00:00Ce qui est clair, c'est que le nombre de morts qui va sûrement augmenter
00:03renvoie à l'incapacité de l'État d'avoir pu anticiper et protéger
00:09près de 70% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté
00:12parce que ça va être les plus précaires qui vont mourir.
00:13On l'a vu aux États-Unis sur les grandes catastrophes,
00:16et les États-Unis sont plutôt un pays riche.
00:17Ceux qui meurent, ce sont les personnes âgées, les pauvres qui ne peuvent pas s'échapper
00:21et ceux qui habitent dans des bidonvilles.
00:23Là, c'est typiquement la situation où ça va être les plus précaires
00:27qui vont faire partie des victimes et des morts.
00:29Aujourd'hui, il faut considérer qu'il y a eu près de 7 à 8 000 personnes
00:34qui ont pu bénéficier des abris en dur pour se protéger.
00:38Mais la grande majorité des personnes dans des situations administratives fréquentes,
00:41vous l'avez évoqué, c'est probablement 150 000 personnes,
00:43ils ont peur d'être arrêtés irrégulièrement
00:45parce que Mayotte, c'est 20 000 expulsions chaque année.
00:48Vous retardez vos soins lorsque vous êtes malade et que vous êtes sans papiers là-bas,
00:52vous retardez vos déplacements, y compris lorsqu'il y a un risque de cyclone.
00:57Il faut considérer que cette pression liée aux expulsions
01:02est un facteur aggravant du bilan qu'on va avoir à constater
01:06et qui, chaque jour, va s'aggraver.
01:07Donc, simplement, aujourd'hui, il y a des...
01:09– Parce que vous, quand vous voyez les images de dévastation,
01:14vous vous dites quoi en fait ?
01:15Vous connaissez bien ce genre de situation.
01:17Vous pensez qu'il faut s'attendre à un bilan
01:19qui concerne des centaines de morts ou des milliers de morts ?
01:22– Non, c'est extrêmement difficile, je ne vais pas m'engager là-dessus
01:24parce qu'on voit que tous les bidonvilles ont été détruits,
01:28mais ce n'est pas forcément des abriantes dures.
01:30Donc, il y a peut-être quelques écrasements,
01:32mais beaucoup de blessés liés aux tôles qui vont voler en éclat.
01:36Mais je dirais, il y a les blessés et les morts liés, on va dire,
01:41à la violence des vents.
01:43Mais il y a aujourd'hui toute l'urgence qu'on a évoquée ensemble
01:46à répondre à des besoins vitaux, de l'eau en urgence,
01:49de la prise en charge médicale, à la fois pour les blessés,
01:52mais aussi pour les maladies chroniques
01:54qu'il va falloir continuer à prendre en charge.
01:57Et puis, il y aura évidemment toute la reconstruction
01:59qui va poser un certain nombre de problèmes,
02:01parce qu'effectivement, comme vous l'avez évoqué,
02:02est-ce qu'on va produire des abris en dur pour des personnes
02:05qu'on considère comme étant en situation administrative précaire ?
02:08Ça va être un vrai enjeu politique.
02:11Moi, il me semble, et je voudrais m'arrêter là,
02:13qu'aujourd'hui, on est dans le temps de l'aide, de l'action,
02:15de la solidarité totale, et pas dans le temps de la répression
02:20qui est pourtant un temps quotidien politique sur l'aide.
02:23Et que donc, il faut créer les conditions
02:25pour que tout le monde puisse être pris en charge,
02:27qu'on soit maorais ou pas,
02:29qu'on puisse avoir accès à de l'eau, à de la nourriture,
02:31y compris dans un contexte où l'eau est chroniquement en manque.
02:35Et ce n'est pas nouveau, il y a déjà eu des distributions
02:37de bouteilles d'eau régulièrement.
02:39Donc, qu'on fasse une aide qui corresponde
02:42aux besoins de tout le monde.
02:44Et là, la priorité numéro un, c'est l'eau potable ?
02:47Rétablir l'eau potable ?
02:48Oui, l'eau potable, la nourriture,
02:50que l'hôpital soit fonctionnel,
02:52qu'il y ait une décentralisation d'accès aux soins,
02:53parce qu'aujourd'hui, je pense que tous les centres de santé
02:55sont détruits.
02:56Et donc, il va falloir être au plus proche des personnes
02:59qui n'ont pas accès à Mamounzou,
03:00parce que Mamounzou, c'est loin du nord de l'île.
03:03Donc, il va falloir décentraliser l'approche sanitaire
03:06et l'approche médicale.
03:07Donc, il va falloir, encore une fois,
03:10avoir une aide qui corresponde aux besoins de tout le monde.
03:13Faire en sorte qu'aujourd'hui, on mette en stand-by les expéditions.
03:15Parce que je dis, s'il y a des expéditions en cours,
03:18les gens n'iront pas se faire soigner,
03:19ils n'iront pas sur les distributions d'eau.
03:21Ça va potentiellement permettre l'émancipation
03:25de pathologies infectieuses, dont le choléra.
03:28Donc, je redis qu'il y a, pour moi, une vraie inquiétude.
03:31Je pense que les autorités ont en tête,
03:33parce que c'est une maladie qui a déjà frappé le territoire
03:35et qu'aujourd'hui, avec ce contexte sanitaire
03:39qui est déplorable du fait de la violence de l'événement,
03:43ça va être un risque majeur à prendre en charge.
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