmement attaquée
04:35par ceux qui soutenaient Roman Polanski par exemple. C'est pas simple de
04:39dire des choses à voix haute, même sous le ton de l'humour.
04:43Oui, mais je crois que c'est une question un peu comme
04:47je me suis souvent dit que le César c'était un peu comme
04:51une vieille dame qui a envie de s'encanailler, mais en même temps
04:55ce n'est pas parce qu'elle a envie de s'encanailler que vous arrivez chez elle et que vous mettez les pieds sur la table. Je pense que l'humour
04:59c'est pareil. C'est-à-dire qu'en fait
05:03un jeune humoriste qu'on ne connaît pas et qui arrive pour son premier jour sur un média
05:07national ou une radio ou une télé et qui fait une chronique et qui en même temps
05:11déglingue tout le monde et les murs finissent pleins de sang, je ne suis pas sûr qu'il revienne le deuxième jour.
05:15Je pense que c'est quelque chose à manier
05:19avec un peu plus de précaution qu'il y a quelques années, mais qu'en même temps
05:23moi quand je vois Jérémie Ferrari, quand je vois Gaspard Proust
05:27vous citiez Blanche Gardin, je peux en citer plein
05:31je trouve que la liberté d'expression c'est jamais aussi bien porté.
05:35Qu'est-ce qui vous donne envie d'écrire ?
05:39C'est une belle question.
05:43Peut-être les sentiments. Écrire sur
05:47l'aspérité. En fait, qu'est-ce qui fait
05:51qu'à un moment, ce n'est pas forcément ne pas aller bien.
05:55C'est bien sûr que le tragique
05:59évidemment occupe une grande place
06:03dans les oeuvres, dans nos écritures, etc. Mais je dirais qu'est-ce qu'à un moment, qu'est-ce qu'on a loupé ?
06:07Pourquoi à un moment ça s'est mal passé ?
06:11Est-ce que je suis dans ma bonne vie ? Est-ce que les rapports avec
06:15mon mari, ma femme, mon compagnon, ma compagne sont les bons ?
06:19Le questionnement, c'est ça qui me donne envie d'écrire. C'est le questionnement.
06:23C'est remettre les choses un peu
06:27les rechambouler. C'est ça qui donne envie de faire des sketchs, qui donne envie de
06:31j'étais parti, moi j'ai une passion, c'était ce que je racontais
06:35dans mon dernier spectacle, mais j'ai une passion pour les faits divers. Et je racontais sur scène
06:39et c'est marrant parce qu'il y avait... Pourquoi les faits divers sont-ils aussi
06:43populaires, les émissions de faits divers, les documentaires ?
06:47Et je dis peut-être parce que ça appelle quelque chose de noir en nous qu'on a et qui sommeille
06:51et que cette
06:55passion pour les faits divers nous permet d'assouvir
06:59à peu de frais. Et je voyais, c'est marrant, parce que
07:03là, je quittais un tout petit peu le domaine de rire.
07:07Il n'y avait pas de vanne dans ce que je racontais, mais je voyais les yeux des gens s'écarquiller en se disant « putain merde ! ».
07:11Et bien c'est ça, c'est ça qui est passionnant.
07:15C'est ce qu'on disait, c'est quand on est sur le fil et que ça commence à déraper.
07:19C'est ça qui donne envie d'écrire.
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