00:00Écoutez, comme vous pouvez le constater, je ne suis pas en plein jour, ce qui veut dire qu'aujourd'hui je n'ai pas d'électricité, je n'ai pas d'eau.
00:08Puisqu'on parle d'eau, j'ai extrêmement soif. Je n'ai pas du tout, du tout, du tout de bouteilles d'eau à disposition pour pouvoir avoir un moment de plaisir quelque part. On en est là.
00:24Mais attendez, Bruno Garcia, vous nous dites, je n'ai pas accès à l'eau, même pas à des bouteilles d'eau. Vous ne pouvez pas vous ravitailler en bouteilles d'eau, là ?
00:31Non, Madame, puisqu'il n'y en a plus, puisque les magasins sont pris de coups directement par un ensemble de personnes qui sont là, qui sont présentes.
00:42Aujourd'hui, notre problématique, ma problématique, c'est le côté sanitaire.
00:47Et puis, c'est aussi pouvoir prendre de la nourriture et pouvoir boire, surtout boire. J'ai très soif. Sachez que je n'ai pas réussi à avoir une bouteille d'eau depuis une journée.
00:58Attendez, vous êtes en train de nous dire que vous n'avez pas bu depuis une journée ?
01:05Non, je n'ai pas d'eau, Madame. Je n'ai pas d'eau potable. Il n'y a pas d'eau potable. L'eau potable, aujourd'hui, il n'y en a pas sur ma yacht.
01:12J'en ai pas, personnellement. Regardez, je suis avec une pile électrique en face de vous pour pouvoir vous parler ce soir, ce qui veut dire que je n'ai pas du tout d'électricité non plus.
01:21Je suis dans des conditions rudimentaires les plus dures. Voilà.
01:26Et il n'y a pas une entraide qui s'organise entre voisins pour essayer de distribuer de l'eau ou quelques aliments qui pourraient être échangés ?
01:38Ecoutez, l'entraide, elle fonctionne du moment où on peut apporter quelque chose à quelqu'un. Là, ce n'est pas le cas. On ne peut rien m'apporter puisque l'entraide entre voisins ne peut me satisfaire puisqu'eux-mêmes n'ont pas d'eau.
01:51Voilà. Donc, on en est réduit à ma yacht à essayer d'avoir de l'eau pour boire. Je ne pensais pas vivre ça un jour. Je ne vous le cache pas. Je le vis à l'heure actuelle.
02:02Garcia, autour de vous, vous êtes à quelle distance du centre de Bamoudzou ?
02:10Je suis en plein centre-ville, madame.
02:13Et en plein centre-ville, on ne peut pas venir vous aider ?
02:17Non. Écoutez, pour l'instant, au niveau sanitaire, on ne nous aide pas. Il faut dire les choses comme elles sont.
02:25Je pense que les services de l'État sont extrêmement pris. Ils vont être extrêmement pris vu cette catastrophe qu'il y a pu avoir. Je pense qu'aujourd'hui, on est plus en train de compter les morts.
02:37Et puis, je peux vous dire sans vouloir m'avancer qu'ils sont certainement par milliers connaissant ma yacht depuis 23 ans.
02:45Je voudrais dire toute ma sympathie à Bruno, que je connais bien, qui est à la tête d'un des plus beaux établissements de ma yacht.
02:52Malheureusement, j'ai vu les images. L'établissement a été très touché par la catastrophe.
02:57Et lui dire toute ma sympathie et toute mon amitié et que, bien sûr, il peut compter sur notre organisation Mlesi-Mahoré.
03:04Et Bruno, si tu as la moindre difficulté à trouver de l'alimentation ou de l'eau, n'hésite pas à nous appeler.
03:09Tu as mon numéro et tu peux appeler le directeur général, Hugues Macango, qui viendra, bien sûr, t'apporter tout ce dont tu pourrais avoir besoin.
03:16Mais ne reste pas isolé, surtout, si jamais c'était tout à fait le cas aujourd'hui.
03:21Un très, très grand merci parce que je sais que je peux compter sur vous.
03:26Bruno Gartien, est-ce que vous avez des échos de l'aide, du ravitaillement qui doit arriver là, dans les heures, les jours à venir ? Vous êtes informé ?
03:37Non, on n'est pas du tout informé. On est informé comme quoi il va y avoir des aides.
03:43Certains, maintenant, côté visuel, je ne vois rien du tout.
03:48Pourquoi ? Parce qu'il faut rester avec beaucoup d'humilité. Je ne pense pas que je sois le point central de Mayotte.
03:55Il y a une certaine gravité. Il y a beaucoup, beaucoup de morts, je ne vous le cache pas.
04:02On le sait parce qu'en habitant sur place, je vois ce qui a été détruit.
04:07Et je peux vous dire qu'il y avait des milliers de personnes qui dogeaient là. Il n'y en avait pas que 10 ou 15.
04:14Et est-ce que là, aujourd'hui, comment vous appréhendez, vous, les prochaines heures ? Qu'est-ce que vous allez faire ?
04:22Écoutez, je ne sais pas. Je suis pris dans la tourmente un peu d'une catastrophe.
04:27Ma crainte, c'est un risque sanitaire. Beaucoup de corps ont été ensevelis. Beaucoup de corps ont été mis sous terre rapidement.
04:37Et la crainte, elle est des épidémies dans les jours à venir.
04:42Et est-ce que vous sortez de chez vous ? Parce qu'on a entendu certains Mahorais nous dire qu'ils avaient des problèmes d'insécurité,
04:51qu'ils ne se sentaient pas forcément en sécurité. Est-ce que c'est votre cas ?
04:55Est-ce que c'est une problématique qui s'ajoute déjà aux conditions de survie dans lesquelles vous êtes ?
05:01Écoutez, sortir de chez soi pour pouvoir voir quelque chose, encore, ça va.
05:06Aujourd'hui, il n'y a rien à voir qu'un phénomène de désolation et des gens dans la rue.
05:11Oui.
05:12Par suivi, c'est des boutons. Il n'y a vraiment pas grand-chose.
05:15Bruno Garcia, écoutez, je vais vous souhaiter bon courage.
05:19Et c'est vrai qu'on se sent très impuissants face à votre témoignage.
05:25Vous avez le contact, en tout cas, de Maxime Zénon qui propose l'aide de votre association.
05:30Oui, oui, que je connais carrément.
05:31Et donc j'espère que les membres de l'association qui sont présents sur place pourront vous aider,
05:38pourront vous apporter au moins le strict minimum.
05:40Je dois dire, l'image que renvoie Bruno est extrêmement triste ce soir.
05:44Mais je dois dire que c'est un des personnages tout à fait centraux de la ville de Mamoudzou
05:49chez qui on va volontiers pour faire la fête.
05:52Et donc je souhaite qu'on puisse très vite, Bruno, refaire la fête à Mayotte.
05:57Et je crois bien que tu pourras compter sur toute notre énergie pour faire en sorte que ton établissement se redresse
06:03et qu'on retrouve ensemble le chemin de la joie et le chemin de la fête.
06:07Un très, très grand merci parce que je sais que ça sera fait.
06:10Je connais très bien ton association.
06:13C'est quelqu'un qui est extrêmement fort dans l'aide humanitaire.
06:17Merci parce que ça me donne un petit rayon de soleil ce soir.
06:21Et puis j'en ai besoin et je le répète encore, j'ai soif, j'ai pas d'eau.